Skip to main content

Full text of "Apologetique de Tertulien, ou, Défense des premiers chretiens contre les calomnies des gentils : avec des notes pour l'éclaircissement des faits [et] des matieres"

See other formats


UNIVERSITY OF PITTSBURGH 




^ 


1 




^é,#4 


■ 


(û,M^,| 


P 




^m^ 


1 


Dar 


ington Aiemorial Liorary 



^ 




Ëmm 




v"^. 



v/»^ 









!,a 



/ /'. 






APOLOGETIQUE 

DE 

TERTULIEN 



OU 

Défenfe des premiers Chrétiens contre 
les calomnies des Gentils. 

AVEC 

Des Notes pour réclairciffement des faits 
^ des matières. 




A PARIS, 

Chez Jacopes Collombat , Imprimeur ordinaire des 

JBâtimcns , Arcs , & Manufactures du Roy , & de feue Madame 

la Dauphine , rue S. Jacques , au Pélican. 

M. DCC XIV. 

AVEC APPROBATION ET PRIVILEGE DU ROY. 




AU ROY, 




IRE, 



D^ tous les Livres emportent à leur tête 
le nom Augufle </^ Votre Majesté', i/ 



E PITRE. 

ny en a -point qui en ait été honore à plus juf- 
te titre que celui-ci^ Il ne s'en efl jamais fait 
qui ait établi les droits du Trône fur de plm 
folides fondemens : qui ait foûtenu avec plm 
de force à^ annoncé avec plm de %ele , le ref 
peB Ù* la foumijfion due aux Rois ù" aux 
Empereurs : (ù^ qui ait relevé avec tant de 
dignité la Grandeur é^ la Majefté des Puif 
fances Souveraines, 

Quoi que ce foit à des Payens qu'il s'a' 
drejfe ; il parle en Chrétien : ù* par des prin* 
cipes (ù^ des lumières qu il emprunte de la Sa^ 
geffe de DieUj il fait appercevoir la loy de 
la Souveraineté ù^de la dépendance entée 
fur la loy de la Religion même. 
^peiogctiouc En effet, S I R E ^ s'il met " les Empereurs 
de fon tems au de fus de kurs Dieux ; ce n'ejl 
ni pour les furprendre par le menfonge d'une 
flaterie toujours dangereufe ^ ni pour rchauf 
fer plus qu'il ne doit une autorité qu'ils re^ 
foivent d'une main pliu puiffante que la leur: 



E P I T R E. 

Mttls pour leur apprendre quils dépendoient 
Mniquement du vray TDieu j de même que 
leurs Sujets dépendoient fouverainement 
d'eux: que kur Souveraineté n étoit vérita^ 
hle qu autant quils avoUoient leur dépeu" 
dame : qu'ils dégradoient la Majefté ^ Ù* 
defcendoient de leur rang^en fléchijfant les ge- 
noux devant des T)ieux qui avoient été des 
hommes ^ é^ qm leurs prédecejfeurs avoient 
compté au nombre de leurs Sujets. 

Telles étoient les fublimes leçons que le 
do^e TertulieUj cet homme tout lumineux y ce 
fçavant Vrêtre , le plus hardi (Ù^ le plus %elé 
défenfeur de la Religion Chrétienne j la plus 
vive (Ù^ la plus brillante lumière des pre- 
miers feécles de TEglife ; Telles êtoientles le- 
çons qu'il porto it au pied des Tribunaux Ido- 
lâtres^ pour leur faire entendre que leurpuif- 
fance étant une portion de la puij[ance de 
DieUj ils en tenoient la place j <ù^ qu'à [on 
exemple ils ne dévoient ufer de ce pouvoir ^ 

â iij 



E P I T R E. 

(^ue -pour le bien de ceux quil avoit mis au- 
dejfom d'eux j ù" jamais à leur defavan- 
tage. 

Mais ayant affaire à des Empereurs- ^ à 
des (gouverneurs y ù" à des Magiftrats en- 
nemis de la vérité 3 il a vu avec douleur le 
mensonge triompher à V ombre de V Idolâtrie. 
Il a vu les Puiffances de [on fié de j loin defe 
rendre à des remontrances fe fages (b* ft éclai- 
rées y proftituer leurs lumières à leur préven- 
tion J Ù" changer leur autorité en tyranie , 
pour détruire une R.eligion ^ qui les affuroit 
de la probité ù' de Vobéïjïance de leurs Ci- 
toyens. 

Cefl à cette même Religion ^ S I R E , que 
VoTREMAJESTEVy? redevable de la fidé- 
lité confiante j du %ele attentif y à^ de V amour 
fincere quElle a trouvé autant de fois dans le 
cœur de fon Veuple j qu'il a eu lieu de le faire 
paroître. G'eftaufflàYoTKEMAJEsrE'y 
que la Religion dojt le progre\qu elle a fait 



E P I T R E. 

dans l'étendue de vos Etats depuis votre heU' 
reux Règne. C'efi à vos foins ^ c*efl à votre 
pieté ^ quelle doit V uniformité de [a foy j la 
pureté de fa do^rine j ù* toute la J^lendeur 
(b* la magnificence de fon culte. 

Mais comme tout ce que Votre Majesté' 
fait pour la Religion j (ù^ tout ce que la Reli' 
gionfaitpour VoTRE MAJESTE'^ efl 
le bien commun de tous vos Sujets j ils le fen^ 
tent j (ù^ vous en rendent de continuelles ac- 
fions de grâces j par des vœux Ù' des Frieres 
quils adreffent pour vous à celui qui en efl 
l'Auteur. 

Outre tant de raifons ft importantes à^ fi 
effentielles qui me font communes avec toute 
la France ; combien en ay-je encore de par- 
ticulières que je noublieray quavec la vie? 
témoin celle que VotreMajeste' ajou- 
te aujourd'huy à toutes les autres ^ en vou- 
lant bien agréer le premier Ouvrage que je 
mets au jour. 



E P I T R E. 

Cet^ hommage ^ S l R E , etoit du àYoUKE 
MAJESTE'^ é^ Votre Majesté' 
de voit fa froteâmi à un Livre que VEglife 
à toujours regardé comme un de [es plm pré^ 
deux monumens, Trop heureux ! d'avoir 
trouvé cette occaJJ on j quoique légère ^ de don- 
ner à Votre Majesté' des marques 
publiques de ma tres-vive reconnoijfance j 
<Ù^ du très 'profond rejpeâ , avec lequel je 
fuis. 



SIRE, 



DE VOTRE MAJESTE* 



Le très -humble, & tres- 
obéïlïànt fervitcur, 
J. B. V A s s o u l T. 





PREFACE. 

L n'y a point d'endroit par oit 
les Chrétiens ayent fait des im- 
preffionsplus fortes fur Teiprit 
de leurs perfécuteurs , que par leur 
courage & leur patience. " C'eft à ces 
deux vertus que l'Eglife doit le plus 
grand nombre de fes Saints : & ce font 
elles feules qu'elle a oppofées à l'injut 
tice & à la cruauté des Payens pendant 
plus d'un fîécle " ! Elle ne s'eft prefque 
point fervi d'autres armes pour fe dé- o 
fendre , jufqu'à l'Empire d'Adrien. Mais '' 
Qu AD R AT "& Aristide Si l'un Evê- 
que d'Athènes & Difciple des Apô- 
tres , l'autre Philofophe Platonicien, 
croyant qu'il étoit de leur devoir & 

n. II nous refte un (èul fragment de le/, /h». 4. r/;. 3. & rien de celle d'Arifli Je. 
l'Apoîogie de Quadrarus. Eufeb. Hijï- Ec- \ Nous en avons deux de S. Jiift;n,& une 



" Tmul. ApoL 

50. 



V.C. an?.' 

'rigine des 
Apologies. 
Ceux qui en 
ont fait. 

Qiiadrat & 
Ariftide fous 
l'Empereur 
Adrien» 



L An de J. C. 

2.AnT.C.i66. 
3.AnJ.C.i7o. 
4.171.J. C de 
7il. Aurek. 11. 
5.I7Z.J. CM. 
Aurek. 12. 
6.iBo.AnJ.C. 
de Comm i. 
7.17^. J.C.Di. 
Amele. 19. 
8.i89.^«7.r. 
^e Comm. 8. 
yô//j- Commode. 
^.içfj^AnJ.C. 
de Seyne 2. 



PREFACE. 
de leur zèle de juftifier publiquement 
les Chrétiens des calomnies que la hai- 
ne inventoit tous les jours contre eux, 
firent chacun une Apologie qu'ils 
adreflerent à cet Empereur. 

Plufieurs Perfonages illuftres parleur 
fcience & par leur vertu en ont fait de 
même à leur exemple fous les autres 
Empereurs. Saint Justin' Martyr Phi- 
lofophe Platonicien , fous Antpnin le 
Débonaire : Athenagore ' Philofo- 
phe Athénien , S. MELiTONŒvêque 
de Sardes, Théophile -^Evêque d'An- 
tioche, Apollinaire 5 Evêqued'Hie- 
rapoHs , & T A T i e n ^ Difciple de faint 
Juftin fous M. Aurele , Saint I r e n e'e'' 
Evêque de Lyon, faint Miltiade, 
Apollonius ^ Sénateur Romain , faint 
Clément^ d'Alexandrie , difciple de 
l'illullre Panténus & Maître d'Orige- 
nés , fous Commode & fous Severe. 

d'Athenagorc. On trouve quelques frag- 1 confervé en fon entier. On n a rien de 
mens de celle de S. Méliton dans Enfebe. celle d Apollonius qu'il prononça en 
Hift. Ecclef. liv. 4. ch. iS. Trois livres de plein Sénat , non-plus que de celle de 
Théophile contre les calomnies desGen- S. Miltiade. Les livres de S. Irenée cou- 
tils . Rien de l'Apologie d'Apollinaire. Le tre les Gentils, & de faint Clément d'A- 
difcours de Tatien contre les Grec5,s'eft | lexandrie , font auffi dans km entier. 



T R E FACE. 
Ce fut en ce même tems que Q^Sep- Temiiie- fou, 
timius Florens Tertullianus écrivit ^'''''' 
fon Apologétique , dont l'éloquence 
& la force effacent tout ce qui s'efl fait 
avant ôc après lui fur le même fujet. 
Car s'il n'a pas été le premier qui ait 
entrepris la défenfe de l'Eglife , il n'a 
pas non plus été le dernier. Et quoy 
qu'il l'ait fait après beaucoup d' autres; 
on peut dire qu'il a plus prêté lui feul 
à ceux qui font venus après lui , qu'il 
n'a emprunté de tous ceux dont il a 
fuivi les traces. 
L'Oétave de Marcus Minutius Félix Minnnus fc- 

1 1 i-T-> 1 • . lix fous TEm- 

qui vivoit du tems deTertulien, mais pereurCara- 
qui n'a écrit qu'après lui , eft un Dia- ' 
logue qu'on peut regarder comme une 
copie de cet Apologétique , où la ret 
femblance fe rencontre prefque trait 
pour trait ^ mais où l'on n'apperçoit 
ni les grâces , ni l'ordre, ni la force de 
l'original. 

Thafcius Csecilius Cyprianus en a s.cyprien.an 

y* . y-*-» . • Z' 1 • T- C. Z48. foXlî 

tait aulii une copie en petit lous le titre pi)iiippc. 

ê ij 



PREFACE. 

de Vanitate Idolorum ; mais F Apologie 
étant de la nature des Ouvrages qui de- 
mandent une certaine grandeur , hors 
laquelle ils font toujours défeétueuxi 
on pourroit dire , fans manquer au ret 
peâ: dû à un fi grand homme , qu'il a 
voulu faire honneur à fon Maître , & 
que fon Apologie , comme beaucoup 
d'autres , lert d'ombre & de relief à 
celle-cy. 
Arnobe Afri- Amoblus A F E R celcbrc Rhéteur de 

camions JJio- 

Carthage , a fait tout le contraire de S. 
Cyprieu; car des matières & des argu- 
mens de l'Apologétique , il en a fait fept 
Livres , Se a donné par-là , à fon Ouvra-» 
ge , une étendue énorme qui pafle les 
règles , & qui n'eft foûtenuë que par 
quelques traits d'une érudition confu^ 



cletieiT. 



p^umm , .Ht fe j ennuyeufe , & fouvent inutile. On 

CypvianusLac- ' ' " - 

tantium , dut 
LdlantÎHsHi- 
t.iiium de ter- 



"Hunijuid, aut 

Teytulli.inuf 

he.itum Cy- 

pourroit dire de ces Ecrits ce que faint 
Jérôme dit de ceux de faint Cyprien , 
ti-^& de LacStance & de faint Hilaire , en les 
î^'^lIZnin/- comparant avec les Ouvrages de Ter- 
v^i^E^ tulien. Les petites chofes font paroître les 
"^^^'^' grandes. 



PREFACE. 
L. Caslius Laétantius Firmianus , le Laaanc* s 
Ciceron " de fon temps , a fait auflî, à tî'èn. 
l'imitation de fon Rhéteur Arnobe , L^a^jus 
lent Livres contre les Gentils ; oc quoy ^uUu,^ ejo- 

j.f A 11 1 1 tj V qu tixfiifviHS. 

qu il eut un excellent " modèle d après Hor.adPaui. 

11-1 • -11 -1 • Ep. '54- 

lequel il pouvoit travailler ; il a mieux ' |^^g'°g- 
aimé copier les fautes de fon Maître , ,?|fj-^j^ ^ 
& donner, à fon exemple, dans un di- noiiedeTer- 
fus fterile qui afFoiblit fes Ecrits '" , & il<aancefoui 
qui y iette un vuide dont le Pape Da- D^cienen. 

■^ r r 1 • • r • \ r • -r a '" Quo fit ut 

maie le plaignit autrefois a lamt Tero- &ieger,nf4i- 
me qui les luy avoit envoyez, bon elo- ^w^ . f 
quence naturelle aidée des feules lu- jumjchoup^ 
mieres de la railon , etoit plus que lut- ^pu^^^mno- 

/^ /* r* 1 1) • 1 1 • . bis s. DamaH 

niante pour confondre 1 idolâtrie ^ mais adHyercEp. 
comme il avoit donné la meilleure par- '^ 
tie de fon temps aux fciences humai- 
nes , & qu'il trou voit plus de plaifir 
dans la leéture de Ciceron & de Virgi- 
le , que dans celle d'un Livre où il au- 
roit appris le dogme de la foy ; il s'eft 
trouvé aflez de force pour détruire la 
fauffe Religion ; mais il en a manqué 
pour défendre & pour établir la veri- 

I Jij 



T R E F A C E. 
table ; ce qui a fait dire à faint Jérô- 
me .* Utinam tam noftra confirmare potuijjetj 
quàmfaciU aliéna deftruxiK Ep. 17,, ad Tau " 
linum. 

Il ne feroit pas tombé dans ce défaut, 
& n'auroit manqué ni de force ni de 
lumières s'il en avoir voulu puifer dans 
un Livre qui en eft autant remply que 
celuy-cy , & qui a toujours été au plus 
haut degré d'eftime & de réputation 
parmy les Sçavans. 
^Apoio^iefi- On pourroit juger à fon titre" , que 
ou-urtSô Tertulien n'a eu d'autre veuë en l'écri- 
vant , que de jullifier les Chrétiens des 
. calomnies dont ils étoient accablez par 
les Payens. Mais une telle Apologie 
n'auroit-elle pas fait tort à celle que leur 
innocence faifoit pour eux, & n'auroit- 
elle pas obfcurci l'éclat de leur fainte- 
té , qui ne pouvoit pas manquer de 
frapper les yeux de leurs plus grands 
ennemis ? 

Motifs qiû ^ . ,__, - . , , ^ , 

ont engagé ^i Tertuuen n avoit pas eu d autres 

Termlien z . ~ ^ -•- -_^ . - 

écrire fon A- motiis cu compolaut cet (Juvrao-e , il 

pologetique. -*■ C 



PREFACE. 
ne s'accorderoit pas avec les fentimens 
qu'il donne luy-même aux Chrétiens , 
lorfque s'adreiFant en leur nom au Pro- 
conful " de l'Afrique , il luy dit : ^'ils . scapuia 
font plus contens d* être c€ndanne\^ que d'être 
abfous : (fr quils ont coutume de rendre grâ- 
ces àleurs Juges ^ après quils ont prononcé leur " Apoiai. 
féntence. 

D'ailleurs , comme il étoit né dans 
l'ignorance & dans les ténèbres duPa- 
ganifme -, il avoit une tendre compaf- 
lîon pour ceux qui étoient dans le mal- 
heureux état oii il s'étoit vu luy-même. 
Auflî n^oublie-t-il rien pour les éclai- 
rer , en leur expofant la vérité de la Re- 
ligion des Chrétiens , & il les excite s 
autant qu'il peut , par les exemples de 
leur vie fainte & innocente , à fortir de 
l'erreur , & à renoncer aux déregle- 
mens de l'idolâtrie. 

Un autre motif qui n'a pas eu moins 
de part à cet Ouvrage ; c eft le grand 
nombre de Chrétiens , les uns d'un 
tempérament foible & délicat , les 



PREFACE. 
autres d'un naturel timide & facile à 
s' effrayer , à qui la crainte des tour- 
mens faifoit abjurer la Foy , & qu'il 
voyoit retomber dans l'idolâtrie à la 
moindre menace d'un Proconful ou 
d'un Préfet. Car , quoyque l'on conte 
un grand nombre de Saints dans les 
deux premiers fiecles de l'Eglife ; &C 
qu'il y en ait encore un plus grand , 
dont le temps nous a dérobé les noms 
& les exemples, ils'entrouveroitbien 
davantage , fi les épées , les chevalets , 
& les ongles de fer n'avoient pas fait 
prefqu' autant de " Relaps que de Mar- 
tyrs. 
rStrier" C'eft ce qui détermina particulière- 
ment Tertulien à écrire en faveur des 
Chrétiens ; ce qu'il fit avec une force 
& une véhémence capable d'arrêter le 
cours des perfécutions , fi elles n'a- 
voient pas été neceffaires à l'Eglife. 
Mais elle étoit encore foible, & pour 
ainfî dire dans les premières années de 
fon enfance. Il falloit qu elle trouvât 

dans 



* Les Qircîlcs 
<jui retom- 
boient dans 



PREFACE. 

dans le fang de fes Martyrs , dans la 
perfeverance de fes Confefleurs , Se 
dans le courage héroïque de fes Vier- 
ges , dequoi foûtenir un Dogme , qui 
détruifoit toutes les autres Religions , 
& dequoi autorifer des maximes qui 
renverfoient toute la vaine morale de 
la Philofophie payenne. 

Quoyque l'Hiftoire ne nous appren- 
ne pas quel fut le fuccès d'une fi excel- 
lente Apologie , dont , au fentiment 
d'un Auteur célèbre " , chaque penfée ^^^^^""'^^ 
eft une Sentence , &c chaque période "^^ ;i"ot 
une victoire ; on ne doit pas douter tôt fitmntu 
qu'elle n'ait produit de tres-orands feZolSuZ. 
biens , dont les temoms oculaires ont 
négligé de nous faire part ; & c'efl à 
cette même négligence , qu'il faut s'en 
prendre ; fi l'on ignore prefque toutes 
les circonftances de la vie de Tertu- 
lien. Qu'une telle connoiflance auroit 
été d'un grand fecours , ou pour le 
condanner fans répugnance , ou pour 
le juftifier fans fcrupule , des erreurs , 



Caradcrc de 
Terciilien. 



PREFACE. 
dont on n^a commencé de l'accufer 
qu'environ 200. ans après fa mort , 
pendant lefquels il a fervi de maître Se 
de modèle aux " Grands Hommes qui 
ont illuftré leur fîecle. 

On ne peut pas nier , en lifant fes 
Ouvrages , qu'il ne fût un de ces Ge-r 
nies rares , dont le Ciel fait prefent aux 
hommes quand il luy plaît. Sa vertu 
y paroît éminente : fon érudition fans 
bornes : la juftefTe de fon efprit , égale 
à la vivacité de fes penfées : la folidité 
de fes raifonnemens , au feu qui brille 
par tout dans fes difcours : & ( ce qui 
eft rare dans un Sçavant ) à un mérite 
univerfel, il fçut joindre une humilité 
très-profonde , digne & parfait carac- 
tère d'un Doéteur Chrétien. 

Il fut l'ornement 8c l'envie de fon 
Siècle , & l'admiration des autres qui 
l'ont fuivi. Ceft le témoignage que luy 

' Saint Cyprien ne palfoit pas un joiir ôtoit de faint Cyprien tout ce qu'il a co- 
fâns lire Tertulien. Et lorfciii'il deman- pié de Ternilien , fes Ouvrages fe rédui- 
doir fes Ouvrages, il avoit coûnune de ' roient à peu de choies. S.Jmmi, Ctlalog, 
dire : Da THa^rum , Donnez-moy mon | des Auietm £cclej!i*jl, 
Maître. * Il avoit bien raifon j car fi on | 



PREFACE. 
ont rendu les Pères de l'Eglife & les 
Auteurs Ecclefiaftiques qui en font 
mention ; ceux qui ont le plus appro- 
ché de fon temps , comme ceux qui en 
font le plus éloignez. Il n'y a guéres Differensju- 

■^ 1)1 f f gem-ns qu'on 

que cent ans que 1 nereiie a commence a porté de 
d'en parler autrement j & c'eft elle en 
quelque façon , qui a donné le ton à 
ceux des Catholiques qui n'en ont pas 
parlé avec plus de refpeét , & peut- 
être encore avec moins d'équité. Mais 
tout ce qu'on en a pu dire fait moins 
de tort à cet excellent Homme , qu'à 
ceux qui en ont porté des jugemens 
peu raifonnables. Ses Ouvrages font 
de puiflans Apologiftes , qui le vange- 
ront toujours amplement de tout ce 
qu'on aura ofé dire à fon defavantage. 

Il n'a pas été difficile d'en donner une 
idée peu jufte à une infinité de per- pp^^q^on 

£ J JT n a pas une 

fonnes , qui rebutez autant par la du- iJéebieujur- 
reté que par l'obfcurité de fon ftile , 
s'en font tenus à ce qu'ils en ont appris 
des autres ^ ou qui n'entendant pas la 



te de cet Au- 
teur, 



PREFACE. 
langue , ont cherché leur fentiment 
dans l'opinion de quelques Critiques , 
ou de quelques Auteurs dont le juge- 
ment fait bien voir qu'ils n'avoient pas 
une connoiffance affez parfaite de fes 
Ouvrages. 

C'eft pour remédier à la négligence 
des uns , & à l'ignorance des autres , 
qu'on a formé le deflein de donner au 
Public en notre Langue les Livres de 
ce fç avant Homme , qui nous a laiffé 
des monumens précieux que nous 
ignorions fans luy: qui a tant faitd'hon^ 
neur à l'Eglife , ôc qui en fait tant en- 
core aux plus grands Orateurs , quand 
ils ont l'art de choifir dans fes Ecrits de 
quoy enrichir leur difcours , & qu'ils 
fçaventy cueillir des fleurs fans les flé- 
trir. 
Du temps & Commc on n eft point certain du 
temps , non plus que du lieu , oti Ter- 
tulien a écrit cet Ouvrage , de que 
d'ailleurs les Sçavans ne font pas d'ac- 
eord fur les Perfonnes à qui il l'adrefi 



à<i lieu où 
Tertiilien a 
écrit cet Ou- 
vrage. 



PREFACE. 
fe ; mon deflein n'eft point de faivre i^«/M^^- 
aucun de leurs fyftêmes , ny d'en for- 'SiJ^'LZ' 
mer un nouveau. Les choies douteules tmisvmsdc 
doivent laitier a un chacun la liberté tcmcn & ^,^ 

d, /» , . « Q . 1 ddcitsïin dite- 

en penler ce qu il veut , oC ce qui luy y^mt,ammfe- 

paroit plus vray-lemblable. fj?.MmutFd. 

Nous n'avons rien dans les Ecrits , ny /« Ltiu n- 
dans les Auteurs à peu près contem- '''"'' '^^'^' 
porains , qui puifle garantir du doute 
ce qu'on pourroit en avancer , & met- 
tre d'accord le grand nombre de Criti- 
ques , qui en nous difant ce qu'ils en 
fçavoient , n'ont pu nous faire part 
que de leurs conjectures. Les vins ont 
prétendu qu'il n'étoit point à Rome 
lors qu'il Ta écrit , & que c'efl: aux Sé- 
nateurs de Carthage qu'il l'adrefle ^ ce 
qui les a obligez de faire trouver en 
Afrique un Capitole , un Cirque , des 
Pontifes , des Coutumes & des Lieux 
qu'elle ne vit jamais. Ils ont fait en ce- 
la plus que " Junon i car ils ont forcé le '^^; «j^^^^^ 
Deftin , & ont fait de Carthage , le aJnV'^ui^, 
trône de la domination, & la Capitale ^leidi.' 
4e l'Univers, ï iij 



Des Perfon- 
nes à qui il 
ladreffe. 



T R E F A C E. 

Les autres ont crû qu'il étoit à Ro- 
me , lorfqu'il l'a compofé : qu'il y a tou- 
jours demeuré depuis qu'il a été fait 
Prêtre : & que c'eft-là qu'il s'attira Ten- 
vie & les perfécutions du Clergé Ro- 
main , qui peut-être n'étoit pas con- 
tent de fe voir tant illuftré par un hom- 
me d'une vertu éminente & d'un mé- 
rite fuperieur. Mais , j'en laiffe le ju- 
gement aux Leébeurs , & je me per- 
fuade qu'ils n'auront pas de peine à 
décider pour le dernier > qui me paroît 
plus que vray-femblable. 

Pour ce qui eft des Perfonnes à qui 
il adreiTe cette Apologie , les uns veu- 
lent , comme je viens de le dire, que 
c'efl aux Sénateurs de Carthage : d'au- 
tres croyent que c'eft au Sénat de Ro- 
me : plufîeurs ont prétendu que c'étoit 
aux Gouverneurs , aux Proconfuls , 
aux Préfets & à tous les autres Juges 
de l'Empire ; ( peut - être parce qu'il 
les apoftrophe quelquefois dans fon 
Difcours. ) Une quatrième opinion qui 



V R E F A C E. 
ne paroît pas moins vraye , d'autant 
plus qu'elle n'a befoin d'aucune inter- 
prétation des termes de TAuteur , & 
qu'elle s'accorde avec l'ordre & la ma- 
tière ordinaire des jugemens ; c'eft 
qu'il Tadrefle au Collège des Pontifes 
Romains , qu'il appelle , à l'imitation 
de Ciceron : Romani Imperij AntiBites, En 
effet , ils étoient les Juges fouverains 
de la Religion , & les arbitres des plus 
importantes afïaires de l'Etat : ils a- 
voient le pouvoir d'annuler & de ré- 
former les Loix , lorfque le bien public 
le demandoit : & l'on ne pouvoit pas 
appeller de leurs jugemens. Tertulien 
avoit à défendre les Chrétiens qu'on 
accufoit de crimes d'Etat & de Reli- 
gion : il étoit naturel qu'il fçût à quel 
Tribunal alloit fa caufe ^ luy , qui avec 
tant de qualitez rares , avoit encore 
celle de tres-habile Jurifconfulte. Il ne 
pouvoit pas ignorer qu'il devoir s'a- 
dreifer aux Pontifes , dont la fonétion 
principale étoit de maintenir èç de rçr 



barie. 



T R E F A C E. 

"Les frefets, formcr les Loix ; & non à " ceux qui 

les 'Proconfuls, > / • • if' 

& les coft- n etoient commis que pour les raire 

yemeurs. 

exécuter. 
Dnftiie de On uc fçauroit difconvenir que le fti- 
fesT'fabïï- le de Tertulien ne foit dur , barbare , 
& tres-obfcur. Il femble même , qu'un 
homme qui penfoit avec tant de déli- 
catefle^ auroit dû s'énoncer avec plus 
de pureté , fuivant la penfée de l'un de 
nos Poètes : 

Selon que notre idée eji plus ou moins ohfcure , 
Uexprefion la fuit, ou moins nette , ou plus pure. 

Une des caufes principales de cette 
barbarie -, c'eft la leéture affiduë des 
Livres Grecs , où Tertulien avoit pui- 
fé la connoifTance de la Philofophie , 
des Loix , & de toutes les fciences 
payennes qu'il pofledoit en un degré 
éminent. C'eft ce qui l'a fait prefque 
toujours parler Grec en Latin , & met- 
tre fes penfées au jour fous des expref- 
fions fouvent monftrueufes. Cela eft 
d'autant plus facile à comprendre , 
qu'on voit tous les jours d'habiles Gens 



écrire 



PREFACE. 
écrire d'un ftile barbare , & parler un 
françois prefque toujours impropre , 
pour avoir trop donné de leur temps 
à des langues étrangères , & pas afTez 
à la leur. 

Tertulien accoutumé à la vivacité 
du Laconifme , ne trouvant point dans 
fa langue la même légèreté qu'il ren- 
controit dans la Langue Grecque , 
préferoit une expreffion dure , mais 
concife , à une plus polie , mais diffu- 
fe , qui ennuyé les oreilles , qui fait 
languir l'efprit , & qui porte toujours 
du vuide ou de la foibleffe dans le dit 
cours. Souvent même il inventoit des 
mots , non , félon les préceptes de la 
produétion fage 3c régulière , qu'Ho- 
race en donne dans fa Poétique ; non , 
à la manière fcrupuleufe de Ciceron , 
qui avoit recours au Grec , lorfque fa 
langue luy refufoit un terme propre , 
pour exprimer fon idée j mais violant 
les règles de l'invention , & les loix du 
beau langage , il fe livroit à tout fon 



T RE F ACE. 
i^ffScyl feu , forgeoit un terme qui n'étoit ny 
siTS^XÏ Grec ny Latin , & dont prefque per- 
p^motTen fonue vl 2l ofé fe fervir après luy. Cefl: 
kndroiS , ce qu'il a fait autant de fois qu'il en a 
Ifriïs'Ties nianqué pour exprimer toute la force 
temiesbarba g- toutc l'étenduë dc fa penfée ; car 
alors il aimoit mieux en inventer un 
barbare que d'en employer deux meil- 
leurs pour une expreflîon qui luy pa- 
roiflbit n'en demander qu'un. Il faut 
pourtant avouer, qu'il n'a point fait de 
Livre , où il fe foit contenu autant que 
dans celuy-cy , &quoy qu'il s'y rencon- 
tre de ces termes extraordinaires ; ils 
font beaucoup plus rares que dans le 
refte de fes Ouvrages. 

Une autre raifon de cette barbarie , 
c'eft que dans fon Siècle la langue La- 
tine étoit bien déchue de fa première 
pureté. Outre que Tertulien ayant été 
élevé à Carthage , il n eft pas étonnant 
que fa diétion ne foit pas bien pure , 
puifque , fous l'Empire de Severe , les 
Romains même ne fe fentoient plus de 



T R E F A C E. 
leur ancienne politefle, comme Tertu- 
lien le leur reproche dans cette Apolo- 
gie. Voilà une partie des caufes de cet- 
te dureté de ftile dont on l'accufe avec 
juftice. Mais fi fes penfées paroiflent 
fi belles à travers des expreflîons fi bar- 
bares ; que feroit-ce , fi la richefle de 
l'expreflion répondoit à la délicateffe 
& à la vivacité de fes penfées? 

Je fuis fort éloigné de penfer de cet- Avmifle- 
te Traduction tout ce qu'en avance SXa 
l'Approbateur j & j'ay lieu de croire 
par ce qu'il en dit, que fa Critique n'a 
pas agi feule , dans le jugement avanta- 
geux qu'il en porte : fans quoy je ne 
^ feindrois pas de dire , que je donne au 
Public une Tradudiion parfaite. Mais 
ce que je puis affurer, c'eft que j'ay fait 
mon poflîble pour la rendre exa6te ôc 
utile. Une de mes principales atten- 
tions a été de mefurer , autant que j'ay 
pu , mes expreflîons fur les penfées 
de mon Auteur , fans néanmoins m'é- 
carter de fa diétion ^ & félon qu'elle 

o ij 



PREFACE, 
revient plus ou moins au génie de no- 
tre Langue , elle fe trouve , tantôt au 
deffous , & tantôt au-deflus de l'O- 
riginal. 

Ceft, àmonfens, défigurer un Ou- 
vrage ; c'efl: faire injure à fon Auteur 
& s'en faire à foy-même ; c'efl; trom- 
per la foy du Public , que de mettre au 
jour lefens des paroles d'un Livre, en 
luy dérobant le caractère des penfées 
& du génie de l'Auteur. Pour ne pas 
tomber dans ce défaut , j'ay tâché d'é- 
viter la multiplicité des termes , & les 
circonlocutions qui gâtent toujours 
les beautez de la diétion la plus par- 
faite : qui anéantiiïent la force , étei- 
gnent le feu , & ternifl'ent l'éclat des 
penfées les plus brillantes. 

On trouvera dans cette Tradu6bion 
quelques périodes un peu longues , ce 
qui ne convient guéres au génie de 
l'éloquence françoife , qui aime un fti- 
le court & Laconique. Mais il s'en 
trouveroit bien davantage , fi je n'a^ 



PREFACE. 
vois pas hazardéd'en couper plufîeurs, 
& de mettre du repos où il n'y en a 
point dans l'Original. Peut-être auflî 
qu'en voulant m'ajufter à notre goût , 
auray-je dérobé à mon Auteur quel- 
que portion de cette rapidité d'élo* 
quence fi familière à la plupart des an- 
ciens Orateurs. 

J'entens par rapidité d'éloquence , 
un enchaînement de propofitions , & 
une fuite de preuves liées , & dépen- 
dantes les unes des autres , lefquelles 
forment enfemble une période qui , 
foûtenuë par la véhémence d'une pro- 
nonciation vive & animée , fait vio- 
lence à fon Auditoire , & le force à luy 
donner fon fuffrage. 

Si Ton ne voit pas icy le texte Ori- 
ginal avec la verfion , c^eft que j'ay ap- 
pris qu'on travaille à donner au Public 
une Édition nouvelle des Ouvrages de 
Tertulien , plus exaéte que toutes cel- 
les que nous avons , qui fera corrigée 
fur les rmeilleurs & les plus anciens 

ôiij 



PREFACE. 
Manufcrits , & où Ton trouvera des 
reftitutions judicieufes & importantes. 
Je l'attens avec une grande impatien- 
ce pour y conformer ma Traduétion , 
& pour travailler avec plus de plaifir 
& plus de fureté que je n'ay fait jut 
qu'icy. 

J'ay encore à rendre raifon de quel- 
ques termes que je n'ay pas traduits fé- 
lon leur lignification propre ; comme 
dans la page 37. où je dis le fang des 
animaux eft un des moyens dont vous 
vous fervez pour faire renoncer un 
Chrétien à fa Religion. Le Texte por- 
te : Infer tentamenta ChriBianorum , botulos 
etiani cruore dijlentos admovetu. Et fije Tay 
fait encore ailleurs , il faut s'en prendre 
à la délicateffe de notre langue , qui 
n'admet point de terme auffi bas que 
celuy de boudin ( fignification propre 
de hotulm ) dans un difcours auffi grand 
& auffi pompeux que celuy-cy. A l'é- 
gard de quelques mots Grecs que j'ay 
laiifez dans la Traduction comme ils 



TradudlioiT. 



PREFACE. 
font dans TOriginal ; ceux qui enten- 
dent cette langue en comprendront ai- 
fément la raifon ; & j'affure ceux qui 
ne l'entendent point , qu'ils n'y per- 
dent rien. Si j'en ay ufé de la forte en 
cette occafîon , comme en plufîeurs au- 
tres , c'efl; pour ne pas bleffer la mo- 
deftie de mes Leéteurs. 

L'Edition que j'ay fuiviele plus , eft LEdîdon 
celle de Variorum : elle auroit dû être dLT'\cnc^ 
la meilleure étant la dernière , & per- 
fonne n'en jugeroit autrement à fon ti- 
tre. Il s'y trouve néanmoins un fi grand 
nombre de fautes d'impreflîon &: d'o- 
miflîons confiderables , une pon6tua- 
tion fi irréguliere & fi peu correéte , 
que leLeâieur fe voit toujours prêt de 
donner dans quelque abfurdité , fi le 
bon fens ne l'avertiflbit pas. Je me fuis 
fervi de la même Edition pour l'Apo- 
logétique à Scapula , & l'Exhortation 
aux Martyrs : Pour les Traitez de la 
Patience , de la Pénitence , de la Prière , 
des Speâ;açles, & de l'ajuftement des 



T R E F A C E. 
Femmes , qui fuivront celuy-cy de fort 
près. 

Si je dis , que je me fuis fervi de cet- 
te Edition plus que des autres ; c'efl 
qu'il n'y en a point d'aifez parfaite 
pour qu'on la puifle fuivre en fureté 
& fans fcrupule ; à moins qu'on aime à 
copier des fautes. Celle de Pamelius en 
eft remplie : celle de Rhenanus , qui 
paroît avoir été faite avec plus de foin, 
n'en eft pas exempte. On ne fçauroit 
porter un jugement plus avantageux 
des autres. Et l'on peut dire avec véri- 
té qull nY a guéres d'Auteurs qui 
ayent été plus maltraitez par l'ignoran- 
ce des Copiftes , par la négligence des 
Imprimeurs , & par le peu d'applica- 
tion des Commentateurs. Si fon anti- 
quité & fon obfcurité pouvoient n'a- 
voir aucune part à toutes ces fautes ; il 
auroit un jufte fujet de s'en plaindre. 
L'Edition de Tertulien a laquelle on 
travaille donnera un i^rand luftre à fes 

Ouvrages , fera grand plaifir au Pu- 
blic ,. 



T R E F A C E. 
blic , & me fera d'un grand fecours 
pour exécuter le deflein que j'ay de 
donner cet Auteur en notre Langue. 

A l'égard des Notes , on en trouve- Des Not« 
ra peu icy qui regardent le texte ori- [«'iîSesf" 
ginal ; à quoy ferviroient-elles dès que 
le Latin n'y eft pas ? Celles que j y ay 
mifes ne font que pour l'éclaircifle- 
ment des faits & des matières qui pour- 
roient jetter une autre forte d'obfcuri- 
té dans cet Ouvrage , par la profon- 
deur & la variété de l'érudition dont il 
eft remply. Il m'auroit été difficile de 
fatisfaireen cecy , tous ceux dont j^ay 
pris les avis. Les uns demandoient 
beaucoup de Notes , & plus même 
qu'il nY en a : les autres en auroient 
voulu moins : quelques-uns les ont 
trouvées trop longues , & plufieurs 
ont crû qu'elles étoient trop courtes. 
C^eft la peine où l'on fe trouve lorf- 
qu'il faut fatisfaire à la fois diverfes 
Perfonnes de différent goût & d'un 
degré différent de fcience & d'érudi- 

û 



T R E F A C E, 
tion. Et comme je retombe dans le 
même embarras en mettant ce Livre 
entre les mains du Public ; je fupplie 
les plus éclairez de mes Leéteurs de fe 
reflbuvenir que ces Remarques ne 
font icy que pour les Perfonnes qui 
n ont pas toutes leurs lumières , & qui 
auroient peut-être eu de la peine à fe 
pafler de ce fecours. 

Pour ce qui eft: des Notes furie tex- 
te original , je les referve pour un au- 
tre temps , & je compte les renfermer 
toutes dans un Diétionnaire Latin 
François pour l'intelligence de Tertu- 
lien. Car il faut avouer que Perfonne 
n'a tant forgé de mots barbares , ny 
changé comme luy les idées des plus 
connus. En forte que pour le bien en- 
tendre , il faudroit , s'il étoit poffible , 
oublier pendant qu'on le lit le Latin 
qu'on fçait ; fans quoy l'on s'expofe à 
donner à fes termes une idée qui n'eft 
pas la fienne. 
oumgî '^' Je ne fçaurois m'empêcher de dire 



.Ji 



PREFACE. 
un mot du mérite & de l'utilité de cet- 
te Apologie , quoy qu'il foit difficile 
d'ajouter quelque chofe à ce qu'en dit 
l'Approbateur , qui en fait un éloge 
parfait. On peut conclure de ce qu'il 
en avance , qu'il y a peu de Livres plus 
propres à former d'excellens Ora- 
teurs , & plus capables de donner de 
l'efprit & de l'élévation à ceux en qui 
la nature en a jette les premiers fon- 
démens. En effet , fa jufteffe dans la 
fage diftribution du fujet , & dans la 
belle difpofition des matières ; fa mé- 
thode , dans l'ordre & dans l'arrange- 
ment des preuves: fa fécondité dans la 
multiplicité & la variété des raifonne- 
mens ; fa force , dans les coups vifs & 
accablans qu'il porte aux Idolâtres ; 
enfin, fon éloquence dans cette furprife 
qui arrête & qui ravit à chaque inftant 
fon Leéteur ; font de grands modèles 
pour ceux qui afpirent à la gloire d'ex- 
celer dans l'art de bien dire. 



^ 



U 1 



ABREGE' 



ABREGE' 

DE L'APOLOGETIQUE 

DE TERTULIEN. 



Les p.ycus TT E deffeiii de Tertulien dans cet Ouvrage , 



étant de défendre la vérité de la Religion 
,ic, parce qu-Hs Chrétienne, il commence par faire voir , que , fi on 



gion Chrétien 
ne la conn 



Ccntpas. ne la haïlToit pa$ , il ne feroit pas neceffaire de faire 
fon Apologie ; 6c que c'eft la haine qu'on a pour elle 
qui efl la feule caufe des injuilices que reçoivent 
ceux qui la profeffent , ôc des crimes qu'on leur im- 
pute. 

Il fait voir enfuite que les Chrétiens font innocen$ 
de tout ce dont on les accufe , 6c que les Payens font 
coupables des crimes dont ils accufent les Chrétiens. 
Que les Loix qui condannent les Chrétiens ne doi- 
vent pas être fuivies , parcç qu'elles ne font pa$ 
juiles. 

Les Chrétiens Q^^ l^s Chrcticns foiit innoccns de meurtre &c 

^nJ\»Lr'îh d'incefte , même en fecrct ; 6c que les Payens en font 

des wnid£ coupables , même en public. 

Que les Chrétiens font accufez fauffement de deCr' 
^ honorer les Dieux , 6c que ce font les Payens eux^ 
mêmes qui les deshonorent. 



Ils ne fou 
jint coupable 

ïïe! '^'^''^ 1°. En les multipliant comaie il leur plaît. 



ponu coupables * * ^^^ donnant la qualité de Dieu à des hommes. 



DE L'APOLOGETIQUE 

f. En mettant des fcelerats au rang des Dieux. 

4°. En méprifant leurs Images. 

5°. Par la manière dont il les fabriquent. 

6°. Par la préférence qu'ils donnent aux uns furies 
autres. 

7". Par le trafic honteux qu'ils font de leurs Ima- 
ges. 

8°. Par le tribut qu'ils en tirent. 

9°. En les faifant fervir à leur avarice. 

!©•. En rendant à des hommes les honneurs qu'ils 
rendent à leurs Dieux. 

11°. En mettant des Proflituées au rang des Dieux. 

11°. En n'offrant aux Dieux que des vi(5limes ulcé- 
rées. 

15°. En leur refîifant les décimes qui leur font dues. 

14°. En les abaiffant , comme ont fait les Poètes 
.dans leurs Livres ôc fur les Théâtres , leur attribuant 
des aélions indignes ôc honteufes. 

iS°. En les méprifant 6c en les outrageant comme 
ont fait les Philofophes. 

Enfin en les deshonorant dans TAmphithéâtre , 6c 
en portant l'impiété jufqu'au pié des Autels. 

Que les Chrétiens n'adorent point la tête d'un 
âne. Qu'ils n'adorent ny le Soleil , ny aucune figure 
grotefque , comme les Rayens.. 

Qu^ils adorent un Dieu qu'on ne peut ny voir ny 
comprendre , Maître fouverain de l'Univers , dont 
l'Image eft gravée dans lame d'un chacun , 6c dans 
jToutes les Créatures. Un Dieu de tous les temps , an- 

û iij 



ABREGE^ 

nonce aux Juifs par les Prophètes , connu par des 
Livres plus anciens que tout ce qu'ily a de plus vé- 
nérable dans l'antiquité payenne. Que ces Livres 
font le fondement de la Religion des Chrétiens. 
Qu'ils ont été didlez &: infpirez par l'Elprit de Dieu. 

Que ce Dieu efl le même que les Juifs adorent. 

Que les Dieux des Payens font des Démons. Que 
ces Dieux étant des Efprits invifibles , ils agiflent d u- 
ne manière imperceptible qui furprend &; qui féduit 
les hommes par les chofes extraordinaires qu'ils font, 
ce qui les fait regarder comme des Dieux. 

Que les Dieux avouent eux-mêmes qu'ils font 
des Démons , ce qui juftifie les Chrétiens ; puifque 
les Dieux qu'ils refufent d'adorer ne font pas des 
Dieux. 

Que fi les Chrétiens adorent un Dieu particulier , 
ils ne font pas plus coupables que les Payens qui ont 
tous des Divinitez particulières. 

Que ce ne font pas les Dieux qui ont élevé les Ro- 
mains , parce qu'ils auroient agi contre leurs pro- 
pres intérêts. Mais que c'eft le Dieu des Chrétiens à 
qui feul il appartient de diftribuer les Royaumes ; 
puifque Rome eft plus ancienne que plufieursdefes 
Dieux , ôc que fes Dieux ont tous été des hommes. 

On ne doit pas forcer un homme à adorer des 
Dieux qu'il n'eftime pas. 
ïis ne font Que les Chrétiens ne doivent pas être regardez 

point coupables ^""^ i I \ \1 r J r nr-> 

ac itze Majefté commc coupables a 1 égard de 1 Empereur. 

1°. Parce qu'ils demandent fa coiifervation à celuy 



Impériale. 



DE L'APOLOGETIQUE. 

qui feul la peut accorder , ëc que les Empereurs mê- 
me ont reconnu pour Dieu. 

i". Parce que leur Religion les oblige à prier pour 
l'Empereur. 

5°. Parce que s'ils ne jurent pas par fon Génie , 
c'eft parce que les Chrétiens ne jurent pas par les 
Démons. 

4°. Parce qu'ils refpedlent dans l'Empereur le pou- 
voir ôc la fouveraineté qu'il a reçus de Dieu. 

5°. S'ils ne luy donnent point la qualité de Dieu , ns font au 
c'eft parce qu'ils ne fçavent pas fe mocquer de luy. tu"u?,'tranquu 

6°. Parce qu'ils luy donnent le titre de Seigneur au à'^u^Te mon! 
fens qui luy convient ; mais non au fens qu'ils le '^*- 
donnent à Dieu. 

7°. Parce que s'ils font déclarez ennemis publics , 
ce n'eft que parce qu'ils folennifent la fête de TEmpe- 
reur dans l'innocence & non dans le crime , ce qui 
les fait priver du nom de Romains , quoy qu'on n'en 
prive pas les meurtriers des Empereurs. 

8°. Les Chrétiens aiment les Empereurs, parce qu'ils 
font obligez d'aimer leurs ennemis. 

Il fait voir enfuite que les Chrétiens ne font de 
mal à perfonne ; qu'ils ne font point gens de cabale 
ny de parti : qu'ils n'ont jamais entrepris contre les 
Empereurs : que leurs affemblées font tranquiles ôc 
non faétieufes : qu'ils ne font point lacaufe des mal- 
heurs publics , mais les Payens : qu'ils ne font point 
inutiles pour le commerce , û ce n eft à ceux qui 



Leur Religion 
tii toute divine. 



toutes les au- 
tres. 



Leurs dogmes 
iimocens & 



ABREGE' DE L'APOLOGETIQUE 

font profcffion ouverte du crime ; que c'eft taire utr 
grand tort à l'Etat que de luy ôter des Citoyens qui 
vivent dans une innocence à laquelle les Payens ne 
fçauroient atteindre. 

Il réfute enfuite le fentiment de quelques Philofo- 
phes , qui difoient que la Religion Chrétienne ne 
vient point de Dieu; ôc il fait voir quefon excellen- 
ce la met au-delTus de toutes les autres. 
fup^eurirr i°- Par la différence de fes vertus qui font vrayes ^ 
à celles des Philofophes qui font fauffes. 

z°. Parce que les Philofophes &; les Poètes ont pui- 
fé dans les Livres des Chrétiens ce qui fait le plus ad- 
mirer leurs Ouvrages. 

f. Par la comparaifon de la metempfycofe extra- 
vagante de Pythagore, avec le dogme raifonnable de 
la Réfurredlion. 

4°. Parce que les dogmes des Chrétiens forcent les 
hommes à devenir meilleurs. 

5°. Parce que la patience des Philofophes & des 

autres Payens n'a jamais rien produit de femblableà 

ce que fait la confiance des Chrétiens j puifqu on ne 

fçauroit en être témoin fans en être frappé , ôc fans 

!*£?. ^tT concevoir le defir de fe faire Chrétien. 

Enfin après avoir fait voir Tinnocence des Chré- 
tiens , il finit leur Apologie , en difant que ce qui les 
confole , ceft que s'ils ne font pas innocens aux yeux 
kw"ég«"" * ^^^ hommes , ils le font au moins aux yeux de Dieu. 

TABLE 



trct-uciks. 



Donc la Re- 



tienne 
doit pas être 
haie ; donc les 
Chrétiens ne 
méritent point 
les injultices & 
les ciuautez 



TABLE DES SOMMAIRES 

contenus en ce Livre. 

$. I. /^ N" ne doit pas condanner la Relipon des 
Chrétiens Jam la connoltre. page i. 

$.11. Combien il fe commet d'injujUces, foit en condan- 

' nant les Chrétiens ,foiten les renvoyant ah fous. 6 

$.111. La haine que les Pajens ont pour le nom dj 
Chrétien j les force a lovier ce qu 'ils condannent. 1 1 

§. IV. Les Empereurs Ç^ le Sénat ont aboli ou refor- 
mé des Lotx qui paroijfoient contraires au bien pu- 
blic. Celle qui condanne la Religion Chrétienne efi 
injujie ^ pemicieufe a l'Etat. 1 6 

§. V. Si les Empereurs vicieux ontperfecuté les Chre- 
tiens j les <vertueux fe font déclarez^ leurs protec^ 
teurs. i? 

$. V I. Les changemens que les Romains ont faits aux 
Loix de i 'Etat (^ de la Religion. z 5 

$. VIL Tout ce quon a^vance contre les Chrétiens font 
des bruits de la Renommée 3 qui efi prefque toujours 
faujfe. 27 

$. VIII. Les Chrétiens [ont innocens des crimes qu'on 
leur impute , parce qtiil n'y a point d homme qui 
foit capable de les commettre > 30 



TABLE 

$. IX. Les Fayensfont en public tout ce qu'ils accufent 
les Chrétiens défaire dans leurs ajjemhlées. 55 

§. X. LesTajens ne fçauroient ignorer que les Dieux 
qu 'ils adorent ne font pas des Dieux. 40 

§.XI. Examen des raifbns qu on aurait ùu avoir pour 
faire de nouveaux Dieux. 45 

§. X 1 1. On ne peut adorer les Idole s, fans renoncer aux 
lumières de la raifon. 49 

§. XÏII. Les Payens traitent indignement leurs Dieux 
dôme fit que s ^ publics. n 

$. X I V. Les Poètes Çf les Philofophes Pajens ont eu un 
grand mépris pour les Dieux. ; 4 

$. XV. L impieté des Pajens dans leurs LivresÇ^ dans 
leurs Spectacles. 57 

$. XVI. Les Chrétiens n'adorent ny la tête d'un Afne^ 
m V image du Soleil, Les Pajens ont de la vénéra- 
tion pour les croix 3 de même que les Chrétiens, s^ 

$. XVII. Idée du Dieu que les Chrétiens adorent. 62, 

§. XVIII. On apprend à connoitre le Dieu des Chré- 
tiens dans les Livres des fuifs. Ils ont été traduits en 
Grec. Ils font entre les mains duTublic. 64 

§. XIX. Les Livres des Juifs font plus anciens que 
tous les Livres des Pajens , Çf même que leurs 
Dieux. 67 

$. XX. Les Livres des fuifs infpirez> (f diéiez, de 
Dieu, 69 



DES SOMMAIRES. 
$. XXI. La Religion Chrétienne fondée fur celle 
desfuifs. Les Juifs feuls aimezj de 'Dieu. Leurdif 
grâce. Génération du Verbe EterneL Hifioire de 
Qhrtft. -ji 

§. XXII. Des démons Ç^ de leur puijfance^ 7^ 

§. X X 1 1 1. Des Apparitions , des Prefiiges , Çf des 
Oracles. 84 

§. X X I V. Les Dieux des Pajens n'étant pas des 
Dieux , les Chrétiens ne font point coupables lorf 
qu'ils refufent de les adorer. Ce nef qu aux feuls 
Chrétiens qu'on ne perm>et pas de fe choifir un 
Dieu. 8 s 

$. XXV. Les Romains ne fint point redevables de leur 
grandeur , a leur Religion. 9 r 

$. X X V I. // ri appartient qu'à celuy qui a fait iVni- 
, tjers , de dijiribuer les Royaumes , Çf défaire des 
Rois. ^$ 

$. XXVII. Les Démons fe reuoltent contre les Chré- 
tiens j quoyqutls fient obligez^ de leur obéir. Ils inf 
pirent aux Pajens toutes les 'violences Çf les cruau- 
teZ} quils exercent à l'égard des Chrétiens. 97 

$. XXVIII. Les Tajens craignent moins les Dieux que 
les Empereurs. 99 

§. XXIX. Les Chrétiens contribuent k la confernjation 
des Empereurs ^plus que les Payens. 100 

%. XXX. Les Chrétiens prient pour les Empereurs. Il 

a Ji 



TABLE 
ny a. qu'un Chrétien qui puijfe obtenir ce quil de- 
mande pou r l'Empereur. i o i 

§. XXXI. Z/f^ Chrétiens font indijpenfablement obligez^ 
de prier pour les Empereu rs. 104 

$. XXXII. ^^ojque les Chrétiens ne jurent point par 
le Génie de l Empereur, tls ne laijfentpas de prier 
pour l Empereur ^3" pour lEmfire, i o y 

%. XXXIII. G^ue les Chrétiens nefçaventny éle^ver ny 
ahaijferl Empereur plus qutls ne doivent. i o 6 

§. XXXIV. En quel fins on peut donner à l Empereur 
la qualité de Seigneur. Le traiter de Dieu , cejî luy 
'vouloir du mal. 107 

%. XXXV. Les vœux des Chrétiens pour l Empereur , 
(inceres ^ raifonnables : ceux des Tayensfaux Ç3' té- 
méraires. On refufe le nom de Romains aux Chré- 
tiens qui fint fidèles ^ attachez^ a l'Empereur. On 
le donne a fis ennemis Ç3' à fis meurtriers. 108 

$. XXXVI. Enquoyconfifie l'honneur 3 l'attachement 
&' lafidelitéquon doit a l'Empereur. m 

$. XXXVII. Que les Chrétiens ne manquent pas de 
moyens pour Je vanger des Payens. Quils n en font 
nen^parce que la vengeance ne leur efl pas permi- 
fe. ^ m 

§. XXXVIII. Les Chrétiens n ayant point d'ambition 3 
nefçauroient être Gens de cabale Ç3' départi. 1 15 

5. XXXIX, // ne fi paffi rien dans les Affimblées des 



DES SOMMAIRES. 

Chrétiens qui nefoit dans tordre de la hienpance. 
heurs repas font fimples &" fans profujlon. Ceux des 
Fayens fomptueux Çf magnifiques. 1 1 6 

§. XL. §lue c efl f ingratitude des hommes , Çf non les 
Chrétiens , qui ejî la caufe des malheurs qui arri- 
ijentdans le monde, ^lue les Chretiem les détour- 
nent far leurs prières , pendant que les Fayens les 
attirent par leu rs impie tez^. 1 1 1 

$. XLI. Les Fayens font la caufe de tous les malheurs 
publics. Tnjufiice des Dieux d'affliger les Fayen^s 
pour punir les Chrétiens. i i $ 

§. XLII. Les Chrétiens auft utiles ^ pins fidèles Ci- 
toyens que les Fayens, 1 1 6 

$. XLIII. En quoy les Chrétiens font des Citoyens inu- 
tiles. En quoy ils font utiles. i z 9 

,§. XLIV. Faire mourir les Chrétiens , ceft oterà la 
Kepub liquéfies plus innocens Citoyens. ibid. 

$. XLV. E innocence des Chrétiens différente de celle 
des Fayens. La Loy de Dieu différente de la Loy des 
hommes. Lesfiiipplices dont Dieufiè fert ^dijferens de 
ceux que les hommes employent, 1 5 o 

|. XLVI. La Doctrine des Fhilofophes ne reffemble en 
rien a celle des Qjretiens. Ils ont écrit ^ parlé des 
JOieux avec plus de mépris que les Chrétiens. Ils 

a iij 



TABLE DES SOMMAIRES, 
nont eu qu'une connoijfance imparfaite de la Dî- 
'vinité. Leurs vertus faujfej , Ç^ toutes différente? 
de celles des Chrétiens. ijr 

§. XLVII. Les Philojbphes ont appris des fainte s Ecri- 
tures tout ce qu'ils ont connu de la Dvvimté, Ils ont 
corrompu les <veriteZj qu!ils n'ont pu comprendre. 
Lanjarietéde leursfentimensjur la nature ^ l'ex- 
cellence de Dieu. 136 
$. XLVIIÎ. Le Dogme de la KefurreElion plus raifon- 
nahle , que la Afetempjjcofi. La doéirme de la Re- 
Jurre£lion expliquée ^ prouvée par la raifon ^ 
par la nature. 159 
§. XLIX. Les Dogmes des Chrétiens excellens , parce 
qu'ils forcent les hommes a de^venir meilleurs. Ils font 
innocens , Çf ne doivent point attirer aux Chrétiens 
les mauvais traitemens qu'ils reçoivent. 145 
§. L. Les Chrétiens ne s' affligent point de s injujiices Ç^ 
des cruauté Zj qu'on exerce à leur égard. La con^ 
fiance des Payens récompense &* regardée comme 
un effort de vertu. La confiance des Chrétiens pu- 
nie cf* regardée comme une fureur^ un defefpoir. 
Qj^e cefi elle qui produit les Chrétiens. 145 

Fin de la Table des Sommaires, 



JIFPROBATION. 

J'Ay lu par ordre de Monfeigneur le Chancelier un 
Manufcrit qui a pour titre : Apologétique de Tertulien , C^r, 
De tous les Livres faits pour la défenfe de la Reli- 
gion Chrétienne , contre les injuil:es preVentions des 
Payens , celuy-cy s'eft acquis une eftime particulière 
dans FEglife. Il eftremply des traits les plus vifs & les 
plus forts j d'une éloquence mâle , & d'une noble har- 
dielTc • les raifonnemcns en font folides ; les preuves 
convaincantes : tout y eft grand , pompeux & magnifi- 
que. 

Tertulien avoit à y de'fendre la foy de Jesus-Christ 
de la part du peuple Chrétien , contre les Chefs & les 
Maîtres de l'Empire Romain i qui ne regardoient plus 
comme des Sujets fidèles , ceux qui refuloient de rendre 
un culte criminel aux fabuleufes divinitez que la poli- 
tique des premiers Fondateurs de leur Empire avoit fait 
pafler dans l'eiprit du peuple grolfier pour les Maîtres du 
Ciel , efperant par-là foûmettre à leur autorité toutes les 
Nations de la Terre. Mais combien plus heureux fe 
fût-il clHmé d'être dans les favorables circonftances où. 
fe trouvent aujourd'huy ceux qui dans ce Royaume font 
chargez de la défenfe de la Religion ? n'ayant à combat- 
tre que les vices , loin d'éprouver aucune oppofition du 
côté des Souverains. Il eût eu la confolation de pouvoir 
préfenter aux Peuples , comme un illuftre modèle de 
foy & de vertu , un Prince qui a toujours pris foin de 
protéger & de défendre la Religion de (es Peres-,un Prin- 
ce qui ne reconnoît point de liens plus capables de luy 
attacher les cœurs de fes Sujets que celuy de la Religion j 



un Prince enfin à qui le nom de tres-Chretien cft plus 
cher que tous les titres éclatans de fa grandeur & de & 
puiflance. 

On fçait affez quelles font les qualités qu'on deman- 
de dans un Tradudeur ■■, une parfaite intelligence de fon 
Auteur , une profonde co^inoiffance des tours & des 
beautez des deux Langues, beaucoup d'exaditude, beau- 
coup de pureté dans le ftile , & plufieurs autres qu'il 
n'elt pas peu difficile de joindre toutes enfemble : on les 
trouve toutes réiinies dans cette Tradu6tion à laquelle 
on a joint des Notes judicieufes & fçavantes. A Paris ce 
Z4, Décembre 1711. Signé, d' A r n a u d i N. 




APOLO- 




APOLOGETIQUE 

o u 

Défenfe des premiers Chrétiens contre les 
calomnies des Gentils. 



On ne doit f as conâanner U Religion des Chrétiens fans U conmîtrt. 

Ontifes" de l'Empire Romain iPuifqu'il 
ne vous eft pas permis , à vous , qui ren- 
dez: vos jugemens dans le lieu * de Rome le 
plus vifible & le plus e'minenCj d'examiner 




« Tertulien appelle les Pontifes Romani Im- 
ferii Antiftites , à l'imitation de Ciceron , qui 
les appelle Veorum Immortaitum Antijihes, 
dans le plaidoyer qu'il prononça devant eux , 
j)Our rentrer en polleflion de fa maifon qui 
Jui avoit été ôtée pendant fon exil , avec cette 
diiFerence que Ciceron n'étend pas leur puif- 
fance & leur juriflidion autant que fait ici 
Tertulien; parce que les Romains n'étoient pas 
encore les Maitres du monde , & que la Re- 
publique fubfiftoit encore. 

Les Pontifes Romains étoient les depo- 
fitaires des Loix , les arbitres des affaires les 
plus importantes , & les Juges fouverains de 
tout ce qui concernoit la Religion , comme il 
eft aifc de le voir par le pall'age de Ciceron. * 
C'eit pour cela que Tertulien leur adrelié cet- 
te apologie , où il juftifie les Chrétiens des 
«rimes d'Etat & de Religion dont ils étoient 



fauflement accufez par les Payens. Les Pontifes 
furent inftituez par Niuna Pompilius , qui d'a- 
bord en établit 4. qu'il tira des familles Patri- 
ciennes, c'eft-à-dire des plus illuftres & des plus 
anciennes de Rome. Les Tribuns Q^& Cn. 
Ogulnius fous le Coiifulat de M. 'Valerius Cor- 
vinus , & de Q^Apuleius Panfa. ( an de Ro. 
455 ) en créèrent 4. autres qui furent tirez du 
Peuple , & Je Didlateur Sylla y en ajouta en- 
core 7. ( an. de Ro. 6yj ] qu'on appella petits 
Pontifes. Le premier de tous s'appelloit Ponti- 
fex maximm , Souverain Pontife , qualité que 
les Empereurs ont prife jufqu'à Theodofe le 
Grand , qui abolit le Colége des Pontifes & 
tous les Prêtres de l'ancienne fuperftition. Ti- 
te-Live Decad. i. Hv. i. Cr 10. C/cer. or. pro- 
dontù j'teà. Denis d'jialicar. liv. z. Dion. 
liv. f5. 
i Le Capitok, Les Pontifes^ tcnoienrleur 



Raifôns qui 
obligent Tertu- 
lien à écrire 
pour juftifier 
Jes Chrétiens. 

1 L'inju/Vice 
des Loix , qui 
défendent aux 
Chrétiens deXe 
juftificr, &aux 
Juges d'enten- 
dre leur jnftifc. 
cation. 

*Ciim multd divitâ' 
tiu,r<intiJices,Amii- 
jniibiii noflris invrt- 
ta tt(jue infiitut» 
fti»t] tumniMlpra- 
cUrius , tjusm quoi 
wi tofdtm , ir reli. 
jimibtti deomm irri' 
rftonalium ir /»»»- 
r»d ReipublicA tr*- 

artplijjimi, ir darif. 
ftmi dva rcTn^ubli- 
cam bene gerenàa^ 
rrli^ùma riligùnitiu 
fsficnter ihterprctl- 
da , Rempublicam 
«-,/>™Wf....«t 
rniiiis RtifvMke di- 
gnitai , omnium îz. 
viumfalm, vitti^ U. 
herus , ar£ , foci^ 
D{f PeMtts,bor,K , 
fortmn, domidlù^ 
vr/lm fapmrin,/!- 
dti , foteftutiqMt c5- 
»tijpi,credititi]uefp 
■uidtatm. Cic. pro. 
Dom. Tua. jd Eow 
tifîcet. 



i L'injuftice 
des Juges qui 
n'bfent éclaîr- 
cir les faits dont 
on accufe les 
Chrétiens , de 
peurde les trou- 
ver innocens. 

3 L'injuftice 
des jugemens : 
les Chrefiens 
font condaunez 
fur les dépofi- 
tions de leurs 
Pomeftiques, 



" Apol. de S. 
Méliton. Euf 
Hift. Bcd. liv. 
4. f. lé. 

On peut per- 
metre auï 
Chrétiens de fe 
défendre , fans 
faire aucun tort 
aipc loix. 



% Apologeti clu e 

publiquement les faits dont on accufe les Chrétiens , ni 
de vous en e'claircir en leur prcfence -, puifque c'eft pour 
eux feuls que votre autorité cède à la crainte & à la 
honte d'une information publique & régulière \ enfin 
puifque la haine que vous avez pour leur Religion , ne 
leur laiffe aucun moyen de fe dérendre , les condannant 
fur les dépofitions ' de leurs Domeftiques ( comme on 
vient encore de le voir ) fouffrez au moins que la vérité 
vous parle ici en fecret & par écrit. Elle ne demande 
point de grâce-, parce que les traitemens qu elle reçoit ne 
rétonnent point. Elle fçait qu'elle eft étrangère en ce 
Monde , & qu'il eftaifé de rencontrer des Ennemis hors 
de fon Pais : mais elle fçait aufli que le Ciel ell: le lieu de 
fon origine , de fa demeure , de fes efperances , de fon 
crédit &: de fa gloire i & fi elle peut defirer quelque chofe 
ici-bas, c'eft qu'on ne la condanne pas fans' la connoître. 
Quel tort feriez-vous à vos Loix , en lui permettant de 
fe défendre dans un lieu d'où elles commandent au refte 
du Monde î Ne leur feroit-il paS plus glorieux de ne 



aflembléedans le lieu du Capitole, appelle Cu- 
ria calahra. 

f II y a dans beaucoup d'Editions Domef- 
ttcii jtidiciis , ce qui pourroit s'entendre des 
cruautez que les Payens cxerçoient à l'égard 
de leurs Domeftiques qui étoient Chrétiens. 
Car fouvent ils les mettoient à la qucftion pour 
les faire renoncer à leur Religion, ou pour les 
forcer à inventer des calomnies contre leurs 
confrères , lorfqu'ils n'étoient pas allez mau- 
vais pour le faire fans y être contraints. Mais 
cecy n'auroit aucune part à l'injuftice des Ju- 
gemens dont il fe plaint icy. Ou pourrojt enco- 
re donner un autre Icns à Vomeflicu iudic'ips , 
Se dire que les Chrétiens étoient condannez 
avant qu'ils parallent devant k Tribunal de 
leurs Juges. Ce fens paroitroit plus juftc , la 
prévention ayant toujours eu le plus de part à 
i'iniuftice des Jugemens. Mais comment l'ac- 
corder avec ce qui fuitî s'il avoit voulu parler 
de cette injufte prévention des Juges , auroit-il 



ajouté immédiatement après ( quod proximè ■ 
accidit ) puifque cette prévention qui a com- 
mencé avec le Chriftianifme , n'a fini qu'avec 
les perfécuiions ? 

Il eft donc plus à propos de croire que Do- 
mefiicti judicin , eft une faute de Copifte ou 
d'Impi-imcur, & qu'il faut Domefticu ind'iciu, 
qui veut dire que les Chrétiens Ibnt condan- 
nez fur les dépofitions de leurs Domeftiques , 
ce qui eft une injuftice criante. Tertulien en. 
parle encore dans le %. 7. où il dit "• Les Do- 
mcfiitjues ont facrijiè la Religion à leur ma- 
lignité naturelle , ce qui s'accorde avec ce que 
dit Eufebc dans la remarque qui fuit. 

On prit tjueltjues - uns de nos Domefliques 
Vijens , ij»i remplis de l'efprit dit Démon & 
appréhendant de fottffrir les tonrmens tjtt'ils a- 
voienfoii endurer aux fidèles, déposèrent fauj- 
fement , a lajollicitation desfoldats , cjuc nous 
fai fions des repas de Thyejh , qne nous pre- 
nions des flaijîrs d'Oedipe , & que tiens co}n- 



deTertulien. i 

condanncr la vérité qu'après favoir entendue ? au lieu 
qu'en la condannant {ans l'entendre , outre la haine que 
votreinjuftice vous attire, vous donnez lieu de croire que .f,"^ «^S" 
vous ne lui permettez pas de le derenare , parce que vous '«"!■ p« per- 
ne pourriez plus la condanner ,fi vous l'aviez entendue. 

La première chofe dont nous nous plaignons , c'eft lcs Payens 
la haine injufte que vous avez pour le nom des Chre- ^ew k\'chre- 
ticns : & que votre ignorance , loin de l'excuier , rend "«î^^. 
encore plus coupable & plus criminelle. Car quelle in- 
juftice plus grande que de haïr ce que l'on ne connoîc 
pas j quelque digne de haine qu'il puifTe être ? puifqu'u- 
ne chofe ne peut être le'gitimement haïe , que lorfqu'on 
fçait qu'elle le mertte. Mais tant qu'on ne connoît pas ce 
qu'elle mérite , peut-on foutenir que la haine foit julle , 
fi c'eft la connoiflance & non le hazard '^ qui doit décider 
de fa juftice /■ Lors donc que les hommes haïflent , par- 
ce qu'ils ne connoiftentpas ce qu'ils haïftent; pourquoi ne 
veut-on pas que ce qu'ils haïfïent foit d'une nature à ne 
devoir pas être haï? De ces deux principes je tire deux 
confequences : qu'ils ne nous connoifTent pas tant qu'ils 



mettions des abominations qu'il n'efi permis 
ni de f enfer ni de dire , O" aaf quelles nous ne 
(çaurions croire que ferfonne ait jamais voulu 
fe porter. Lettre des Martjrs de Lyon rappor 
tée par Eufebe. Hift. EccleC liv. $. ch. i. 

La 8. année de l'Empire de Commode , 
Apollonius Sénateur Romain flit eondanné à 
avoir la tête tranchée , fur la feule dépofition 
d'un de fes efclaves nommé Severe. Comme la 
conftitution de Marc-Aurele défendoit fur pei- 
ne de la vie d'accufer perfonne d'être Chrétien; 
FEfclave fut eondanné par Perermius Préfet 
du Prétoire à être ataché à une croix , & à 
avoir les jambes rompui-s. Le Maître quin'i- 
gnoroit pas qu'un homme accufé une fois de 
Chrillianifme ne pouvoit pas éviter la mort , 
prévint les ordres du Juge , & fe livra au mar- 
t)'rc , en prononçant en plein Sénat une excel- 
lente Apologie de la Religion Chrétienne i dont 
il ne nou? cftrien refté. C'eft de quelque fait 



femblable dont Tenulien veut parler , & peut- 
être même de celui cy dont la mémoire étoit 
encore récente, 

d En ne connoifl'ant pas ce que Je hais, il' 
peut arriver que Je haille une chofe qm méri- 
te véritablement de la haine , de même que 
je cours rifque de haïr ce qui n'en mérite 
point. Le hazard peut donc bien faire que je 
haille une chofe qui fera en effet hainable ; 
mais il ne peut pas faire que la haine foit Juf^ 
te ; parce qu'elle ne la peut être que lorfque 
je la donne a une cliofe que je fçais qu'il la mé- 
rite. 

Cete pcnlée de Tertulien revient à cette am 
tre de Seueque , que celui qui prouonce làns- 
avoir entendu les deux panies ne porte pas un 
jugement juftc , quoiqu'il porte un Jugement, 
équitable. Oui judicat , parte inaudita alté- 
ra , licet £quum fit judicium , haud tamtn 
jufium ejl, 

A ïj 



Autre preuve 
âv l'injuftice 
des Payens. 



4 Apologeti clu e 

nous haïffent , & qu'ils nous haïffcnc injuftcmcnt tant 

qu'ils ne nous connoiiTent pas. 

Le témoignage de leur ignorance quifemble les ex- 
çufcr , les cpndanne 3 puifque tous ceux qui nous haïf- 
foient autrefois, faute de nous connoître, cefTent de nous 
haïr des qu'ils nous connoiiTent. C'cft par-là qu'ils devien- 
nent Chrétiens i puifqu'à peine font-ils inftruits, qu'on 
leur voit détefter ce qu'ils étoient , & profeffer haute- 
ment ce qu'ils avoient en horreur. 

Le nombre en eft fi grand qu'on nous en fait un cri- 
me. De-là viennent ces clameurs, que Rome eft aiïïe- 
gée : que les Chrétiens font les maîtres de la Campagne, 
des Châteaux & des Ides. Lorfqu'on voit embrafler le 
Chriftianifme à tant de Pcrfonnes de tout fexe , de tout 
de toute condition , & même aujourd'hui à des 
nés ^ du premier rang i on les pleure comme per- 
dues pour TEtat , & l'on ne s'interefle point de même à 
découvrir fi cette Religion n'eft point un bien qu'on ne 
connoît pas encore. On ne fe permet point d'être plus 
jufte dans ies.foupçons; on ne veut point être plus éclai- 
ré dans fes connpillances. On fe plaît à ignorer ce que 
tant d'autres font ravis d'avoir connu , & c'eft for cela leui 
que la curiofité des hommes eft endormie. 

Qu'Anachards f auroit bien autrement blâmé ces 



Perlonnes 



e Flave Clément Confui , coufin germain 
de Domitien , fils de Flave Sabiii , frère unique 
de l'Empereur Vclpafien , ayant été accufé d'A- 
théiiuie , c'elt-à-dirt en langage de ce tems-là 
accufé de Chriftianiùne, fut martyrifé par or- 
dre de l'Empereur , & Tlavie Domitille fa 
femme fut reléguée daos l'île Pandataria , 
-aujourd'hui l'île de fainte Marie dans la Baye 
de Puzzûli en Campanie. Sueto. Dio. C. Tac. 
Afoll. Tyan. 1. 8. c. lo. 

Flavic DùmiiUle niéte de Flave Clément 
par fà fœur , &(. pejite nièce de l'Empeieur 
Domitien , fut a}jflî reléguée pour Athéifmç 



dans rile de Ponce , qui n'eft pas foit éloi- 
g;iée de celle de fainte Marie où étoit fa tan- 
te. Les adcs de fa vie difent qu'elle y fut brû- 
lée dans la chambre avec fes deux fuivantcs 
Théodore & Euphroline qui étoient autTi Chré- 
tiennes , & que deux Eunuques qu'elle avoit 
auprès d'elle nommez Neréc & Achillée fouf- 
friient aufli le martyre à l'exemple de leur 
maitrelTe. Eufeb. liv. 3. Baro. 98. C. Taci. vie 
d,' Agriffa. c. 4Ç. Sueto. Dont. 

f C'étoit un Philofophe originaire de Scy- 
thie : fa inere qui étoit de Grèce lui ayant en- 
feigné fa langue , lui inlpira de faire le voyage 



DE TeRTULIEN. 5 

imprudens qui blâment les fages^ qu'il ne blàmoic au- 
trefois ceux qui jugeoient des ouvrages faas s'y connoître! 
mais s'ils aiment mieux ignorer la vérité , c'eft parce 
qu'ilsont commencé de la haïr, tant ils font perfuadez qu'il 
ne feroit plus en leur pouvoir de la haïr , s'ils la connoif- 
foient une fois. Cependant d la haine n'eft pas légitime, 
peut-on trop tôt y mettre fin ? Si au contraire elle eft 
jufte i loin que la connoiflance de la vérité l'affoiblifTc , 
elle ne la rend que plus forte & plus durable. 

Mais, dites-vous, eft-ce une preuve que votre Re- 
ligion foit un bien , parce que tant de Perfonnes l'embraG- 
fent ? combien en voit-on tous les jours aller du bien au 
mal , & quitter un bon parti pour un mauvais ? Je l'a^ 
voue -, mais aulTi , où font ceux que leurs pafTions entraî- 
nent dans un mal véritable, & qui oient le faire pafTer tcres du inai. 
pour un bien ? La crainte " & la honte font le caradtere .p'èrantJ'^Z 
naturel du mal. Les médians aiment les ténèbres : s'ils '"'"• 
fontfurpris, ils tremblent: fi onlesaccufe , ils nient : fi 
on les meta laqueftion , ils n'avouent, ni toujours , ni 
lans peine : (i on les condanne , ils fe défefperent , ils le 
déchaînent contre eux-mêmes , S^ ne voulant pas fe re- 
connoître les auteurs du mal qu'ils avouent , ils impu- 
tent à la Deftinée •? ou à leur Etoile tout ce que la fureur 
de la pafTion leur a fait faire. 



Les earac- 



d' Athènes , où l'amour des fciences , Je mépris 
des richefles , & une aufterité très-grande lui 
acquirent beaucoup de réputation en peu de 
tems. Diogene Lacrce qui en a écrit la vie , 
dit que ce Philofophe blàmoit les Grecs de ce 
que pour juger de l'habileté des ouvriers , ils 
choilUloient des Gens qui ne cpnnpill'oient pas 
le mérite des ouvrages. ti.V ''.^--ir.i ayuv'l^^oiin^ 

Diotrene Laerce dans la vie d' Ànachar- 

g Ces deux termes qui fignifîent une même 



lûmes , & il n'en feudroît pas moins d'un pour 
y répondre. Je dirai feulement en pallb.nt qge 
de toutes les idées que les Payens les plus é- 
clairez ont eu de la Divinité , la plus raifonna- 
ble eft celle qu'ils ont attachée à ce qu'ils appe'- 
loient Deftin ( fatum ) ils le nommoient, dcf- 
feins de Dieu , Décret , Vérité immuable & 
étemelle , Puifl'ance abfoluc , fans qui rien ne 
s'cll fait ni ne fe fait , qui peut tout ce qu'el- 
le veut , qui s'étend à toutes les créatures en 
gênerai & en particulier , & dont la vie de 
l'homme dépend fouverainement dans toutes 



chofe , on; fait le fujpt d'une infiniié de -vo- \ fes circo.mftances. Heracl. De-.Tioc.Emfed.Ar'ifl. 

A il 



6 Apologeti qjj e 

chicdmi'f °ft Voit-on rien de femblable dans un Chrétien "i le voic- 
im bien , puif- on rou2:ir ? le voit-on fe repentir , fi ce n'eft de n'avoir 

qu'eLeadesca- ^. / / ^i • , r 1 J / -1 » C ■ 

raûcies diiec- pas toujours euc Cliretien ? ii on le dénonce , il s en rait 
lux^cSeS Honneur : fi on laccufe , il ne le défend pas : fi on l'inter- 
dumai. j-Qgg ^ ji avoue y & (i on le condanne , il rend grâces. 

Quelle efpece de mal ell-ce donc qui n'a aucunes des 
qualite's du mal ? ni la crainte , ni la honte , ni le dégui- 
fement, ni le repentir, ni les regrets ? Quelle efpece de 
mal eft-ce qui réjouit celui qui en eft coupable , qui fa- 
tisfàit les dedrs de celui qu'on en accufe , & qui fait le 
bonheur de celui qu'on en punit ? Vous ne pouvez pas 
dire que c'eft une folie ; puifqu'on vous a fait voir que 
vous ne le connoiiTez pas^ 

§. I L 

Combien il fe commet d'tNjitfiices , foit en condannant tes 
Chrétiens , fait en les renvoyant ahfous, 

injuftkesdcs Mais(i nous fommcs en effet trés-coupables j pour- 

Jiiïres à l'égard ■ r ' r 

des chi-euens. quoi en ulcz-vous avec uous autrement qu avec nos lem- 
blables , je veux dire avec le refte des criminels , puis- 
qu'un crime égal exige un égal traitement ? Lorfqu'on 

I. On traire les accufc Ics autrcs dcs cliofcs qu'ou nous impute , ils fe juf- 

Chretiens dlf- ■ r ^ o 1 1a i 

feremmentdes titient cux-memcs , & cmploycnt des Avocats pour le 
autres crimi- £^jj.g . qj^ j[g^j. laiffc la liberté de fe défendre , & de ré- 
pondre aux aceufations dont on les charge 5 parce que les 
Loix défendent expreffement de condanner un homme 
fans l'entendre, & fans qu'il fe foit défendu. Ce n eft 
1. Onnekur qu'aux Chrétiens feuls qu'on ne permet pas de parler 

permet pas de T- . n- r i • \ iC 11 / • / 

ic défendre, pouf jultiher Icur mnocence , pour détendre la vente , Se 

Cicer. Mais voulant fe juftifier aux dépens de I tout le mal qu'ils faifoient , l'accufant d'être la 
leurs Dieux , ils gâtoient une fi belle idée par caufc & le principe de tous leurs crimes , com- 
une autre qui rendoit le Deftia coupable de | me on voit que Tertulicn le leur reproche^ 



DE Tertulien. 7 

pour empêcher que le Juge ne prononce " injuftement 
contre eux. On n'attend point Fexamen de leurs crimes 
pour les déclarer coupables , mais la feule confellion du 
nom Chrétien (i neceflaire pour entretenir la haine 
du Peuple. Au lieu que quand vous faites le procès à 
tout autre coupable , il ne fufit pas pour le condanner 
qu'il s avoue homicide, fàcrilege, incertueux & ennemi 
de l'Etat (car c'eft ce que nos Dénonciateurs nous accu- 
fent d'être ) vous vous informez encore de toutes les 
circonftances , de la qualité du fait, du lieu, de la ma- 
nière, du tems , des témoins & des complices. Vous n'en 
ufezpas ainfià notre égard, quoique la Juftice ne vous 
oblige pas moins à examiner les crimes dont on nous 
accufe à tort : * à vérifier de combien d'enfans un Chré- 
tien a mangé : les Cuifuiiers dont on s'eft fervi : les in- 
celles qu'il a commis dans nos a{rembléesno6turnesj& les 
chiens qui en ont éteint la lumière. Quelle gloire pour 
un Juge qui convaincroit un Chrétien d'avoir déjà man- 
gé là part de cent enfans 1 

î^ais on répondra qu'il a été défendu d'informer 
contre nous : lorfque Pline ' Second étant Gouverneur 
de Province " , après avoir fait mourir quelques Chré- 
tiens, ôc en avoir privé quelques autres de leurs digni- 



<«C'efl cxpofer les Jnges à prononcerinjuf- 
temenc , que de les forcer à condanner les 

Chrétiens fans les entendre. 

l> Les Payens difoient que les Chrétiens s'af- 
fembloient pour égorger un enfant , & qu'a- 
près l'avoir mangé, ils attachoient des cordes 
à toutes les lampes ^ à tous les chandeliers ; 
& à chacun des autres bouts , des chiens afFa- | 
mez, qui courant avec impetuofité après quel- 
que morceau qu'on leur ]ettoitaude-ià de l'é- 
tendue de la corde , rcnvcrfoicnt les lampes 
& les chandeliers , & que les Chrétiens com- 
mettoient toutes fones d'inceftes à la faveur 
de ççs feucbrcs. FojeK,te$. 7. 



f Caius Cxc. Plinius Secundus , funiomméle 
Jeune , difciple de Qiiintilien , contemporain 
& ami intime de Corneille Tacite , fut un des 
plus beaux efprits de fon Cecle : fon mérite le. 
fit aimer de l'Empereur Trajan, qui l'élevaaiix 
premières Chai-ges de l'Empire ; il étoit Gou- 
verneur de Pont & de Bithynie lorfqu'il écri- 
vit la lettre dont parle ici Tertulien ; & il étoit 
Conful lorfqu'il prononça en plein Sénat cet 
excellent Panégyrique qui a toujours paflé pour 
un chef-d'œuvre. C'eft tout ce que nous avons 
de lui , avec dix Livres de lettres pleines de po- 
litelle & d'efprit : il vivoit au commencement • 
du fécond fieck. 



5. On Jescon- 
danne fur le 
feulaveudeleur 
nom , pendant 
qu'on examine 
toutes les cir- 
conftances des 
crimes des au- 
tres. 



4, On défend 
de les recher- 
cher, & l'on or- 
donne de les 
condanner. 

" De Pont & 
de Bithjniu 



* f^o^ez. la 
lettre de Pline A 
Trajan , & la 
reponfe de Tra- 
jan à Pline , à 
la jtn de ce Li- 
vre, 



Statior.artt 
■milites, affiiTi- 
tores Cr officiâ- 
tes Prajîium , 
fer frovincias 
diffofti ad de- 
nHntiandum 
Tnagipratibus 
*iuid ageretur. 
'KoC an:. 

Les Cbre- 
tics traitez plus 
fl£;ourcufement 
queks voleurs. 



8 Apologeti CL.U E 

tés , effrayé du grand nombre , écrivit ^ à FEmpereur 
Trajan , pour favoir ce qu'il devoit faire à 1 avenir \ faf- 
furant qu'hors leur entêtement à ne point facrifier aux 
Dieux , il n'avoit rien appris de leurs Myfteres , fmon , 
qu'ils s'alTemblent avant le jour, pour chanter les loijan- 
ges de Chrift , qu'ils regardent comme un Dieu , & pour 
entretenir la difcipline parmi eux , puniiTant Fhomici- 
de , Fadultere , la fraude , la perfidie , & tous les autres 
crimes. Trajan lui répondit , '^ qu'il ne faloit point les 
rechercher , mais les faire mourir lorfqu'ils feroient dé- 
noncez. Quelle étrange réponfe la necelïité lui fait fai- 
re 1 II nous déclare innocens en défendant qu'on nous re- 
cherche , & nous déclare coupables , en ordonnant qu'on 
nous puniffe. Il nous épargne , & il nous livre ; il diffi- 
mulc , & nous condanne. Mais pourquoi vous contre- 
dire à cet excès .<? Si vous ordonnez qu'on nous condan- 
ne j ordonnez qu'on nous recherche; ou fi vous défen- 
dez qu'on nous recherche , défendez aufïi qu'on nous 
condanne. 

Il fe £iit dans toutes les Provinces un détachement 
de Soldats " pour la recherche des voleurs. Tout 
homme ei\ chargé du même loin à l'égard des crimi- 
nels de leze-Majefté & des ennemis de fEtat, & la re- 
cherche ne s'étend pas moins à tous les témoins qu'à 
tous les complices. Il n'y a qu'un Chrétien qu'il ell: 
défendu de rechercher & qu'il ell: permis de dénoncer, 
comme fi la recherche pouvoir produire autre chofe que 

d Un Ciiiique de ce fiecle parole approu- il ne devoit pas appeller déclamation un raifbn- 
ver ce milieu politique de Trajan , & trai- 
ter de pivr-e dL-ciamation la réflexion de Ter- 
tulicn. Il lui <;toit permis de rendre iuftice 



à la condiute de i'Empereur , ccanc cntie- 
rnnent conforme aux règles de cette politi- 
■qae , qu'il appelle lui-même d'après un autre 
4uceur , l\irt de tutn^er les içwzww. Mais 



nemcnt qui ne s'tcarte en rien des règles 
de la jultelle & de l'exaffitiide la plus fe- 
vere. La Jufticc ne connoit point les ména^c- 
mens 6: les partialitez de Ja faullé politi- 
que , de ménic que la faulle politique ne con- 
noît point les voyes droites & uniformes de 
la jultice. 

la 



deTektulien. 9 

la dénonciation. Lors donc que vous condanncz un 
homme qu'on vous a deTeré , & qu'on vous défend de 
rechercher, vous le jugez digne de mort j non parce 
qu'il eft coupable , mais parce qu'il n'eft pas permis 
d'informer contre luy. 

Vous en ufez encore avec nous tout autrement qu'a- 
vec les criminels , puifque vous les mettez à la queftion 
pour leur faire avoiier ce qu'ils nient , & que vous y 
mettez les Chrétiens pour leur faire nier ce qu'ils a- j. injuftkc. 
Vouent. Que fi c'étoitun crime nous le nierions ,& alors queftiorpoûr 
vous auriez railbn d'employer les tourmens pour nous î^"'' ^*!''= "■'^'^ 

. - i ' L leurs crimes. 

le raire avoiier. 

Dircz-vous que (i vous ne demandez pas des preuves 
contre nous, c'eft parce que la confefTion du nom Chré- 
tien emporte celle de tous les crimes? Pourquoy donc 
lors qu'un homme avoue qu'il en a tué un autre, vou- 
lez-vous outre fon aveu favoir toutes les circonftan- 
cts du meurtre , quoique vous fçachicz ce que c'elî 
qu'un homicide ? 

Une injuftice encore plus criante, c'eft qu'étant per- 
fuadez, comme vous fêtes , que Faveu d'un Chrétien le «• injuftiK. 

1 I 1 1 1 • c On les tourmé- 

rencl coupable de tous les crimes, vous nous forcez par tepomiesfauc 
la violence des tourmens à nous retraiter , afin qu'en p«o'"« '"^°- 

■'T. cens , & I on 

deiavouant le nom Chrétien , nous foyons déchargez tourmente les 

!.. 1-11 autres, pour les 

des crimes dont notre aveu nous rendoit coupables faire paroiue 
à vos yeux. Mais n'eft-ce point que vous voudriez con- ""f^^^"- 
ferver la vie à des hommes que vous croyez tres-mé- 
chans/ Cependant vous ne dites point à un homicide, 
Nte^ ton cnme , & vous n'ordonnez point qu'on déchire uii 
facrilege pendant qu'il avoue. Si donc vous n'en ulez 
pas de même avec nous que vous croyez coupables vne 
nous déclarez- vous pas innocens? puifque c'eft par ia 

B 



10 Apologeti Qjy e 

feule raifon de cette innocence que vous ne voulez 
pas que nous perreverions dans un aveu que vous vous 
fentez forcez de condanner , non par la juftice j mais 
par la necelïité? 

Qu'un homme s'écrie , fe fuis Chrétien , il confefTe ce 

qu'il eft , & vous voulez qu'il dife ce qu'il n'eft pas. Vous 

7. inîumce. êtes prépofez pour tirer la vérité de la bouche des accu- 

On tâche de fgjr . j-jq^j fommes les feuls que vous forciez à proférer 

leur faire pi'o- , f ^ \ ■{ r • C • /--il • ■« 

feier des men- des mcmonges. Vous me demandez li je luis Chrétien? 
$!i"fnUfforce Jc le fuis : Pourquoy ufer de violence pour me corrom- 
de faiie dire la pj-ç 5 J'avouë & VOUS mc tourmcntcz , que feriez-vous 

vente aux au- f J, ^ . . , 

nés criminels, doiic il je 11 avoiiois pas ? Quc les autres criminels nient, 
vous ne les croyez pasi à peine avons-nous nié que 
vous nous croyez. 
Qaeiahame Dcfiez-vous d'uuc telle injuftice , & prenez garde 

qu'ouapomies çmA \\\ ait ouclque force fecrette qui vous faifant 

Chrétiens fait ■•• . ■' i» i o i J ■ T 

violer toutes les agit coutre 1 Ordre & la nature des jugemcns , le 
^°"'" ferve auffi de vous pour violer les loix. Car , fi je ne 

me trompe , les loix n'ordonnent pas de cacher les 
fait cacher les coupablcs , cIlcs vculciit qu'oii Ics découvrc ; elles 
HeiUe'Tes dT- ii'ordonuent point dabfoudre un criminel qui avoue, 
couvrir. elles veulent qu^on le condanne. Ce font les décrets 

du Sénat, les Édits des Empereurs & les loix de FEtat 
dont vous êtes les Miniftres. Votre Tribunal n 'eft point 
leur TrLuiui tyranuique , il a des loix & des règles. Les Tyrans ajoû- 
tyranniqiie. j-^^^^ j^^ tourmcus aux fuppîïccs Ordinaires, au lieu que 
fi vous les employez , c'eft pour découvrir la vérité \ par- 
ce que fufage qui en eft permis jufqu a Faveu des cri- 
mes, en eft défendu fi Faveu les prévient. Alors la loy 
ira point de lieu , il ne refte qu'à prononcer contre le_ 
coupable , puifque tout criminel qui avoue doit être pu- 
ni , & qu'il ne peut être déchargé fans injuftice. De plus. 



D E T E R T U L I E N. Il 

n on ne doit pas contraindre les coupables à nier ce 
qu'ils ont avoUé , c'eft qu'on ne doit point être tenté de 
les abfoudre, parce qu'il n'eft pas permis de le vouloir. 
Vous croyez un Chrétien coupable de tous les crimes, 
vous le croyez ennemi des Dieux , des Empereurs, 
des loix , de la vertu , & de toute la nature enfemble. Et 
parce que vous ne pouvez pas Fabloudre s'il ne fe re- 
traite , vous le forcez à le faire pour le de'clarer inno- perfuadedefor. 
cent. Quel renverfement des loix ! vous voulez donc ùLs^^z ^efa- 
qu'un criminel defavouë fon- crime pour luy procurer vouaiemscri- 
une innocence qu il detelte , & pour le mettre a couvert pouvoir déda- 
de tout le pre'tendu mal qu'il a fait ? Que votre aveu- 
glement eft étrange l de ne voir pas que celui qui avoue 4Eiieies a- 

T r ■ r^ ni 111 ^ r -v^ugk , Sc les 

de ioi-meme, eltplus croyable, que celui qui deiavoue expofe à êtrc- 

k. 1 ...•'•. p *■ trompez. 

Violence ■■, ou que celui qui nie par rorce , peut ne 

le pas faire de bonne foy, & qu'il peut arriver que re- 
devenant Chrétien , il infulte votre haine au pied du 
même Tribunal où il a été ablous i 

Comme donc vous nous traitez en tout fi differem- Queiafomce 
ment des autres criminels, & que tous vos efforts ne eRun^^j^fouHe 
tendent qu'à nousôter un nom que nous perdrons (ans df Rciigion,qui 

, .^ f^ •l^l .s efforce de dé- 

doute , des que nous rerons ce que ront ceux qui ne truue le nom 
font pas Chrétiens i vous fentez bien vous - mêmes que ^ ^"'^''' 
ee n'cll point pour aucun crime, mais pour notre nom 
feul qu'une jaloufie de Religion pourmit fans relâche , 
en s'appliquant à ôter aux hommes Fenvie d'approfon- 
dir des veritez dont ils fçavent certainement qu'ils ne i.Pariesfbma 
font pas inftruits. De là vient qu'on croit de nous des ^"ô°èr auxTl 
chofes dont on n'a point de preuves, & fur lefquelles •"« '^ c^nofité 

1' / ^ rr 1 1' des mltruirede 

on ne veut point d eclaircillement. Ils craiment d être la Religion 



Chrétienne, a- 



forcez à reconnoître la fauffeté des préjugez qu'ils font fia'de'7oavc 
ravis qu'on ait contre nous j afin d'avoir droit de con- chmi™" £■ 

^ ij leur feul nom. 



it Ap O t O GET I Q^UE 

danner fur fon fcul aveu j un nom qu'une preVentioii 
envieufe leur rend odieux par des crimes donc on peut 
Faccufer , mais dont on ne fçauroit le convaincre. Il eft fî 
vray qu'on n'en veut qu'à notre nom •■, que fi nous le 
1. En rsn- confeflbns, on nous tourmente ifi nous le foûtenons, on 

Toyant abtbus , r i 1 r I /' 

ceux qui nient Hous condanue •■, & li nous le delavoUons ,on nous abiour. 

ce nom , & en t? ûC ^ • I o ■ J ' 

condannâtceux ï^" ^"^^ , pourquoi ctï prouonçaut la Sentence dun 

qui le foutien- Chrétien , ne le déclarez-vous pas homicide ? ou fi vous 

3. Ennecon- le déclarcz liomicide J pourquoy ne le pas déclarer in- 

dannant les n „ I 1 I I • 1 

Chrétiens que celtucux & coupablc de tous les autres crimes dont vous 
fans"aîrem"n! "°^'^ ctoycz VOUS - mêmes iunoccns ? Mais on n'a de la 
tion d'aucun au- hontc & dc la répugnance à proférer le nom de ces 

tic crime. . 1 r '^\^ r r-- 

crrnies , que lorlqu il les mut prononcer contre nous. Si 
le mot de Chrétien n'elt pas le nom d'un crime , que 
ce nom eft impropre , puifqu'on devient criminel dès 
qu'on le porte! 

§. III, 

La haiKC que les Payées ont pour le nom de Chrétien , les force 
a louer ce qu'ils condannent. 

Mais je dis plus ; la haine que la plupart ont pour ce 

Lahaineque Hom , Ics avcuglc à uu poïut qu'ils ne peuvent dire du 

îes Payens ont j^jg^-j ^'^^^ Chrctieu fans condanner la Religion. Perfon- 

pourlenomdes ^ O J 

Chrétiens, les ne ^ dit 1 uii , <ï U Kclmon près , ne fi ùIhs homme de bien que 

force à dire du. . rf r ■ r ■ ^- " 1 rc 

mal de ceux Cmus Sejus. jc juts jurpris , dit uii autte , quim homme aujji 
quiise iment. ^Q^^ ^^^ Lticius , fc fott fttt toiit d'uncoup Chrétiens & perfon- 
ne ne fe demande à foy-même fi Caïus ne feroit point 
homme de bien , & Lucius un homme fagc , parce qu'ils 
lont Chrétiens , ou s'ils ne feroient point devenus Chré- 
tiens, parce que l'un étoit un homme de bien, & l'au- 
tre un homme fage. Ils lolient ce qu'ils connoifTent, ils 
condanneiit ce qu'ils ne çonnoilTent pas , & gâtent le me- 



deTertulien. 13 

rire de ce qu'ils fçavenc par le blàme de ce qu'ils ignorent; 
quoi qu'il y ait plus de juftice à juger de ce qu'on ne voit 
pas par ce qu'on voit , qu'à condanner ce qu'on voit , fur 
ce qu'on ne voit pas. 

D'autres, en parlant de ceux qu'ils connoiffoient , avant 
d'être Chrétiens , pour des hommes perdus de re'putation, 
de crimes , & de débauches , font leur éloge , en difant ^ ^Jg'"/bien 
ce qu'ils étoient autrefois , & la haine qui les aveuo;le les de ceuxdontiis 

r ^ \ y 1 1 r [C ^ ' n ' ■ n'ont jamais dit 

rorce a leur donner leur iurtrage. .^ ejt- ce que c emt que que du mau 

cette femme , difent-ils ^yen eut-tl Jamais une plus libre O une 

plus hardie <? .^ejî-ce que cétoit que ce jeune homme ?perfonne a- 

î-il jamais été plus adonné 4u jeu Z5^ aux femmes .<? & les voiU 

Chrétiens. N*eft-ce pas imputer le changement de leurs Eiieieurfaie 

mœurs au nom qu'ils portent ? fourgcsl'ia 

Il s'en trouve encore , qui facrifient volontiers leurs in- RcH^ion quUs 
terets a la hame qu ils ont pour nous , & qui contentent 
à fouffrir quelque tort que ce foit, plutôt que d'avoir Eiie h fait 
devant leurs yeux des perfonnes qu'ils ont en horreur. p|J°|;'^' '^^"1^! 
Un mary fe fépare de la femme , qui eft iage depuis »s"- 
qu'elle eft Chrétienne ; non par jaloufie , comme autre- 
fois , mais par la haine qu'il a pour fa Religion. Un père 
qui fouffroit patiemment les deiobéïiTances de fon fils 
avant qu'il fût Chrétien , le déshérite à prcfent qu'il lui 
eft fournis. Un Maître qui traitoit avec bonté un efcla- 
ve lorfqu'il n'en étoit pas content , ne le veut plus voir 
lorfqu'il eft affuré de fa fidélité. Plus un homme ic cor- 
rige , plus il vous devient odieux , tant la haine que 
vous avez pour les Chrétiens Femporte fur le bien que 
vous en pourriez recevoir. 

Mais s'il eft vray que ce foit leur nom que vous haïf- 
iezi de grâce , en quoy un nom peut- il être coupable ? 
dequoi peut-on accufer un terme ;, fi ce n'eft d'être con- 

B iij 



14 A P O L O G E T I Q^U E 

Etymobgie trc k pureté du langage , ou de reprefenter quelque idcc- 

du nom de j'- ' • J'- • J'- ' ^ f\ i ^i ■ 

Chrétien. û iniprecatioii, d mjure ou d impureté ? Or le mot Chn- 

jlunus tire fon origine de celui d'ondion \ & lorfque par 

ignorance ( car vous ne fçavez pas même ce que vous 

haïlTez ) vous prononcez Chrefiianus y il fignifie douceur 

&; bonté. Vous haiïTez donc un nom innocent dans des 

hommes irréprochables , puifque vous ne haïffez cette 

fede que par le nom de fon auteur. 

On ne doit Mais cft-ce une chofe nouvelle , que des Difciples 

mauvais que les prenueut le nom de leur Maître ? Les Platoniciens '*,les 

nentlé'nomdc Epïcurieus * , les Pythagoriciens ' ne portent-ils pas 

leurMaitre. celui de Icur Philofophe ? les Stoïciens '^ &; les Acade- 



a Platon naquit vers l'an 315. de Rome ; 
il fut PeinU'e,Poi:te,& enfin Philofophe. Il choi- 
fit ce qu'il y avoit de meilleur dans la Phyfîque 
d'Heraclite, dans la Logique de Pythagore , & 
dans la Morale de Socrate , dont il compofa 
des Dialogues qui nous font reftez. Le defir de 
s'inllmire le fit aller chercher Euclide à Mc- 
gare , Théodore le Mathématicien à Cyrene , 
Philcla'iis & Euritus dans la grande Grèce. Il 
alla même jufqu'en Egypte coufulter les Prê- 
tres , & l'on croit que c'eft-là qu'il lut les Li- 
vres des Juifs. II fbutenoit qu'il n'y avoi: 
qu'un Dieu qui avoit fait toutes chofes , qui 
les connoitloit & les gouvernoit toutes : il 
foutenoit auffi l'inimonalité de l'ame & la 
relurreftion des corps. C'eft à des dogmes fi 
chrétiens qu'il eft redevable des loiianges 
quelquefois outrées qu'il a remues des pre- 
miers Pères de l'Eglifc ,dont la plupart étoient 
fonis de fon école. DÎog. Laer. irj. 3. Cicer. 
Sert. FlutAr. S. ^ug. Conf. liv. 7. S. Jtijï. Mar. 
S. Clcm. yi'ex. 

i Epicure vivoit vers l'an de Rome 4.11. il 
s'adonna de bonne heure à la Philofophie , 
dans laquelle il fit de très-grands progrès. Il 
faiioit confifter le fbuverain bien dans le plai- 
fir , mais un plaifir inféparab'e de la vertu. Sa 
tempérance & fa fobrieté (ont de puillans 
témoins contre le dérèglement de quelques- 
uns de fes Difciples , qui ont donné occafîon 
de croire que ce plaifir n'étoit pas fi pur ni 
fi raifonnable. S. Jérôme lui donne de grandes 
Joilanges , & Seneque quoique d'une fetle 



diflFerente ( Stoieitn ] en parle d'une manière 
tres-avantageufe. 

c Pythagore vivoit vers l'an de Rome 110. 
il ne confulta pas feulement les plus grands 
Hommes de la Grèce , il voyagea encore en 
Egypte , en Phenicie & dans la Chaldée , & fe 
rendit par-là un des plus habiles hommes de 
fon tems , fur tout dans la Géométrie qu'il 
perfeâionna beaucoup. C'eft lui qui a le pre- 
mier foutcnu l'immortalité de l'ame ; mais 
par le pernicieux moyen de la metemplyco- 
fc, ou traniinigration des âmes en d'autres 
corps. 

d Zenon fut l'auteur de la fedle des Sto'i- 
ciens : ils prirent leur nom du Portique ( stoa ) 
où ils tenoient leurs aflemblées ; ils failbient 
confifter le fouverain bonheur à vivre félon 
les règles de la droite raifon , inaltérable par 
les difgraces & par les tourmens mêmes. Ils 
n'admettoient qu'un feul Dieu , & difbient 
qu'on n'avoit multiplié le nombre des Dieux 
que pour marquer les diftcrens effets de la 
bonté & de la puiflance de ce Dieu unique , 
dont chaque Divinité repréfentoit un attribut. 
Ils joignoient à ces veritez beaucoup d'er- 
reurs, dont la principale étoit que tout fe faifoit 
par une necciVité fatale qu'ils définill'oient un. 
ordre éternel & immuable de toutes chofes , 
qui étoit au deflus de Jupiter même. Us di- 
foient encore que tous les péchez étoient 
égaux , Si qu'il y avoit autant de ma] à tuer 
un bœuf , qu'à tuer un homme. Diog. Laërcet^ 
liv. 7. Cicer- ^aj-ad^ 



deTertulien. ij 

micieiis ' ont même emprunté le nom des lieux de 
leurs Ecoles. Les Médecins ont pris celui d'Erafiftrate : 
f les Grammairiens celui d'Ariftarque s • les Cuifuiiers 
celui d'Apicius^ , & perfonne ne trouve mauvais qu'ils cequi peut 

1 1 * 1-1 ■ 1 1 Ti rendre unnoia 

prennent le nom de ceux dont ils ont pris les leçons. Il haïiiabie, 
eft vrai que fi fon prouve quune feite eft mauvaife, & 
que fon Auteur eft dangereux; on prouvera aulTi que 
fon nom eft mauvais & digne de haine par le crime de 
fa fode & de fon Auteur. Il faloit donc avant que de haïr le 
nom des Chrétiens , ou connoître leur fede par fon Au- 
teur , ou FAuteur par fa lede \ mais n'ayant pas daigné 
vous en informer ni vous en inftruire , vous n'en vou- 
lez qu à ce nom", c'eft lui feul que vous attaquez. Un ^poiZdJll'. 
(impie terme fait condanner (ans aucun examen un Au- 
teur & une fede qu'on ne connoît pas , & qui ne fe 
trouvent criminels que dans leur nom. 



Le nom des 
Chrétiens fait 
tout leur crime. 



e Les Académiciens portent en effet le nom 
du lieu où ils faitbient leurs leçons. C'ctoit 
une maifon tres-agréable dans un des faux- 
bourgs d'Athènes , ornée de fontaines , de 
bofquets Se d'allées d'arbres qu'on y avoit 
plantées pour la commodité des Philolbphes. 
Elle leur avoit été donnée pour cet ufage par 
un Citoyen d'Athènes ( ^cademttt ) dont elle 
porte le nom. On n'y enleigna pas toujours 
!es mêmes principes. Cinq (eues différentes 
s'y fuccederent les unes aux autres , qui eu- 
rent pour Auteurs Platon , Arcefilas , Carnea- 
des de Cyrene , Philon , & Antiochus. Après 
lefquels les Académiciens quittèrent leur nom 
pour prendre celui de Platoniciens. 

/Erasistrate fut petit-fils & difcipled'A- 
riflote. Etant à la Cour de Stleucus Nicanor 
Roy de Syrie , Antiochus qui fut depuis fur- 
nommé Soter fils unique du Roy , tomba 
dans une langueur dont perfonne ne pouvoit 
découvrir la caufe. Mais Erafiftrate ayant re- 
marqué que le poulx de ce Prince fe déré- 
gloit dés qu'il voyoit Stratonice fa bellemerc, 
qui ctoit fort jeune & tres-bicu faite , connut 
^11 mal ! & e» averiit Je Roy qui aima miei» 



faire époufer Stratonice à fon fils que de le 
voir mourir en langueur. Pline liv. 15. c. 7. 
Valere Max. liv. 5. f. 7. 
g Aristarque étoit de Samos , & pafla poul- 
ie Critique & le Grammairien le plus habile 
de fon tcms. Il fut difciple d'Ariltophane , 
contemporain de Crates & de Ptolomée 
Philomctor qui lui confia l'éducation de fon 
fils Ptolomée Lathurus. Il fit neuf Livres de 
correâions de l'Iliade & de l'OdilIée d'Home- 
re , & mourut l'an de Rome 606. VoJJiw de 
4. art. Pof. 

h Apicius illuftre voluptueux & fameux 
gourmand qui fit un traité ( de re cnUnariâ ) 
de l'art d'apprêter les viandes fous le nom de 
M. Gabius Apicius , & après avoir dépenfé des 
biens immenfès en faullps & en ragoûts , 
voyant qu'il ne lui refloit plus que 150000. 1. 
il s'empoifonna de peur de mourir de faiiii. 
C'eft ce que Seneque rapporte dans fon Livre 
de la Confolation à fà mère Hclvia ; Dion & 
C. Tacite difent que Scjan dans fâ jcunede fer* 
vit aux plaifirs de cet Apicius. Vofflm de Annal, 
lib. i. c. 14. Athénée I. îi. Pliie H- 9- f- i?» 
^ //. 10. c, 48. 



i ^ A P O t b G E T 1 CLU E 

§. IV. 

Zes Empereuri O /^ Jwrff ont aboli ou reformé des Lolx qui 
farmjfoient contraires au bien public. Celle qui condanne U 
Religion Chrétienne ejl injufle & pernicieujè à l'Etat. 

Jusqu'ici j'ay fait voir que nous ne méritons en rien 
k naine du Public : je vais maintenant faire connoître 
notre innocence, non -feulement en nous juftifiant de 
ce qu'on nous impute ; mais encore en faifànt voir que 
nos ennemis font eux-mêmes coupables des crimes dont 
/ ils nous accufent: afin que toute la terre fçache que nous 

fômmes incapables des horreurs qui fe commettent par- 
mi eux , & ahn qu'ils ayent honte de condanner , je ne 
dis pas des hommes vertueux , pendant qu'ils font eux- 
mêmes perdus de vices-, mais des hommes qu'ils ne 
croient auffi coupables qu'eux , que parce qu'ils font 
Chrétiens. 

Je répondrai à chacune des choies qu'ils nous accu- 
fent de faire en fecret & qu'ils font en public , & pour 
kfquelles on nous regarde comme des fceîerats , des 
infcnfez , & des gens dignes de moit & de mépris. Mais 
comme lors que vous n'avez plus rien à répondre à la 
vérité qu'on vous oppofe , vous ne manquez jamais de 
produire l'autorité de vos loix contre nous, & que vous 
fçavez fi bien dire , que ce n'eft pas à vous d'examiner ce 
que les loix condannent, & que ceW malgré vous que 
vous leur obéiïfez préférablemcnt à la vérité ; je veux 
" Lt^Tmù- avant tout, vous parler de ces loix dont " vous êtes les 

fes étaient les ^ 

'.ièpofttahes des protecteurs, 

^ém. 7. ^ '' Premièrement, lors qu'avec une dureté impitoyable 
falae°'^^ii^? '^^^^^^ proférez ces paroles ^ Les loix condanuem votrs Keligwny 

& 



DE Ter TUL I E N. 17 

& que vous prononcez contre nous fans nous permettre 
de nous défendre j n'eft-ce pas avouer publiquement 
que vous ufez de violence ? n'eft-ce pas déclarer votre 
Tribunal tyraniquc ? puifque c'eft dire que notre Re- 
ligion eft défendue ; parce que vous voulez qu'elle le 
foit, & non parce qu'en effet elle le doit être. Car fi 
c'eft parce qu'elle ne doit pas être permife que vous la 
défendez i c'eft (ans doute parce que tout ce qui eft mal 
doit être défendu , de même que tout ce qui eft bien 
doit être permis. Mais 11 je trouve que ce que votre loi 
a condanné eft un bien , je juge par-là qu'elle n'eft pas 
en droit de le faire , au lieu qu'elle le pourroit fi c'étoit 
un mal. 

Si votre loi s'cft trompée , c'eft qu'elle eft Pouvragc 
d'un homme i tar on ne la croit pas décendue du ciel. 
Or doit-on être furpris ou qu'un horrime ait pu fe trom- 
per en faifant une loi , ou qu'il condanné un défaut qu'il 
y reconnoît ? Les Lacedemoniens n'ont- ils pas corrigé 
les loix de Lycurgue ? & Lycurgue " ne le fit-il pas juftice 
de cet affront en fe faifant mourir de faim ? Et vous-mê- 
mes à qui une expérience éclairée fait percer les ténè- 
bres de f antiquité la plus obfcure , ne vous voit -on pas 
rous les jours , par des Edits & des Reglemens plus la- 
ges & plus fenfez, reformer cette confufion de loix qui 
vieilliflent fous la pouffiere ? Severe^j celuy de tous les 



(les Payens, qnî 
s'cxcufoient fur 
ce que les lois 
leur oïdônoienc 
de condanner 
les Chrétiens. 

Us rendent 
leur Tribunal 
tyraniquc. 



Les loix ne 
peuvent défen- 
dre que ce qui 
eft mal. 



On doit cor- 
riueruneloiqui 
elt défcdueufe. 



Exemples de 
loix qui ont été 
ou corrigées OU 
abolies. 



et II fut le fécond fils d'Eunome Roy des 
Lacedemoniens , qui eurent le bonheur de 
l'avoir pour Legiflateur. Jamais homme ne 
fut plus digne de l'ctrc , ayant été lui-même 
pendant fa vie une loi vivante par l'innocence 
de fes mœurs & la figeife de (à conduite ; 
«•ependant l'envie qui fuit touiours fa venu de 
près lui fufcita de puillans ennemis , qiri re- 
garderont Ja mort de fon frère Polydecbe com- 
pie un prétexte favorable à leur calomnie , 
xonv J'accuféï d'avoir voulu ufurper la fouve- 



raineté ; mais l'horreur qu'il eut de la propor- 
tion de (a belle-Ibeur , qui s'offroit de fe faire 
avorter s'il la vouloit époufer, eft pour lui une 
juftification allez glorieufe. La manière dont 
il eft mort eft fi incertaine , qu'on ne peut 
guéres plus conter fur ce que les Hiftoriens en 
rapportent, que fur ce que Termlien nous ea 
dit. Jujfin. Vly'tarcjtft , Clem. uilex. iiv. I. des 
Strom. Eujeb. Paufanias. 

ô Severe abolit la loi Papie après avoir ré- 
coniMi /pajf une c?pericnce de loo. ans coiU' 

c 



Ge qui peut 
faire rejectcr 
■ae loi. 



iS Apologeti q_u e 

Empereurs qui a moins aimé le changement, ne vient- 
il pas d'abolir la loi Papie , toute refpedable qu'elle fût 
par Ton antiquité ? parce qu'elle obligeoit d'être perc 
avant Fage que la loi Julie ' prefcrit pour le mariage. Et 
cette loi barbare '^ qui permettoitàun créancier de met- 
tre par morceaux un débiteur infolvable , n'a-t-elle pas 
été depuis abolie d un commun confentement de tour 
le monde ? La peine de mort a été changée en une pei- 
ne d'ignominie , fuivie de la confifcation des biens , & 
l'on a mieux aimé épargner le fang de fhomme que d'é- 
pargner fa honte. 

Que de loix il vous rclte encore a corriger dont vous 
ne connoidez pas les défauts , fi ce n'eft ni leur antiqui- 
té , ni la dignité du Legiflateur j mais leur équité feule 
qui oblige à les obferver 1 Car on eft en droit de rejetter 
une loi qui n'a pas cette qualité , quoi qu'elle nous con- 
danne , ôc c'cil: par-là que nous accufons la vôtre d'injuf- 



bien elle étoit onereufe au public , contraire 
aux intentions de fon Auteur , & même pré- 
judiciable à l'Etat. C'eft auflî par ces mêmes 
raifons que Tertulien l'appelle VamJJimM le- 
ges. Sueto. C. Ticite. Dion. liv. 54. 43. Pro- 
fer. l. j. Hora. foe. fec. 

c Les guerres Civiles du Triumvirat étant 
terminées par la paix générale de l'Univers , 
FEmpire fe trouva dénué de citoyens , ce qui 
obligea Augufte à faire des loix ( an. de Ro. 
75fi. ) qu'il nomma Julies du nom de l'Empe- 
reur (on oncle , lefquelles condannoient à une 
amende appellée uxorium , tous ceux qui ne 
fcroient pas mariez : & comme Ion intention 
étoit de rendre à l'Empire les Citoyens qui 
lui avoient été enlevez par la guerre , il or 
donna qu'une fille ne feroit plus accordée a- 
Tap.t dix ans accomplis ( ce qui fe faifoit quel 
quefois dès le berceau ) & que celui à qui el- 
le auroit été promife l'épouferoit au bout de 
trois ans , pendant lefquels elle joliiroit , fé- 
lon la coutume , des biens , honneurs & prl 
vileges de (on futur époux. Mais quoi qu'An- 
gulie ae fe fût pas beaucoup apperçu de l'uti- 



lité de cette loi au dénombrement de touteS' 
les familles de l'Empire qu'il avoir fait faire' 
environ 17. ans après , ils ne laifla pas fur la- 
fin de fes jours de faire la 1 ù Papie ou Pop- 
pée ( an. de Ro. -jèi. ) qui porte le nom des 
Confuls qui la publièrent , par laquelle il ré- 
duifoit les trois ans à deux , ordonnant que le 
mariage (è confomrneroit deux ans après que 
la fille auroit été accordée : c'ell fur cela que 
Tertulien dit que la loi Papie vouloir qu'on tût 
père avant l'âge que la loi Julie prefcrit pour 
le mariage. 

d C'étoit une des loix des 11. Tables qui fut 
abolie l'an de Rome 630. fous le Confalat de 
L. Papirius Mugellanus Curfor , & C. Pœte- 
lius. Voici les termes de cette loi. Ni cum es 
pacit, io. dies in vinculis retinett. Trinis nun~ 
dinit continu fi in Comitium frocttato , xrifque 
Afiimiam fr&dicato. Tertiù Nundinn cafiti 
p&nai luito , aut trans Tiberim peregri -ut- 
num ito. A(i p fin/es efunt rei , tertiu Nun- 
dinis parteù fecanto : Ji fliff mi>injv< fecui- 
fint , ne Ji f lundi efit^ 



DE Te RTU L I E N. 19 

tice j & même d'extravagance , quand nous luy voyons 

punir un nom. En effet . fi les Loix font établies pour , i-esio«font 

punir les actions , pourquoi condanner les nôtres iur le punir les ac- 

feul nom que nous portons , pendant qu'elles ne con- 

dannentles autres que fur les preuves du fait, & jamais 

fur le nom de l'acculé ? Je fuis un inceftueux-, que n'in- 

forme-t-on contre moy ? J ay tué un enfant ; que ne me 

met-on à la queftion ? J'ay manqué aux Dieux , & à 

l'Empereur -, pourquoy ne pas entendre ma juiKfication? 

Il n'y a point de loi qui défende d'examiner le crime 

qu'elle condanne ; parce qu'un Juge ne punit pas avec Un juge ne 

• n.- ••! ' J 1' T' • peut eoiidanner 

jultice s il n a des preuves que 1 accule a commis ce que fuftcment que 
les loix défendent , & parce qu'un Citoyen ne peut pas .fi^^'i" preuves. 
être long-temps fidèle à une loi s'il ne connoît pas ce 
qu'elle condanne. Il ne fuffit pas qu'une loi foit jufte en 
elle-même , il faut qu'elle paroifle telle à ceux qui la C'i-couftances 

ir A-^nZ-ll • qui rendent une 

doivent oblerver. Au relte , ii elle ne veut pas quon bi dcieaueuf& 
l'examine , elle eft fufpeite : & fi elle exige une obéif= 
fance aveugle , elle eft tyranique. 

$. V, 

Si les Empereurs vicieux ont ferfecuté les Chrétiens , les vertucua 
fejont déclare^leurs proteSlettrs. 

Pour remonter à l'origine des loix que vous nous "yipUndan, 
oppofez i il y avoit un ancien Décret " qui défendoit I^> f>-''g^'"j- 
aux Empereurs d introduire aucune Divinité nouvelle Ecci.iiv.i.c.z. 
(ans l'approbation du Sénat. Marc Emile le fçaitpar fon c.'i."^ '^'^ ' 
Dieu Alburne'*. Et c'eft encore ce qui fait beaucoup à 
pptre caufe ; que les Dieux parmi vous fe faffent à la 

<( On crort que ce Marc Emile eft celui I me qui avoit une dévotion finguliere pour les " Voicy les 
4oiit parle VaJere Maxime , coromed'unhom-lDiyjnitez étrangères. A l'cgarii de fon Dieu termes de cette 

Cij 



loi , qui c(l tirée 
des Livres des 
Pontifes , citée 
par Cviaitus , 
livre 10. de Ho- 
nelt. Difcip. c. 
^.Sefaratimne- 
Tno jtt hahens 
Veos novosjive 
mdvenM. Nijl 
fiehlice adfcltos 
frivatim celun- 
to. 

Tibère a pro- 
pofé au Sénat de 
mettre le Dieu 
des Chrétiens 
au rang des 
Dieux. 

Il a impo(è 
des peines ri- 
goureufès à 
leurs accuCi- 
tcurs. 



lO Ap O L O G ET t Q^U E 

pluralité des voix , & qu'un Dieu ne puiffe être Dieu 
fi. le caprice d'un homme s'y oppofe. Car alors c'eft 
l'homme qui devient propice au Dieu. 

Tibère , fous qui le nom Chrétien eft entré dans îc 
monde , ayant été informé des preuves admirables que 
l'Auteur de ce nom avoir données de {à Divinité dans 
la Syrie de Paleftine , luy donna le premier fon fuffragc, 
& propofa au Sénat d'y foufcrire. Le Sénat ne s'étant 
point trouvé de ce fentiment , n'en voulut rien faire ; 
mais l'Empereur demeura ferme dans fà refolution , & 
menaça de punir ceux qui accuferoient les Chrétiens. 

Lifez vos Commentaires : vous verrez que Néron*, 
fous qui les Chrétiens ont commencé de paroître à Ro- 
me , a été le premier qui ait répandu leur fang : mais 
nous tenons à grand honneur de l'avoir à la tête de nos 
perfecuteurs. Car quiconque connoît Néron , peut fça- 
voir qu'il n'a jamais rien condanné qui ne fût un très- 
grand bien. Domitien ' que fa cruauté fera toujours re- 



Albnme , on ne fçait pas trop ce que c'étoit , 
à moins qu'on nedife qu'il voulut Faire palier 
pour une Divinité la fève des arbres , que les 
Latins appellent Mburnum y c'eft cette hu- 
meur vifqueufe qui leur tient lieu de Iàng,qui 
en eft comme l'àme qui les nourrit j & les 
fait croître & produire. 

h II fut fait Empereur au préjudice de Bri- 
ttnnicus , par les trahifons d'Agrippine : après 
cinq ans d'un règne plein de bonté , de juftice 
& de faged'e , il Tè proftitua tout d'un coup à 
toute forte de cmautez & d'abominations 
iDonftrucufès. Il fit all'alîiner fa mère ; il ré- 
pudia & fit enfuiie mourir Odavie fa premiè- 
re femme : il enleva à Othon Poppée Sabine , 
dont il fit fa féconde femme , qu'il tua auflî 
d'un coup de pié pendant qu'elle étoit encein- 
te. Voyant tous fes crimes confierez par le 
Sénat , il fit mourir tout ce qu'il y avoit de per- 
fonnes illuftrcs : il auroit même voulu , com- 
me il le difoit , que tout le genre humain n'eût 
eu qu'une tête, pour avoir le p!aifirde la cou- 
per. I-'envie qu'il avok dç taire ponçr fou 



nom à la ville de Rome luy perfuada d'y met- 
tre le feu, qui dura fiï jom^s ; & ayant rejette 
ce crime fur les Chrétiens , il donna lieu à 
leur première pcrf cution. Enfin après avoir 
fait voir qu'il étoit né pour la mine de fa pa- 
trie , il fut obligé de s'enfuir , & de finir , par 
une mort violente un règne de rj. ans, 7. mois, 
& 18. jours. 

c Domitien fîls de Tite-Ve(pafien , & le iï. 
des Cefars , avoit la beauté & la phyfionomic 
trompeufè de Néron , & fut comme lui cruel, 
vain & impudique : û cniauté lui inipira de 
faire mourir un grand nombre de personnes 
de confideration , & de renouvcller l'Edit de/ 
banniflement contre les Mathématiciens & les 
Philofophes , ce qui donna occafion à la fé- 
conde perfecution contre les Chrétiens. Sa va- 
nité le porta à fe faire traiter de Dieu & de 
Seigneur, & à vouloir qu'on ne li:i érigeât au- 
cune ftatuc qui ne fût d'or ou d'argent, & (on 
incontinence le fit vivre avec fa nièce Julie 
comme avec (a femme , & paflér fa vie dans 
les impudiàtez les plus horribles. Partlieuiu» 



II 



DE TeRTULiEN. 

farder comme une portion de Néron , voulut fuivre 
exemple de fon PrédecelTeur -, mais comme il étoit 
homme '^ il changea aife'ment de penfee , & rappella de 
l'exil tous ceux qu'il avoit bannis. L'injuftice , l'impiété 
& l'infamie ont toujours e'té le cara6tere de nos Perfe- 
cuteurs •■> fouvent vous les avez condannez , & fouvenc 
f vous avez rétabli ceux qu'ils avoient profcrits. 

Mais de tous les Empereurs qui ont fçu rendre aux 
Dieux &aux hommes ce qu'ils leur doivent, nommez- 
en un '■qui ait entrepris de nous détruire, & nous au con- 
traire nous vous en nommerons un qui s'eft déclaré le 
prote6teur des Chrétiens. Ouvrons les lettres de M. Au- 
rele^ce digne Empereur, nous verrons qu'il afTure que 
c'eft à la prière des foldats Chrétiens , que dans la guer- 
re des " Quades il obtint une pluye qui appaifa la foif ge- 



tc Sigerius , tous deux Officiers de fa Cham- 
bre , trompèrent par un menfonge la connoif- 
(knce qu'il avoit du iour & du moment de Ta 
mort , & les précautions qu'il avoit prifes pour 
l'éviter , le faifant allaffincr dans fon lit par 
Stephanus Intendant de Domitilk femme de 
Flave Clément , lorfqu'il croyoit ne devoir plus 
rêtre. Siteto. Dion. Epifi. 

dl.£ Gouvernement de Domitien ne com- 
mença d'être uniforme que lors que le peu 
de vertus qu'il avoit furent entièrement tour- 
nées en vices. Le mélange des unes & des au- 
tres ayant toujours fait voir en lui une inéga- 
lité qui le rendoit prefque impénétrable. Sué- 
tone. 
„ e II n'y a eu entre les Empereurs que Ne- 
„ ron & Domitien qui , trompez par cenains 
,f impofteurs , ont répandu contre nous des ca- 
„ lomnies qui , félon la coutume , ont trouvé 
„ quelque créance dans l'efprit du Peuple. Mais 
„ vos très pieux Prédeceflèurs ont corrigé l'i- 
5, gnorance de ce Peuple , & ont réprimé par des 
,t Edits publics la hardielVe de ceux qui entre- 
„ prendroient de nous perfecuter. Adrien votre 
7> ayeul ( il parle à l'Empereur M. Aurele jinto- 
}> ni» ) a écrit en notre faveur à Fundanus Gou- 
,i vemeur d'Afie , &c à pluficurs autres. L'Empe- 
5> rcur votre père ( Antenin le Débonnaire] dans 
^ le tcnips que vous partagiez avec iui ks foins 



Domitien ». 
rappelle les 
Chrétiens qu'il 
avoit bannis. 

" Xifhilin. 

vie de Nerva. 

S. Jean fut 
rappelle de fon 
c:ul. Eufeie liv. 



Marc-Aurefe 
s'el^ déclaré 
leur protedteur. 

An de J. C. 
l-H. de M.Ajtr. 
14- 



du Gouvernement , a écrit aux habitans de 
LarilVe , de Thelfalonique , d'Athènes , & en- 
fin à tous les peuples de Grèce , pour répri- 
mer les feditions & les timiultes qui avoient 
été excitez contre nous. L'opinion où nous 
fommes que vous ne jugez pas moins équita- 
blement ni moins fevorablemcnt de nous, nous 
fait efperer la grâce que nous vous deman- 
dons. Fragment de l'Apologie de S. Melittn 
Eveaue de Sardes , pour les Chrétiens , rap- 
porte par Eujehe. Hiji. Eccl. lit. 4. c. 16. 

f Ce fut en faifant publier à Ephefè une 
Conftitution en faveur des Chrétiens, dont S. 
Meliton Evéque de Sardes fait mention dans 
fon Apologie pour les Chrétiens , & qui eft 
conçue en ces termes : L' Empereur Cefar , 
Marc-Aurtle , Antonin- Augujie , Arménien g 
Grand Vontife , i^umzj fois Tribun , trois fois 
Conful , aux habitans d'Afe , falut : Je fçiti 
que les Dieux ont foin que ces hommes [les Chre" 
tiens ) ne demeurent pas inconnus j car il leur 
importe plus qu'à nous de punir ceux qui les 
offenfent. Plus vota faites de bruit contre eux , 
en les accujitnt d'impiété , Cr plus voits les 
confirmes^ dans leur fentiment & dans leur 
réfolution. Lorsqu'on les défère & qu'on les 
condanne à la mort pour le nojn de leur Dieu , 
ils font plus contens quelorfquonne les punit ■ 
foim : tiffi ds remportent la -vi Boire en rr- 

C iij 



li 



Ce qu'on doit 
penfcr des loix 
qui n'ont été 
itiifes en ufage 
que par des mé- 
chans , & dont 
les bons ont évi- 
té de Ce lèrvir. 
" f^oyez. le S. 



Ap O L O G ETIQJTE 

nerale de Ton armée ; & s'il ne déchargea pas publique- 
ment les Chrétiens des peines porte'es contre eux , il le 
fit d'une autre manière à la vue de tout le monde , en 
condannant leurs accufateurs à des peines encore plus ri- 
goureufes. 

Quelles loix font-cc donc qui ne font obfervées con- 
tre nous que par des impies , des injufi:es , des infâmes, 
des furieux , des fous ôc des infenfez \ que Trajan ren- 
dit en partie inutiles en défendant de rechercher les 
Chrétiens " , & qui ne furent jamais mifes en ufage , ni 
par Adrien ^, qui vouloit tout fçavoir , ni par Vefpa- 
fien Fexterminateur des Juifs , ni par Antonin le Pieux, 
ni par Verus. Cependant étant aufli méchans qu'on nous 
fuppofe , nous aurions dû avoir pour perfecuteurs des 
gens de bien , dont les nuxurs euflent été oppofées aux 
nôtres , & non des perfonnes qui ont été aufTi corrom- 
pues qu'on nous accufe de l'être. 



ttonçant à la vie plutôt que de faire ce que 
•vont defre^- il eft aajjl à f repos d.evotu don- 
ner des avis touchant les trembUmens de ter- 
re qui font Arrivez, , & qui durent encore : 
fomparez, votre conduite en ces occupons avec 
telle des Chrétiens j au lieu qu'alors ils met- 
tent plus que jamais leur confiance en Dieu , 
•vota perde z.courage , O" vous négligez^ le cul- 
te des Dieux , comme fl vous n'en connoijjlez, 
■point , & vous perfecntez,jiifqu' à la mort les 
chrétiens qui adorent un Dieu éternel. Plu- 
petirs Gouverneurs de Province ajant écrit a 
pton père touchant les SeBateurs de cette Re- 
ligion , il défendit de les inquiéter , à moins 
ati'ils n' entreprijfent quelque chofe contre le 
bien de l'Etat. Quand on m'a écrit fur le mé- 
fne fiijeti'ajfait la même réponfe ; & Jj a 
l'avenir on accufe quelqu'un d'être Chrétien , 
je veux ^qu'il fait altfoKs , C que l'accufateur 
fait puni. Eufcbe Hift. Eccl. liv. 4. S. Mcliton 
Jîvéque de Sardes, dans fcn Apologie adrellée 
à l'Emperenr Verus. 

g Adrien étoit verfé dans toutes les fcien- 
ces & dans tous les Arts qui fervent à polir 
J'efprit: il excelloit dans les belles lem'es grec- 



ques & latines : il avoit un goût merveilleux, 
pour les Ouvrages d'éloquence & de Poëfie ; 
& comme la curiofité le portoit à vouloir tout 
fçavoir , il fit tant par fon application qu'il de- 
vint Géomètre j Philofophe , Médecin , Mu- 
ficien, Aftrologue, Arithméticien, Peintre & 
Sculpteur en marbre & en airain. Ç'eft fur 
lîela que Tertulien l'appelle Curiofttatum om- 
nium explorator. Paul Diacre dit de luy qu'il 
aima les Chrétiens , qu'il ordonna la peine du 
Talion contre leurs accufateurs , & que fans 
les Préfets de la Religion , qui s'oppofcrent à 
fon deffein , il auroit élevé un Temple à Jc- 
iiis-Chrifl:. Eufcbe fait mention ( Uv. r. c. 5, 
de fon Hift. Eccl. ) de denx Apologies de I9 
Religion Chrétienne qui luy furent adrellées, 
l'une par Qnadrat , l'autre par Ariftide. Il rap- 
porte aufli ( dans le même liv. c. 9. ) une let- 
tre qu'Adrien écrivit en faveur des Chrétiens 
à Minucius Fundanus Proconful d'Afie , et» 
ces termes t J'iJ receu la lettre que Serenitt* 
Granianus , homme de mérite & votre Vréde- 
cejfeur , m'a écrite .je trouve que l'affaire dont 
il s'agit doit être examinée avec un grand 
foin , afin de ne point ipquieter les Çhreticnt 



DE TeRTULïEN; 

§. VI. 



il 



Les chângemens que les Romains ont faits aux Loix de LEtat 
e> de la Religion. 

I L faut prefentemeiit demander aux fcrupuleux obfer- 
vatcurs des loix & des reglemens de leurs ancêtres , s'ils 
ont toujours eu la même fidélité , le même refpeâ: & la 
même obéïflance pour toutes les Ordonnances de leurs 
Pères : s'ils ne s'en font point écartez : s'ils ne les ont 
jamais tranfgrefTées , àc s'ils n'ont pas comme effacé de 
leur mémoire les règles les plus neceffaires & les plus in- 
faillibles pour la fureté des mœurs. 

Que font devenues les loix " qui reprimoient les dé- 
penfes fuperflues & ambitieufes s qui défendoient de 
mettre plus de cent as ^ à un repas •-, & d'y fervir plus d'u- 
ne volaille , encore ne falloit-il pas qu'elle fût graffe : 
qui excluoient du Sénat comme tr es-ambitieux un Pa- 
tricien ' qui auroit eu dix '^ livres d'argent pefant : qui 
faifoient abattre les Théâtres lors qu'ils commcnçoienc 
à s'introduire , les regardant comme l'écuëil des moeurs. 



Les Romains 
n'obfervent pas 
toutes leurs loti 
avec le même 
(crupule qu'ils 
obfervent celles 
qui font contre 
les Chrccieas. 



Loix qui fonc 
impunément 
violées par les 
Romams. 



f/cnsfujet, & de ne pas autoriser la calomnie fi 
les babitans de la Province les accufent de- 
•uantvoia j qu'ils prouvent les crimes dont ils 
les chargent. Mats ne vota arrêtez, point a des 
dtfcours , ni aux crit confut du Peuple : pre- 
nez, connoijfance des accufations que l'on for- 
mera contr'eux : s'ils font convainctes d'avoir 
violé les loix , qu'on les punijfe s maK p l'ac- 
eufation efl calomnieuje , qu'on punijfe l'accu- 
fateur. 

a La loi Fannia défendoit de dépenfer plus 
de 100. as aux jours des (peâacles , aux Sattu"- 
nales , & à certaines autres fêtes ; & plus de 
dix as les autres jours. 

La loi Licinia permettoit de dépenfer juf- 
qu'à trente as les jours des Kalcndes , des No- 
nes & des Foires , & défcndoit de manger plus 
de trois livres de viande fimple , & une livre de 
Ki^aût aux autres jours. 



b L'as Romain étoit un peu moins de neuf 
deniers , & les loo. as failbieut environ 3. liv. 
8. fols de notre monnoye. 

c Cornélius Rufinus après avoir été deux 
fois Conful & une fois DiiSateur , fut challé 
du Sénat par le Cenfeur Fabricius , pour avoir 
acheté des vafes d'argent qui pefoi;:nt dix li- 
vres , comme un homme d'un exemple per- 
nicieux pour la Republique, p'al. Max. 

d Le fcmpule Romain pefoit 14. grains ; 
trois fcrupules pefoient une drachme Romai- 
ne ou un gros , qui valoir de notre monnoye 
7. f 8. d. huit drachmes faifoient une once, qui 
valoit de aotre monnoye 5. liv. i. fol 4. den. 
& la livre pefoit 12. onces , qui faifoit de notre 
monnoye 36. liv. 16. fols : les dix livres d'ar- 
gent valoient donc 56S. liv. C'étoit en ce tems- 
là un bien excefllf qui faifoit chailêr du Sénat 
un Sénateur Patricien , c'eft-à-direiil'ude l'un 



44 A I» O t O G I T I Q_ty I 

& qui ne laiffoienc point ufurper impunément 5c lans 
raifoii les marques des premières dignitez & d'une naiP 
fance illuftre ? Car je vois qu'aujourd'hui l'on donne à 
des repas le nom de Centenaires;, parce qu'on y de'pen- 
fe jufqu'à cent mille fefterces. ' 

Tout l'argent qui fe tire des mines fe convertit en 
vaiflellc , non-feulement chez les Sénateurs , ce qui fe- 
roit peut-être fupportable , mais chez des Affranchis qui 
ont à peine leur liberté'. Je vois qu'on a multiplié les 
Théâtres , qu'on commence à les couvrir , & que crainte 
que la rigueur du froid ne trouble le plaifir de ces fpe- 
(âacles infâmes , on fe fert des manteaux incommodes 
que les Lacedemoniens inventèrent fins doute autrefois 
pour les jeux des Romains. Je ne vois plus de différent 
ce entre les habits des Dames Romaines & les habits 
des proftituées : elles ne connoiffent plus ces loix ancien» 
nés qui fervoient à maintenir la modelHe & la tempé- 
rance. L'anneau conjugal qu'un époux mettoit au doigr 
de fon époufe écoittput l'or ^qu'une femme portoit fur 
elle. Alors le vin'^ leur étoit {\ exprelfcment défendu , 
qu'il y en eut une que fes parens nrent mourir de faino. 
pour avoir ofé prendre les clefs d'un Cellier. Sous le re-» 
gne de Romulus , Mecenius * tua la femme pour avoir 

des cent premiers Sénateurs Romains qui fu- 1 uxorcm ejuod vinum bibijfet e dol'io , intetfe^ 

rent choifis par Romulus. Hftm fitijfe à marito , efimejue atdit a Romu- 

e Le grand fefterce appelle Seflercixm ,vsi- lo abfoluticm. Fiihita r'iBorin annallbus fuit 

loit deux livres & demi d'argent , ce qui fait \ fcrifpt matronam qitoA lociilos m quibtis étant 



de notre monnoye environ 91. liv. & les cent 
lèflerces faifoicnt environ 9100. liv. 

/L'an de Rome 540. C. Oppius Tribun du 
Peuple , fit une loi qui porte fon nom , par la- 
quelle il étoit défendu aux femmes Romaines 
de mettre fur elles plus d'ime demi opcc d'or , 
de porter des étoffes de divcrfes couleurs , & 
d'aller en carofle dans les rues de Rome , & à 
jnille pas aux environs de la Ville. 

g Non licehdt vinum faminU Roms, hibere. 
fnvoiimm inter exeiffla Sgnatit Mecennii 



daves -vinar'm cells. rejîgnavijfet à fuis inedià 
mon coaciarp. Cato , ideo fropinaiios fœniiait 
cfculum dare infiimit ut furent an tcmetum 
olcrent , hoc tum no>ncn vino erat : unde Cr 
temuUntia affellata. Plln. lib. i\- c. 13. Hift. 
natur. 

h Mutierjt-vinttm biberit ut adulteram fu- 
niunto. C'eft la feizicme des loix qu'on attri- 
bue aux Rois de Rome , & qu'on appelle or- 
dinairement le Droit Papiricn ; parce qu'elles 
ont été ramallées par Sext. Papirius : Fr. Baj» 

bu 



bE Tertulïten: Ï| 

bu du vîn 'y Se n'en fut point blâmé : & fî les femmes 
étoient autrefois obligées de faluer tous leurs parens , 
ce n étoit qu'afin qu'on pût connoître quand elles au- 
roient violé cette loi. 

Où font ces mariages heureux que la pureté des 
mœurs rendoit fi parfaits , qu'il s'eft paflfé plus de cinq 
cent ans depuis la fondation de Rome fans qu'il foit arri- 
vé de divorce' dans aucune famille ? Aujourd'huy tout le 
corps d'une femme plie fous For , & fi elles faluënt un 
homme c'eft en tremblant. En s'époufant on fait vœu 
de fe répudier , & le divorce eft à prefent comme le 
fruit du mariage. 

Mais vous " qui vous piquez d une exaditude fcrupu- 
leufe fur la Religion , combien en avez-vous retranché 
de chofes fi fagement établies par vos Pères ! Vos Con- 
fuis, de Fautorité du Sénat , ont banni non - feulement 
de Rome , mais encore de toute Fltalie , le Dieu Bac- 
chus ' avec tous fes facrifices. On a défendu Feutrée du 
CapitcJe au Dieu Sérapis , à la Déefle Ifis "*, au Dieu 



itl- aa'S, 



C'eft aas 
Pontifes qu'iî 
parle. 



doiiin célèbre Jurifconfulte eii rapporte dix- 
huit dans foa Commentaire fur les leix de 
Romulus , qu'il dit avoir trouvées fur des 
Tables très-anciennes. Cette loi fut faite par 
Caton , l'année qu'il étoit Cenfeur , de Rome 
J70. 

i F. Carvilius Rnga fut le premier qui fe fc- 
para d'avec fa femme l'an de Rome 513. ou 
52.1. fous le Confulat de M. Pomponius Ma- 
thon , & de C. Papyrius Maflon. 

/ L'an de Rome 56*. fous le Confulat de Sp. 
Pofthumlus Albinus , & de <4:^ Manius Phi- 
lippus , on abolit à Rome & dans toute l'Ita- 
lie les Fêtes , les facrifices & les aflemblées 
qui fe faifoicnt en l'honneur de Bacchus. On 
démolit les Temples , & l'on renverfa les Au- 
tels qui luy étoient confacrez. On dit qu'il fe 
trouva plus de 7000. tant hommes que fem- 
mes , initiez à ces honteux myfteres. On fit 
mourir les plus coupables , & l'on condanna 
les autres à uae prifon perpétuelle, Le Sénat 



ordonna en même remps que lors qu'un hom- 
me feroit dans une obligation indifpenfable 
d'offrir un facrificc au Dieu Bacchus , il en 
parleroit au Prêteur; que le Prêteur en feroit 
fon rappon au Sénat , & que le Sénat ne pour- 
roit accorder cette permilTion lors qu'il y au^ 
roit moins de cent Sénateurs allemblez ; 8c 
qu'il ne la donneroit qu'à condition qu'il ne 
fe trouveroit que cinq perfonnes au plus à ce 
facrifice , qui fe feroit fans Prêtre ni Miniftre.- 
Tite-Li've. Decad. 4. liv. 4. 

m L'an de Rome 701. fous le Gonfulat de 
Cne. Doinitius Calvinus , & de M. ValeriuS' 
Mcfl'ala , le Sénat fit un Décret par lequel il 
ordonnoit que le Dieu Serapis & la Déelle Ifia 
feroient challez de Rome, & que leurs Tem- 
ples feroicnt abbitns : ces mêmes Divinités 
furent rétablies en 701. fous le Confulat de 
M. iEmilius Lcpidus , & de Lucius Munatius 
Plancus. Dion, tiijl. Rom, liv. 47. 



■z6 Apologeti QJJ e 

Harpocrates ", & au Dieu Anubis"; c'eft-à-dire qu'ils 
ont été chalTez du Palais des Dieux. Pifon & Gabinius , 
tous deux Confuls , qui n étoient pas Chrétiens , leur 
ôterent les honneurs divins , & renverferent leurs Au- 
tels , pour arrêter les defordres d'une infinité de fuper- 
ftitions vaines èc infâmes. Vous avez depuis rétabli tous 
ces Dieux dans leur première dignité , & vous leur avez 
conféré la Majefté fouveraine. De grâce , où eft votre 
religion ? où eft ce rerpe6t prétendu pour vos Pères ? 
vous n'en avez plus rien ; ni les habits , ni la tempéran- 
ce , ni la (implicite , ni les fentimens , ni le langage. 
Toujours vous loiiez Fantiquité , & vous fuivez des ma^ 
ximes nouvelles , ce qui fait voir que renonçant à celles 
de vos Ancêtres , qui font excellentes , vous n'en con-r 
fervez & n'en obfervez que ce qui ne le mérite pas , 
puifque vous n'en obfervez pas ce qui le mérite. 

Mais bien plus 5 je vous feray voir dans la fuite que 
fi vous avez redreffé dans Rome les Autels du Dieu Sé- 
rapis , & fi vous avez rétabli les fêtes de Bacehus dans 
toute Fltalie ; vous n'avez cependant plus , pour le culte 



w Le Dici! Harpocrates étoit reconnu chez 
ks Egyptiens pour le Dieu du Silence , de mê- 
me que Muta & Tacita en étoient les Déellcs 
chez les Romains. II y avoit dans tous les 
Temples d'Ifis & de Serapis une figure de cet- 



fçAvoir à la jeune Dame qu'elle ét^it aimée du 
Dieu Anubis , & que fa pieté demandoit d'elle 
qir'elle vint palier une nuit dans l'on Temple î 
ce que Pauline obtint d'autant plus aifément de 
fon mari , que fa fa^elle l'avoit mile au-dell'uS 



te Divinité repréfcmée fous la forme d'un jeu- 1 de tous les foupçons. Glorieufe d'avoir pu plai- 



ne homme couronné d'une mitre à l'Egyptien- 
ne , ayant le fécond doii';t de la main droite liar 
fa bouche , Se tenant de fa main gauche une 
corne d'abondance pleine de fruits , furmontez 
d'une pôme de pin. Nat.ComesGisbert Ctiferta. 
If;s & Harpocrates dlgito qui (îguificant ft. 
y^rro. lib. 4. ilelmg. Ut. 



re à un Dieu, & pénétrée des Itntimens de 
reipedl & de vénération qu'on doit à fa Reli- 
gion , elle fe rendit au Temple , où elle palFg 
a nuit avec Mondus qu'elle croyoit être Anu- 
bis ; mais peu de jours après Pauline avant fcâ 
de Mondus même que fa pieté avoit été tronr- 
pée i outrée de colère elle en avertit fon ma» 



L'an de Rome 773. un Chevalier Romain i-y , & Tibère ayant été informé du fait , fit 
nommé Mondus n'ayant pu rien obtenir par pendre tous les Prêtres d'Ifis , rafcr fon Tem- 
ai-gent d'une jeune Dame nommée Pauline , ) pie , jetrer fa Statue & celle d'Anubis dans le 
qu'il aimoit éperdu'ement , eut recours à un I Tibre , & envoya Mondus en exil. Ce fait eft 
Prêtre d'Ifis , qui luy procura les moyeîyis de rapporté fort au Ipug par Mave-Iojefh , liv, 
faiiifaire fa pallion. Ce Miniftre déteftable fit j 18. <■. 4, 



DE Ter TU Lï en: 2,7 

des Dieux, ce zèle qui a fi fort aveuglé toute l'antiqui- 
té ; ôc l'autorité de vos Ancêtres , dont vous vous dites 
les défenfeurs , ne vous empêche pas de méprifer & de 
détruire votre Religion , ce qui eft le 2;rand crime dont Cc font ics 

r 1 ^t ■ T-^r ' 1\ Pavens qui dé- 

vous acculez les Chrétiens. Je vais a prelent repondre a tmifcnticurRe- 
toutes les abominations qu'on nous accufe de Elire en pfs"?^; %^°^l 
{ècret , pour enfuite nous jurtifier plus aifément des cri- "^"'■ 
mes qu'on nous accufe de commettre en public. 

$. VIL 

Tout ce qu'on avance contre les Chrétiens font des bruits de U 
Renommée , qui eji^refque toujours faujfe. 

" O N dit que nous égorgeons un enfant , que nous Dénômbve- 

r \ ■ „ 1 • n '"'^"t des cri- 

mangeons la chair , & que nous commettons des inceites, mes énormes 
après que des chiens , complices de nos horreurs , ont fa°"iemen"][t 
renverîe nos lampes \ afin qu'à la fiveur des ténèbres chmienr. 
nous puilïions fans aucune honte nous foiiiller des im- 
pietez les plus déteftables. C'eft fur cela que nous pafions 
pour les plus fcelerats de tous les hommes. On le dit 
toujours \ mais depuis " qu'on le dit , on n'a pas encore " u y avoit 
daigné s'informer de la vérité. Ou , informez - vous p'"^'^^""-*"^- 

dr \ \ r OuelesPayens 

onc , Il VOUS le croyez \ ou , ne le croyez pas , 11 vous nfe doivent 

ne vous êtes pas encore informez. Votre répugnance à connoiffkn™'' 

vous en éclaircir eft une preuve que vous n'en croyez i°- Paice qu'ils 

rien : auUi n ordonnez-vous pas aux bourreaux de nous mais informez. 

faire avouer ce que nous faifons j mais de nous faire nier 

ce que nous fommes. 

La Religion Chrétienne , comme nous favons déjà 

a On accu{bit les Chrétiens de trois cri- 
mes ; de meurtre , parce qu'on leur enten- 
doitdire qu'ils mangeoient le corps de Jtsus- 
Christ. D'incefte, parce qu'ils s'aimoient 
«omnie des frères , & qu'ils s'cntr'appeUoient 



de ce nom. De facrilege , parce qu'ils ne 
rendoient aucun honneur aux Dieux , & qu'ils 
ne celebroient point les fêtes des Empereurs 
dans le crime de k diilolution & de la dcbaa-- 
che. 



Dij 



1*. Parce qu'5 
n'en a vu aucu- 
nes traces dans 
Jcs irruptions 
qu'on fait à tou- 
te heure dans 
leurs allbm- 
t>!éçs. 



3". Ils ne peu- 
vent pas l'avoir 
appris par les 
Chrétiens , ni 
p^rceijxquin'y 
participétpoint. 



18 À P O L O G E T I Qjr E 

dit, a commence fous Tibère. Si-tôt que la vérité s'eft" 
fait voir , elle a été haïe : elle a trouvé autant de Perfe- 
cuteurs , qu'elle a trouvé d'Idolâtres. Les Juifs même , 
a qui elle avoit été annoncée, l'ont faerifiée à leur ja- 
loufie , les Soldats à leurs concuiïions, & les Domell:iques 
à leur malignité naturelle. 

Tous les jours on nous afîîege , tous les jours on nous 
trahit , ôc le plus fouvent on fait des irruptions dans nos 
Eglifes & dans nos aflemblées: y a-t-on jamais entendu 
les cris de cet enfant qu'on dit que nous égorgeons ? 
Quel eft le Juge qui a trouvé quelqu'un de nous la bou- 
che enfànglantée , telle que celle des Cyclopes * & des 
Syrenes "? Avez-vous jamais reconnu dans nos femmes 
aucune marque d'infidélité ? fi vous les aviez trouvées 
coupables , les eufïiez-vous cachées ? vous fuffiez-vous 
laillé corrompre en faveur de ceux que vous traînez 
devant les Juives ? Qiie fi nous nous cachons toujours , 
quand eft-ce donc qu'on nous a furpris commettant ces 
crimes , ôc par qui l'avez-vous pu apprendre ? fans dou- 
te que ce n'elt pas par ceux qui y participent 5 puifque 
tout myftere exige effentiellement la loi du fecret. Il 
eft inviolable dans ceux d'Eleufis '^ & de Samothrace'; 



i Les Cyclopes étoient des hommes d'une 
taille monftrucufe & d'une cruauté inoiiie : 
Enfans , ciit la Fable , du ciel & de la terre. Ils 
habicoient aux environs du mont Etna dans la 
Sicile , ce qui a donné lieu aux Pointes de dire 
qu'ils étoient les fors^erons des foudres de 
Jupiter. Nom. Odjjf. liv. 9. 

c Les Syrenes étoient Panhenopé , Ligée 
& Lcucolîe , trois monftres moitié femmes 
& moitié poiiFons. On dit qu'elles fe tenoicnt 
toujours aux environs d'un goufre , où par la 
douceur Zc la mélodie de leur voix elles atti- 
roient tous les vailleaux paflans , qui ne mau- 
quoicnt point d'y périr ; & qu'elles devoroicnt 
tous ceux qui y faifoiept naufrage. Hom. Odjjf. 
9. Strab. liv. I. Cr 5. Ovid. Mita. /, J. 



d Déo ou Dio Reine de Sicile, fille de 
Chronos & de Rhée , après avoir traverfé les 
mers en cherchant Phcrephattah fa filie uni- 
que qui luy avoit été enlevée par Aidonée Roi 
des Mololles , vint à Eleufis où elle fut fi 
bien reçue de Celée qui en étoit Roy , qu'elle 
enfeigna à Triptoleme fbn tils l'art de cijtiver 
la terre , & donna des loix aux Athéniens. Eti 
reconnoiffancc de ce double bientait , on inf> 
titua des myfbcres en l'honneur de Déo qui 
duroient dix jours, où par des repréfentations 
myftiques on imitoit les différentes avantu- 
res qui luy étoient arrivées en cherchant fa 
fille. On y repréfcntoir même iufqu'aux paro- 
les injurieufes , & aux pofhires indécentes d'u-i 
ne çenaiue Bgubo , doue Péq fut fprc m^- 



DE Ter TU LIEN.' 19 

combien le doit-il être davantage dans des myfteres qui, 
félon ce que vous en penfez , doivent nous expofer à la 
fureur des hommes en cette vie, & à la juftice de Dieu 
dans 1 autre ? Que fi ce n'eft pas eux qui fe font trahis 
eux-mêrnes 3 ce font donc des c'trangers : & comment 
des étrangers en ont-ils eu connoiffance , fi les myfteres 
les plus impies chafTent les profanes, & ne fouffrent point 
de témoins ? fi ce n'eft qu'on veuille dire , que plus on eft 
me'chant &: moins l'on craint ? 

Si c'eft la Renommée qui vous a inftruits ; chacun 4'Qsec'efi: 

r ■ ->n ir> / 1 y^- tout au plus par 

içait ce que c elt que la Renommée : un de vos Citoyens laRenommceà 
l'appelle le plus prompt de tous les maux". Pourquoy ^^^'^ « auTûter 
l'appelle-t-il un mal ? eft-ce à caufe de ia vîtefle ? ert-ce fo^r- 
parce qu'elle rend les chofes publiques ? ou bien parce hm qm non 
qu elle n elt prelque jamais véritable ? car lors même ^ii„„_ yiio-. 
qu'elle annonce quelque chofe de vray , elle le corrompt -*" '^■ 
par le menfonge, ôtant , ajoutant , & changeant toujours j^^„ f^f 
quelque chofe à la vérité. D'ailleurs (a nature eft telle , r"'"'^"' ''"'"' 
quelle ne fe foûtient que par le menlonge , & ne lub- vm.vug.An. 
(ifte qu'autant de temps qu'elle lailTe la chofe incertai- 
ne. Eft-elle affure'e ? la Renommée iè retire, & comme fl 
toutes fes fonctions étoient faites, elle expofe la vérité. 
Alors on ne doute plus , on alTure. Perfonne ne dit plus, 
par exemple , on dit que cela s'eft fait à Rome : ou , le 
bruit court qu'un tel eft Gouverneur d'une telle Provin- 



traitée pour n'avoir voulu ni toire ni manger 
chez elle. Les initiez à ces myfteres éroient 
obligez au fecret Ibus peine de la vie. Diago- 
ras de Mélos fut profcrit pour l'avoir violé , 
& le Pçete Efchyle eut bien de la peine à évi- 
ter la mort pour avoir été Ibupçonné du mc- 
roe crime, piodore. Porphyre. Platon : Cic. 4. 
in Verrem Athenèe. VoJJin!- 

t O» fçait bieji que les Divinitfz qu'on ado- 
roit dans l'ifle de Samothrace s'appeîloient Ca- 
jAVÊS j inais on ne coavicni pi>s de îeurs noms 



particuliers. Les uns difent que c'étoit Jupiter 
& Bacchus i les autres que c'étoit le Ciel & 
la Terre qui reprcfentoicnt le corps & l'ame ; 
& d'autres que c'étoit Gérés : ce qui eft cer- 
tain c'cft que le fecret étoit inviolable dans 
les myfteres qu'on celebroit en l'honneur de 
ces Divinitez , & que ces facrifices étoienc 
du nombre de ceux qu'on appclloit Epideidia : 
f'eft-à-djre , fur lefquels il falioit avoir la 
bouche fermée comme avec une ckf. 



D iij 



,^0 ApOLOGETi Q_U E 

ce. La Renommée qui elt un des noms êc rincerrim- 
de , n'a plus de lieu dés que la choie eft certaine : quel- 
qu'un , hors Finfenfé , peut-il luy donner fa créance ; 
puifque le fâge ne croit point à ce qui n'eft pas cer- 
tain ? 

Mais, quelque univerfelle & quelque vrai-femblable 
qu'une chofe puifle être , chacun fçait qu'elle a dû avoir 
un commencement , & que depuis elle a palTé par une 
infinité de bouches & d'oreilles. Or , l'oofcurité de ce 
commencement en corrompt tellement tout le cours ; 
que perfonne ne s'avife de penfer , que la bouche où il 
a pris nailTance pourroit avoir femé un menfonge. Ce 
Les motifs qu'on fait fouvent , ou par Fenvie qu'on porte à celuy 

qu'5 peut avoir j t t f ' J 

cudc foire cou- dout OU parle , ou par les ioupçons qu on en veut don- 
iir ces bruits, j^^j, ^ q^ p^j, |ç piaifir quc certaines perfonnes ont tou- 
jours à débiter des menfonges. Mais , heureufement 
pour nous , le temps découvre tout , comme le difent 
vos Proverbes & vos Sentences : & fuivant l'ordre que 
Dieu a mis dans la nature , rien ne peut demeurer long- 
temps caché , pas même les choies qui échappent à la 
Renommée. 

§. VIIL 

Les Chrétiens font innocens des crimes qu'on leur impute , parce 

qu'il n'y a point d'hommes qui foit capables 

de les commettre. 

On n'a pas Je veux que ce foit avec raifon que la Renommée dé- 
auxbl°uitTde°h poie depuis fi long-temps contre les Chrétiens ■-, je con- 
!^rkr'chre- ^^^'^^ 4^^^ "^'O'^^ produifiez fon témoignage contre nous : 
tiens.quandmê- quov qu'cllc u'ait oas encore pu prouver ce qu'elle a' 

me ils fcroient ^ i , . / ^ r • « » 1 1 r ■ J • • // 

véritables. public autrcfois , & cc qu elle mit croire depuis tant 
d^iSi!^'"' d'années. Mais j'en appelle à la nature j qu'elle foit ju- 



DE TeRTULIEN; ji 

gc entre nous & ceux qui croyent ces fortes de bruits. i». Parce qui 



nature ne 



Je fuppofe donc que les Chrétiens promettent une f„^^ok foûte- 
vie éternelle pour re'compenfe de tous ces crimes, &ie "''' '" <^"'"" 

P 1 n dont la Renom- 

conlens que pendant ce temps-ia vous nous en croyiez mée ics charge. 

coupables. Je vous demande à vous qui le croyez , fi 

vous pourriez facheter à un tel prix ? Venez , plongez 

ce fer dans le fein d'un Innocent qui n'a fait de mal à 

perfonne , qu'on n'accufe d'aucun crime , & que tous 

regardent comme leur enfant. Ou , fi c'eft à un autre 

qu'à vous à commettre ce meurtre i venez voir perdre 

îa vie à un hommf; qui n'en joiiit pas encore : venez 

voir fortir de ce corps une ame qui vient d'y entrer : 

venez recevoir ce fang qui çft à peine formé : trempez-y 

votre pain & mangez-le avec plaifir. Pendant que vous 

ferez à table , comptez les places : remarquez avec foin ' 

celle de votre mère & de votre fœur, pour ne vous pas 

tromper lorfque les chiens auront éteint la lumière ■■, car f 

ce leroit vous rendre coupable que de manquer un in- ^ 

certe. Si vous embraffez ces maximes , 6c fi vous les ob- 

fervez , vous vivrez éternellement. J'attens maintenant 

que vous me demandiez fi f éternité peut s'acheter à ce 

prix; que fi cela ne peut pas être , vous ne devez pas le 

croire ; mais quand vous le croiriez , je nie que vous le 

voulufïïez • & quand vous le voudriez , je nie que vous i'. Parce que 

kA nr £■ • J 1 J ' icsChrciiens ne 

puliiez rairc : pourquoy donc voulez-vous que d au- font pas piusca- 

tres le puifTent, n vous ne le pouvez pas ? & pourquoy ^^f^"f^ ""^* 

ne le pourriez-vous pas, (i d'autres le peuvent ? fbm- »« '■v^^ ceut 

* 1 B ^ ^ qui les en accu- 

mes-nous d une autre nature que vous ? nous croyez- fcr.t. 
vous des Cynocéphales " ou des Sciapodes* ? Avons- £'^ont^^m 

des homm s 
a Les Cynocéphales étoient des njonftres ria^e d'Anubis & d'jHeaibe , depuis qu'ejle dune nature 

fui avoieet le corps d'un Iwn-.nie , & la the avoit été changée en chienne. différente des 

'un chen , conime leur nom le fignifie : ils t Les Sciapodes , autremenr, MonolceJes j autres. 
èioieax veaus , à ce que dit la Fable , du ma- étoieijt un Peuple extraordinaire des Indes , 



1 1 A P O l O G E T I au E 

nous les dents feites autrement que vous ^ la nature 
nous a-t-elle donne des difpofitions particulières pour 
Tincefte ? Si vous croyez un Chrétien capable de ces 
horreurs , vous Fêtes vous-même , puifque vous êtes un 
homme comme luy -, & vous f en devez croire incapa- 
st'. Parce qu'ils ^jg f^ yous fcntcz Que VOUS Fêtcs . parce qu'il eft un 

ne Içauroient , l '11 

croire les chre- hommc comme vous. 

dcceshorreur" Que fi VOUS dites que nous (urprenons les (impies ; 

ciS«^°'^' & que nous leur impofons i de grâce , peuvent-ils igno- 
rer qu'on accufe les Chrétiens de ces pratiques abomi- 
nables , &c qu'en prenant ce parti ils s'engagent à s'en 
inftruire & à les obferver avec iôin ? D'ailleurs , c'eft la 
coutume , lorfqu on fe fait initier à des myfieres , de sV 
drefTer à celuy qui y préfide pour en recevoir les inftru- 
âiions. Voicy donc , félon vous , comme il faudroit. qu'il 
leur parlât. ty4ye^ un enfant encore tendre , qui ne conaoijjç 
pas U mort , C^ qui rie à U vue du couteau dont il fera égor- 
gé: aye^du pain pour en recevoir lejàng : aycT^des chandeliers 
iSf* des lampes : aye^ des chiens pour les renverfer , en leur jet- 
tant quelque chofe au-delà de la corde qui les y tiendra attache^: 
fur tout ne manque?:^ pas d'amener ^otre mère O^ <-uetre fœur^ 
Mais , fi elles ne le veulent pas ? fi cet homme n'a ni mè- 
re ni fœur ? s'il eft le feul Chrétien de fa famille ? car , 
félon vous , la qualité de fils ou de frçre eft pourtant eC 
fentielle à un.Chretien. 

Mais je fuppofe qu'en effet ils ne foient pas inftruits 
lorfqu ils fe font Chrétiens; ils ne font pas long-temps 
fans f être , & l'on ne les voit ni changer ni le plain- 
dre. Craignent ils d'être punis , eux qui fe feroient des 



félon quelques-mis ; & de Lybie , félon d'au- 
tres. On les nommoit Sciapodes ( Ombre des 
fieds ) parce qu'étant couchez au Soleil ils fe 
Icrvoient de leurs pieds comme d'un parafol , 
jour donner de l'ombre au refte de leur corps. 



On les appclloit auflî Monofceles ( qui n'a. att'u- 
ne jambe) parce qu on dit qu'ils couroient fur 
une jambe avec une vîtefle & une légèreté in- 
croyable, rlin. l. 7. f. i, S. j4if£. de U cité de 
Dieu liv- i(- 

pro- 



bi TERTutïEîï; jjf 

protc^cufs en nous accufànt, & qui (ans doute préfère^ î'. Farce que 

roient la mort à une vie fi abominable î Que (i vous di- eh«t1ëns^^feT' 

tes qu'en effet ils craignent ; pourquoy donc perfeve- "^«'"t i« pre- 

rent-ils ? car des qu ils iont initruits de toutes ces cho- c« kurs cou. 

fes, ils ne doivent plus vouloir être ce qu'ils n'auroient voyoïénV fore 

jamais été , fi l'inftrudion eût précède leur engage- bominabks^' ^" 

ment. Que tout les in. 

§. I X. 

Les Payens font en public tout ce qu'ils accufènt les Chrétiens! 
de faire dans leurs ajfemblées. 

Pour répondre encore mieux à toutes ces hofreursj 
je vais vous montrer qu'il n'y en a point que vous ne tes Paj-ens 
fafTicz publiquement ou enfecret, & peut-être eft-ce ks^ciimcsÇli^ 
par-là que vous nous en croyez capables. accufcnt ks 

i i 1/11 1 r \ Chrétiens de 

On a immole publiquement des enrans a Saturne " faae en fecret. 
par toute l'Afrique", jufqu'au Proconfulat de Tibère. r "origcnecm^ 
ce fut fous luy que des arbres même qui couvroient le *^' ^'^^^' 
lieu de ces làcrifices déteiîables , on fit autant de croix 
pour attacher les Minières de tant de crimes, en préfen- ks^CaS^Te's 
ce des troupes de ma Province , dont il fe fervit pour ^^"'''"«"s, 'es 

r ' 1 *■ r '^■oi"3'"S font 

cette exécution. Cependant ce crime abominable fe ^« meurtriers 

r MA 1 ^->i &des parrkides 

pratique encore en iecret : tant il elt vray que les Chre- publics. 
tiens ne font pas les feuls qui vous méprifent " ! outre « £„ ^i^j^^ç 
qu'un ufage criminel ne s'abolit pas tout d'un coup , ôc vosdàfenfes. 
que la qualité de Dieu ne change pas les mœurs. Sa- 
turne qui n'avoit pas épargné fes propres enfans , n'é- 
pargnoit pas non plus ceux des autres : les pères & les 



a Pefccnnius Feftus rappone dans k Livre 
de lesHiltoires,que les Cardiagmois inimo- 
Joient des hommes à Saturne , & qu'ayant an 
jour été vaincus par Agatocle Roy de Sicile , 
ils crûrent que ce malheur étoit un effet de la 
«olere de ce Dieu ; & «jue pour J'appajler ils 



égorgèrent en fon honneur deux cent enfans • 

des plus nobles de la Ville. Il termine ce récit 

par ces deux vers : 

Titn um relligio potuit fiiadere maloruTn 
QK& feperitfàifcfceterofa cr impia faSi,tf 

Ladtance de Ja faufle Religion , chap. zi,- 



" La Ville de 
Rome, 



5-4 A P O L O G E T I QJJ fi 

mercs les préfentoicnt eux-mêmes , & les ofFroient avec 
un zèle plein de religion , ne celTant de les carrelTer 
jufqu à ce qu'ils fuffent égorgez , de peur qu'ils ne trou- 
blaUent le facrifice par leurs cris innocens. Cependant 
quelle différence d'un parricide* à un fimple homicide l 

On fçait que les Gaulois " immolent des hommes à 
Mercure : les The'âtres apprennent ce qui s'eft pratiqué 
dans la Taurique '^ ; & Ion voie dans la plus religieufc 
Ville " du monde , & l'heritiere de la pieté d'Enée , un 
Jupiter^ que les hommes abreuvent de leur fang dans 
des jeux publics. Il eft vray que ce font des hommes 
condannez aux bêtes ; mais en font-ils moins des hom- 
mes ? & fi c'eft le fang des médians ; le facrifice n en eft^ 
il pas encore plus déteftable ? & n'eft-ce pas au moins 
certainement un homicide ? 

Que de reffemblance entre ce Jupiter & le Christ l 
& par fon avidité pour le fang humain , & par la quali- 
té de fils unique qu'il doit à la cruauté de fon pere^. 
Mais comme c' eft un homicide égal, de tuer un enfant 
volontairement , ou pour un facrifice , quoyque le par- 
ricide foit un bien plus grand crime i parlons mainte^, 
nant au Peuple. 



t C'eft le meunre d'un père , d'une mère , 
£'un parent fort proche , ou d'une pcrfonne 
facrée , comme des Rois, des Prélats , Sec. 

c Que pcut-i! y avoir de faint pour les Gau- 
lois , qui lors même qu'ils veulent appaifer la 
colère des Dieux , foiiillent leurs autels du 
fang des hommes '■ en forte qu'ils ce rendent 
point a la Relii^ion ce qu'ils luy doivent , qu'ils 
ne la violent auparavant par un crime. Qiii 
ne l'çait pas que cette coutume cruelle & bar- 
bare de facriher des hommes , le conferve en- 
core aujourd'huy parmi eux ? Cicer. Orat. fro 
ïonteio. 

^ I! y avoit une loi dans la Taurique qui 
prdonnoit d'immoler tous les étrangers à Dia- 
BC. Lftft. infi. div. liv. l. ch, il. 



e C'ctolt la coutume à Salamine de Cypre 
d'immoler tous les ans un homme à Jupiter , 
depuis que Teucer en étoit forti. On offre en- 
core aujourd'huy du fans humain à Jupiter 
Latial. Ce fut l'Empereur Adrien qui abolit 
cette déteftable coutume. Lactance , de l* 
ftiiffe Religion , ch. 11. 

/ Les Po'ctes difcnt que Saturne fçachant 
qu'il devoir être détrôné par un de fes enfanj, 
avoit foin de dévorer tous les mâles dés qu'ils 
étoient nez ; & que Rhée ne pouvant fe ré- 
foudre à voir périr le petit Jupiter , trompa 
fon mari , en luy Jettant dans la bouche une 
pierre au lieu de cet enfant , qu'elle fît élever 
fecretement dans une des cavernes du Mouï 
Ida. MjtQh^e des DUux- 



DE Ter Tt7L ï E N. ^1 

Peuple altéré du fang des Chrétiens : Juges équita- 
bles qui leur êtes fi feveres , de combien d'entre vous 
Vais- je frapper les confciences 3 û je vous reproche que 
c'eft vous-mêmes qui êtes les meurtriers de vos enfans^ 
& que votre inhumanité ell encore au-delTus de la nô- 
tre ? En effet, n'eft-ce pas une cruauté plus grande de 
les faire expirer dans l'eau , de les faire mourir de 
faim ou de foif , & de les cxpofer aux chiens ? Quel eft 
1 homme raifonnablc qui ne préférât de mourir par le 
fer? Pour nous l'homicide " nous eft expreffement dé- , " LiiomicH 

_ r de detenau par- 

fendu : c'eft même un crime pour les Chrétiens de mi les ehie- 
défaire ce qu'une mère a conçu , lors que la nature 
délibère encore de ce qu'elle doit faire. C'eft un ho- 
micide avancé que d'empêcher la formation d'un hom- 
me : car , quelle différence y a-t-il entre s'oppofer à la 
naiffance d'une ame , ou Farracher d'un corps qu'elle 
anime ? Ce qui devoir être un homme l'eft par avance j, 
de même que le fruit eft dans fon germe avant qu'il en 
forte. 

Quant à l'ufage du fang & aux repas fanglans , lifez 
Hérodote <?; je croy que c'eft luy qui rapporte que cer- LesScytîies, 
tains PeupleSjpour faire alliance enfemble/e ti^-oient du ^a|i"°ja"s^°;. 
fang^ de leurs bras, & fe le donnoient à boire les uns myftci-es de^ 
aux autres. Il fe fit quelque chofe d'affez femblable fous 

g Quelques Scythes feditieux s'étant refu- | qu'au premier Jour qu'ils ne prendroient rien 
giez dans le Royaume des Medes , Cyaxare | ils tueroientun de fes enfans , & qu'ils le luy 
qui en évni le Roy les reçut à fa Cour avec j ferviroient fur la table; ce qu'ils dvent. Bersd, 
tout l'accueil & les carrelles qu'ils pouvoient ; iiv. i. ». 73. 

defu'er , & leur donna plufieurs enfans pour h Avec quelque perfonne que ce foit que 
leur enfeigner à tirer de l'arc. Comme ils é- 1 les Scythes radént alliance , voicy les ceremo- 
toient grands chafleurs , ils alloient tous les 1 nies qu'ils obfervent. Ils prennent une grande 



jours tirer pour le Roy ; Se lorfque la challe 
n'étoit pas heureufe , Cyaxare dont la colère 
étoit extrême ne pouvoit s'empêcher de leur 
faire feutir fa mauvaife humeur. Les Scythes 
laUez de ces ti°aitemens injiiiks., rcfolurent 



coupe de terre qu'ils remploient de vin , & 
tous ceux qui font de l'alliance tirent du fang 
de leur corps avec un couteau ou avec une 
épée , & ayant mêlé leur fanj; avec le via^ 
ils y trempent une épée , des flèches , une 

E ïj 



$6 Apologetï (x.tr e 

ms attiquez CatiUiia ' j & Poii dit que e'eft la coutume chez quel- 

du mal caduque , J- ^ / i i 

boivent pubii- ques-unsaes Scythes, de manger les corps de leurs pa^f 

^ang'humain. rciis fi-tôt qu'lls font motts. Mais fans aller (1 loin , eiV 
"orie^fcon ^^"^ admls icj 3.UX myfteres de Bellone "" fans boire le 

trccei/c. fang que fes Prêtres tirent de leurs cuiffes , & qu'ils 
préfentenc dans le creux de leurs mains à tous les affif- 
tans ? N'eft-ce pas encore icy, qu'on voit au milieu des 
fpedacles, des gens attaquez du mal caduque " e'teindre 
leur foif fur les corps des fcclerats qui viennent d'être 

''" égorgez, & dont ils fuccent le làng? N'en voit-on pas 

encore qui mangent la chair des animaux tuez dans le 
combat ? Ne les voit-on pas demander quelque partie 
ou d'un fanglier ou d'un cerf qu'ils auront vu tuer î 
pendant que ce fanglier dégoûte encore du fang de ceux 
qu'il a bleffez , &: que le cerf aura expiré dans le fang 
du Gladiateur. On en voit même demander les entrail- 
les des ours , où l'on trouve des morceaux encore tout 
fgignans des hommes qu'ils ont dévorez , & par -là ils 
fc nourriifent d'une chair nourrie de celle des hommes. 
Vous donc , qui mangez toutes ces chofes , êtes-vous fort 
éloignez des repas prétendus des Chjpetiens ? Et ceux 
e feiutons. (J'ei-itre vous "qui par une brutalité exécrable prennenE 



terrines pleines de chair humaine. Ce fut fous 

k Conlulat de Cneius Domitius Calvinus Se 

de M. Valerius Mellala.Z>/o«. hifi. Rom. lib. 41. 

Bellone étoit Ibeur de Mars Déelle de la 



hache & un javelot , après quoi ils boivent le 
\m & k fang qui font dans la coupe , & en 
préfcntent par honneur aux plus ilkiftres & 
aux plus qualifiez de ceux qui afllftcnt à la cé- 
rémonie. Hérodote itv. 4. j guerre , du fang , de la fureur & du carnage ; 
i Catilipa ayant engagé dans fon parti les ] on la repréfentoit comme une furicufc , les 
"'"'■■ ' " ' ''' cheveuï épars & en defordre : les Cappadg^ 
ciens la mettoient au-dellus de toutes les au- 
tres Divinitcz ; & les Prêtres de cette Déell« 
ét.oient chez eux les plus conEderez après ks 
Rois. LaH. l. I. c. II. 
n Comitialu morbus. 

., nomtn ab iUo eft 

Quod ferrï nobis fujfragia lujta recufut. 
Q^ Serenus. noft. cal. 50. 5. Juks Cefar y 
étoit tre$-fuje(.^ 



plus puiflans Citoyens de Rome , pour s'aHu- 
rer davantage de leur fidélité , il égorgea un 
enfant , les fii jurer for fes cnti'ailks encore 
palpitantes , qu'il mangea enfuite avec eux. 
pian. Cajf. Hïft. Ro. ïiv. 37. 

l Quelques - uns des allaffins de Caligula 
mangèrent de fa cliair. Xifh. vie de Cal. 

m L'an de Rome 701. le Temple de Bello- 
tip s'étant trouvé enveloppé dans la ruine des 
Ty.itjples 4'Ifis & dp Serapis , on y trouva des 



EE 



Tertuiien^ S7 

leurs plaifirs dans les horreurs d'une impudicité monf- 
trueuie" , font-ils moins criminels , parce qu'ils dévorent 
les hommes fans les faire mourir ? Leur infamie les rend- 
t-elle moins coupables du fang humam , parce qu'ils fe 
nourriffent d'un fang " qui n'en eft pas encore ? Ce ne 
font pas des enfans , mais des hommes ^ qu'ils mangent. 
Rougiffez donc de vos horreurs à la vue des Chré- 
tiens , qui n'ufent pas même du fang^ des animaux dans 
leurs feftins, & qui pour la même rai{bn,s'abll:iennent 
des viandes e'tounees &dont on n'a pas tiré le fang ,de 
peur de fe foiiiller de quelque fang que ce foit , pas 
même de celuy qui eft refté dans le corps. En effet , le 
fang des animaux eft un des moyens dont vous vous fer- 
vez pour faire apoftafier les Chrétiens , tant vous êtes 
permadez qu'il leur eft défendu de manger ce que vous 
leur prefentez pour leur faire violer leur Religion. 
Comment donc pouvez-vous les croire altérez du fang 
humain , certains que vous êtes de leur horreur pour 

de futtg on devoir entendre l'homicide , & 
non pas ce qui entre dans le corps de l'hom- 
me i puifque , félon l'Auteur de la loi , il n'y a 
que ce qui fort de fon cœur qui puiflb le foiiil- 
ler. lea omnium animas tn hac re tennit iHtt 



"Semen humA' 
num. 

Les Chrétiens 
n'ufent pas mê- 
me du fang des 
animaux. 



p. Caligula dans le temps qu'il penfoit en 
homme & en Ehipcreur, fe propofa de faire 
6oyer tous les inventeurs de ces impudicicez 
détcftables. Sueto. Cal. 

L'abftinence du fang a été tres-religieufe- 
ment obfervée dans l'Eglife pendant près de 
cinq fiedes , jufques-Ia qu'on voit dans pki- 
ficurs Conciles des peines impolées à ceux 
qui ofoient la violer. Certains Juifs zelcz, de 
la fedte des Pharifîens , qui enfeignoient aux 
Gentils au'ils ne pouvoient pas être fauvez 



fententia veritatts , no» auod intr.tt tn os 
veffriim , vos coinquinat ,Jed/^iiod exit , mil' 
lam cihi na-turam , nuam Jociet.is admittit 
hamana ,fed qtta. iriiijt'.itM committit feccata, 
condemnans. S. Aug. tom. 6. liv. 31. c. 15. 
f N'eft-ce pas là, ce qu'on doit appeller de- 



fans être circoncis , donnèrent lieu aux Apô- vorer &c confumer des hommes ; ne taites- 
tres de s'afl'emUer & de décider qu'il ne faJ-ivous pas vous-mêmes ce que vous nous re- 
loit point circoncire ceux des Çentils qui fe ! prochezî Poitr nous , nous ne mangeons point 
converti (Ibient à la foy ; mais qu'il fuffifoit les liommes , & nous ne commettons aucun 



qu'ils s'abftinffcnt des viandes offertes aux ! meurtre. C'cft ce que difoit faint Attale Mar- 
Idoles , de la fornication, des viandes étouf- tyr de Lyon , de dclVus fa chaire ardente , au 
fées & du fang. Cet ul'age regnoit encore du | Peuple qui refpiroit la fumée qui fortoit de foii 
temps de faint Auguftin , qui en parle en écri- j corps. EufeL. h'tft. Eccl. liv. 3. ch. 1. peu de 

temps avant la converfion de Tertulien. 

9 Comment les Chrétiens mangeroient-ils 
jours conlervé depuis , dès que ce Père eut 1 des enfans , eux à qui il n'eft pas permis de 
eiocpliqué les termes de la décifion des Apô- manger du (àng des bêtes .' Sainte Eibliade 
jres , éi qu'ii eut fait coirioitre que par le mot 1 Manjre de Ljon. Idem. 



vaut contre Faufte. Mais on vit bien-tôt s'in- 
ti'oduire un ufagc contraire , & qui s'eft ton- 



Eiij 



58 A PO I O G ETÎ Q^U E 

eeluy des bêtes , à moins que vous n'ayez appris 
votre expérience , que l'un eft beaucoup plus délicieux 
que l'autre ? Ne devriez-vous pas vous en fervir de mê- 
me que du feu & de Fencens pour éprouver les Chré- 
tiens ? ils fe feroient autant connoître en acceptant Fun 
qu'en refiifant Fautre , & deviendroient également di- 
gnes de mort, ou en buvant le fang ou en ne facrifianE 
pas. Votre facilité à condanner lesaccufez, ne vous en 
laifTeroit pas manquer pour ces épreuves. 

Pour répondre maintenant aux inceftes dont on nous 

accufe :,• qui peut-on plus juftcment foupçonner de ce 

"Jupiter, les crime que ceux qui en ont reçu des leçons de Jupiter'^ 

Suicnr&îcs «lême ? Ctefias aifure que les Perfes '' abufent de leurs 

Romains font mercs. Lcs Macédoniens ne parurent pas exempts de 

publics. cette horreur , lorfque dans la repréfentarion de l'Oedi- 

ipc^ y ils s'écrièrent en fe mocquant du Héros de la Pièce r 

Faites maintenant réflexion aux facilitez que vos de- 
fordres ouvrent à ce crime , par la licence qu ils don- 
nent à la luxure. Premièrement , ou vous expofez vos 
cnfans , & ils tombent en des mains que le nazard ou 
la pieté leur ouvre ■■, ou vous leur donnez d autres percs 

r Lorfque les Perfes n'avoient point d'au- fait expofer fur !e mont Citlieron pour éviter 
très loix que celles de Zarada , ils fc croyoient les prédirions terribles de l'Oracle , élevé à^ 
obligez d'epoufer leurs mères , leurs fœurs , , la Cour de Polybe Roy de Corinthe , où il 
Se leurs filles même , regardant ce crime dé- avoit reçu une éducation digne de ià naillkn- 
teflable comme une aétion jufte Se innocen- I ce , vint un jour à Thébes , où il tua le Roy 
te ; mais ils n'eurent pas plutôt entendu par- j La'ius fans fçavoir que ce fût fon père ; & 
ler les Apôtres qu'ils furent charmez de leurs ! quelque temps après il délivra le Royaume du 
maximes , les embralferent , & foulèrent aux ', Sphinx , monftre moitié femme & moitié 
pieds les loix de Zarada. Theodoret contre tes ' Lyon : cette aûion fit oublier l'autre , & le fit 



Grecs. Or. 9. des Loi 

Simon chef des Athéniens , à l'imitation de 
fes Pères, & à l'exemple du grand Jupiter , 
cpoula fa fœur Elpinice, née de même père & 
de même mcre que luy. S. C-^rill. contre Jtil. 
: /Oedu'e fils de Laius & de Jocafte , écha- 
pc aux ordres cruels de fon pcre , quii'avoit 



juger digne d'epoufer la Reine qu'il ne con- 
noillbit point pour fa mère. Mais après quel- 
ques années d'un règne toujours malheureux, 
il reconnut tous fes crimes dans fa naiflànce 
qu'il ignoroit , & fe faifant horreur à foy- 
même il renonça au trône , & fè creva les 
yeux , fe jugeant indigne de voir le jour.. 



DE Te r t u 1 1 E is', 55^ 

que vous , Se qui font plus dignes de l'être. Or il eft 
impofTiblc , que paflànt dans une autre famille on n'ou- 
blie pas la (ienne après un certain temps, & dés qu'on 
en a perdu la memoire,l'incefte fe multiplie ,& Ton per- 
pétue le crime avec (à race. Enfin , chez vous en voya- 
ge, & jufqu'au de -là des mers , vous portez toujours 
avec vous une paffion dont la violence vous faifant fe- 
mer des cnfans par tout le monde , en fait aifémenc 
naître entre des perfonnesde même fangquine fecon- 
noiiïent pas ; en forte qu'une famille étant ainfi répan- 
due de toutes parts , ils font fouvent entr'eux des allian- 
ces inceftueufes fans le fçavoir , & (ans qu'aucun de cette -' 
nombreufe troupe s'en apperçoive. 

Pour nouSjUne chafteté fevere & inviolable nous pré- La chaftetê 

fi n II r Ta / 'l^s chrétiens 

erve ae ces malheurs ; par elle nous iommes en iurete les met à cou- 
contre l'ineefte & contre les impuretez & les excès fo^etimpure- 
du mariage. Quelques-uns beaucoup plus alTurez que les t^- 
autres repouffent toute la violence de cette palTion par 
une innocence qu'ils portent jufques dans le tombeau. 
Si vous confideriez que vous êtes coupables de tous ces 
crimes , vous reconnoîtriez bien-tôt que nous en fom- 
mes innocens •■, vous verriez ces deux veritez tout à la 
fois : mais il arrive, que par une double erreur ceux qui 
ne voyent pas ce qui eft , voyent fouvent ce qui n'eft 
pasi & c'eft ce que je vous feray remarquer dans tout 
ce qui me relie à vous répondre. Venons maintenant 4 
ce qui fe fait en public. 




40' A P O L O G E T I Qjr E 

LesTayens ne fçmroîent ignorer que les Dieux qu'ils adorent ni 
font pas des Dieux. 

Les laifons V O u S dïtcs que iious ne rendons aucun honneuu 
^"^^^^^ df ne ^^'^ Dieux , & que nous n'offrons point de facrifice pour 
point offrir de l^j Empereurs j il eft vray que ne rendant aucun culte 

facrifice aux ^ ri- ■ • ^ CC ■ \ C r 

Dieux pour les a VOS Divuiitez , nous ne leur ottrons pomt de lacrihce 

^rMiTnekur pour les autres ■■, parce que nous ne leur en offrons pas 

en offrent pour pQur nous-mêmcs , & parla nous devenons à vos yeux 

même poiir dcs fàcrtleges & des criminels de leze-Majefté. C'eft-là 

*'"'' le chef principal de vos accufations ; & pour dire mieux^^ 

c'en eft un qui comprend tous les autres , & qui mérite. 

i on éclairciffement où la preVention & f injuftice n'ayent 

aucune part: lune empêchant qu'on ne voye la vérité j 

l'autre empêchant qu'on n'en convienne. 

X- Ils ne font Nous n'avoiis celTé" d'adorer vos Dieux , que lorfque- 

que lerSeux Hous avous rccounu qu'ils n'en e'toient pas : vous pou- 

loiét des Dieux. ^^^ donc exiffcr de nous qu'on vous prouve qulls n'en 

Ils croyent au D J- t 1 • 

contraire qu'ils font point , & quc pat conlequeiit on ne leur doit aucun' 
neuiont point, j^qj^^^^^j. . ç^^ g'jjg étoieiit dcs Dicux, on leur devroit un 
culte , & les Chrétiens feroient puniffables s'ils e'toicnc 
pcrfuadezde la divinité de ceux aufquels ils ne refufenc 
leurs adorations , que parce qu'ils ne croyent pas qu'ils 
foient des Dieux. 

Mais, dites -vous, nous les rcconnoiffons pour telsr 
j'en appelle de vous-mêmes, à votre confcience. Qu'el- 
le nous juge, qu'elle nous condanne , fi elle peut Toû- 
tenir auc tous vos Dieux n'ont pas été des hommes i- 
Dieux o« été fi elle le nie , il fera- facile de l'enconvaincrc par le té- 
des hommes, jj^ojanase de ces mêmes Hiftoires ** anciennes , qui vous 

«t On n'a jamais bka f^û comment ks Dieux onféic faits ; s'ils ont tous conimcn- 



DE Tërtulieh. 4t 

en ont donné la connoifTancc , & qui apprehncnt enco- 
re aujourd'hui les Villes où ils font nés-, les Pais ou ils 
ont laiiTé des monumens , ôc les lieux qui ont été les 
dépofitaires de leurs cendres. 

Je ne vous parlerai pas de tous , ils font en trop 
grand nombre * : il y en a trop de Nouveaux , d'Anciens, 
de Barbares , de Grecs , de Romains , d'Etrangers , de 
Captift, d* Adoptifs , de Particuliers, de Communs , de 
Mâles j de Femelles, de la Campagne , de la Ville, de 
la Mer, & de la Guerre. Ce feroit perdre le tems que 
de parcourir ici toutes leurs qualitez ■■, c'eft afTez d'en par- 
ler en gênerai , non pour vous les faire connoître , mais 
pour vous en rafraîcliir la mémoire i car vous les traitez 
en Dieux oubliez. 

Le premier de tous vos Dieux, eft Saturne. C'eftde 
1 qu elt iorti tout ce que vous avez de meilleur & de tous les Dieus 
plus connu parmi vos Divinitcz; ainfi tout ce que vous *"^ "" '^°"' 
avouerez de forigine , il faudra aufîi l'avoiier de la pos- 
térité. Nous lifons dans l'Hiiloire , que Diodore ' de 
Sicile, Thallus '', Caflius-Severe", Cornélius Nepos-^, 
ôc tous les Ecrivains de l'antiquité n'ont jamais parlé de 
Saturne que comme d'un homme. Si je conlulte les 
monumens publics ; je n'en trouve nulle part de plus 
certains , que dans l'Italie même , où il fut reçu par Ja- 
iius ou Jané, comme le prononcent vos Saliens^, lorf- 

cc d'ctre en même tcnis, ou s'ils fe font fui- 1 c Diodore de Sicile rapporte la généalogie 
vis les uns les autres. On ne fçait pas mieux de Saturne , & parle de (on règne dans le pre* 

mier & troifiéme liv. de fes Antiquitez. 

d Thallus étoit un Auteur Grec qui a écrit 
î'hiftoire de Syrie^ 

e CafliusSevere célèbre Orateur , qui vé- 
cut fous l'Empereur Augufte , vers l'an de 
J. C. 35. 

/ Cornélius Nepos a vécu foas Jules Cefar, 

& quelques années fous Augiille ; il a écris 

la vie des Homes illuftres Grecs & Romains. 

g C'étQit douze Prêtres que Numa avçiî 

E 



Saturne le chef 
& le Père de 



me. 



quelle eft leur figure , ou fi on le fçait , c'cft 
depuis peu , & pour ainfî dire , depuis deux 
Jours ; car c'eft Homère & Héfiode qsi n'ont 
pas vécu plus de 400. ans avant moy , qui ont 
introduit chez les Grecs toute cette généa- 
logie des Dieux , & qui leur ont donné à cha- 
cun le nom , le rang , la fontlion , & la figu- 
re qu'il leur a pIû. Herod. liv. 1. ». çj. 

h lis ont reconnu jufqu'à 30000. Dieux , 
parmi Jefquel} il y avoit joo. Jupiters. 



4i A P O L O G E T t QJJ E 

qu'il vint s'y établir après plufieurs expéditions Se p!u- 
fieurs voyages en Grèce. La montagne qu'il habita fut 
appellée Saturniene , & la Ville qu'il y ht bâtir porte 
encore aujourd'hui Ton nom. Enfin toute l'Italie en per- 
dant le nom d'Oenotrie , prit celui de Saturnie. Il fit 
le premier des loix, & marqua la monnoye à Ton coinj 
ôc c'eft pour cela que vous le faites le Dieu des tréfors. 

Que {i Saturne a été un homme , il eft certainement 
fils d'un autre homme ; & s'il eft fils d'un homme , il ne 
Teft donc pas du Ciel & de la Terre. Mais il étoit aifé 
de le dire de ceux dont on ne connoifToit pas l'origine, 
puifqu'on le pourroit dire de chacun de nous •■, car qui 
refuferoit le Ciel pour père & la Terre pour mère , par 
le reCpedôc la vénération naturelle qu'on a pour eux? 
D'ailleurs c'étoit la coutume des hommes de ce temps-là, 
de regarder comme des perfonnes defcendues du Ciel, 
ceux qui leur étoient inconnus & qui fe préfentoient 
tout à coup devant eux. C'eft par cette raifon , que Sa- 
turne en arrivant en Italie , fut regardé comme un hom^ 
me venu du Ciel. 

Le Peuple appelle Enfans de la Terre ceux dont fo- 

risine eft inconnue. En accuferai- je la fimplicité sroC- 
r^ j 1 j p -' . , ^. ^ 

liere des liommes de ce temps -la, qui etoient autant 

frappez de la prefence d'un homme qu'ils n'avoient ja- 
mais vu que de celle d'un Dieu ■■, (i tout polis que vous 
êtes aujourd'hui, vous mettez au rang des Dieux ceux 
dont peu de jours auparavant vous annonciez publique- 
ment la mort par vos pleurs ? Mais c'eft aftez parler de 



inftituez en rhoniicur de Mars. Leur habille- 
ment étoit une robbe d'or { tr/ihea. ) un bon- 
net pointu , un baudrier de cuivre pour porter 
Jcur épée à la Thracienne , & un javelot ?vec 
lequel ils battoicnt la mctiire fur un bouclier 



qu'ils portoieiit de l'autre main , ajuftant à 
ces fons leurs voix & leur danfe. C'eft parce 
qu'ils alloient toujours dans les rues en dan- 
£ant & en fautant qu'ils furent appeliez Salii. 
Alçs. Ab jikx, iiv. I. c. l6. Rojin. Ant, Roi 



b Ë T E R T U l ï E N. 41 

Saturne quoique j'en aye dit peu de chofe. Je veux à 
prefent vous faire voir , que Jupiter a été un homme , 
fils d'un homme comme lui , & que route la troupe des 
Dieux n'a pas été d'une autre condition que fon chef. 

§. XL 

'Examen des raijbns qu'on aurait pu avoir pour faire de 
nouveaux Dieux. 

Mais parce que vous ne pouvez pas difconvenir qu'ils 
ont été des hommes , vous dites qu'après leur more on 
en a fait des Dieux ; examinons donc les raifons qu'on 
peut avoir eu de le faire. Il faut avant tout , que vous TousiesOieus 
conveniez, qu'il y a un Dieu au-deiTus des autres , dif- oMétédcshô- 

r 1 I r>k- • • / r 1 mes:ilsnepeu- 

peniaceur de la Divuiite , & qui en a fait part aux honi- vent avoir été 

*■ iri'^'^ri • A faits des Dieuxj 

mes, lelqueisnont pu le la communiquer eux-mêmes, queparunpre- 
& qui ne l'ayant pas , n'ont pu en être revêtus que par aS 'Soferie 
celui qui en e fi: le Maître : car, fi vous prétendez qu'ils ^'^'"= ^^ ^* 

i> ' ..1 r .S T- Diviwte> 

ne iont reçue de perJonne -, en vam les croyez-voUs 
des Dieux -, puifqu'ils n'ont pu le devenir, fans celui que 
vous ne voulez pas admettre. En effet , s'il eût été en 
leur pouvoir de fe faire des Dieux , fe feroient-ils faits 
des hommes , étant les maîtres de fe procurer une con*^ 
dition plus digne ? 

Que fi vous convenez qu'il y ait un Dieu qui com- 
munique fa nature aux autres ; je reviens à examiner les 
raifons qu'il a pu avoir d'élever des hommes à la Divi- 
nité ■■, & je n'en trouve aucune , fi ce n'eft le befoin que 
ce Souverain des Dieux a pu avoir de leur miniftere & 
de leur fecours , pour remplir toutes les fondions de b 
Divinité. 

Mais premièrement, ne feroit-ce pas une chofe indi- 

F.j 



44 ApOtOGETI Q^U E 

î,e Maître de gnc dc luî , Cju'il eût befoiii du fecours de quelqu'un ^^ 
f ei^'w eu & Tur tout d uii mort ? puifque , s'il devoit avoir befoiii 
d-Sver "deT ^'^^'^ homiiie aprés fa mort , il étoit plus convenable d'en 
hommes aux f^ifc uu Dieu pendant fa vie ; mais je ne vois pas en- 

tôaeurs divins. v • i • a i i "• 

core a quoy il auroit pu les occuper; car, que le mon- 
de foit éternel, comme l'a crû Pythagore ; ou qu'il ait été 
iin'apûavoii- crcé^ commc Fa voulu Platon; il cft certain qu'il a paru 
ÏÏÎ^"dih5- dés le commencement, dans fétat, dans la difpofition, 
me, & fur tout ^j^i-js f ordre , & dans l'arrano-ement plein de fa^elTe oui 

dun homme ■ l'i ^ r> i ■ J 1 T 

rnon; le monde nous le vovons aujourd liui. Celui qui donne la pcriec- 

étoit rcsic c5- . v 1 r ' a a^ • C ■ • • 1 

me il cft, avant tiott a toutcs cliolcs 11 a pu être impartait, m avoir be- 
quii y eût des {^^^^ J^ fecQurs de Saturne & de fes enfans. Ce feroit 

Dieux. r ' 

une folie de croire qu au commencement du monde , 
la pluye ne tomboit pas du Ciel , que les aftres ne bril- 
loient pas , que la lumière ne fuccedoit pas aux ténèbres, 
qu'on n'entendoit point gronder les tonnerres , & que 
les foudres que vous mettez dans la main de Jupiter , 
ne l'ont pas fait trembler lui-même. C'en feroit une 
autre de croire que la terre ne produifoit pas toutes for- 
tes de fruits avant Bacchus , Cerés & Minerve '* , & mê- 
me avant celui qui a été le premier de tous les hom- 
mes ; parce que la Providence n'a rien créé pour rentre- 
tien & la confervation de l'homme , qui n'ait été fait 
avant l'homme. Auiïi ne dit- on pas qu'ils en font les 
Auteurs ; mais qu'ils en ont enfeigné f ufage. Il faut qu'u- 
ne chofe foit avant qu'elle puiffe être trouvée : c'eft ce- 
lui qui l'a faite , qui en cft l'Auteur , & non pas celui qui 
la découvre , puifqu'elle étoit auparavant. 

Si Bacchus a été fait Dieu pour avoir enfeigné aux 
hommes à cultiver la vigne s on a fait une grande injuf- 

* Les Poëtes ont dit que Bacchus avpit ] i'ufagc di> ble4; Mio.erye , l'ufage de J'hiu» 
tiifagné aui hommes l'ulàge dij vin; Cerés, | le. 



D E T E s T U 1 1 E N.' 4J 

tkc à LucuIIus , en ne lui déférant pas le même honneur, ' 
comme auteur d'un fruit inconnu ; puifqu'il a le premier 
apporté du Pont en Italie des Cerihers , dont il a donné 
Se enfeigné l'ufage. Mais , (i le monde n'a manqué de 
rien dés fon commencement-, & (i chacune de fes par- 
ties a toujours fait fes fondions avec la même régularité; 
par là, il étoit encore inutile d'élever des hommes à la 
Divinité , n'y ayant rien dans les occupations & les em- 
plois que vous leur donnez , qui ne fe foit fait dés le 
commencement , & qui ne fe fût toujours feit , quand 
même vous n'euffiez pas créé de nouveaux Dieux. 

Donnez -nous donc une meilleure raifon, & dites, iisnontpoint 

, /I / 1 1 ^ 1 r^- • •.' ' «^ faits Dieui 

que quand vous avez eleve des nommes a la Uivmite , ç a à «ufc de km 
été pour récompenfer leur vertu ; & par là vous avouerez ''^""' 
que ce Dieu qui fait les autres, eft fouverainement juf- 
te , n'accordant pas une fi glorieufe récompenfe indiffé- 
remment à tous , mais à ceux qui en font dignes & qui 
la méritent. Je veux donc maintenant examiner , fi au 
lieu d'être placez dans Ciel , on ne devoir pas plutôt les i' Parce qu'il 

/ . . '^ f> , , ,—, ^ 11' 1 n'y en a aucun 

précipiter au rond du lartare , que vous appeliez, quand qj, ne fervede 
il vous plaît, la prifon des méchans ; car, on dit que "uj^uev^e!"'^ 
ç'eft le lieu où font renfermez ceux qui manquent à leurs 
Pères ^& à leurs Mères: qui commettent des inceftes avec 
leurs fœurs ': qui corrompent les femmes mariées'^ -.qui 
ravilTent les vierges' : qui fe foUilIent avec des perfonnes 
de leur fexc f; qui outragent , qui tuent , qui volent , qui 
|:rompent^ ; & enfin, tous ceux qui reflemblent a quel- 
qu'un de vos Dieux , dont il n'y en a aucun qui ne loit 



t Gâtumc qui fît fon Père eunuque , avec 
(à faulx de diamant. 

Jupiter qui détrôna fon Père. 

f Jupiter qui époufa fa focur. 

/l Jupiter qui commit ur.e infinité d'adu]- 
twcs sves Leda , avec Alcmeac , &c. 



e Jupiter qui enleva Europe. 

/Jupiter qui aima Ganimede. Hercijle qui 
aima Hylas. Apollon qui aima Hyacinthe. 

g Tou5 les Dieux font des meurtriers , des 
inapudiqucs , des yokurs & des trompeurs. 

F iij 



frtmiere , re- 
marque a. 



a' Parce que 
fuppofé qu'ils 
ayent été des 
hommes ver- 
tueux , ils n'ont 
pas été les plus 
vertueux de 
COUS les homes. 



46 Apologetï q^u e 

un exemple pour le crime ^, à moins que vous ne difiez 

Su'ils n'ont pas été des hommes : Mais pour vous empê- 
ler de le dire , ils portent des caraderes qui ne per- 
mettent pas qu'on en ait fait des Dieux. Car , fi " vous 
êtes vous-mêmes établis pour punir de pareils crimes j 
{1 ce qu'il y a parmi vous de gens de bien , fuient le com- 
merce , les entretiens , & la compagnie des mechans & 
des infimes \ & fi ce premier des Dieux a choifi de fem- 
blables perionnes pour partager la Divinité avec eux; 
pourquoi condannez - vous ceux dont vous adorez les 
collègues ? la juftice que vous rendez ici-bas les couvre 
d'ignominie. ChoifiiTez donc les plus fcelerats d'entre 
les hommes , (i vous voulez plaire à vos Dieux ■■, c'eft les 
honnorer que de leur donner des compagnons qui leur 
reffemblent. 

Mais pour ne pas parler davantage d'une chofe fï o~ 
dieufe , fuppofons qu'ils font des hommes innocens , ver- 
tueux & irréprochables. Combien en a-t-on laiiîé dans 
les Enfers qui font beaucoup au-deffus d'eux? tel que 
Socrate' , par fa fageife : Ariftide ', par (à juftice : The- 
miftocle '" , par fa valeur : Alexandre " , par fes conquêtes : 



h Saturne pour l'avarice', Jupiter pour 
l'impureté , Meicure pour le vol , Mars pour 
le meurtre , Bellone pour le carnage. 

Nihil inffeciem fallaciHs efi tjHttm pra-ua 
religio , uhi Deoriim numen fr&tendttur fce- 
lerihus. Tit. Liv. Dec. i. lib. i. 

i Socrate. Ce n'eft pas feulement au ju- 
gement des hommes que Socrate a pallc pour 
le plus fai^e & le plus l'çavant de fon fiécle , 
l'Oracle d'Apollon l'a prononcé de même. 

/ La juftice d'A R i s t i d e s fut fi grande, 
qu'elle lui fit donner le liirnom de Jufte par 
les Athéniens. Elle le fit enfuire condanner à 
un exil de dix ans : Enfin , après avoir pallé 
par les premières Charges , & avoir eu tou- 
tes les Finances de l'Etat en maniement , il 
mourut fi pauvre , que le public fut obligé de 
payer les frais de (es fuueraillcs , de marier 



fes filles , & de donner dequoi vivre à un fils,, 
qu'il lailVa après fa mort. 

m Themistocle , fils d'un homme illuftrc 
par fa naiflance & par l'a vertu , ayant mérité 
d'être déshérité pour fes grandes débauches, 
chercha les moyens d'effacer la honte & l'in- 
famie qu'il s'étoit attirée par fes déré^lcmens. 
Il fe mit en tête de fe faire de la réputation 
& des amis. Il s'en fit allez , pour mériter 
qu'on lui confiât la guerre de Corfou, qu'il 
termina avec autant de bonheur , qu'il l'avoic 
entreprife avec confiance , nettoya t la mer 
de Pyrates , & la rendant entièrement libre. 
Ce coup de valeur fut fuivi d'un autre enco- 
re plus confidérable , par la bataille navalle 
qu'il gagna fur Xerces à Salamine. Il eut 
pour de 11 belles adions la récompenfe ordi- 
naire aux grands Hommes , c'eft-à-dire , l'ea» 



DE 



T E R T U L I E N; 4y 

Polycrate * , par fon bonheur : Crefus^ , par fes richeffes i 
& Demofthene ^ , par fon éloquence. Qui eft-ce d'entre 
vos Dieux, qui eft, ou plus fage, ou plus grave que Ca- 
ton '' î plus jufte & plus brave que Scipion ^\ plus grand 



•vie & l'ingratitude. II fut chafle d'Athènes, à 
la follipitation des Lacedemoniens , & s'étant 
réfugié dans des Royaumes étrangers , il s'y 
fit mourir avec du fang de Taureau , de peur 
d'être obligé de prendre les armes contre fa 
patrie. 

n Alexandre fils de Philipe fut Gouver- 
neur de Macédoine à l'âge de 1 5. ans. Il fau- 
va la vie à fon père dans une bataille. II joi- 
gnit à fon Royaume toutes les Provinces qui 
en étoient voifines , la Thrace , l'illyrie , Tne- 
bes , & plulieurs autres. Il pafla dans l'Afie 
par l'Ellefpont , & ayant déclaré la guerre à 
Darius Roy des Perfes, il le défit pour la 
première fois au partage du Granique. Il le 
vainquit pour la féconde à la journée d'illus ; 
& le défit entièrement à la bataille d'Arbelle 
ou de Gaugamelle. II entra en Afrique par 
l'Egypte , où il fit bâtir la fuperbe ville d'A- 
lexandrie fur une des bouches du Nil. Il pé- 
nétra jufques dans les Indes , & fe rendit 
Maître de tout le Pais jufqu'à l'Hydafpe , par 
la défaite du Roy Porus. Enfin , après avoir 
reçu des Amballadcurs de prefque toutes les 
nations du monde , qui vcnoient ou reconnoî- 
£re fâ puillànce , ou le complimenter fur les 
Tidloires , il fut empoilbnné en rentrant dans 
Babylone, &: mourut âgé de 31. ans. iKCurce. 
Tlutarcjue dans ja vie. Juftm liv. II. & II. 
Jojefh Ira. 11. c. 8. 

Polycrate fut Roy de la mer , & pafla 
pour le plus heureux homme de fon tems. 
Tout luy réulfiltbit au gré de fes defîrs: Juf- 
ques là , qu'un jour ayant laillé tomber dans 
la mer une pierre précieufe d'un très -grand 
prix, elle fe retrouva dans le ventre d'un poif- 
ibn qu'on luy fervoit fur fà table. Perfonne ne 
fut capable de troubler un bonheur fi égal & 
fi conftant , qu'un Gouverneur de Sardes 
jiommé Oronte, qui ayant furpris Polycrate 
par. rufc , eut la cruauté de le faire pendre à 
fes yeux. 

f Cresus Roy de Lydie, après avoir con- 
quis la Grèce , la Phrygie , la Myfie , la Paphla- 
gonie , la Thrace , la Carie , & un graiid 
nombre d'autres Provinces , en exigea des tri- 
buts fi coufiderabks , qu'ils le rendjrent en 



peu de tems le plus riche , & le plus puiflant 
de tous les Rois de la Terre. 

if Demosthene fut un des plus célèbres 
Orateurs de fisn tems. Il eut pour Maîtres , 
Ifocrate , Platon , & Ifocus , qu'il furpalla au- 
tant par la force de l'éloquence , que par la 
grâce de la prononciation. A l'âge de 17. ans 
il fit un Plaidoyer contre fes Tuteurs , qui 
furent condannez à luy payer 30. talens , qu'il 
n'exigea pourtant point. Son Eloquence le mit 
en peu de temps à la tête des affaires , & le 
rendit le maître ablolu des cœurs & des vo- 
lontez des Athéniens. Ils furent fi contens de 
luy , qu'ils luy décernèrent une Couronne d'or. 
Ce fut à cette occafiou qu'il fit fon difcours 
de la Couronne , qu'on a toujours regarde 
comme un chef-d'œuvre , & un modèle de l'E- 
loquence la plus parfaite. Sa fin fut celle de 
la plulpart des grands Hommes; c'cft-à-dire, 
tres-malheurcufe. Jufques-Ià qu'il fut oblige 
de s'empoilonner luy-mème pour le dérober 
à la cruauté de fes ennemis. Flutar. enja vie. 
r Caton , furnommé le Cenfeur, fut at- 
tiré à Rome par Valerius Flaccus , qui le tira 
de Tufcule , où il palloit fa vie à cultiver des 
terres. Il fut élevé à toutes les Charges de la 
Republique , & les exerça avec une intégrité 
qui fervit de modèle à tous les Romains. Pen- 
dant qu'il fut Cenfeur , il rcnouvcUa la loy 
Oppia: s'oppofa au luxe : réforma les mœurs; 
& fit faire le procez aux criminels , fans que 
lés ennemis pullent jamais donner auciuic at- 
teinte à 'fon innocence par leurs calomnies, 
Ciccron dit de luy dans l'on Traité de l'Ami- 
tié : 0« Caton a itéfage , ou perfonne ne l'a 
jamais été. 

ySciPioN l'Africain n'avoit pas encore 
dix-huit ans , qu'il fauva la vie à fon père à 
la bataille de Tefin. Il empêcha par (on élo- 
quence , la noblellé de Rome de foi-tir de la 
VUle , après la bataille de Cannes. A l'âge de 
14. ans il fut envoie en Elpagne , où en moins 
de 4. ans il reconquit tout ce grand Pais fur 
les Cartliaginois. Il prit en un Jour Carthage la 
Neuve. Sa douceur avoit la plus grande part 
au fucccs de fes entreprifes , & à l'affei-mif- 
fement de fes conqiiêîes. Il fit çouduire llfl? 



"48 A P O t O G E T I Q.U É 

que Pompée'? plus heureux que Sylla" ? plus riche que 
CralTus* ? ou plus éloquent que Ciceron-^ ? Le premier 
de vos Dieux fçachant qu'il en devoit naître de plus di- 
gnes , ne devoit-il pas attendre la mort de ceux-ci pouï 
en faire des Dieux ? Mais , peut-être qu'il s'eft trop pref- 
fé de fermer le Ciel i & il rougit à loifir de fon injufti- 
ce , dont ces âmes murmurent à prcfcnt dans les Enfers. 



norablement chez eux Mardonius & les en- 
fans d'Iudibilis , qui fe trouvèrent parmi les 
prifonnicrs , & qui étoient les principaux de 
tout le Pais. Ce fut en cette occafion qu'il re- 
fufa de voir une jeune perfonne , dont la beau- 
té attiroit les regards & l'admiration de tout 
le monde , & voulut que la rançon qu'on hiy 
ofFroit pour elle,, fervît à augmenter la dot 
de cette fille, qui étoit promife à un Jeune 
Seigneur Celtiberien. Il termina la guerre d'Ef- 
pagne, par une bataille qu'il donna dans le 
lieu qui porte aujourd'hui le nom d'Andalou- 
fie , où il défit plus de 50000. hommes de 
pied , & 4000. chevaux. Il palVa enliiite en 
Afrique, où il défit deux fois les Carthagi- 
nois , commandez par Afdrubal & par Sy- 
phax Roy de Numidie , où il y eut 46000. des 
ennemis tués, brûlés , où faits prMbnniers , 
entre Icfquels fe trouvèrent Syphax & Sopho- 
niibe fa lemme. L'année fuivante il défit An- 
nibal à Zama , où il tua 10000. hommes , fit 
pareil nombre de prifonniers , & prit onze 
Elephans. Après avoir tué i jooo. hoimnes à 
Vermina fils de Syphax qui amenoit du fe- 
cours aux Carthaginois , il prit Canhage , & 
revint à Rome , où il entra en triomphe l'an 
5 58. & où il reçut le nom d'Africain. Il fut fait 
Conful l'année d'enfuite. Après fon Confulat il 
fe retira à Linteme dans la campagne de Ro- 
me, où il paffa le rcfte de fes jours dans l'étu- 
de , & dans la compagnie des Gens de lettres. 
t Cneius Pompe'e eût eu toutes les belles 
quslitez du corps & de l'efprit, fi faifant mem- 
bre d'une République , où de droit tous les 
Citoyens font égaux , il n'eût été fâché de 
voir quck^u'un de fes Concitoyens en pareil 
degré de réput.ition & de puiil'ance. Il n'y a 
point de partie de la terre qui n'ait été té- 
moin de fa valeur, & la matière de fes triom- 
phes. A rige de z6. ans il triompha de l'A- 
frique qu'il reprit fur les Profcrits. A 54. il 
criumplu des Efpagnes , par U victoire qu'il 



remporta fur Sertorius. Enfin , la défaite ds 
Tigrancs & de Mithridate, qui arriva huit ans 
après , luy ouvrit le chemin à la conquête du 
toute l'Afie , qui fut la matière de fon dernier 
triomphe. Pompée ne vouloit point d'égal, & 
Cefar fon beau-pere ne vouloit point de mas- 
tre. La force des Armes put feule les mettra 
d'accord. Le beau-pere déclara la guerre s 
fon gendre , le vainquit à la fameufe bataillî 
de Pharfale ; & comme il fe retiroit chez Pto- 
lomée Roy d'Egypte , un elclave le voyant 
palier d'un vaifleau dans un autre , luy coupa 
la tète la veille de fon Jour natal , à l'âge do 
58. ans , après trois- Confulats , & autant de 
triomphes. De fi belles actions luy firent drel^ 
fer une Statue avec une inicription , dont cha» 
que terme eft un éloge. 

» Lucius Com. S y l 1 a , quoy que d'uns 
des plus illuftres familles de Rome , étoit né 
tres-pauvre. Une Courtifane qui étoit foit ri» 
che le fit fon héritier, & fa belle -mère luy 
laill'a auflî beaucoup de bien. Ayant été fait 
Prêteur , & peu après Conful , la guerre d'Afie 
luy étant échue , Marins voulut luy en faire 
ôter le commandement , pour fe le faire don- 
ner. Mais Sylla en ayant eu avis , revint à 
Rome outré de colère , fe yangea de fes en« 
nemis, tua les uns, mit les autres en fuite, 
& s'en retourna en Grèce , où il défit Mi- 
tliridate , qu'il obligea à luy demander la pair. 
Les Confuls ayant fçu qu'il revenoit à' Rome, 
vinrent au-devant de luy pour luy dilputer le 
paflage : mais ayant défait Norbanus à Canu- 
le , & le jeune Marins au Siège de Paleftrinc, 
il entra dans Rome les armes à la main, prof- 
crivit un grand nombre de Sénateurs, traita 
fes ennemis avec une cruauté incroyable , prit 
la qualité de Diétateur , & fe fit donner le nom 
d'Heureux. 

* M. Licinius Crassus amafla de grands 
biens , en faifant commerce d'elclaves. On 
dit qu'il étoit riche de 5401x0. 1. quand il ese 



DE TertuLIE Î-. 

§. XIL 



4? 



Ok ne peut adorer les Idoles ,fans renoncer aux lumîers de U raifon. 

Je ne vous parleray pas davantage de vos Dieux , 
perfuadé que je vous auray convaincu par la vérité mê- 
me j de ce qu'ils ne font pas , quand je vous auray fait 
voir ce qu'ils (ont. A fégard de leurs perfonnes j j'y 
trouve feulement les noms de quelques anciens morts 5 
j'en entens raconter des fables y & j'y reconnois qu'elles 
font le fondement du culte que vous leur rendez. A l'é- 
gard de leurs fimulacres , je vois que la matière qui les 
conipofe , eft la même dont vous faites vos vafes , & la 
vaiiïelle la plus commune : & que changeant la deftinée 
de ces vafes & de cette vaifTelle , vous en faites des Di- 
vinitez par le fecours de fart j qui leur donne une forme 
nouvelle \ mais d'une manière, pour eux fi ignominieufe 
& fi outrageante , que ce pourroit être pour nous ( qu'on 



tra dans les Charges. Il eut depuis de fi grands j 
biens, qu'il donna au Peuple un feftin public, 
& à chaque Citoyen , autant de blé qu'il en 
pouvoit manger pendant trois mois. Preft 
d'aller contre les Parthes , il fit l'inventaire 
de fes biens , & fe trouva riche de 11780000. 
liv.Ciceron dit de Iny , ^k'/V «e crojeitfoint 
qu'un homme fut riche , s'il n' avait fas de- 
ejuaj entretenir une armée. Ayant obtenu le 
Confulat avec Pompée , la Syrie luy tomba en 
partage ; & comme il aimoit l'argent , il pilla 
le Temple de Jerufàlem , & emporta des fem- 
mes immenfes de la Judée. Le même denr 
des richefies luy inlpira le deflein de faire la 
guerre aux Parthes : mais il y perdit fon fils, 
& la vie en même temps. Et l'on dit que les 
Parthes luy ayant coupé la tête , la portèrent 
à Hyrode l'un de leurs Rois; qu'il fit fondre 
de l'or & en remplit fa bouche : afin , dit-il ;, 
de rajfuper après fa mort , celuj qui n'avait 
fù l'être pendant fa vie. Plutarque en fi 
vie. Flav. jofefh, livre 14. 4es Aptiquitcz Ju- 
da'iqucs.. 



Les Dieux ne 
peuvct pas être 
reconnus pout? 
des Dieux, au 
nom qu'ils por^ 
teac. 



A la matière 
dont ils font c5« 
pofcz. 



A la manière 
dont on les fa- 
bïiquc. 



j M. ï. CiCERON a toujours été regardé 
comme le Prince de l'éloquence Romaine. 
Quelques plaidoyers qu'il fit dans fa Jeunellc 
contre les amis de Sylla qui ne pardonnoit à 
perfonne , l'obligèrent à le retirer en Grèce. 
Il prit à Athènes les leçons d'Antiochus , d'Af- 
caîon Philofophe Académicien. Etant pafié e«i 
Afic , il prit celles de Xenoclés , de Denis , 
de Menippe : & à Rhodes, celles d'Apollonius 
Molon , le plus habile Orateur de fon temps. 
Cet excellent Maître ayant aiïifté à une ha- 
rangue de fon Difciple , ne put s'empêcher de 
s'écrier, qu'il déploroit le malheur de là Grè- 
ce i de ce qu'après avoir été vaincui: par les 
armes des Romains, elle alîoit encore perdre 
par l'éloquence de fon Difciple, le feul avan- 
tage qui luy reftoit fur fes ennemis victorieux. 
Etant de retour à Rome , fon mérite le fie 
élever aux premières Charges de la Republi- 
que. Après la mort de Ceiar il fc déclara pour 
Augufte , & prononça plufîeurs difcours coa- 
tre Antoine , qui 'le fit aflaflîner dès qu'il eu; 
fait fapaix avec Augulle. 



^O A P O LO G ETI QJU E 

tourmente à caufe d'eux ) un< forte de confolation dans 
nos fouffrances, de voir qu'ils ne fçauroient devenir des 
Dieux, fans recevoir de vous tous les traitemens que 
nous en recevons nous-mêmes. 
Ils traitent Vous attachez les Chrétiens à des croix & à des po- 

leurs Dieux c6- > i rr i » • i i 

me ils traitent tcaux ; n y attache z- VOUS pas auiii largue , toutes les 
c'cftSirccô- fois ^^^ ^o^s ébauchez un de vos fimulacres ? c'eft fur 
me leurs plus une potcuce ouc le corps de votre Dieu reçoit les pre- 

grands enne- . l . A J/J- 1 ^^ J /^L ^- 

rois. miers traits. Vous déchirez les cotez des Chrétiens avec 

des ongles de fer j mais lesfcies, les râpes & lescifeaux 
agiflent avec bien plus de violence fiir chacun des mem- 
bres de vos Dieux. On nous tranche la tête ; vos Dieux 
en ont-ils, avant qu'on fait, ou foudée, ou colée, ou 
ajuftée fur leurs corps ? On nous expofe aux bêtes ; mais 
ne font-ce pas les mêmes que vous donnez à Bacchus , à 
Cybele , & à Cerés ? Vous nous jettez au feu ; combien 
y jèttez-vous d'un Dieu avant qu'il foit fait? On nous 
condanne aux mines j c'eft- là que fe puife la fubftance de 
vos plus precieufes Divinitez. Vous nous reléguez dans 
les Illes j on y a vu naître & mourir la plupart de vos 
Dieux. Si c'eft par une telle voye qu'on arrive à la Divi- 
nité ; c'eft donc faire un Dieu que de martyrifer un 
homme , & les fupplices font donc autant d'apotheofes ? 
Mais il eft vray qu'ils ne fentent pas plus les outrages 
que vous leur faites en les fabriquant, que les honneurs 
que vous leur rendez. 

Quelles impierez allez-vous dire ! & quels {àcrileges 

Les Auteurs horriBlcs ! Frémiftcz , écumez de colère, vous qui lifez 

^X's^Dieur' f^ patiemment ce que Senequeaécric contre vos fuper- 

vec moins de ftitlous " cu des tetmes plus durs & plus amers. Si donc 

refped: qu'il ne > . • /" 1 o • 

&it luy-même. nous 11 adorons point ces iimulacres & ces images , qui 

/t Ce Livre des Superftitions Payeançs cft | cicé pv S. Auguftin , !iv. 6. de la Cité de Dieu. 



DE Te RT U L I E N. 51 

tî^ont pas plus de vie que ceux qu elles reprefentent , Ondok.non 
( chofc dont les Milans , les Rats & les Araignées mê- û^s-, mais kî 
me s apperçoivent, ne fommes-nous pas plus dignes de crquiTreS 
récompenfe que de punition j lors que nous refufons de [^'''j^.ç^'^'" 
iàire ce que nous avons reconnu une erreur ? Dés que 
nous fommes certains que vos Dieux ne font point, 
devez-vous nous accufer de les offenfer? Peut-on offen- 
fer ce qui n cft pas ? 

§. X I I I. 

Les Payfm traitent indignement leurs Dieux domejîiques 
C^ publics. 

Mais, dites -vous, ils font Dieux pour nous ■■, pour- tes Payens 
quoy donc êtes-vous les premiers à les méprifer par des '^j"s''°"5°d™ ^ 
impietez & des irrévérences (àcrileges? Vous aflurez que.'eschieùcs 
quils font, & vous les méprifez : vous les craignez, & 
vous les détruifez ; vous faites profefïion de les défen- 
dre , & vous vous en mocquez : voyez fi c'eft un men- 
fonge que j avance. 

Premièrement, dès que chacun adore les Dieux qu'il „' 
luy plaift , n'ofFenfez vous pas ceux aufquels vous refufez q"= <î'*^'^" 
vos adorations ? En choifir un , n'eft-ce pas faire injure à 
tout le refte , puifqu'il n'y a point de choix qui n'offen- 
fe ? Vous méprifez donc ceux aufquels vous en préférez 
d'autres \ & vous ne craignez point de les irriter par vos 
préférences ? Car , comme je f ay déjà avancé ," c'eft à Fo- '-^'^ ' ^' 
pinion du Sénat que vos Dieux font redevables de leur 
fortune. Un Dieu ne fût jamais devenu Dieu , fi un Sé- 
nateur avoit voulu luy refufer fon fuffrage. 

A Fégard de vos Dieux domeftiques, que vous appel- lef mwem t 
lez Lares ",• vous en ufez comme de vos Efdaves. Vous wuiuHige.fci- 

d Les Dieux Lares ou autrement Pena- | tes, ou Dieux du foyer, étoient des Divinités 

Gij 



l' Parce qu'ils 
en adorent 



, ,. ft Ap O LO G ETI Q_UE 

vaiit les befoins ■' 



où ils fe trou- Ics mcttcz Cil gage , & VOUS les vendez : d'un Saturne ; 

^""' vous faites une chaife percée j & d'une Minerve , un 

vaiffeau à ordures : lorlque ces Divinitez font ufées , & 
qu'elles tombent en poulïiere , ou lorique la neceïfité 
leur fait fentir le pouvoir qu'elle a fur eux. A Fe'gard de 

leurfonTpry'er VOS Dlcux pubUcs , VOUS VOUS fervcz de Fautorité publi- 

Je tribut. q^e pour les outrager , les mettant comme tributaires 
fur Fétat des revenus publics , de même que le Capitole 
ou la place aux herbes. Une Divinité fe met à Fenchere, 
s'adjuge, & s'enregiftre par le Quefteur , comme toute 
autre chofe. Les terres chargées de tribut font les moins 
cftimées. Plus les hommes en payent, plus on les mé- 
prife j parce que ce font des marques de fervitude. Au 
contraire, plus les Dieux font tributaires, plus on les 

4' Parce qu'ils liouorc ' OU plutôt j plus on Ics houorc , & plus ils font 

les facrifient ^ -L ^ ■ 
hontcufemeiit triDUtairCS. 

à leur avarice. L^ Majefté diviuc devient l'inftrument de votre ava- 
rice. On voit un Dieu demander l'aumône à la porte des 
Cabarets: vous faites payer la place qu'on occupe dans le 
Temple : il en £iut payer l'entrée : les Dieux s'achètent: 
î' Parce qu'ils g^ ç ^^ argent il n'eft plus permis de les connoître. Quels 

rendent les me- D XI ^*^ ^ 

mes honneurs honneurs Icur rendez-vous , que vous ne rendiez pas a 

à des hommes j , /, -^/t ,,_,*, 

morts qu'à VOS morts ? Vous leur élevez également des Temples: 

leurs Dieux. ^^^^ j^^^^ drclfcz également des Autels : leurs ftatues ont 

des habits & des ornemens femblables: un homme en 

devenant Dieu, conferve l'âge, la profellion, & l'em- 

ploy qu'il avoit en mourant. Quelle différence faites- 

'"|J.«1T>- vous du fellin" qui fe fiit aux funérailles d'un mort , a 

'■' simpuUm. celuy"' qui (e fait en Ihonneur de Jupiter? Des vafes"" 

particulières que chacun gardoit chez foy. On | les font fils de Mercure , & de la Nymphe 
leur offroit fouvent dcs^facrificcs de vin &j Lar ou Laronde , d'autres de Jupiter & de 
d'encens , & on les regardoit comme les Pro- Saturne. Catul. yarr, Arnoh, Ovid, ftv. i. dti 
lecteurs de la malfon où ils étoient. Les uns ' Fafiei. 



"VIS. 



OiU, 



DE T E R T U 1 I E N; 55 

qui fervent aux facrifices des Dieux , aux vafes " qui 
fervent aux facrifices des Mânes? d'un Arufpice^à un 
Crieur? Car l'Arufpice a auffi fes fondions dans les Cé- 
rémonies funèbres. 

Je ne vous blâme pourtant pas , d'accorder les hon- 
neurs de la Divinité à vos Empereurs après leur mort, 
dès que vous ne les leur refufez pas pendant leur vie. Au 
contraire , vous faites plaifir à vos Dieux , & même ils 
vous doivent des a6tions de grâces de ce que vous leur 
faites des égaux , de leurs Maîtres. Mais quand vous 
confondez les Junons , les Cerés & les Dianes , non pour comp* 
avec une Pliryné % ou une Laïs'' ; mais avec une infâ- 
me proftituée, telle que Larentine''; quand vous éle-' 
vez une Statue à Simon le Magicien-^, avec une infcrip- 



é'.Parce qn'ilè 
donnent à leurs 
Dieux des cri- 
minels publics 



gnons. 



i Les Arufpices étoient un Collège de 
Prêtres inlbituez pav Numa Pompilius , dont 
les fondrions croient de conjefturer le bon & 
le mauvais (ucccs d'une affaire , ou d'une en- 
treprife par la feule inljjedion des entrailles 
des animaux. Ils avoient leurs fonftions dans 
les pompes funèbres , lorfqu'on y offroit des 
facrifices ; & c'étoit eux qui jugeoient de l'é- 
tat où ctoient les Mânes du mort , par tout 
ce que faiibit la vidlime avant d'être im- 
molée , par la couleur de fon fang & de fes 
entrailles , & par la fiainme & la fumée du 
Sacrifice. 

c Phjlyne' fut uneCounifane célèbre que 
ù proftitucion enrichit à un point , qu'elle 
s'offrit de rebâtir les murailles de la ville de 
Thebes fa patrie , ponrvû qu'on y mît cette 
infcription : ^lexaniire les a abbatttes , & la 
Courtifane Fhrjné les a rétablies. Athénée, liv. 

13- 

d .La'is aufTi fameuiè Courtifane étoit d'u- 
ne petiie ville de Sicile appellée Hicare. La 
guerre l'ayant obligée de quitter fa patrie , 
die vint à Corinthe , où elle fit autant def- 
claves qu'il y eut d'hommes qui lâ virent. Il 
falloit être fort riche pour ofer efpeier à fes 
bonnes grâces ; & c'ell elle qui a donné lieu 
à c e Proverbe : // ne convient pas à tout le 
Tun-itis d'aller à Corinthe. On dit même qu'- 



thène pour obtenir d'elle ce qu'il defîroit , & 
qu'il luy répondit qu'il n'achctoit pas fi cher 
un repentir. 

t Larentina , Larentia , ou Laurentla , 
fut femme du berger Fauftule : fes débauches 
& fes proftitutions publiques luy firent don- 
ner le jiom de Lupa & celuy de Lupanar , 
au lieu où elle fe retiroit. Les Romains é- 
toieiit perfuadéz que c'étoit elle qui avoit fau- 
ve la vie à leurs Fondateurs, en les ramallant 
fur les bords du Tibre , où Amulius leur on- 
cle les avoit fait jetter. Ils alluroient même , 
que les ayant emportez chez elle, elle les a- 
voit nourris de fbn lait , ce qui a donné lieu 
à la Fable de la Louve Romaine ; mais il n'eft 
guère vray-femblable , que fes déreglcmens le 
luy ayent pu permettre ; quoi qu'il en foit , 
les Romains l'ont eue en (i grande vénéra- 
tion , qu'ils en ont fait une Divinité. 

/ D'habiles Critiques de ce fiecle accufcnt 
Tertulien de mauvaife foy en cette occafion , 
& tombent peut-être dans une erreur verit.i- 
ble , pour avoir droit de luy reprocher celle 
dont ils le croyent coupable. Je confcns que 
n'eUa ifola del Tevero si j avoit une fiatu'é 
d'un ancien Dieu des Sabws cfui avait four 
infcription : SïMONI S A N G o Deo ; c'c(l-à- 
dire. au demi-Dieu Sangut y Se que fi c'çft 
de cette Statue retrouvée dans cette Ifle au 



elle ofi demander locoo. drachmes à Dcraof- , commencement du dernier fieçlc qu'a voulu 

G iij 



54 Apologeti q_u e 

tion qui le met au rang des Dieux i quand vous placez 
dans le Ciel un certain Page ^ favori d'un de vos Em- 
pereurs : quoy que vos Dieux anciens * ne foient pas 
d'une condition plus illuftre i c'eft un outrage pour eux, 
que la liberté que vous avez prife de faire part à d'autres, 
des honneurs que l'antiquité n'avoit dcftinez qu'à eux 
feuls. 



Les Dieux 
font deshono- 
rez 1°. par les 
Prêtres dans les 
cérémonies. 



§. XIV. 

Les Poëtes O les Thilofophes n?<iyens ont eit un grand mépris 
foitr les Dieux. 

Parlons à prefent de vos cérémonies. Je ne diray 
point tout ce qu'on doit penfer de vous , quand vous 
offrez à vos Dieux des vidimes mourantes, ulcérées, 
& couvertes de galle : ou quand vous ne leur offrez que 
les pieds & la tête des plus graffes,chofes que vous euf- 
fiez données chez vous a vos efclaves &àvos chiens : ou 
lorfque , des décimes que vous devez à Hercule , vous 
n'en mettez pas la troifiéme partie fur fon Autel. Je 

eux des menfbnges , pouvant les opprknerpar 
des veritcz ï 

g ANTiNoiis fut mignon d'Adrien : Cet 
Empereur conçut pour ce jeune homme une 
paflion qui le porta à des extravagances qui 
font horreur. Après avoir pleuré fa mort 
comme un amant pleure celle de fa raaîtrelle, 
il luy décerna les honneurs divins par un Edit 
qui ordonnoit qu'on luy dreiVât des Autels > 
qu'on luy érigeât des Temples , & qu'on le 
regardât comme un Dieu ; ce qui fut exécu- 
té avec tout l'erapreUement qu'on pouvoir at» 
tendre d'un Peuple capable depuis long-temps 
des flateries les plus honteufes. Xifhil. vie 
d'Adrien. Aurel. Vi^oi: 

h Les Dieux anciens ou les grandes Di- 
vinitez n'étoiem qu'au nombre de douze : Ju- 
piter , Mars , Mercure , Neptune , Vukain , 
Apollon , Vefta , Ceics , Juuou , Venus -, Mi» 
nervc , & Diane. j 



parler falnt Juftin , & après luy Tertulien & 
iàint Irenée , on a droit de les accufer de n'a- 
voir pas fçû lire , & de blâmer comme faux 
les reproches qu'ils en font .lux Romains. 
Mais , qui leur a dit qu'il n'y avoit dans l'Ifle 
du Tibre que cette feule Statue J Simon avoit 
plus fait de chofes mcrveilleufes aux yeux des 
Romains , qu'il n'en falloit pour mériter une 
Statué; puilque fouvent il en a moins fallu 
pour fc voir ériger des Temples & des Au- 
tels. D'ailleurs , ell-il probable que Tertulien 
eût jamais ofé reprocher aux Romains une 
chofe de cette impoitance , qu'après s'être 
allure luy - même de la jullice de fes repro- 
ches î Etant à Rome il n'avoit bcfoin que de 
fes yeux pour s'en convaincre & pour eu con- 
vaincre les autres. Enfin quelle utilité auroit- 
jl pu trouver à les charger de faull'es accula- 
tions , pendant qu'il pouvoir les accabler par 
des véritables ? Et pourquoy produire contre 



D E T E R T U L I E N. j j 

VOUS en loue d'autant plus , que d'un bien qui alloit être 
entièrement perdu , vous en fauvez au moins une 
partie. 

Si j'ouvre ces livres , où vous apprenez les régies de 
la prudence & de la vie civile 5 n'y vois-je pas vos Dieux 
deshonorez en cent manières ; lors qu'ils difent " que 
toute la troupe celcfte fe trouva autrefois partagée en- 
tre les Grecs & les Troyens ; & qu'ils fe battirent feul à 
feul à la façon des Gladiateurs ? Que " Venus y fut bief- 
fée d'une flèche lancée par la main d'un homme , lorf- 
qu'elle voulut arracher des mains de Diomede , fon fils 
Enée qui étoit prefque mort : que Mars " penlà expirer 
fous les fers qu'il porta pendant treize moisi que Jupi- 
ter * eût éprouvé un pareil outrage , làns un monftre " 
qui le délivra des mains des autres Dieux, Tantôt il 
pleure la mort de SarpedonS- & tantôt il cft dans les 
honteux embrafTemens '^ de fa fceur ; l'aiTurant qu'il l'a 



tt Mars (iit mis daits une prifon d'airain 
par Otus & Ephialte fils d'Aloée. Il y demeura 
treize mois chargé de fers , & il eût expiré 
Ibus fes chaînes fi Eurybée leur belle -mère 
n'en eût donné avis à Mercure qui trouva le 
moyen de le mettre en liberté, ffom. Jliad. 
Jiv. f. 

é Ce fut Thetjs qui délivra Jupiter des 
mains de Junon , de Pallas & de Neptune qui 
Je vGuloient lier , comme il paroit par ce dif 
cours qu'Achile tient à fà mère : ^h .' r""' 
mère , rende^-moj Jupiter favorable , luj qui 
•vous doit une Jî grande récompenfe pour l'a- 
voir afjiflé dans le perd où il je trouvait j car 
il me fouvient de vo/ts avoir oiij dire dans 
la mai/on de mon père , tjue volts pites la feu- 
le de tous les immortels qui le délivrâtes , 
lorfque Neptune , Junon & Pallas entrepri- 
rent de le lier : que vous vîntes à fon fecours , 
& que vous luj otâtes les liens où les Dieux 
prêtendoient le retenir ; que vous fîtes entrer 
furl'Oljmpe Sriarée , que les mortels appel- 



c Roy de Lycic , venu au fecours ^es 
Troyens , tué par Pacrocle. Jupiter prit 'foin 
de fes funérailles , & donna ordre à Apollon 
d'embaumer fon corps. Hom. iViad. Uv. i6. 
d Voicy les propres termes dont le Poète 
fe fert pour luy faire exprimer fa pafTion , à 
Junon qui étoit fa femme & fafbeur,&pour 
luy faire raconter fes adultères & fes autres 
crimes. Jtiman je n'ajfenti un amour pltis 
violent que celuj dont je brxle prefentement 
pour voftf. Oùj , j'avois moins de tendrejji 
pour la femme d'Ixion mère de Pyrithoits : je 
n'aimais pas avec tant d'ardeur Danaé fille 
d'Acriflus & mère de Perfée , ni la file de 
Phœnix mère de Minas & de Rhadamante t 
J'aj été moins enflàmé pour Semelé mère de 
Bacchut les df lices O" la joye des hommes, 
Alomene mère d' Hercule , Latane , Cerés ne 
m'ont jamais infpiré tant de pajfton. Vous ne 
m'avez:, jamais paru fi belle que dans cet ai- 
mable moment oùje fens pour vous tous les 
empreffemens d'un amour naijfant , Cr qui 



1*. Par les 
Poètes dans les 
livres de la Re- 
ligion. 

Homère liv. 
II. de l'Iliade. 



Homère l'nji 
5. dt l'Iliade. 



Briarce. 



lent JEgeon , & que les Dieux effrayez, de le I me touche aujji vmement que fi Je commen- 
■voir , n'ofcrent plus entreprendre d'arrêter fois aujourd'hui ^ vont aimer. Hom. Iliad- 



Jupiter. Hom. iliad. !iv. i, 



|Uv. 14. 



" Homère le 
Priace des Pië- 
tes. 



Dans les hym- 
nes cju'ils ont 
compofécs ea 



36 Ap 01 OGETIQJJË 

toujours aimée plus tendrement qu'aucune de fes ttïaî- 
trefles. 

■ Quel eft celuy d'entre les Poètes qui font venus de- 
puis , qui à Fexemple de fon Prince " , n'a pas rendu 
fes vers facrileges ? lf\in oblige Apollon * à conduire 
les troupeaux du Roy Admete : l'autre fait faire un 
marché a Neptune avec Laomedon f pour bâtir les mu- 
railles de Troyes. • 

Et parmi les Lyriques : Pindare ne dit-il pas qu'Ef- 
culape fut foudroyé , parce que l'avarice luy faifoit exer- 
leurhonneur. ccr la mcdecine d'une façon criminelle ? Et {I Jupiter 
a lancé la foudre , il eft coupable d'inhumanité , pour 
fon petit-fils, & d'envie contre un fi excellent Auteur. 
Des hommes bien zelez pour la Religion ne dévoient 
ni publier de femblables chofes , fi elles font vrayes , ni 
les inventer, fi elles font fauffes. 

Les Poètes tragiques & comiques n'épargnent pas 
vos Dieux plus que les autres: les infortunes ou les avan- 
tures de la maifon de quelque Dieu font toujours le fu- 
jet de leurs Pièces. 

De tous vos Philofophes , je ne veux que Socrate , 

qui par mépris pour les Dieux ne juroit jamais^ que par 

que les un chênc , par un bouc, ou par un chien. Mais, direz- 

vous , c'eft auiïi pour avoir voulu détruire les Dieux 

qu'il a été condanné à mort. Il eft vray : la vérité étoit 



Dans les Tra- 
gcdics & dans 
ics Comédies. 



Socrate & 
tous les Philo- 
Ibphes ne les 
ont pas plus ho 
norez 
auu'ci, 



e Apollon ayant tué les Gyclopcs qui a- 
voient forgé la foudre dont Jupiter avoit 
écrafé Efculape , que fes guérilbns miracu- 
leufes rcndoient infupportables aux Dieux , 
fut obligé de quitter le Ciel pour éviter la 
colère de Jupiter. On ajoute qu'il fe déguifa 
en berger pour n'en être pas reconnu , & que 
s'étant oftcrt à Adinetc Roy de Thellalie pour 
garder fes troupeaux , ce Roy le reçut & le 
traita très bien pendant neuf années qu'il de- 
meura chez luy. Ovid. Met. liv. 1. Eurif. in 



AU. Nat. Corn. Mjth. Trop. 1. 1. ^leg. z.& 4. 

/Laomedon cinquième Roy de Troye en 
fit bâtir les murailles des tréfors confacrez à 
Neptune & à Apollon ; ce qui donna lieu aux 
Poiftes de dire que ces Dieux les bâtirent eux- 
mêmes , & que Laomedon ayant refufé de 
les payer , ils le punirent ; Apollon par une 
pefte terrible , & Neptune par une inondatioa 
extraordinaire. Ovid. Metam^liv. 11. 

g Caliguia Juroit plutôt par (on cheval 
que par les Dieux. Xifhil. vie de CaliguU. 

haïe 



D E T E R T U I I E N. 57 

haïe autrefois , c'ert-à-dirc qu elle le fut toujours. Ce- 
pendant , Socrate n'a-t-il pas été juftifié par le repentir 
aes Athéniens , par la punition de fes accufateurs , par 
la Statue d'or qui luy fut dreffée dans le Temple, &par 
la revocation de fa fentencc ? Diogene * n'a-t-il pas làit 
auffi des railleries du Dieu Hercule ? Et Varron le Cy- 
nique des Romains , n'introduit-il pas trois cent Dieux 
fans tête fous le nom de Jupiter ? 

t' impiété des Tayens dans leurs Livres O dans leurs SpeSlaclef. 

Tous les autres qui ont confacré leur plume à l'im- ^^ jj-^^ 
pureté , facrificnt l'honneur de vos Dieux à vos plai- traitez md^ne- 
lirs inrames. Examinez vous-mêmes ii ce lont vos Ac- trc. 
teurs ou vos Dieux qui vous font rire aux Mimes de 
Lentulus & d'Hoftilius où vous trouvez tant de plai- 
(ir. A l'Anuhù adultère j à la Lune changeant de fexe , à la 
Diane foilettée , au Tefiament de Jupiter mort ^ & aux Trois Her^ 
eûtes affame^. De plus , les Théâtres ne mettent-ils pas 
au jour tout ce que vos Dieux ont fait de plus honteux? 
Le Soleil y pleure le malheur de fon fils foudroyé , &c 
vous vous en réjoUiffez. Cybele y foûpire après un Ber^ 
ger qui la méprife j & vous n'en rougiffez pas. Qu'on 



A On ne fçdt pas trop ce que c'eft que 
cette raillerie de Diogene au liijet d'Hercu- 
3e , ce qui fait croire que les Copiftes pour- 
loient bien s'être trompez au nom , & avoir 
mis Diogene pour Diagore. Ce dernier 
ctoit de Melos , il fut furnommé l'Athée , & 
challé d'Athènes parce qu'il avoit ofc mettre 
en queftion dans fes écriis,s'il étoit vray qu'il 
y eut des Dieux ; & s'il y en avoit, quels ils 
étoicnt. Etant lui jour dans une Hôtellerie où 
il ne fe trouva rien pour faire cuire le fou- i yal. Max, tib> I. c. I 
per, il prit une figure d'Hercule , & luy dit-: J 



Fils d'AUmtne , cuifez. ii(^ ces lentilles , & 
nous mettrons cette belle afi'ion ait nomhri 



de vos travaux. A moins que Tertulien ne 
veiiille parler d'un Poète Comique du même 
nom , qui compofa une Pièce à laquelle il 
donna pour titre : Les incrojables. II fe pour- 
roit encore faire qu'il eût voulu parler de 
Diogene , de Smyme , qui all'uroit avec Dia- 
gore qu'il n'y avoit point de Dieux. Cter». 
Mexand. Lb. i. Cicer. de nat. Veor, lib, ;» 



H 



^S A P O L O G E T I(XU É 

y chante les crimes de Jupiter , ou qu'un Bcfgef foie 
le Juge de Junon , de Venus & de Minerve ■•> vous n'en 
lèntez aucune peine. N'eft-ce pas encore une honte , 
qu'un infâme & un fcelerat de profeffion faiTe le per- 
(onnage d'un Dieu ? ou qu'un corps dévoilé à l'impure- 
té , &c qui , à force de fe contrefaire , s'eft rendu habi- 
le dans fon Art , repréfente une Minerve ou un Her- 
cule ? La Majefté n'eiVelle pas violée , & la Divinité 
n'eft-elle pas outragée fous vos applaudiffemens ? 
Dans l'Am. La Religiou eft-elle plus épargnée dans l'Amphithéâ- 
tre , où, vos Dieux jouent leur rôle dans le lang hu- 
main , & parmi Thorreur des (upplices? Leurs Hiftoires 
font le (ujet des Pièces que les criminels y repréfen- 
tent , & fbuvcnt même ces malheureux n'y expriment 
que trop au naturel le perfonnage de vos Dieux. Nous 
en avons vu fe faire Eunuques fur le Théâtre , en En- 
fant Atys Dieu de Pellîne ; & d'autres fe brûler vifs , 
pour repréfenter la mort d'Hercule. Nous nous fom- 
mes mocquez de votre Mercure , en luy voyant fonder 
les morts avec un fer rouge , dans ces jeux barbares que 
vous reprefentez fur le midi. Nous avons vu Pluton , 
un marteau à la main j prefTer les Gladiateurs de dcf- 
cendre aux Enfers. 

Si toutes ces chofes , & bien d'autres qu'on y pour- 
roit joindre , font contre l'honneur des Dieux ; fi elles 
outragent leur Majefté; c'eft par le mépris qu'ont pour 
eux ceux qui les font , &c ceux qui les font faire. 

On dira que ce font des jeux : mais fi j'ajoute ce que 

vos confciences n'oferoient dcfavouer ; que c'eft dans 

DansiesTem- Ics Tcmples que fe méditent les adultères, qu'on trai- 

[ufqu'Turpi'eds te les galanteries aux pieds des Autels , & que fouvent 

dss Autels. YQyg commettez le crime dans la maifon des Prêtres ô€ 



Ï3 E T E R T Ù L ï E N. 59 

des Minières de la Religion , à la vue des bandelettes ^ 
de la pourpre , des orncmens fàcrez , & de l'encens qui 
fume encore. Je crains bien que vos Dieux n'ayene 
plus de raifon de fe plaindre de vous , que des Chré- 
tiens. Au moins tous ceux qui Te trouvent coupables de 
facrilege , font de votre Religion : les Chrétiens n'en- 
trent pas même de jour dans vos Temples , & peut être 
voleroient-ils aufli vos Dieux, s'ils les adoroient. Que 
.peuvent donc adorer ceux qui ne les adorent pas? Peut- 
on penfer autre chofe , fmon , que s'ils n'adorent pas 
le menfonge , ils adorent certainement la vérité j &c 
qu'ils ne font plus dans l'erreur , à laquelle ils ont re- 
noncé , dés qu'ils ont commencé de la connoître. Sou- 
venez-vous-en 5 je vous fupplie , & fouffrez que je 
vous expofe les Myfteres de notre Religion, après que 
j'auray détruit la faufTeté des opinions que vous en 
avez. 

^. X V I. 

Les Chrétiens n adorent ni U tête d'un Ajhe , ni limage da 
Soleil. Les Tayens ont de la vénération pour les croix > 
de même que les Chrétiens. 

Premièrement , vous vous êtes imaginez que nous î-« Payens^ 

1 1 A J' A /^' CL r • ■ ■ ont de faufles 

adorons la tête d un ane. C elt luivant cette opuiion , idées du Die» 
que C. Tacite en parle dans le cinquième Livre de fes 
Hiftoires i où reprenant la guerre des Juifs dès les pre- 
miers commencemens de cette nation , il invente tout 
ce qu'il luy plaift fur fbn origine , fur fon nom , & fur 
fa Religion. Il rapporte que les Juifs étant délivrez de 
la fervitude des Egyptiens , où , comme il le dit , étant 
chalTez de l'Egypte , fe rencontrèrent dans les vaftes de- 

Hij 



des Chrétiens. 



6o Ap O L O. GET I (XUE 

ferts de F Arabie, où Feau eft très-rare ^ que prêts de mou- 
rir de foif, ils apperçûrent une troupe d'ânes fauvagcs, 
qui leur paroilToient revenir des pâturages , & chercher 
Les ciimics ^ boirc. Que par leur moyen ils découvrirent des four- 
n'adorent point cgg • ^ qu'en reconnoilTancc de ce fervice, ils en firent 

la ctte d'un âfle. ^ . ■■• . j-i i 

raire une image qu ils adorent. 

Je ne doute point que la relTemblancc de notre Re- 
ligion avec celle des Juifs , ne nous ait fait dans vos ef- 
prits les adorateurs du même Dieu : Cependant le mê- 
me Corn. Tacite , cet habile menteur , dans le même 
Livre qu il a pris foin de remplir de fables , rapporte que 
Cneïus Pompée ayant pris la ville de Jerufalcm, entra 
dans le Temple pour y contempler les fecrets de la Re- 
ligion des Juifs , & qu'il n'y trouva aucun fmiulacre. 
Que fi les Juifs enflent adoré un Dieu qui eût pu ie re- 
prefenter par quelque image , il Teuflent certainement 
placé dans leur San6buaire , plutôt qu'en tout autre en- 
droit: d'autant plus, que quelque Divinité que c'eût été, 
ils ne dévoient point craindre les Etrangers , puifqu'il 
^l'étoit permis qu'au Grand Prêtre d'y entrer , & qu'u^ 
voile en déroboit la vue aux autres. Pour vous , vous ne 
nierez pas que vous adorez toutes fortes de Jumens ôc 
de Chevaux hongres , avec leur Déefle Epone ; & peut-^ 
être trouve-t'on mauvais que parmi tant d'adorateurs 
d animaux à quatre pieds, nous foïons les feuls qui ado- 
rons des ânes. 
Les pajms Quaut à ccux qul penfent que nous avons de la ve- 
ont auunr Je i-jej-^tion Dout Ics Croix , ils font la même chofe que nous, 

■vcneiatio pour F \ ■' li-,^r-l 

les Croix, que quand ils ont recours a un morceau de bois. Que mit I4 
figure , des que la matière eft la même ? & que fiit l'Ima- 
ge, dés que c'eft le Corps d'un Dieu? Quelle différen- 
ce y a-t'ilf entre l'arbre dont on fait vme Çroi:ç , & celui 



DE TeRTULIEN. 6r 

^ont on fait une Pallas Atheniene , ou une Cerés de 
Pharos, qui font des fouches brutes & informes? Tout 
arbre pofe droit reprefente une partie de la Croix. Nous 
autres , s'il eft vray que nous la regardions comme une 
Divinité, nous Fadorons toute entière. J'ay de'ja dit que 
c'eft fur une Croix que vos Dieux d'argile reçoivent 
les premiers traits. Vous adorez aufli ks Vidoires, 
puifque le dedans de vos trophées font deux Arbres en 
croix. Les troupes Romaines ont une vénération parti- 
culière pour leurs Etendarts, & c'eft par eux qu'elles ju- 
rent , les mettant au deffus de la Majefté de tous les 
Dieux. Il eft vray que la broderie précieufe des Images 
dont vous les chargez , rend vos croix magnifiques , èc 
que ces riches étoffes que vous attachez à vos Drapeaux, 
ôc à vos Cantabres, leur fervent d'habits. Je loue votre 
delicateffe , de n'avoir pas voulu adorer des Croix nues 
ëc fans ornemeuL 

D'autres, avec plus de raifon &de vray-femblance, i c? chretift 
s'imaginent que c'eft le Soleil que nous adorons. Si cela i" soi'eur^"'"'' 
eft, qu'on nous mette donc avec les Perfans , quoique 
nous n'en adorions pas l'Image comme ces Peuples qui 
la portent à leurs bras. Si Fon nous en foupçonne; c'eft 
parce qu'on nous voit tourner vers l'Orient lorfque nous 
prions. Mais la plupart de vous , quand il vous arrive de 
vous adrefler au Ciel ; ne vous voit-on pas aulli tourner 
le vifage vers le Soleil levant ? De même , fi nous folem- 
nifons le jour du Sabath^ c'eft bien pour une autre rai- 
fon que pour l'honorer. Nous célébrons le jour qui fuie 
celuy de Saturne , & que les Juifs paftent à manger & à 
ne rien faire , abufant des Coutumes anciennes de leurs 
Pères, dont ils n'ont plus aucune connoilfançe. 

Enfin , on s'eft fait icy une i4éç toute nouvelle dç 

H lij 



Imase du 



Elle reflemble 
aux Dieux des 
Payens. 



'6i Apologetï <xv ë 

notre Dieu j depuis qu'un certain Criminel , habile à évi- 
ter le coup d une bête en furie , a mis au jour un Ta- 
bleau, avec cette infcription: Le Dieu des Chrétiens 
ONOXOHTH2.'* C'étoit une figure qui avoic les oreilles 
Dieu dîschre- d'uu A&e , de la corne à un pied , un Livre à la main , & 
PM 'uL plyen" uuc robbe à la Romaine. Il eft vray que le nom & le Dieu 
nous ont parti e'galement dignes de mépris : Mais ce 
monrtre compofé de deux natures ,'ne devoit-il pas être 
aufTi-toft adopté pour une Divinité par ceux qui en 
adorent tant d'autres, dont la tête eft,ou d'un chien, 
ou d'un Lion, les cornes d'un Bélier, ou d'une Chèvre, 
le ventre d'un Bouc, les jambes d'un Serpent , & qui 
ont des aîles aux pieds ou fur le dos ? 

Je ne devois point parler de toutes ces chofes ; mais 
c'eil pour faire voir que ce n'eft pas à deflein , fi je man- 
que a répondre à quelqu'une des calomnies qu'on a fc- 
mées contre nous , & dont je voulois nous juftifier avant 
de vous expofer la vérité de notre Religion. 

§. XVU. 

Idée du Dieu que les Chrétiens adorent. 

Les Chrétiens adorent un feul D*ieu , qui a fait dg 
rien tout FUnivers , les Elemcns, les Corps, &c \&s Efprits 

travaille depuis long -temps avec fuccez fiiif 
les premiers Pères de l'Egliiè , croit que ce 
terme devroit exprimer toutes les circonftan- 
ces du Tableau , doiit il fait partie. Si cela eft, 
on n'a point encore découvert le véritable 5 
puifqu'il n'y en a point qui en exprime plus 
d'une. Au refte , tous infultent lés Chrétiens 
plus encore que cette Image grotefque , les 
faifant des ânes,& leur Dieu , le Dieuties ânes» 
produit par un âne. C'étoit une injure que les 
Chrétiens s'attiroient par leur grande oatiets»- 
ce , & par le plaifîr qu'ils trouvokac à ujufirJE 
pour JSSVS-GHB.ISX, 



a. Les Manufcrits & les Editions de Ter- 
tulien ne s'accordent gueres fur le terme 
à' iyn^riiriç. Les Copiftes par négligence , les 
Commentateurs par préfomption , les uns & 
les autres par conjecture , ont tellement varié 
for ce terme , qu'ils nous laillent le choix de 
ceux-cy , iSc de plufieurs autres encore, «vo- 
pgms , (ivo;y/7--js- , oKo-^/w o»o»u;y7»V . ovo- 
^çciTtiç , ti)io-^>.-zi!i. Mais c'eft un choix qu'on 
peut faire fans aucun rifque, dès que tous 
reviennent au même ; c'eft-à-dire , à faire haïr 
les Chrétiens , & à donner une idée mépri- 
fablc de leur Dieu. Uu habik homme qui 



?-© B T Ë R t U l I E NV é3 

dui le compofeiit. Sa parole a ordonné , fa faseffe a dit „ ''f^!,'"^" 

•^r/ r-/t" 1- ii/->. ble du Dieu des 

pôle , & la puiflance a produit ce bel Ouvrage pour être chrétiens. 
fornement de fa majefté; c'eft auiïi le nom " que les 
Grecs lui donnent. Ce Dieu eft invifible , quoi qu'il 
C)it toujours devant nos yeux : on ne le touche point, 
quoi que (à bonté le rende palpable dans fes créatures ; 
& quoi que les fens Fapperçoivent , il eft pourtant in- 
comprehenfible , ce qui prouve & là vérité & fa gran- 
deur. Une chofe qui peut être vue, touchée, & apper- 
ÇÛë à la manière ordinaire , eft moindre que les yeux 
qui la voyent, que les mains qui la touchent , & que les 
fens qui l'apperçoivent. L'immenfité ne peut être con- 
clue que par l'immenfité même , & l'incomprehenfibi- 
lité eft la preuve la plus certaine de la Divinité : enforte 
que fa grandeur nous le montre & nous le dérobe en 
même temps. C'eft-là le grand crime de ceux qui ne 
veulent pas reconnoître un Dieu qu'il n'eft pas en leur 
pouvoir d'ignorer. 

Voulez -vous qu'on vous prouve Ion exiftence par uf^c^i^ç-^ 
tant d'excellens Ouvrages qui nous confervent &: nous «rdansfcsOu- 
foûtiennent , qui nous réjoiiilTent & nous effrayent ? Faut^ '^' "^^^' 
il vous la prouver par le témoignage de votre ame , qui 
toute captive qu'elle eft dans la prifon du corps , alfie- rAme le cô- 
gée par des habitudes criminelles , accablée fous le poids 1"°^^.'^""'^'^"*^' 
de fes penchans & de fes defirs , efclave des fauftes Di- 
vinitez , lorfqu'elle revient a elle-même comme d'une 
ivreffe , d'un afloupiftement , ou de quelque maladie 
violente , & qu'elle recouvre la raifon , elle invoque la 
Divinité fous un nom* qui ne convient qu'au véritable Eife a recoms 
Dieu. Grand Dieii. Bon Dteit. Dieu veuille j font des paro- ^ '"' ''*"' '^' 



befoins. 



a yi-^f-K qui fignifie monde, fîgnifie aulTï t Kec ntmen Dei tfunrof ; Deus ,nomeK 
pniement. I efi. Min. FxJ.Odav. S- Cypc. de J^ol. van. 



64 Apologêti ajj t 

les qui font à la bouche de tous les hommes. Elle îc 

prend auffi pour Juge , lorfqu on dit , Dieu le voit. Je mets 

tout entre les mains de Dieu. Dieu me le rendra. Ne font- ce 

, pas là les fentimens d'une ame ' naturellement Chre- 

cherche point ticnuc ? Enhu, en prononçant ces paroles , ce n elt pomt 

am^unquedâs j^ Q^^'^^^x^ qu'elle rcgardc , c'eftle Ciel j parce quelle 

fçait qu'il eft la demeure du Dieu vivant , qu elle eft for-: 

tie de Dieu j & que le Ciel eft le lieu de fon origine» 

§. XVII L 

On apprend à connoître le Dieu des Chrétiens dans les Livres des 

Juifs. Ils ont été traduits en Grec. Ils [ont entre 

les mains du Public. 

Mais afin que nous pulïions avoir une conndiflan- 

ce plus étendue & plus fenfible , tant de Dieu que de 

vi des Saintes fcs loix & de fes voloutcz , il s'cft aufTi fervi de la voie 

fc fau-rcôM'i- des Ecritures , pour e'clairer ceux qui le chercheroient^ 

cie aux homes. qu[ l'ayant trouvé croiroient en lui, & qui croyant en 

lui l'adoreroient. Dès le commencement il a envoyé fur 

la terre des hommes que leur juftice & leur innocence 

rendait dignes de connoître Dieu , & de le faire con- 

noître aux autres. Ils ont été remplis de rEfprit Divin, 

H s eft fait pour annoncer qu'il n'y a qu'un Dieu qui a créé toutes 

annoncer aux j-j-^^jf^g ^ q^^ ^ fomié l'hommc d'uu Dcu de terre ; ( car 

hommes par i r> 1 / • • il 

quelques-uns {{ eft Ic vray Promethec : ) Un Dieu qui a mis dans le 
monde cette fuGGciTion invariable des temps: qui par les 
orages & les éclairs , a donné une idée légère de la terri- 
ble majefté j avec laquelle il viendra juger le monde : qui 
nous a prefcrit des moyens de mériter fes boutez -, cho"- 
fes, ou que vous ignorez j ou que vous méprifez , quoi 

; < C'eft-à-dire , qui penjTe natureUcmcnt de 1 Dieu , comme les Chrétiens en ptnfent. 

qu'il 



DE TeRTULIEN. 6S 

qu'il promette des re'compenfes à ceux qui s'en fervent. 
Un Dieu qui referve pour la fin des temps une vie e'ter- 
nelle à fes Adorateurs, & un feu éternel aux Idolâtres, 
lorfqu'il relTufcitera tous les hommes qui font mdrts de- 
puis le commencement du monde y qu il leur fera re-» 
prendre leurs corps, & qu'il les examinera pour donner 
à chacun ce qu'il aura mérité. Nous nous moquions au- 
trefois de toutes ces chofes aufïi-bien que vous: nous 
avons penfé comme vous : parce que ce n'eft point la 
nature , mais la reflexion qui fait les Chrétiens. 

Ceux que nous avons appeliez Prédicateurs , ont été 
appeliez Prophètes , parce qu'ils prédifoient Favenir. 
Leurs Oracles ôc les prodiges qu'ils ont faits pour per- 
fuader aux hommes la vérité d'un Dieu , fc confervent 
encore dans les Livres facrez qui font maintenant dans 
les mains de tout le monde. Le plus fçavant des Pto- 
lomées " qu'on furnomma Philadelphe, & qui avoir un 
goût merveilleux pour les Sciences , forma le defTein de 
faire une Biblioteque à f exemple de Pififtrate. * Entre 
un grand nombre de Volumes très-anciens ôc tres-ra- 



Ce qu'ils ont 
écrit & annon- 
cé de Dieu. 



Leuf s Livres 
confervez jirf- 
qu'à nous. 



a Ptolome'î étoit fils de Ptolomée La- 
gus premier du nom Roy d'Egypte, & de Béré- 
nice l'a féconde femme. On le lumomma par 
ironie Philadelphe , à caufe qu'il avoit fait 
mourir tous fes frères. Tcitulien l'appelle le 
plus fçavant des Ptolomécs ; parce qu'il fut 
en effet tres-fçavant , & fils d'un Père qui l'é- 
toit beaucoup. Sa paflîon pour les belles Let- 
tres le porta à faire une' Biblioteque , dont 
on dit qu'il donna le foin à Demetri-us Pha- 
kreus , lequel, fi nous en croyons Aulu-Gellc , 
fit monter le nombre des Volumes jufqu'à 
700000. Ce fut auffi pr ibn confcil , que Pto- 
lomée écrivit au Grand Sacrificateur des Juifs 
Eleazar , pour lui demander les Livres de fa 
Religion, & quelqu'un de fa nation capable 
de ks traduire en Grec. Eleazar les lui en- 
voya, avec fix des plus fçavans hommes de 
chaque Tribu. Pwtowée les «Si» arec une 



magnificence Royale pendant tout le temps 
qu'ils travaillèrent à leur Ouvrage ; & en re- 
connoiflance de ce plaifir , il donna la liberté 
à iioooo. Efclaves Juifs qui fc trouvèrent 
dans fon Royaume , & fit de fuperbes prefens 
au Temple de Jerufalenv , au Grand Sacrifi- 
cateur , & aux 72. Doéleurs. Ky .'^ J'f't^ j 
liv. II. dtfts Antiq. c. i, S. A»g. de Civ. I>ei, 
lié. 18. cap. 41. 

é PisiSTRATE fut trois fois R-oy d'Athè- 
nes , & le premier qui s'avifa de faire une 
Biblioteque publique , vers l'an de Rome 10a 
Les Athéniens l'enrichirent d'un grand nom- 
bre de Volumes , que Xerces fit tranlporter 
en Perfe, après avoir pris & brûlé la Ville, 
& que Scleucus Nicanor Roy de Syrie , fit 
rapponer à Athènes , l'an de Rome 441. ^«/». 
Celle ) liv, 6. (h, 17. 



J-ofephUv.ll. 
de/es Antiqm- 
ttZj. ch. 1. 
Traduits d'He- 
fcreu en Giec, 
pai' les foins de 
ftolomce Phi- 



é 6 A P O L O G E T I CLU E 

res qu'il fit ramafTer avec grand foin , Demétrius Pha- 
kreus ' le plus fçavanc homme de Ton temps, qu'il avoit 
tait Intendant de fa Biblioteque , lui conleilla de prier 
les Juifs de lui envoier leurs Livres qui étoient écrits en 
leur langue & en leurs caractères , & qui ne fe rencon- 
troient que chez eux , les Prophètes ayant toujours par- 
le' des Juifs , ou leur ayant toujours adreffé leurs difcours, 
comme à un Peuple que Dieu avoit adopté en la per- 
fonne de leurs Pères. 

Ceux qu'aujourd'huy nous appelions Juifs , étoient 
autrefois Hébreux , & c'eft pour cela qu'ils fe fervent 
des caraderes de cette Nation , & qu'ils en parlent la 
langue. Mais afin que la connoiffance de leurs Livres ne 
fût pas inutile à Ptolomée , ils lui donnèrent 71. hom- 
mes pour les traduire en (à Langue. Le Philofophe Me- 
nedeme ^ a rendu gloire à la Providence , en fe récriant 
fur l'uniformité de leurs traductions. Ariftée ' vous a laif- 
fé un monument de cette Hiftoire dans un Livre qu'il 
a écrit en Grec. On voit encore aujourd'huy un exem- 
plaire de ces Livres en caractères Hébreux dans le Se- 
rapeon, ^ où Ptolomée fit fa Biblioteque. Les Juifs les 



c Demétrius rhaleretts Philofophe Pc- 
ripateticien , s'acquit une fi (grande réputation 
parmi les Athéniens , qu'il fut feul pendant 
dix ans à la tête de ce puilfant Peuple. II fin 
honoré pendant fon Gouvernemenr de 300. 
Statues d'airain qui lui firnit des ennemis , 
dont les conspirations fecretes l'obligcrent a 
fe retirer d'abord vers Callandre Roy de Ma- 
cédoine, & cnfuite vers Ptolomée Lagus Roy 
d'Eg^-pte , oii il prit foin de la Biblioteque de 
Ptolomée Philadelphe , qui étoit déjà allocié 
à la Couronne. 

d Menedeme rhiiofophe d'Eretrce , 
fils de Cliftene , difciple de Phœdon , vi- 
voit vers l'an de Rome 454. Il étoit noble > 
mais pauvre : Il fut eftimé de fes Conci- 
toyens , & aima fi fort fa patrie , qu'après l'a- 
voir àélinéc plufieurs fois de h Tyraoràe , & 



perdant toute cfperance de la pouvoir afFraa- 
chir de celle d'Antigoae Roy d'Afie , il de* 
meura fept jours uns manger , dont il mou- 
rut. 

e Ariste'e , Juif originaire , que Ptolomée 
Philadelphe chargea de fes Lettres pour le 
grand Sacrificateur Eleazar ; ce fut aufll à là 
prière , que le même Ptolomée accorda la li- 
berté aux iioooo. Efclaves Juifs qui étoient 
dans ion Royaume. Si l'Ouvrage que nous 
avons qui pone fon nom étoit le raonumoit 
dont parle ici Tertulien , on pourroit fûre- 
ment conter fur toutes les circonftances de 
cette hiftoire , puifqu'Ariltée avoit été té- 
moin & aâeur de cette entreprife. 

/ C'étoit le Temple de Serapis , & le lieii 
de la plus célèbre Académie d'Alexandrie. On 
dit qi;e l'Evaugelifte S. Marc en fit <u;ç Ecolç 



Ï)-Ë Te R TU L I E N*. é-f 

lifeiit eti public, liberté qu'ils achètent par un gros tri-. 

but ^; on va les entendre "les jours de Sabbat. Quicon- " ^^'sdeiA- 

1 \ A T^- r. • ' titres c. i}V.ii. 

que ira , apprendra a connoitre Dieu , & quiconque s ap- 
pliquera à le connoîtrc, fera forcé de crc>ire en lui. 

$. XIX. 

Les Livres des Juifs font pluJ anciens que tous les Uvres det 
Fayens 3 C^ même que leurs Dieux. 

La grande antiquité de ces Livres leur donne une 
autorité fuperieure a celle de tous les autres j car chez 
vous , comme par tout ailleurs , Fantiquité n'eft pas 
moins refpe£table que la Religion même. Or les Livres 
d'un feul de nos Prophètes , qui femblent un trefor où 
eft renfermée toute la Religion des Juifs , & par confe- 
quent la nôtre , devancent de plufieurs fiecles tout ce 
qui fubfirte chez vous de plus ancien , tous vos monu- 
mens publics , l'antiquité de vos origines , de vos Ordres^ 
de vos plus anciens langages j de la plupart des Nations, 
des Villes les plus fameufes , des Hilloires les plus vieil- 
les , & des cara6teres de l'Ecriture l'interprète & la dé- 



Les Livres, 
des Juifs plus 
anciens que 
tous les Livres 
des Paycns. 



de pieté , d"où font fbrtis tant de fçavans 
Hommes , & entre autres l'Illurtre Pantene , 
dont les leçons ont donné un fi grand nom- 
bre de Doiteurs à rEi^life. Il y a eu deux Bi- 
blioteques fameufes fucceïïîvemcrrt dans le 
Serapeon , ou dans un lieu qui en étoit fort 
proche ; celle de Ptolomée Philadelphe , qui 
fiit brûlée dans les Guerres civiles de Cciar 
& de Pompée ; & celle de Cleopatre qui ob- 
tint d'Antoine la Biblioteque d'Attale Roy 
de Pero;amc pour commencer la fienne. Elle 
fubfifta iufqu'au temps de Theodofe le Grand 
que les Chrétiens brûlèrent ce Temple. 

g Ce tribut eft le didrachmum ou le grand 
denier d'argent qui pefoit deux gros , que les 
Commis du Receveur [ProcHrator) vinrent 
denunder à J. C. à Capharuaum. vAfe/-^, c. 17. 



Ce ne fut qu'à condition que les Juifs paye- 
roient tous les ans ces deux dragmes à Ju- 
piter Capitolin, que Ti te leur permit l'exer- 
cice public de leur Religion dans Rome. On 
les exigcoit fous Domitien avec tant de ri- 
gueur , même des Profelytes qui n'étoient 
pas encore admis à la Religion , que Suéto- 
ne dit qu'il fe ibuvicnt d'avoir vu étant tres- 
jeune , le Receveur de ce tribut vifiter eu 
pleine alTemblée un homme de 90. ans , qu'il 
foupçonnoit d'être circoncis. Nerva fucceC 
feur de Domitien ne les traita pas fi rigou- 
reufement , comme il paroit par une Mé- 
daille de cet Empereur , qui a pour légende : 
JVDAIÇI FISCl CA LU MN lA 
SUBLÀTA. Sue:. Cafaub. Tunieb. Xiphilin.. 

\Jï&L\V6, 

l ij 



éS Ap O L O G E T IQJJÏ 

pofitairc de toutes chofes. Mais je n'en dis pas affez ; ils 
font plus anciens que vos Dieux mêmes, que vos Tem- 
ples , que vos Oracles , & que vos Sacrifices. Si vous avez 
entendu parler de Moïfe i il vivoit près de 400. ans (car 
il y en a fept de moins) avaiu Danaiis, du temps d'Ina- 
que Roy a Argos , que vous reconnoifTez pour le plus 
ancien de vos Rois ; c'eft-à-dire , environ mille ans avant 
la prife de Troye. Je pourrpis dire aufïi près de r joo. 
ans avant Homère , plufieurs l'ayant dit avant moy ■■, &c 
quoy que tous les autres Prophètes foient pofterieurs à 
Moïfe , les derniers d'entre eux devancent encore les 
premiers de vos Philofophes , de vos Legiflateurs , & de 
vos Hiftoriens, 

La preuve de tout ce que f avance ne feroit pas diffi- 

le j mais elle feroit un Volume ; èc d elle n'eft pas d'un 

grand travail, elle demande au moins beaucoup de tems. 

Que de Livres à calculer ! que d'Archives des plus an^ 

ciens Peuples à ouvrir ! des Egyptiens , des CaldéenSj & 

ParicsHif- ^qs Pkeniciens. Que d'Hiftoriens à confuker i Manè- 

^d«>s"peu- thon " d'Egypte , Berofe*de Calde'e , & Irom de Phé- 

*''"■ nicie Roy de Tyr. Combien d'autres qui ont écrit de- 



TaM» ton 
t>t i*s Grecs. 



Comment on 
|>cut prouver 
leur antiquité. 



X Manethon Prêtre Egyptien & Sacrifica- 
teur d'Heliopolis , vivoit environ l'an 450. de 
Rome du temps de Ptolomée Philadclphe. Il 
écrivit en Grec par ordre du Roy l'Hiftoire 
d'Egypte, citée par un grand nombre d'Au- 
teurs i entre autres par ïlave Jofcph dans fon 
Hiftoire des Juifs , & dans fa réponfc à Ap- 
pion , & dont Julc Africain avoit fait un A- 
bregé. "joj. l. i. ^ntiq. chap. 3. Réf. à yif- 
fion. àiifeh. }. de pr£p. Ev^ng. plut, vie 
d'ifs Cr Ojiris. 

t Berofe Caldéen Prêtre de Belus , vivoit 
environ 176. ans avant J. C. fous Ptolomée 
Philaddphe. Il écrivit l'Hiftoire de fa Patrie 
en 3. Livres , oiî il fait (à nation aulFi ancien- 
ne que le Monde , lui donnant pour premier 
Jloj' Alorus ( qui eft Adam J duquel il coate 



dix générations Jufqu'à Xithrucus ( qui efl: 
Noé , ) & dix depuis Xithracus jufqu'à Abra- 
ham , ce qui répond aux vingt Patriarches 
que Moife conte depuis Adam jufqu'à Abra- 
ham. Il ne nous refte de cette Hiftoire que 
quelques fragmcns dans la réponfe de Flave 
Jofeph à Appion. H dédia cet Ouvrage à un 
Antiochus ; mais on ignore fi c'eft à Antio- 
chus Soter ou à fon fils , l'un ayant commen- 
cé de regiier l'an de Rome 47 j. & l'autre 491. 
qui fut le temps de la j.lu5 grande réputation 
de Berofe. Pline dans fon 7. Livre c. 37. nous 
apprend que les Athéniens eurent tant de ret 
peft pour fon Ouvrage , qu'ils lui dreflerent 
une Statue. S. Jufi. ad Gn. EuJeL de frxp. 
Evang. l. 10. S- Jerû.fnr ifaie. l. ^■y.jtjefh, 
.Ant. 1. 1. (. 5. Rif. À .Jffien. I, 



b E T E R T U L r E N. é^ 

puis ! Ptolomee de Mendez , Menandre ' d'Ephefe,De- 
metrius"Phalereus , le Roy Juba, Appion^ Thallus, ^J^°^J,^!YX 
Jofeph Hiftorien Juif, qui quelquefois les luit , & ^s- 
quelquefois s'en écarte dans le Livre des Antiquitez Ju- 
daïques , qu'il nous a laifle en Grec. Il faudroit aulîi 
confiilter les Chronologiftes Grecs , & fçavoir en quel p^^ j^^ j^^^ 
temps font arrivées les chofes dont ils font mention, g-ft^cs publics 
afin de connoître le rapport qu elles ont enfemble , ôc 
les confronter avec les dattes des Annales. Enfin il fau- 
droit parcourir toutes les Hiftoires & tous les Livres du 
monde. 

J'ay fait infenfiblement une bonne partie de cette 
preuve , en indiquant les Auteurs dont on la peut tirer; 
mais il eft plus à propos de la remettre à une autre fois , 
de peur de ne la pas faire affez exa6te , en me prelTant 
trop , ou de m'écarter trop de mon fujet , en la mettant 
dans tout fon jour. 

$. X X. 

Les Livres des Juifs inJ^ireT;^ G^ ditïe^ de Dieu. 

Puis donc que je diffère à vous prouver Fantiquité de ^^^ ^^.^^^^ 
nos Ecritures, je vais vous parler de leur dignité j & fi Eciimres oat 

, ^ A • 1 1 • ' 1 Dieu pour Au- 

vous iie les avez pas cru anciennes, vous allez voir qu el- teur. 



c Menatidi'c d'Ephcfe fit en Grec un Re- 
cueil àes actions des Rois Grfcs & Batba- 
res , cité par plufieurs Auteurs. Flave Jofeph 
en fait niention dans là réponfe. à Appion. 
On ne fçait pas dans quel temps il vécut. 

d Appion fut un Grammairien célèbre qui 
avoit une fi tiaute opinion de fon mérite & de 
fes Ouvrages , qu'il fe vanioit , mais fauHé- 
tnent d'imniortaiifcr ceux à qui il les dédioit, 
puifqu'il ne nous en refte aucun , & qu'on ne 
le connoitroit pas lui-même , fi d'autres n'a- 
TtMcnt parlé de lui. On fçait que Tibère l'ap 
pelloit la Cymbale du Monde , & Kine 4e 



Tambour de la Renommée publique. On fçait 
auflî qu'il fut envoyé à Rome par les habi- 
tans d'Alexandrie , dans le même temps que 
les Juifs de cette même Ville députèrent Plù- 
lon vers l'Empereur Caligula , qui étoit foit 
irrité de ce qu'ils refufoient de l'honorer com- 
me un Dieu. Les difcours qu'Appion fit à Ro- 
me contre les Juifs , donnèrent envie à Jo- 
(èph de lui répondre , en faifant l'Apologie de 
fa Religion & de fa Nation. Il écrivit une Hil- 
toire d'Eeypte. ^ul. Getl. l. s- <■■ i4- ^^"»e 
Vrt.f. Hip. Nat.Jof. 4nt. l, iS. c lO. 

liij 



70 A P O L O G E T TQ^U B 

les ont Dieu même pour auteur. Ce n'eft pas une chofc 
d'un long détail, & dont il faille chercher des preuves 
hors de nous : nous les avons devant les yeux •-, le Monde, 
ceux qui Fhabitent, & les chofes qui s'y palTent. Tout 
Elles ont pré- '^^ 4*^^ ^Y ^^^^ ^ ^^^ prédit autrefois , & les fiecles pafTcz 
dit tout ce qui Qiit été avettis de ce qui arrive de nos jours. 11 y a long- 

Bous arrive. ,., , , 7,. , '' ^ ■ ■' j 

temps quil a ete prédit, que la terre engloutiroit des 
Villes ; que la mer fubmergeroit des Ides ; que le mon- 
de feroit déchiré par des guerres civiles &c étrangères i 
qu'un Royaume en détruiroit un autre : qu il y auroit 
des famines ôc des pelles : qu'il arriveroit certains mal- 
heurs en certains lieux particuliers : que les bêtes féro- 
ces rendront la plupart des montagnes inacccffibles : que 
les petits feroient élevez , & que les Grands feroienc 
abaiiTez r que la juftice deviendroit rare parmi les hom- 
mes: que f iniquité fe multiplieroit parmi eux: qu'ils fe 
dégoûteroient du bien : que les faifons & les Elemens 
fe dérangeroient, & que i ordre de "la nature feroit trou- 
blé par des figues & par des prodiges. 

Nous liions tous ces maux dans nos Livres pendant 
• que nous les fentons ; & lorfque nous les y reconnoif- 
fons, nous ne pouvons douter de la vérité de ces prédic- 
tions. " L'accompliflement d une Prophétie étant à mon 
fens , une preuve fuffifante qu'elle vient de Dieu. La vé- 
rité des prédictions déjà arrivées, nous eft donc une af- 
furance certaine pour celles qui ne le font pas encore; 
puifque celles qui nous font prédites pour favenir , fe 
trouvent mêlées avec celles dont nous éprouvons l'ac- 
complidement. Elles ont été prononcées de la même 
bouche Tpro- ^ouchc , écritcs de la même main , & didécs par le mê- 

a Hoc haheiis fgnxm. Oupd in nomint \ rit , hoc DominHS mn eji lecut.tu Dcuterc 
Vemini rrofheta fr*.dixmt , C mn evene- [ 18. il. . . 



DE T E R f T7 l I E N, 71 

me Efprir. La Prophétie confond tous les temps dans fe?^ji££ 

Favenir qu'elle prédit j au lieu que les hommes , autant chofesàvenir. 

qu'il leur eft poiïible, diftinguent le temps à mefure 

qu'il s'écoule i féparant le prefentde Favenir ^ & le palTé 

du prefent. Dites -nous donc, je vous fupplie, le tort 

que nous avons de croire pour Favenir , ceux que nous . tes Prophcw 

avons déjà trouvé véritables dans le prefent ôc dans le aXaSe"! 

~^ ' jouter foi à cel- 

les qui ne le SÔE 



pas encore. 

§. XXI. 

La Religion Chrétienne ejî fondée fur celle des Juifs- Les Juifs feuls 

aimes;^ de Dieu. Leur dijgrace. Génération du Ferbe 

Eternel. Hijloire de Chrijî. 

Mais comme j'ay avancé que les Livres des Juifs fi La Religion 
vénérables par leur antiquité , font le fondement de la dcmeni aè cei"c 
Religion des Chrétiens j quoy qu'elle ait pafTé pour nou- des chrétiens. 
velle fous FEmpire de Tibère , ce que nous publions 
nous-mêmes, on pourroit croire que nous voudrions dé- 
fendre des opinions nouvelles à l'ombre d'une Reli- 
gion célèbre , & dont vous permettez l'exercice : Car 
outre la différence que l'antiquité met entre eux &c 
nousi l'abil:inence de certaines viandes , la célébration 
de certaines Fêtes , &: la Circoncifion ne nous font point ce qui a donê 
communes avec eux , & nous ne portons point le Jè^^ofiaJre"* 
même nom, ce qui devroit être félon vous fi nous ap- 
partenions au même Dieu. Il n'y a pas même jufqu'à la 
populace qui ne fçache que le Christ a été un hom- 
me comme les autres -, les Juifs l'ont jugé de même , ce 
qui vous détermine encore davantage à croire que nous 
adorons un homme. Cependant, loin que nous rougii- 
iions de lui, nous fommes ravis qu'on nous perfecute , & 



"Jt ApO LO G ETÏQJTE 

qu'on nous condanne fous fon nom , fans néanmoins 
que nous pendons ae Dieu autrement que les Juifs 5. 
ce que vous comprendrez mieux quand je vous auray 
prouvé en peu de mots la Divinité de Christ. 

tes Juifs feuis Lcs Juifs étoicnt feuls en grâce devant Dieu, par la 
^mcz e Ku. gj.^j-jjg juftice & la grande foy de leurs Ancêtres , ce qui 
rendoit leur Peuple nombreux , leur Etat floriffant , &; 
leur félicité (i parfaite y que Dieu leur enfeignoit luy- 
même les moyens de mériter fes bienfaits , & d'éviter 
fa difgrace. Mais quels crimes n'ont-ils pas commis, en- 
flez du mérite de leurs Pères? Ils fe font écartez de leur 
Leur (îifgra- Loy pour fuivrc des ulàges profanes , & quand ils ne Ta- 

ceafFre e. youéroient pas, l'état déplorable où ils font aujourd'huy 
le prouveroit affez. Dilperfez , vagabonds , chalTez de 
leur Pais &: de leur terres; ils font errants par tout le 
monde , & n'ont plus ni Dieu ni homme pour les con- 
duire. Il ne leur eft pas permis de mettre le pied dans 
leur Pays , pas même comme étrangers. 
Les mêmes Ecritures qui leur annonçoient tous ces mal- 
Dieu les ine- licurs, Ics mcnaçoicnt toujours que fur la fin des temps, 

tM fot'^cuiK ° Dieu fe choifuroit des adorateurs plus fidèles de toutes les 
nations , de tous les peuples , & de tous les endroits de la 
terre , aufquels il feroit paffer fa grâce ^ mais une grâce 
plus parfaite , & proportionnée au mérite de l'Auteur du 

xeTiisdeDien nouvcau cultc. Or le difpenfateur &: le Maître de cette 

Auteur au nou- o;race & de cette Loy, la lumière & le Dodeur de tous 

reau culte. & , . J ' / t-1 J r^- '•! ■ 

les nommes , etoit annonce Fils de Uieu; non quil ait 
été engendré d'une façon à rougir , ni du nom qu'il por- 
te , ni du Père qui l'engendre. Ce n'eil ni l'incefte d'une 
fœur , ni le crime d'une fille , niTadultere d'une femme , 
qui luy a donné pour père un Dieu déguifé * , ou en Ser- 

<e Jupiter , pour tromper Alcmenc,prit la ! figure de ibu maiy Amphicryon. Il prit celle 

pcntj 



Sa nailfanci 
miracukulc. 



deTertulien. 75 

pent , ou en Taureau , ou en Cygne , ou en pluye d'or; 
ce font les attributs divins de votre Jupiter. Ce Fils de 
Dieu n'a pas non-plus une mère à Fordinaire , & quoy 
qu'elle en porte le nom , elle n a point celTé d'être Vier- 
ge. Mais on comprendra mieux comment il eft né , quand 
on fçaura ce qu'il eft. 

Je vous ay déjà dit que Dieu a fait l'Univers par fà l'i^eJuVerbc 
parole , par fa fagefTe & par (à puiflance. Vos Philofo- 
phes afTurent de même , que le Monde femble être f ou- 
vrage de la Parole & de la Raifon qu'ils appellent Logos i 
car Zenon * reconnoît , que c'eft cette Parole qui a fait 
toutes chofes , & qui les a mifes dans fordre où nous les 
voyons: que c'eft elle qu'on appelle De/HnyDieu, E/pntde 
Jupiter j & la necejfté de toutes chofes. Cleanthes ' raffemblant 
tous ces attributs en un feul , dit que c'eft un E/prit répandu 
dans toutes les parties du Monde. Nous djfons aufli que la pro- 



d'un Taureau , pour faire viokiice à Cerés , 
& pour enlever Europe. Celle d'un Serpent, 
pour corrompre Proierpine qu'il avoit eue de 
Cerés. Celle d'un Cygne , pour fùrprendre 
Leda. D'une pluye d'or , pour joiiir de Da- 
naé : Et celle d'une fourmy pour violer la fil- 
le de Clitoris. 

& Zenon de Cityum en Cypre , fut jette 
par une tempête dans le Port de Pyrée , d'où il 
■vint à Athènes pour y étudier la Philofophie. | 
11 fit de fi grands progrès dans cette fcience 
fous Cratés , qu'il devint lui-même le fonda- 
teur de la fefte fameufe des Stoïciens. Il fai- 
foit confiner le bonheur à vivre félon la droi- 
te raifon, & prétendoit même qu'on pouvoit 
conferver ce bonheur au milieu des tourmcns 
les plus cruels. Il difoit auiTi qu'il n'y avoit 
^u'un Dieu , qu'jl étoit Tame du Monde , que 
le Monde étoit ion corps , & que l'un & l'au- 
tre faifoient un tout parfait. On dit qu'il s'é- 
trangla lui - même après une chute , & qu'il 
donna en cela à fes Difciples un exemple que 
la plupart ont fuivi allez exadement. D/oge- 
T/e Laérci , Ltv. 7. Strabon Liv. 14. 

c Cleanthes étoit d'Aflbn Ville de l'E- 
pire. Cet homme quj devoit être k lûccdléur 



du grand Zenon , étoit né fans aucunes dir 
pofitions pour les Sciences , & fans bien pour 
faire fes études , & comme s'il eût eu un preJ- 
fentiment de fa future élévation , fc voyant fi 
maltraité de la nature & de la fortune , il for- 
ça l'une par la prodigieufe application à l'é- 
tude , & infulta l'autre en fonant de fon Païs 
avec 4. drachmes , qui étoient tout le bien 
qu'il avoit en arrivant à Athènes. Pendant 19. 
ans qu'il étudia fous Zenon, il pailà les nuits 
à tirer de l'eau pour un Jardinier, & à pé- 
trir du pain pour une Boulangère , afin de 
pouvoir vacquer à fon étude pendant le jour. 
Mais quelque grand que fût ce travail, il ne 
lui domioit pas encore une fubfiflance aifée, 
puifqu'il étoit fouvent obligé d'écrire (es Le- 
çons fur des teli'ons de pot , ou fur des os de 
Bœuf. Etant parvenu à l'âge de go. ans , il 
eut une fluxion fur les gencives , pour laquel- 
le on lui ordonna d'être quelques jours fans 
manger : mais il fit plus que l'ordonnance ; 
car il ne voulut plus manger du tout , & fc 
laifla mourir volontairement, difant qu'il avoit 
fourni fa carrière, & qu'il lui fuffifoit d'avoir 
autant vécu que fon Maître. Diog, L/ifrce^ 

K 



74 Âpologeti qjj e 

prc fubftancc de cette parole, de cette fageffc , Se de cet- 
te puilTance de Dieu quia fait toutes chofes, eft un EC- 
prit , qui eft parole , quand il ordonne : iagelTe , quand il 
difpofe ; & puiffance , quand il exécute. 
Le Verbe en- Nous avons apotis Quc cct Efprit eft produit de Dieu; 

«endic par le il, > -in i / iv 

Père. que par cette production il eit engendre , & que par la 

il eft Fils de Dieu , & Dieu même , parce qu'il n'y a 
qu'une fubftance en Dieu , Dieu e'tant un Efprit. Lors 
qu'un rayon fort du Soleil , c'eft une portion qui fore 
de Ton tout; mais de manière que le Soleil eft dans fbn 
rayon, parce qu'il eft le rayon du Soleil, & qu'il fe fait, 
non une divifion , mais une extenfion de fa fubftancc. 
De même l'Efprit fort de TEfprit , & Dieu de Dieu. 
Comme un flambeau en allume un autre , fans perdre 
la moindre portion de fa lumière , quoy qu'il la com- 
munique à plufieurs > de même ce qui eft forti de Dieu 
eft Dieu , Fils de Dieu , & deux qui ne font qu'un. Ainfî 
ce Fils, Efprit de fEfprit, Dieu de Dieu, fait de fon Pè- 
re à lui une diftindion , non de nombre , mais de perfon- 
ne; non de fubftance, mais d'ordre j&fort de fon prin- 
cipe fans qu'il s'en fepare. C'cll: donc ce rayon de Dieu 

Incarnation du /jj/'i \. ■ n. J r J J 

Verbe. prédit depuis ii long-temps , qm elt delcendu dans une 

Vierge , s'eft incarné dans fon fein, d où il elt fbrti Dieu 
& Homme. Son corps uni à une ame a e'té nourri : Il a 
paffé par tous les degrez de l'âge : il a parlé : il a enfci- 
giié : il a fiic des miracles , & c'eft le Christ. 

Mais en attendant que je vous prouve qu'il eft veri- 
Hifiaire de tablemeut Dieu , fouifrez que je vous raconte une Hif^ 

j. Christ, j-^^j^-ç ^^j ^Q-^g paioîtra r.effembler à vos fables. Ceux 
d'entre vous qui ont inventé des menfonges pour dé- 
truire la vérité , dont je veux vous donner la connoifTan- 
ce , fçavoient que le Chr i S T devoir venir. Les Juifs le 



Cel/e, Porphj- 



Ï)Ë Te R TÛ L ÏEM. 7/ 

fçavoicnt , puis que c cft à eux que les Prophètes l'avoicnii 
promis : ils l'attendent même encore , & tout le différent 
qui eft entre eux & nous , c'eft qu'ils pre'tendent qu'il 
n'eft pas venu. Deux avenemens du Christ ont été 
diftindement marquez par les Prophètes ; l'un où il de- 
voit paroître dans l'abaifTement de la condition hu- 
maine , c'eft celui qui eft déjà arrivé. L'autre qui doic 
amener la fin des fieclcs , & où il doit paroître dans 
toute la fplendeur de la Majefté Divine. Or n'ayane 
point apperçu le premier, parce que le fécond eft plus 
clairement annoncé , ils fe font perfuadez qu'il n'y en a 
point d'autre que celui qu'ils attendent. Connoiiîant le 

*^ -t • Aoi £"1 -^ r Pourquey les 

premier , us y auroient cru , &z leur roy les auroit iauvez; j^if; nV: pas 
mais leur incrédulité a été caufe qu'ils ne s'en font point «connu j.c. 
aperçus i c'eft ce qu'ils lifent eux-mêmes dans leurs Li- 
vres j que Dieu leur ôtera lafagelïe & l'intelligence, l'u- jf'*' ' •^•'''^' 
làge des yeux & des oreilles. 

Que fi fon abaiftement leur perfuadoit qu'il n'étoic 
qu'un homme; fa puiffance ne dcvoit-elle pas leur faire 
croire qu'il étoit au moins uii Magicien ? Lors qu'à fa 
feule parole ils voyoient les pofTedez délivrez , les aveu- j^^/^J^'^îv 
gles éclairez, les lépreux guéris , les paralytiques rani- noine à Cipiùf- 
meZj les morts reffufcitez, les Elemens obéir, les tem- 
pêtes s'apaifer, & les eaux s'affermir fous fes pieds? li' 
faifoit connoître par tous ces prodiges qu'il étoit la Pa- 
role de Dieu, c'eft-à-dire, ce Verbe original , Fils uni- 
<jue de Dieu, toujours paiffant , toujours (âge , &c foute- 
nu de l'Efprit de Dieu. 

Mais les Docteurs & les premiers d'entre les Juifs of- 
fenfez fur tout de cette multitude infinie de Peuple qui Manieir iu- 
le fuivoit , fe déchaînèrent avec tant de flireur contre (à i-^lu-ai^,' '* 
dodrine qui les confondoitj qu'ils le mirent entre les- 



yé Ap OLOGITI Q^UE 

mains de Ponce Pilate , alors Intendant en partie de la 
Syrie pour les Romains, & le contraignirent, par une 
violence unanime, à le leur livrer, pour le crucifier. Il 
leur avoit prédit luy- même qu'ils le traiteroient delà 
forte i non-feulement lui , mais les Prophètes l'avoient 
auffi prédit avant lui. Enfin étant à la Croix il prévint 

S4 mort, les bourcaux , & rendit Teiprit en parlant. On vit à l'inf- 
tant le jour difparoître en plein midy : On crut que c e- 
toit une Eclipie '^ , èc ceux qui n'ont pas fçu que ce pro- 
dige devoit arriver à la mort du Christ , ne pouvant 
comprendre la raifon de ce Phénomène , ont nié qu'il 
fût arrivé j mais vos Faftes en font foy dans vos Archi- 
ves. Son Corps ayant été détaché de la Croix, &c mis 
dans le Sepulchre,les Juifs le firent garder avec un grand 
foin par des Soldats, de crainte qu'ayant prédit qu'il ref- 
fufciteroit trois jours après , fes Difciples n'enlevaflcnt 
fon corps , & ne féduifilTent ceux qui n'en voudroient 
rien croire. Mais le troifiéme jour étant venu , on vit 
la terre trembler, la pierre du Sepulchre renverfée, les 
fentineiles faifies d'effroy ; & avant qu'aucun des Dif- 

sa Refurrcc- ciplcs Cil cût approché , il ne fe trouva rien dans le Se- 
pulchre que les dépouilles du reflufcité. 

Comme il étoit important aux Principaux des Juifs, 
pour ne rien perdre de leurs droits &de leur autorité, 
de détromper le Peuple de ce miracle , & de lui perfua- 

Miuvaife foy ^^^ ^^ j^ |vlaître & Ics Difciplcs étoieiK de mauvaife 

roy ] ils publièrent par tout que le corps du Christ 

avoit été enlevé par les Diiciples. Il ne le montra point 

au Peuple après fa Rciurredion , de peur que les in- 

c. nridUak crédules ne fortifient de leur erreur , & afin que la foy 



tion. 



d Ce ne poiivok pas ttre une Eclipfs or- 
dinaire & naturelle , puifque ce prodige arriva 
dans la pleine Lune , & que l'Eclipre du So- 



leil ne peut arriver que dans le commence- 
ment de U Lune, 



deTertulien. 77 

deftinee à de fi grandes recompenfcs , coûtât aufli quel- 
que chofe à rhomme. 

Il pafla quarante jours avec quelques-uns de fcs Dif- 
ciples dans la Galilée qui fait partie de la Judée , où il 
leur enfeigna ce qu'ils dévoient prêcher aux hommes ; 
& après leur avoir ordonné d'aller annoncer fa do6tri- 
ne par toute la terre , il monta au Ciel environné d'une 
nuée qui le déroba à leurs yeux. Ce que Procule ^ vous 
aiTura autrefois de Romulus, ne fut jamais fi véritable, 

Pilate , Chrétien dans le coeur , rendit compte de tou- 
tes ces chofes à Tibère qui étoit alors Empereur : les 
Empereurs mêmes auroient Crû au Christ , s'ils n'euf- 
fent pas été necelTaires à fEmpire , où s'ils euflent pu 
être Chrétiens & Empereurs. Les Difciples fuivant Tor- 
dre de Dieu leur Maître, allèrent annoncer l'Evangile 
par tout le Monde ; mais les Juifs s'étant déclarez leurs 
periecuteurs, leur firent fouftrir toute forte de maux, 
qu'ils ont enduré volontiers pour la défènfe de la vérité. 
Us fe font iervis en dernier heu de la cruauté de Néron , 
pour répandre le fang des Chrétiens dans la ville de 
Rome. 

Je vous ay déjà fait voir queles Dieux que vous ado- 
rez , font des témoins fuffifans de la Divinité du Christ: 
mais que direz- vous, fi , pour vous faire croire en lui , je 
me fers des Dieux mêmes qui font caufe que vous n'y 
croyez pas ? Voilà , en attendant , un expofé fidèle de no- 

e Quelques jours après la mort où l'enle- ! ailurcr de fa part , qu'il leur fèroit déformais 



vement de Romulus , le Peuple s'étant (bu- 
levé contre les Sénateurs , les accufoient d'a- 
voir été les meurtriers de leur Roy. Jule 
Procule un des plus graves d'entre eux , que 
Romulus avoit toujours honoré de (on elti- 
me & de fa confiance , fe prefenra devant le 



plus utile dans le Ciel qu'il ne l'avoii crc fur 
la Terre : (^;u'il leur recommandoit fur lout 
la valeur & la prudence , s'ils vouloient deve- 
nir tres-puiilans en peu de temps. Ce difcours 
calma la fureur du Peup'e , qui commença" 
aulfi-tôt à drell'er des Autels a Romulus, Sa 



Peuple , & lui dit que ccluy qu'il demandoit : à l'invoquer comme un Dieu. Tite-Live , 



liv. 



ètoit au ran^ dcsT)ieux ; qu'il l'avoit vu dans i 
tout J'éclat de la Divinité , & qu'il venoit les I 



rlu turque, vie ds Rom. 

K iij 



voir qu'à (èî 
Difciples après 
fa Refurreûiô. 



Les Juifs per- 
(ccutcurs des 
Chrétiens. 



78 A F O L O G E T r Q_U E 

trc origine ; voilà le nom , l'e'tabliffement , Se l' AuteuiJ 
de notre Religion. Qu'on ne nous accufe donc plus de 
pratiques infâmes ; qu'on ne nous croye point autres 
Diffimuier en 4^^ ^'^^'^^ fommes t c'eft un facrilcge que de d^'guifer fa 
^^tdeRciigio, Reli2;ion. Tout homme qui eonfelTe un autre Dieu 
que celui qu il adore , renonce a ce qu il adore , en por- 
tant fes adorations vers un autre j & les rendant à un au- 
tre, il n'adore plus celui auquel il a renonce'. Nous le 
difons hautement , nous le difons à la face de tous les 
hommes & au milieu des tourmens , le corps déchiré en 
pièces & ruiiTelant de fang , nous crions de toutes nos 
Les Chrétiens ^oïccs que iious adoroiis Dieu parle Christ. Croyez 
adorent Dieu aprés Cela ouc c'eft un homme que nous adorons-, c'efî: 

fark Christ. *i.„^i.ri i->.- a „i/ 

par lui & en lui leul que Dieu veut être connu & adore. 
Mais ne pourrois-je pas répliquer aux Juifs qu'ils oiiB 
eux-mêmes appris à connoître Dieu par le miniAere de 
Moïfe qui étoit un homme ? Ne pourrois-je pas dire aux 
Grecs qu'ils ont connu la Religion par Orphe'e-^, dans 
Pierie: par Mufée-?, à Athènes: par Melampc*, à Ar- 
gos -, & par Trophonius ' en Béotie ? Et vous , ô Romains^ 
Maîtres Souverains de toute laTerrej,qui vous a impofé le 

/La Table a tellement corrompu tontes les [ ancien qu'Homère. Ccfàr Scaligcr lui attri- 
Hiftoires de la Grèce, qu'on ne pcutprefque bue le Poëmc de Lcandrc & de Hero, mais 



pas y démêler la vérité d'avec le menfbnge , 
■& c'eft ce qui fe rencontre dans l'Hiftoire 
d'ORFE'E plus que dans toute autre. Il cft fur 
p.ir tout ce que la Fable a inventé à fon fujet, 
que c'ctoit un homme qui excelicit dans les 
faïences. Ce qui eft certain c'eft qu'il étoit de 
Thrace ; quelques uns difcnt qu'il vivoit avant 
Homère , & qu'il a compofé 39. Poèmes. Si 
î'un n'eft pas plus vray que l'autre, il n'entft 
rien ; car les Pocmes qu'on lui attribue ne 
font pas de lui : Mais comme Ofphée eft un 
nom Phénicien qui- lignifie Sçavant , il n'y a 
point d'Ouvrage excellent qu.'on ne puille at 
tribucr au moins à ce nom , auflî y en a-t'i 



I n'a pas pris garde qu'il eft d'un autre Mu- 
fée moias ancien , qui vivoit vïaj (èmblable- 
ment fnis les Empereurs. 

h MiLAMPEa été un des plus fameux 
Médecins de la Grèce. La cure qui lui fit le 
plus d'honneur & qui le mit dans une fi haute 
réputation , fut celle des filles de Prcctus Roy 
d'Argos , qui étoient agitées de fureurs af- 
freufes , & qu'il guérit avec l'Ellébore , qui 
depuis a porté fon nom. MeUtmfodittm. 

/'Trophonius que l'on fait fils d'Apollon,, 
étoit adoré à Lcbadic ville de Beotie , où oa 
lui avoit bâti un Temple dans lequel il ren- 
doit les Oracles. Les ccremotùes qu'on y ob» 



un grand nombre qui le poaent. fervoit en le confultant, avoicnt quelque cho-" 

^ Muse'e étoit d'Eleufis ; on le croit plus , fe de fi effrayant , que tous ceux qui y al- 



B E T E R T U L I E N. 79 

joug de VOS fuperftitions accablantes ? N'eft-ce pas Nu- 
ma Pompilius ' qui n'e'toic qu'un homme ? Pourquoy 
donc trouver mauvais que le Christ propofe aux hom- 
mes un culte qui n'eft dû qu'à Dieu (èul ; non pour 
adoucir des efprits (auvages &c barbares en les effrayant 
par une multitude infinie de Dieux qu'il leur fait crain- 
dre , comme a fait Numa ; mais pour e'clairer des hom- 
mes déjà polis, & que leur politefle empêche de recon- 
noître la vérité. Examinez donc fi la Divinité du Christ 
eft véritable. Si c'eft elle qui reforme les mœurs de ceux 
qui la connoifTent, il faut que toute autre Divinité qui 
lui eft oppofée , foit necefTairement faulTe, Sur tout celle, 
qui cachée fous les noms-& les images de certains Morts, 
ne peut donner d'autres preuves de ià vérité , que quel- 
ques miracles, quelques prodiges ;,& quelques Oracles. 

§. XXII. 

Des Démo fis O^ de leur piiijpme. 



c'eft donc pour cela que nous 
fiibftances * fpirituelles. Le nom 



Joicnt étoient frappez pour toute leur vie d'u- 
ne forte de triflelle , qui a donné lieu à ce 
Proverbe : il a vit f Oracle dttns V antre dt 
TrofhonHs , pour dire j /'/ ne ritjumjtis. Lu- 
cien. Dialog. Erafme. Alag. 

l Numa Pompilius fe voyant choifi par les 
Romains pour être leur Roy , crut qu'il ne 
pourroit jamais adoucir la fcrocité de ce peu- 
ple barbare , qu'en lui donnant la connotflan- 
ce des Dieux , & en lui apprenant à les crain- 
dre. Il inftitua pour cet effet des Cérémonies; 
il établit des Prêtres: ordonna des Sacrifices: 
bâtit un Temple; & prcfcrivit les règles du 
culte qu'ils dévoient rendre aux Dieux. 

a Démon qui îï^ifie fçavant , «claire , eft 
«n nom qui convient généralement à tous les 
Anges bons & mauvais. Les Paycns pour les 
iifïmguer oommoient les uns itnhùif^ns. ^ui 



diions qu'il y a des 
de Démons que 



veut dire, bons Demons,& les antres yx}*J\xi- 
;-{$r'-f qui veut dire mauvais Démons. Ils les 
appclloient au(Ti Génies , Efprits familiers , 
& les regardoient comme des Intelligences 
qui leur infpiroient , les unes le bien , & les 
autres le mal. Hefiode & Hérodote les ont 
appeliez Miniftres du grand Jupiter, & ont 
prétendu qu'il y en avoit 50000. qui écrivoicnt 
toutes les aftions des hommes pour lui en 
rendre compte. Platon a crû que c'étoit des 
fubftances moyennes qui tenoienc le milieu 
entre la fpiritueilc & !a corporelle, & s'il ne 
leur donne aucun nom, ils les defignc au 
moins par leurs fondions. Quant à leur o- 
rigine , ils n en ont jamais rien pu dire de 
plus certain que de l'origine de leurs Dieux ; 
donc perlbnne n'a plus raifonnablemcnt parlé 
qu'Hérodote , lorfqu'il a dit ce que nous en 



ta Divinité 
de J. C. exclue 
toutes les au* 
très. 



Les Paytns ont 
reconnu qu'il y 
avoit des Dé- 
mons- 



s. Tanl ^X 
£fhef. ch. 6. 



80 Apologetî QJiy E 

nous leur donnons n'eft pas nouveau : Il ne Ta pas été 
pour vos Philorophes ; car le fage Socrate ne faifoit rien 
fans le confcil de fon Démon. Pourquoy en douteroit- 
on, puifqu'on dit que ce Démon s'attacha à lui dès fon 
enfance , & qu'il le détournoit toujours de la vertu ? Les 
Poètes ont auiTi connu les Démons • Le vulgaire igno- 
rant les a toujours à la bouche dans fes emportemens , 
& cci\ par un témoignage intérieur de (à confcience , 
qu'il prononce dans (es exécrations le nom de Satan le 
chef de cette malheureufe race. Platon n'a pas nié non- 
plus qu'il y eût des Anges: les Magiciens même rendent 
témoignage des uns & des autres. Enfin on voit dans les 
faintes Ecritures que c'eft de quelques-uns de ces An- 
ges , qui fe font corrompus eux-mêmes , qu'ert fortie k; 
race des Démons encore plus corrompue , & qui a été 
condannée de Dieu avec fes Auteurs , & ce Chef dont 
ie viens de parler. 



par 



avons rapporté clans la page 40. rem. a. 

Les Talmudiftes prétendent que les Dé- 
mons ont été engendrez par Adam & Eve, 
pendant les ijo. premières années qu'ils ont 
été hors du Paradis terreftre. Ils veulent aufli 
qu'ils boivent & mangent comme les hom- 
mes , & qu'ils multiplient comme eux. 

Pendant les 4. premiers fîcclcs de l'Eglife, 
la plupart croyoient que la race des Démons 
étoit venue du commerce des Anges avec les 
femmes , fur ces paroles de la Gencfe de l'an- 
cienne Verfîon des 70. Videntes ^ngeli Dei 
jiiiM homintun ijuod. ejfent fftlchréi, , acctfe- 
runtfihi ttxores j Se ils ont crû que les Géants 
qui vinrent de ce commerce font les Dé- 
mons. Mais l'Eglifc plus occupée alors à fou- 
tcnir les eiForts de la perfecution qu'à exa- 
miner des opinions , n'avoit pas encore me- 1 prendre , & combien ils ont de pouvoir fur 
furé celle - cy aux règles de la vérité. Elle | eux pour les porter au mal ; que le foin que 
a depuis examinée & condannée , & nous a [ J. C. a pris de nous enfcigner à demander à 
appris, que ces fubftances font de purs elprits Dieu de nous délivrer de leurs pourfuites , & 
que Dieu a créez au commencement du Mon- les avertilVemens que les Apôtres nous don- 
de. Qu'ayant donné à chacun d'eux un en- 1 nent de nous délier de leurs rufes Si de leurs 
tcndement pour le conuoitre , & une volonté [ artifices. 



pour l'aimer:, une portion de ces elprits s'eft: 
rendue heureulè , en fuivant les intentions de 
Dieu ; ceux-là s'appellent ^tiges , Efprits 
hien-heureux , Mintftres de Ditu. Que les 
autres s'étant fervis de leur entendement pour 
connoitre leur propre excellence , & non les 
fouveraines perfeâions de Dieu ; & s'étant 
fervis de leur volonté pour s'aimer] eux-mê- 
mes , & non pour aimer celui qui leur avoit 
donné l'être ; ils (c font rendus à l'infiant mal- 
heureux pour l'éternité , & dignes du feu qui 
leur a été préparé dès la création du Monde. 
Ceux-là s'appellent Démons , Diables , S<t- 
tans , matins Effrits , maniais Anges. L'vi- 
nique occupation de ceux - cy eft de faire dir 
mal aux hommes. Rien ne fait mieux com- 
prendre combien ils font attentifs à les fur- 



DE T E R T U l I E N. Jï 

Je me contente donc d'examiner icy la manière dont comment ie$ 
ils agiffent fur nous. Toutes leurs adions ne tendent [mT°}m- %'s 
qu'à nous perdre ; aufli la ruine du genre humain a-t'el- ^1^ • ^^^ ^^^ 
le été le premier ouvrage de leur malice. Ils affligent '°"'" '« ""- 
le corps par des maladies, & par des accidens fâcheux, 
& font à lame des violences qui la furprennent & qui la 
troublent. La fubtilité de leur nature leur etl: d'un fe- 
cours merveilleux pour agir fur l'un & fur l'autre. Ils 
ont un grand pouvoir , puifqu'on voit & qu'on fent le 
le mal qu'ils font , fans qu'on 1 es ait ni vus ni fentis : 
foit lors qu'une fecrete malignité de l'air agilTant fur les 
Arbres & fur les moifTons , ou en fait tomber la fleur, 
ou en fait mourir le germe , ou en perd le fruit; foit 
lorfque l'air corrompu par quelque caufe cachée , infec- 
te tous ceux qui le refpirent. 

C'eft par une contagion aufïî obfcuf e , que les fuggef- 
tions des Démons & des Anges excitent les mauvais 
penchans de notre ame , par des fureurs , par des extra- 
vagances ignominieufes , par des pallions fales , & par 
une infinité d'illufions dont celle " cy ell la plusperni- " i/idtktriu 
cieufe , en ce qu^elle fait adorer ces mêmes Démons 
aux hommes qu'elle furprend & qu'elle féduit, afin par 
là , de s'alTurer fa nourriture naturelle , qui eft le làng 
&: la graifle des Vi6times qu'on offre à leurs fimulacres 
& à leurs Images. Mais ce qui fortifie encore plus cette 
erreur , c'eft le foin qu'elle prend de détourner l'homme 
de la penfée du vray Dieu , par les preftiges de leurs 
fàulfes Prophéties , dont je vais vous développer icy 
le myftere. 

Tout efprit a fa^lité d'un oyfeau. Les Anges & les Artifice de» 
Démons font des Efprits 5 & par-là ils fe tranfportent ProphedcfpS 
par tout en un inftant. Tout le Monde eft pour eux ua «"ducsd«De- 

1-1 



$i ApO LO G ET I QJJE 

feul endroit , & il leur eft aufïi facile de fçavoir que de 
dire ce qui s'y paffe. Leur agilité les fait regarder com- 
îne des Dieux , parce qu'on ne connoît pas la nature de 
leur fubrtance. Ils veulent paroître quelquefois les au- 
teurs des chofes qu'ils annoncent j ils le font véritable-» 
ment quelquefois du mal , mais jamais du bien. Ils ont 
entendu autrefois les Prophètes prononcer les Oracles 
Divins ; ils les lifent maintenant dans leurs Livres , où 
de'robant certains faits qu'ils prédifent d'après eux , ils 
fe font paffer pour des Divinitez. Crefus ^ & Pyrrhus * 
vous diront avec quelle adrelTe ces Oracles fçavent tou- 
jours accorder leurs réponfes ambiguës avec les évene- 
mens. Ce fut par le moyen que jay déjà dit , que l'O- 
racle d'Apollon déclara que Crefus faifoit cuire fa Tor- 
tue avec de FAgneau : il ne lui falut qu'un moment pour 
fe tranfporter en Lydie. L'air étant le lieu de leur de= 
meure , la proximité des Aftres , leur commerce avec les 
nues leur fait connoître la difpofition des Cieux : Enfor- 
le qu'ils commencent déjà à fentir la pluye i lorfqu'ils 



i Cresus ayant confulté l'Oracle de Deî- 
fihes pom- fpvoir s'il remporte roit la Vic- 
toire fur les Perles ; l'Oracle lui-répondit en 
jes termes équivoques : 

Jntrepidftf ji Cruftfs Haljm tranjmiferit 

Amnem 
Jmfer'ium ferdet magnum regnumque fa- 
ferhum. 
Ou f'eloii d'autres , en un vers : 
Cr&Jui haljm fenetrans magnum ferver- 

tet opam vtm. 
C'eft à dire , fi Crefus paffe îe Fleuve Ha- 
lys , il détruira un grand Empire. 

Crefus prit cette réponle dans le feus qui 
le flattoit davantage , déclara la guerre aux 
Perfes qui le vainquirent , & le dépouillèrent 
de fcs États. Je crois , dit Eufebe , eu apot 



iju'il ne frendroit f.ts Votre rèfonfe dans fo» 
■veritaéle fens. Liv. J. de la Prep, Evang, 
ch. lo. 

f Les Tareatins fe trouvans trop foibles 
pour refifter aux Romains , appellerent à leur 
fecours Pyrrhus , que fes conquêtes avoient 
rendu recominandable dans toute la Grèce. 
Ce Conquérant fut ravi de trouver l'occa- 
Con d'exécuter ce qu'Alexandre avoit inuti- 
lement entrepris ; & ce qui le détermina 
beaucoup à le faire , fut la réponfe de l'Q- 
racle de Delphes , conçue en ces termes : 

^/o te jUacida Romanos vincere Poffè. 
Ce qui fignifie également. Je dis, Pyrrhus, que 
vous fouliez, vaincre tes Romains , ou Je du 
Pyrrhfft que les Romains vom peuvent 
vaincre. Pyrrhys l'ayant pris dans le premier 



tropbant Apollor,, que ce n'efl point par ma- j fins , fît la guerre aux Romains qui le vain- 
lice que VOUS avez.trompé Crefus , mais pari quirent, & l'obligèrent à fe retirer en Grèce 
ignorance ; car p Les Vieux comme vous con- avec fon Armée délabrée , & réduite au plu£ 
poiffoient i' avenir ,v»Hs n'aHriez,pas ignoré\\ 6000. hommes. 



ÊE TeRTULïEN. 8| 

k predifenc' Quelle obligation leur a t on , lorfqu ils 
guériiTent les maladies ? Ils commencent par faire le mal: 
ils ordonnent enfuite des remèdes extraordinaires , & 
fbuvent même contraires au mal , afin que la gue'rifbn 
en paroifTe encore plus miraculeufe , & Fon croit qu'ils 
ont gue'ri le mal , parce qu'ils ont ceiTé de le faire. Que 
dirai-je encore des artifices ôc de la puifTance de ces Es- 
prits trompeurs ? des apparitions '' de Caftor & Pollux , 
de cette eau ^ qui fut portée dans un crible par une VeC- 
talc i & de ce vaiffeau immobile-^ qu'un autre fit avancer 



d Les ieux Jeunes hommes qui apparurent 
à Domitius ^nobarbus , étoient Cttfiar C 
pollux , au fentiment de plufieurs Auteurs. 

Dans le combat que A. Pofthumius livra 
aux Tufculans près le lac Regille , on vit à la 
îête des troupes Romaines Caftor & Pollux, 
fous la figure de deux jeunes Cavaliers , d'une 
beauté & d'une grandeur plus qu'humaine , 
qui firent pancher du côté des Romains la 
Vitloire qui avoit toujours été en balance juf- 
qu'au moment de leur apparition. T. Ltve , /. i. 
%al. Max. liv. des miracles , an de Rome 595. 
Pendant que Paul Emile étoit occupé à dé- 
truire l'Empire des Grecs dans la perfonne de 
Perlé qui en a été le dernier Roy , un certain 
Préfet de Reaté nommé P. Vatinius allant de 
nuit à Rome , vit deux Jeunes hommes mon- 
tez (iir des chevaux blancs , qui lui dirent que 
Paul Emile avoit défait Perlé le Jour précè- 
dent: Vatinius ayant donné avis au Sénat de 
cette apparition , fut traité d'impofteur, 
& mis en prifbn fur le champ. Mais quelques 
jours après un Courier ayant rapporte la nou- 
yelle de ia défaite de Perfé , qui étoit arrivée 
le jour que l'avoit dit Vatinius ; non feule- 
ment on le mit en liberté , mais on lui fit des 
prefens , & le Sénat l'exempta de toute charge. 
I^al. Max. liv. des Miracles. 

e Une Veftale nommée Tufcia accufée 
fauffement d'avoir violé fa virginité, deman- 
da qu'on lui permît de donner des preuves de 
fon innocence , & s'adreilànt à Vefta , Déejji, 
!> lui dit-elle : Si je n'aj jamais forte fur votre 
)' ^Htel cjHe des mains fures O" innocentes, fai- 
î> tes que je fife de l'eau avec ce crible , & 
j> y«e je la porte jujque dans votre Temple. On 

Ait que M Déellè écouta les vœux 4e ceuc- 



accufée , & qu'elle porta ce crible plein d'eaa 
fans qu'il en tombât une goutte. Val. Max, 
liv. 7. 

Ttefcia cafiafuitfed non efl crédita , 

HocJimnl acfenjit palmas adjidera tendent 

Dixit : Diva andijam , tibi cafla ncgor, 
si reajum populo me nunc/peÛante miniflrts 

Signa , qutbiis nofcar , p tibi cafla fui, 
Dtxit Cr arrefto Tjberino in littore cribro , 

Jpfa manu puram flumtnis kaujit aquami 
Ouam fîmul immotam nttllove foramine laf- 
Jum , 

Tertulit adfanBos virginitati focos, 

f Comme on tranfportoit la ftatuë de Cs- 
bele à Rome par le Tybre , le Vailfeau dans 
lequel elle étoit, s'arrêta tout d'un coup fans 
qu'on le pût faire avancer; une Vcflale nom- 
mée Claudia accufée du même crime que la 
précédente , s'offrit témérairement de faire 
avancer ce Vaiffeau pour preuve de fon in- 
nocence ; & après s'être mife en prière pour 
demander juftice à la Décile , elle prit & cein- 
ture, l'attacha au Vaiffeau, & le fit avanceE 
fans aucun effort Herod. liv.i. Hifi. Laiiant, 
l. 1. c. 7. an de Rome 507. 
Supplicis aima tuî, ,genitrixfacunda Veorum 

Accipe jub certà condttione prêtes. 
Cafia negor : Ji tu damnas , meruijfe fatebor ^ 

Morte luam pcenoi , judire -i-ifta Dea. 
Sed p crimen abefl , noflrtt. tu pignora vit» 

re dabps , & caflus cafla fecjuere manus, 
Dixit : C exiguo funem conamine traxjt ; 

Mira , fed in jcer.a tefl'ijicat.t loqttor. 
Mota Dea efl ,fequiturque ducem ïaudatqul 
fequendo : 

Indes Utiti» fertnr ad aflrafams. 



hï^ 



$4 A P O ï. O G E T ICJJJE 

avec fà ceiiitufc ? de cette barbe ■? noire qu'on fit devenir 
roulTe en la touchant ? & tout cela pour adorer des pier- 
res, & pour empêcher qu'on ne cherche le veritablç 
Dku. 

§. X X I I L 

Des Apparitions , des Trejliges , O des Oracles. 

Si les Dieux ^ ^ donc les Magiciens ont le pouvoir de faire paroî- 
font de plus tre des fantômes^ s'ils ont celui d'évoquer les Ames des 

grandsmiracles . . r ' i- 

que jes Magi- ttiorts par Icurs cnchantemensi 11 pour préparer un En- 
kroemous^'à- ^^^'^^ ^ proiioiicer les Oracles , ils le forcent à fe meur- 
giiient alors [j-jj- coutre terre ; fi par leurs preftiges & leurs figures 

|)Oui- eux -me- T 1 » i r 1 

mes&pareux- lls imitciit tant de prodiges; s ils Içavent envoyer des 
^"' fonges j dès que par une feule invocation , ils fe font af- 

fûtez pour toujours l'aififtance des Anges & des Démons, 
qui font aufli prédire l'avenir aux Chèvres & aux Ta- 
bles 5 avec combien plus de force ces Efprits font-ils par 
eux-mêmes & pour eux-mêmes, ce qu'ils ont coutume 
de faire pour les autres , & pour un interefi: étranger ? 

C'eft offen- Q^X fl IcS DcmOUS & IcS AugeS font les mêmes mira- 
fer Ics Dieux de , , Y r. Ir-v---/ 

ne leur pas don- clcs que VOS Dicux , qu aura donc lur eux la Divinité, 
fuperiiurT^- qu'on doit croire fouveraine, &au deffus de routes les 
lui des Demôs. Puiflànccs ? Ne leur feroit-il pasplus convenable qu'on 
crût que les Anges & les Démons s'efforcent de fe fai- 
re pafTer pour des Divinitez , en imitant tout ce qui 
fait regarder vos Dieux comme des Dieux , que de 
croire qu ils ne font pas plus puiflfans que les Démons 



g On dit que L. Domitius revgnapt des 
champs , deux Jeunes hommes d'une beauté 
extraordinaire s'apparurent à lui , & lui or- 
donnèrent d'aller dire au Sénat que L. P. Ro- 



croyable , ils lui couchèrent légèrement la bar- 
be , qui de noire qu'elle étoit , devint de cou- 
lenr d'airain , ce qui lui fit donner le nom 
d'Acnobarbc. Toute la i. branche des Domi.- 



(main venoit de remporter une graride yiiloi- 1 tiens , dont il étoit le Chef, porta des maV' 
jfc , & que pour rendre cette Bouvelje plus j ques de ?c iniracjç. ShU- vit dt Ntrta, 



DE Ter tulie n. S/ 

Zc les Anges ? Peut - être pre'tendez - vous les diftiiigucr 
allez par la différence des lieux , perfuadez que dans les 
Temples ils font Dieux 3 & que par tout ailleurs ils ne le 
font pas. Comme (i un homme qui court fur les Tours 
d'un Temple , e'toit fou d'une autre folie , que celui qui 
court furies Maifons de fes voifnis : ou comme Ti la fu- 
reur d'un Prêtre qui fe fait eunuque , ou quife de'coupc 
les bras , étoit différente de la fureur d'un homme qui 
fc coupe la gorge. Elles ont pourtant les mêmes fuites 
ôc la même cauîe. 

Mais jen'ay employé jufqu'ici que des raifons, pour 
vous prouver que vos Dieux & les Démons font une mê- 
me chofe ; venons à prefent à des faits. Qu'on amène 
devant vos Tribunaux un homme qu'on fçache certai- 
nement polTedé du Demôn. Si un Chrétien l'interro- L^îDcmon» 
gc , il confeffera avec autant de vérité' devant lui qu'il eft mêmes que ie$ 
un Démon, qu'il a coutume de dire fauffement devant DtmonT.'" 
les autres qu'il eft un Dieu. Qu'on y amené de même 
quelqu'un de ceux que vous dîtes poiTedez de quelque 
Dieu , qui fe foit rempli de l'efprit qui l'agite à la fu- 
mée des Sacrifices , & qui profère fes Oracles par des {àn- 
glots & des paroles entre-coupées. 

Si la Déeffe Celeftis qui prédit la pluyc i fi Efculapc 
l'Auteur de la Médecine qui a rendu la vie à Socordius , 
à Thanafius & à Afolepiodore pour la perdre une fécon- 
de fois-, fi tous ces Dieux ne confeflent pas qu'ils font 
des Dcmons, parce qu'ils n'ofent mentir à un Chré- 
tien , répandez vous-même le fang de ce Chrétien im- 
pudent. 

Puis-je vous donner une preuve plus évidente, plus 
certaine , &c où la vérité éclate avec plus de fimplicité ? 
Elle y parpît dans route fa force , S>c exempte de tout 

Liij 



S6 Ap O L O GE T I Q_UE 

foupçon. Je veux bien que vous Fappelliez ou Magic J 

ou artifice , fi vos yeux & vos oreilles vous permettent 

de le croire. Mais que pourroic-on oppofer à une vérité 

Les Démons ^^ claire & fi manifelle ? Que s'ils font véritablement 

ne fe duoknt Dieux; pourquov (Jifeut-ils qu'ils (ont des Démons? elV 

pas des Dieux , A A'' iri'TTT>v r 1 Ta 

fi ceux dont ils ce pour ne nous pas delobeir ? Vos Dieux lont donc lou- 
poms^'étoient ^^^ ^^x Cliretieus ? Mais que doit-on penfer des Dieux 
jrémabiemeut q^j fQj-,[ foûmis à dcs hommes? ou fi cela efi: tiOp bon- 
teux, loumis a leurs adverlaires ? Que li au contraire ils 
font des Démons ou des Anges 5 pourquoy fe dife ut- 
ils des Dieux devant tout autre que devant nous > Car, 
de même que ceux qui pafTent pour des Dieux , n'au- 
roient pas voulu pafTer pour des Démons , slls eufTent 
r cté véritablement Dieux , ne le pouvant faire fans re- 

noncer à la Divinité j de même auffi , ceux que vous re- 
connoilTez directement pour des Démons n'ofe roient 
prendre la qualité de Dieux, fi ceux dont ils emprun- 
tent les noms étoient véritablement Dieux •■, parce qu'ils 
craindroient d'offenfer une Majefté , qui feroit fans dou- 
te audelTus d'eux, ôc qu'ils feroient obligez de refpec- 
ter, tant il eft vray que ce que vous croyez Divinité ne 
feft pas, puifque fi elle Fétoit , elle ne feroit ni ufur- 
pée par les Démons, ni defavouéc parles Dieux. Com- 
me donc les uns & les autres vous forcent d'avoiier qu'ils 
ne font point des Dieux , il refte que vous reconnoif- 
fiez qu'ils font tous des Démons. Cherchez- vous donc 
à prefent d'autres Dieux , puifque vous voyez que 
ceux que vous aviez choifis, font des Démons. 
Les Démons Mais par Ce même moyen , non-feulement vos Dieux 
mèmfs^qurk '^'^^^ découvrcut eux-mêmes que ni eux, ni tous les au- 
Dicu des chie- jj-gg ^-jg font pas des Dieux: vous reconnoi(Tez encore 

tiens eft le feul i ni • 1 t i-k • c ■ ' fL 

lenuhk Dieu, cu memc tcmps celui qui eitie véritable Dieu, bi c eit 



DE T E R T U L I E N. Sj 

lui que les Chrétiens adorent : s'il eft unique : s'il faut 
croire en lui & fadorer , félon que la foy & la loy des 
Chrétiens fordonnent , qu'ils difent aufli ce que c'eft 
que le Christ & (on Hiftoire : fi c'eft feulement un 
homme comme les autres : fi c'eft un Magicien : fi après 
fa mort fon corps a été enlevé du tombeau ; &c enfin s'il 
cft prefentement au rang des morts. Qu'ils difent plu- 
tôt, s'il n'eft pas dans les Cieux-, s'il n'en doit pasdef^ 
cendre un jour , & remplir tous les hommes , excep- 
té les Chrétiens, de tremblement, d'effroy, & de ter- 
reur -, parce qu'il eft la puiflance de Dieu , f Efprit de 
Dieu, la Parole, la SagelTe l'Entendement, & le Fils de 
Dieu 5 qu'ils faffent avec vous les railleries que vous fai- 
tes des Chrétiens: qu'ils nient que Jesus-Christ vien- 
dra juger tous les hommes , après qu'ils auront repris 
leurs corps : qu'ils difent fi Platon & les Poètes ont eu 
raifon d attribuer cette charge à Minos & à Rhadaman- 
t^ ; qu'au moins ils fe juftifient de leur ignominie & de 
leur condamnation : qu'ils faflent voir qu'ils ne font pas 
des efprits impurs : ce qu'on a toujours dû croire par le 
fang, par la fumée, & par la puanteur des Sacrifices 
dont ils font leur nourriture , & par les langues impudi- 
ques de leurs Poètes. Qu'ils prouvent comme leur ma-^ 
iice ne les deftine pas pour être condannez au jour du 
jugement " , avec leuBS Adorateurs & leurs Miniftres. 

Jls fentent le pouvoir & l'autorité que nous avons fur 
eux , lorfque nous prononçons le nom de Christ, & 
que nous les menaçons de la colère de Dieu que le 
Chrift fera éclatter fur eux quand il voudra. Craignant 



Les Premiers Pères de l'EgUfe ont crû 
que les Démons & les Repi'ouvez ne com- 
nienceroient de foufFnr qu'au jour du Juge- 
ment univerfcl , fondez fur ce que J. C. dit 
àans l'Evangile , en parlant 4e ce Jugement. 



u4llez maudits au feu éternel j Se -venez, les 
Bien-aimez, de mon Père , pojfetkz. l^ Ro'jaw 
me cjtii iJoui /t été préparé far meit Père, 
S. Juft. S. Irfn.ée. Orjg. 1. 1. 



88 Apologeti QJJ fi 

Les Démons le Chrîft Cil Dieu & Dieu dans le Chrift, ils font (oumis 
tremblent de- ^^^ fervitcurs de Dieu & du Chrift. Ainft au moindre 



vant les Chré- 
tiens, & n'o 
leur meatir, 



tiens, &nofcnt attouchcment , au moindre foufle , dès que nous leur or- 



donnons, vous les voyez, effrayez parla penféc & pa)r 
l'image du feu , (ortir des corps avec la honte , la rage, 
èc le dcfefpoir. Vous donc qui les croyez lorfqu'ils men- 
tent, croyez-les auiïi lorfqu'ils difent la vérité. On ne 
ment point à fon defavantage , mais pour s'élever ,• & 
l'on croit bien plutôt ceux qui avouent contre leur in- 
tereft, que ceux qui nient à leur profit, 
Les témoi- Enfin ce font ces témoignages que les Dieux rendent 

Dem^f" ont d'eux-mêuies , qui ont coutume de faire des Chrétiens; 

fait lapiusgra- p^j-ce que nous ne pouvons pas y ajouter foy fans croire 

de panic des 1 1 ^1 n it r a -a r \ 

ciu-cdeiit. en même temps au Chnlt. Us ront même ajouter roy a 
nos faintes Ecritures , & prouvent la certitude de notre 
efperance. Comme ils n'ignorent pas que vous leur of- 
frez le lâng des Cliretiens mêmes r s'il leur étoit per- 
mis de mentir à un Chrétien qui veut vous faire con- 
Haifonqoeies "oître la Vérité , ne mentiroient-ils pas volontiers , pour 
Démons au- (g confervcr vos facrifices & vos hommages , & pour 

roient de men- , li^ir'i'A ^ rC a/* 

ciiie- n avoir pas le deplaiiir d être chaflcz par vous-mêmes , ti 



tir a un ' 



lien, s'il leur e- . - j - • ^,i / • 

soit permis de uu jour VOUS dcveniez Chrétiens? 

!c fairç. 



§. XXIV. 

Les Dieux des Payens n étant pas des Dieux , les Chrétiens fie 
Jont point coupables lorfqu ils refufent de les adorer. Ce nej{ 
qu'aux fèuls Chrétiens qu'on ne permet pas de Je choijtr un 
Dieu. 

LesCKi'etiens UN.avcu fi fiuccre dc VOS Dieux par lequel ils re- 
que les Dieux noiiccnt à la Divinité , & rcconnoillent qu'il n'y a point 
d-adorer^ne s5t d'auttc Dïcu que cclul quc iious adorons, eft plus que 

pas des Dieux. fuffilant 



D E T E R T U L I E N. 89 

{uffifant pour faire voir que nous ne fommes point en- 
nemis de la Religion , fur tout de la Religion Romaine. 
Car, où il eft certain qu'il n y a point de Dieux, là il 
eft certain qull n'y a point de Religion : &c s'il n'y a 
point de Religion , parce qu'il eft certain qu'il n'y a 
point de Dieux; il eft certain aufïi que nous ne pouvons 
pas violer la Religion où il n'y en a point. Au contrai- 
re, ce reproche retombe fur vous , puis qu'adorant le 
menfonge j en négligeant la Religion du vray Dieu, & 
en vous déclarant fes Perfecuteurs i vous vous rendez 
véritablement coupables d'impiété. 

En eftet, quant il feroit vray qu'ils fuffent des Dieuxj Les Vayeas 
ne convenez-vous pas avec tout le monde qu'il y a un- preT"! "pa'ixc* 
Dieu plus grand & plus puifTant qu'eux, dont la puif- J|^^|.\^o^3^^°j 
lance & la grandeur eft infinie , & qui eft comme le àunOieu.que 
Maître de l Univers ? L opinion la plus commune parmi 
vous fur la Divinité, eft que le fouverain pouvoir eft 
entre les mains d'un feul,qui partage fes foliations avec Dieu. 
les autres Dieux. C'eft ce que Platon a voulu dire , lorC^ 
qu'il a dépeint le grand Jupiter dans le Ciel , accompa- 
gné d'une armée de Dieux & de Démons : Et c'eft par 
là que vous prétendez prouver qu'on doit honorer com- 
me lui-même ceux qui gouvernent, qui commandent, 
ôc qui préddent à fa place. Cependant, quel crim.e eora- 
lïiet celui, qui pour mieux mériter lés faveurs de Celar, 
lui confacre tous fes foins & là confiance , refufant à tour 
autre Seigneur de FEmpire , la qualité de Dieu & d'Em- 
pereur ; puifque c'eft un crime capital de donner ou de 
confentir qu'on donne ce titre à d'autres qu'à Cefar ? 

Laiffez, l'un adorer le vray Dieu , & Fautre adorer Jupi- 
ter: l'un lever fes mains au Ciel, Fautre les mettre fur 
f Autel de la foy ;: l'un compter les nuages de l'air , £om- 

M 



leurs Dieux & 
eux-mêmes c5- 
vicnncnt êcrc 
verirablemcut 



Le cKoix de 
U Rciigio doit 
itK libre. 



On permet 
à tout le mon- 
4e, excepté aux 
Chrétiens , d'a- 
voir un Dieu 
particulier. 



90 A P O L O G E T I Q_U E 

me vous croyez que nous le faifons -, l'autre les panneaux 
d'un plafond ; l'un offrir fon ame a. Ton Dieu , & l'autre 
lui offrir celle d'un Bouc. Et prenez garde que vous ne 
vous rendiez vraymcnt coupables d'irréligion , en ôtanc 
aux hommes la liberté' de fe choifir un Dieu ; de ma- 
nière qu'au lieu de me permettre d'adorer le Dieu que 
je veux , on me contraint d'adorer celui que je ne veux 
pas. Il n'y a point de Dieu qui aime des hommages for-^ 
cez ; un homme ne les aimeroit pas, C'ell: pour ceU 
qu'on a laiffe les Egyptiens porter l'extravagance de leur 
fuperlHtion , jufqu'à mettre au rang des Dieux des oy- 
féaux & des bêtes , & à condanner à mort ceux qui 
ment quelqu'une de ces Divinitez. 

Chaque Province , chaque Ville a {on Dieu particu-. 
lier. Aftarté " eft la Déeffe de la Syrie , Difares ^ le Dieu 
de l'Arabie , Belenus ' des Noriques , Cœleftis '^ de l'A- 
frique 3 & la Mauritanie a fes Rois. Les Provinces que 
je viens de nommer, fi je ne me trompe , font toutes 
iujettes à l'Empire i cependant on ne connoît à Rome 
aucun de leurs Dieux, puifqu'on ne leur y rend pas plus 
d'honneur qu'aux Dieux qu'adorent en particulier tou- 
tes les autres villes de l'Italie. Les Caffmiens ' ont leur 
Delventinusi * les Narniens -^ leur Vifiitanus j les AfcU" 



« Astarte' étoit la Déeffe des Sidoniens. 
Quelques-uns difent que c'étoit Venus ; d'au- 
tres que c'étoit Junon , & d'autres que c'é- 
(ûit la Lune. Eliaa. Lucien. Diodere. Cicer. J. 
Liv. des Rois. 

é DiASAREs , Disares, ou Dusares é- 
toit le Dieu des Arabes ; quelques-uns ont 
crû que c'étoit Bacchus , par la rcU'emblance 
de ce nom avec celui de DionyCus. 

c Belenus que d"a\itres appellent Tibile- 
nus, étoit le Dieu des Noriques ,fumoii:anez 
Taurifciens : ils habitoient les montagnes qui 
font entre la Carinthie , aujourd'huy Duché 
de arnten & l'EvêcKé de Salzburg , & ces 
piontagnes s 'appellent Kruraber Taura. Fei- 



bcr. Taum. & Karn Taurn. Orfe/. 

d CoELESTis donc plufieurs font une Di- 
vinité mâle , étoit la grande Déelle des Afri- 
quains : Laitance l'appelle Urauus. 

f Cassiniens. Monte Cijjlno , Mont Caf- 

• J!n , c'étoit autrefois une Ville au pied du 
Mont Caflîn , dont les habicans s'appelloicnt 
Caffiniens. C'cft où S. Bcnoiil- a jette les pre- 

I miers fondcincns de fon Ordre. 

I * Delventinus ou Dimentinus. Vifidianus 
ou Viiidiamis. Ancuria Nurfia , Valentia , é- 
toient des Divinitez topiques, c'eft- à-dire, 
qui n'étoient adorez & reconnus pour Dieux 
qu'en certains lieux particuliers , doac ils é- 
toietSt les protsdteurs. 



deTertulien. 9f 

lans -fleur Anurk, les Volfiniens ^ leur Nttrjtes les Otri- 
culaiis ' leur ValemUi les Sutrins ' leur Nortia, "* i&c les Fa- 
lifques " ont leur/««o;?, qui porte le nomade fou père Cur- 
ris. Ce n'eft qu'aux Chrétiens feuls qu'il eft deffendu 
d'avoir un Dieu particulier. Nous offenfons les Romains 
& l'on nous refufe le nom de Romains , parce que nous 
adorons un Dieu que les Romains ne connoiiTent pointj lc dicu des 

If 11- chrétiens , le 

mais que nous le voulions , ou que nous ne le voulions Dieu de tous 
pasj c'eft pourtant le Dieu de tous les hommes, & à i« i^on^ss. 
qui nous appartenons tous. Il eft permis chez vous de 
tout adorer, excepté le véritable Dieu , comme s'il n'é- 
toit pas plus jufte que celui à qui tous les hommes ap- 
partiennent, fut le Dieu de tous les hommes» 

§. XXV. 

Les Komains ne pint point redevables de leur candeur ^ 
k leur Kelkion. 



î L me paroît qu'on ne doit plus douter de la faujGTeté 
de vos Dieux , & de la vérité du notre j après tant de 



f Narnia. V. Narni ville d'Ombrie , au 
fied d'ime montagne du même nom , arro- 
fëc par le Nar V. la Néra. C'étoit la Patrie 
de l'Empereur Néron & du Pape Jean , ce 
que les Narniens font dire à leur Ville dans 
ce vers. 

Imferio gentti Nen.tm m'itr£.qfie Joannem. 

g AscuLUM. V. Afcoli ville du Picentin, 
dans le Patrimoine de S. Pierre , an^ofée par 
le Trento , célèbre par la défaite de Pyrrhus 
]BLoy des Epirotes, l'an de Rom. 475. Vlin. TtoL 

h VoLsiNiuM. V. Bolfeno , eft une v'iie 
fort ancienne , qui fut une des douze premiè- 
res Colonies des Tufciens: c'eft à prefcntun 
lort dans le Patrimoine de S. Pierre , près le 
lac qui pone ce nom , au milieu duquel eft 



Otrictiltun. V. Otricoli j elle étoit fur le T'w 
bre dans une plaine au confluent du Nar. On 
y voit encore aujourd'huy de tres-précicui: 
monumens de l'Antiquité. 

/ Les SuTRiNs, don: la ville s'appelloit atï- 
trefois Sutrium , aujourd'huy Siitri -, étoit une 
Ville de l'Etmrie , qui eft à prefent renfer- 
mée dans le Patrimoine de S. Pierre fur le F. 
Pazzolo. 

m Nortia , c'étoit la Fortune que les Su- 
trins adoroicnt fous, ce nom. Tite Live ( Liv. 
7.] dit que l'on marquoit les années dans fon 
Temple avec des clous. Juvenal en fait aulTi 
mention dans fa dixième Satyre. 

Nortia Thefeo favijfet 

n Leur Ville s'appelloit Falifcum , auiour- 



une petite Iflc où fut mée Amalazonte mère I d'huy Calezs , Si ;ion pas Montefiafcone 
d'Athalaric Roy des Gots , & qui eft anjour- 1 comme l'a crû Onelius , Siège Epifcopal & 
4'huy la fcpulture des Farnezes. 1 Métropolitain de l'Etrurie fur le Tybre ^ àiv» 

i Otriculans j dont k Yille s'appelloit j le Patrimoine. de S- Pierre. 

M ij 



Tauffetc <îes 
Dieux prouvée 
jiar la raifon, 
& par le témoi- 

giage des 
icux mêmes. 



Objciftion des 
Payons. Que la 
Rcligioa des 
Romains eft la 
caufe de leur c- 
Icyaùon. 



Preuves du 
«omrairc. 

Première 
preuve. Les 
Dieux n'ont pu 
raifonablement 
préférer Rome 
a leur propre 
pauic. 



92, ÂP O L O G ET r (XU E 

preuves fondées autant fur la raifon, que fur le témoi- 
gnage de ceux mêmes que vous croyez des Dieux. Il fe- 
roit donc inutile de vous en parler davantage : mais com- 
me j'ay commencé de dire quelque chofe des Romains 
en particulier , je veux encore répondre à l'objeition 
de quelques perfonnes, qui fe perfuadent que les Ro- 
mains n'ont été élevez à un fi haut degré de puilTance, 
que par la grande exaâitude de leur Religion , &c que 
leurs Dieux font véritablement des Dieux , parce que 
ceux qui leur rendent le plus d'honneur j fe trouvent 
aulfi les plus élevez. La grandeur des Romains eft fans 
doute un effet de la reconnoiffance des Dieux qu'ils 
adorent. C'eft Stercule", c'ell Mutune *,c'ert Larenti- 
ne % vos Dieux originaires qui ont élevé votre Empire: 
car je ne fçaurois me perfuader que des Dieux étrangers 
ayent favorifé une Nation, au préjudicç de la leur j ôc 
qu'ils ayent livré à des Peuples (i éloignez leur propre 
Patrie, le lieu de leur naiffancCjde leur fejour , de leur 
gloire , & de leur fepukure. 

Cybele fçait qu'elle n'a aimé les Romains , que parce 
qu'ils defcendent d'un homme de Ion Pais, qu'elle a 
protégé contre les Grecs 5 & que lorfqu'elle fit pafferfa 
proteàion aux Romains , elle fçavoit qu'jls feroient un 
jour fes vangeurs , en fubjuguant les vainqueurs de la 
Phryeie. Elle a fait voir de nos jours , d'une Etçou écla- 
tante , combien Rome a railoii de lui déférer les hon- 
neurs divins : lorfque Marc-Aurele étant mort à Syrmioii 



<« St;ercule le Dieu du Pumier. Les Ro- 
mains , lui avçicut défejx l'honneur de la Di- 
vinité , par rcconnoillance du lervice qu'il 
leur avoir rendu , en leur enfeignant à tu- 
mcr les terres ; &c c'eft lui qui a donné fon 
no m au fumier ( Sterctfs ] OU c'eft du fumier 
^'jl tire I_e Ccii. 



é Mutune j ou TuTUHïj Hwnt 0\iTiÙ-\ fc^e f) 



ne , étoit chez les Romains , ce que le Dieu 
Priape ttolt chez les Grecs ; c'eft- à-dire , une 
Divinité inf.T.me qu'ils invoquoient le iour de 
Icm's nopces , avec des cérémonies que la 
modcftie & la bieu-feaiice ne permettent pas 
de rapporter, 

cLarikTINï. raj^Z. l* rtm/trjut t^ 



deTertuliin. 95 

h'' 1 6. des Kalendes d'Avril , le tres-faint Chef des Prê- 'n-M^n. 
très de la DéefTe offroit encore le " 9- des mêmes Kaleii- " 14. a/^". 
des , un Sacrifice du fang qu'il -faifoit ruiffeler de fon 
corps impur, ôcfaifoit faire les prières ordinaires pour 
la fanté de l'Empereur qui étoit mort. Couricrs endor- 
niis, dépêches trop lentes ^ c'eft vous qui êtes caufe que 
Cybele n'a pas plutôt fçû la mort de l'Empereur. En 
vérité, les Chrétiens fe mocqueroient bien d'une telle 
Divinité'. 

Jupiter auroit-il fouffcrt que les faifceaux Romains 
cuuent fait trembler fon Ifle de Crète ? auroit-il perdu 
le fouvenir de l'antre du Mont Ida , des danfes des Co- 
rybantes, & de l'odeur délicieufe de fa nourrice ? n'eût- 
il pas préféré le lieu de fa fepulture à tous ks Capitu- 
les du monde ? afin qu'étant le dépofitairc de lès cendres, 
il fût aufli le Maître de tout l'Univers. 

Junon auroit-elle permis que les defcendans d'Enec 
cullent détruit Carthage qu'elle aimoit plus que Samos? 
Cette Ville ou étoient fes Armes &c ion Char, &c qu'elle 
auroit fait la Capitale de l'Univers, fi les deiHns ne s'y 
fuifent pas oppofez. La femme & la fœur de Jupiter a 
le malheur de ne les pouvoir pas forcer, 5c Jupiter lui- 
même eft contraint de leur obéir ! Cependant , jamais 
les Romains n'ont rendu aux Deftins qui leur ont livre 
Carthage , malgré les intentions & la volonté de Junon, 
les honneurs qu'ils rendent à Larentine , la plus infâ- 
me de toutes les proifituées. 

Il eft certain que plufieurs de vos Dieux ont été Rois: 
Or , s'ils ont maintenant le pouvoir de conférer les ^f^^'^'^^^^ 
Royaumes, de qui avoient-ils recule leur ? Quel Dieu ne ibnt fo'm 

1. r. -r ■ A 1 c les Maicrcs de» 

adoroient Saturne & Jupiter ? peut-être quelque bter- Royaumtj. 
cule ? mais malheureufement Rome l'a depuis compté 

M iij 



54 Ap O LO Gl T I (X.UÊ 

. '' au nombre de fes habitans. Que fi quelques-uns de vos 

Dieux n'ont pas été Rois ; de leur temps il y avoir des 
Rois qui ne leur rendoient aucun culte , parce qu'on ne 
les reconnoiffoit pas alors pour des Dieux. La dittribu- 
tion des Royaumes ne leur appartient donc pas 3 puis- 
qu'il y avoir des Rois long- temps avant qu'on en eût 
fait des Dieux. 

Troifiéme j^/j^is Quelle foUe. l d'attribuer la grandeur des Ro*- 

preuve. La Re- . -il ni-- -C C ^ 

ligion n'a fuivi mauis au mente de leur Religion ; puiique Ion progrès 
gr^em?^"^ ii'a fuivi que de loin la gloire déjà affermie de leur Em- 
pire , lors même qu'il n'e'toit encore qu'un Royaume, 
Car quoique Numa ait e'té l'Inventeur de toutes vos fu- 
perditions myfterieufes , on ne voyoit point alors offrir 
des Sacrifices à des fimulacres y ni dans des Temples : la 
Religion étoit fans fafte, &les Cérémonies fans magni- 
ficence. Il n'y avoir point de Capitole qui le difputàt au 
Ciel par le nombre de fes Dieux. C'étoit un Autel de 
^azbn drefie au hazard, des Vafes de terre , une fumée 
légère, & des Dieux ''qu'on ne voyoit nulle part. Les 
Grecs èc les Toicans qui om porté la Sculpture à fon 
plus haut point , n'avoient pas encore inondé la ville de 
Rome. La Religion des Romains n'a donc point précé- 
dé leur grandeur j& leur grandeur n'eft donc pasJare- 
compenjfe de leur Religion ? 
Qnatviéme Dc plus , Comment leur auroit-elle procuré tant de 
Fomparvlnusl gloirc , n'y étant parvenus que par des ficnleges? car, 
leur giandcur ç^ jg j-,ç j^g trompe , uu Rovaumc , un Empire, ne s'é- 

quc pardesim- •' i /• i a > J- 

pictez. tablit que par la rorce des Armes , & ne s agrandit que 

par des Vidoires. Or, la prife &: le renverfement des 
Villes, font les fuites ordinaires de la Guerre & de la 

J Plutarque , ' Varron , & S. Augiaftiu, ai- I de Dieux dans Rome , que plus de 170. aos 
km qu'on ne commença à -voii; des l^res I après Ci feaditioa. 



DE TeRTULIEN. 9J ^ 

Vi(Stoirc , ce qui ne fe fait pas fans que les Dieux en 
fbuffrent. Les Temples n'y font pas plus épargnez que 
les murailles ; le carnage confond le Prêtre avec le Ci- 
toyen , & le pillage ne fait aucune diftindion des Tré- 
fbrs facrez d'avec les profanes. Les Romains ont donc 
autant commis de facrileges , qu'ils ont érigé de tro- 
phées :ils ont triomphé de la Religion autant de fois, 
qu'ils ont triomphé des Peuples : ils ont autant de fois 
confondu les Dieux dans leur butin , qu'il y a chez eux 
de Divinitez étrangères & captives. 

Ces Dieux ne refiifent pas que leurs propres enne- 
mis les adorent, & ils accordent un Empire éternel à 
ceux qu'ils auroient dû punir pour leurs outrages , plu- 
tôt que les récompenfer pour leurs adorations. C'eft 
qu'on offenfe fans crainte, de même qu'on prie (ans el- 
perance , des Dieux qui n'ont aucun fentiment. On ne 
peut certainement pas fe perfuadçr que ceux là doivent 
leur grandeur à leur Religion , qui , comme nous Favons cinquième 
dit, ou fe font agrandis en blelTant la Religion , ou ont ffesTiusT- 
blefle la Religion pour s'agrandir. Tous ces Peuples J,"'^"'^'^^'"^' 
vaincus dont les Etats confondus dans FEmpire en font les Romains, 
aujourdliuy la grandeur , n'étoicnt pas fans Dieux ngn-f 
plus que leurs vainqueurs. 

§. X X V L 

Il na^^Ai'tient qttà celui qui a fait l'Univers , de dijlrihuer les 
Koymmes ^ G^ de faire des Rois. 

VoYEx donc, s il n elt pas plus rauonnable que ce- pt^uvcm pas ê- 
iui-là difpofe des Couronnes qui eft le Maître du Mon^ tems aêsToy" 
de où font les Royaumes , èc des hommes qui en font les quTks r^JI" 
Rois '. que celui qui étoit avant tous les fiecles , & qui *"" ^°""^ p'"* 

il 1 anciens que les 

Dieux. 



^rnarijHe du 
Ho. 



96 A PO L O GE TI QJ7 Ë 

mefure le temps fur la durée du Monde , ait réglé Fof- 
dre & la durée des Etats,par Fordre & la durée des temps: 
que celui-là élevé & abaifle les Peuples , fous lequel tous 
les hommes n'en font qu'un feul. Que celui-là abaiffe 
ou élevé les Villes, qui regnoit avant que les hommes 
cufTent commencé d'en bâtir, 

Pourquoy tant aimera fe tromper? les commence- 
mens de Rome font plus anciens que quelques-uns de 
Tes Dieux. Elle a régné, avant qu'elle eût bâti l'Ouvrage 
énorme du Capitole. Les Babyloniens " ont eu des Rois, 
avant qu'elle eût des Pontifes. Les Medes en ont eu,avanc 
qu'elle eût des Quindecemvirs. * Les Egyptiens en ont 
eu, avant qu'elle eût des Saliens. "Les Affyriens en ont eu, 
avant qu'elle eût des Luperques% &les Amazones en 
ont eu , avant qu'elle eût des Veftales. "^ 



« Nabonaflàr prcmiei' Roy des Babylo- 
niens, rcjsipoit l'an du Monde, JJ^*"- 
Les Pontifes Romains furent créez après 

l'an 33+1 

Arbaces premier Roy des' Medes , regnoit 

l'an ^ 3178- 

Les Quindecemvirs furent créez par Sylla , 

l'an 3794- 

Amaiîs premier Roy d'Egypte , regnoit l'an 

1311. 

Les Saliens furent créez par Numa après Van 

33f- 
Nemrod ou Belus , premier Roy des Ally- 

riens , regnoit l'an ^879. 

Les Luperques furent inftituez par Romulus 

vers 330c- 

Les Amazones , s'il y en a eu, faifoient la 

guerre en. iS45- 

Les Veftales furent crées par Numa , après 

l'an 3340. 

h Tarquin le Superbe ayant acheté les Li- 
▼rcs des Sibylles , en confia le foin a deux 
Magiftrats , qui furent appeliez DHitmvlri S*- 
troritm. La Loy SextiliA Licinia en ajouta 
liuit aun-es , z. ans avant que le Peuple fût ad- 
mis au Confulat, & comme ils étoient dis, 
en les apprlla Decemvtri f/icrorum. Sylla y en 
ajouta €tuuite cinq autres , & c'cll ce qui les a 



fait appeller, Qmndec'imv'ir'i Jacrorutn. Leurs 
fonflions étoient de coufulter les Oracles des 
Sybilles lorfquc le Sénat l'ordonnoitjd'en faire 
leur rapport , & de dire leur avis. Ils étoienr 
auffi commis pour exécuter ce qui étoit pre/i- 
crrt dans ces Livres , & pour faire célébrer 
les jeux feculaires. T'ite Livs. lib. 6. 

c Les Luperques étoient des focietez diffe- 
rentîs , dont l'une étoit de Fabiens , l'autre 
de Quintiliens , & la troifiéme de Juliens. Ils 
celebroicnt tous les ans en l'honneur de Pan- 
Dieu des Palpeurs , des jeux qui s'appelloient, 
Lupercaux , & dans les Sacrifices qui s'y fai- 
foient , les Prêtres étoient nuds pendant les 
fonûions de leur miniftere. Ces Fêtes ou ces 
jeux fubfiftoicnt encore dans le cinquième fie- 
cle , fous le Pape Gclaze , qui les abolit entiè- 
rement. Dion. L 14. Suet. vie d'Augnfie. Ba- 
ron. A. C. 496. 

d Les 'Veftales étoient des Prêtrcircs qui 
furent établies dans le Temple de Vefta par 
Niuna Pompilius au nombre de 7. & félon 
d'autres, au nombre de ç. pour confei-ver un 
feu perpétuel en l'honneur de cette Dédie.. 
On n'y recevoit que des Perfonnes d'une ver- 
tu émincnte, & d'une naillance illuftre. 0« 
\ les confukoit fur les affaires les plus irapor- 
; urnes de la République ; mais autatvt elks é- 

Enfin 



D E T E R T U L 1 1 N. '97 

Enfin , fi ce font les Dieux des Romains qui diftri- 
buënt les Couronnes, les Juifs qui ont toujours mépri- 
fé vos Divinitez, n'auroient jamais dû former de Royau- 
me j vous avez vous-mêmes immolé des Vidimes ' à leur 
Dieu : vous avez fait des prefens à leur Temple :" vous 
avez honoré ce Peuple de votre alliance-^, & jamais il 
n'eût fenti votre domination, s'il n'eût pas mis le com- 
ble à fes crimes en outrageant le Chrift. 

§. XX y IL 

Les Démons fè révoltent contre les Chrétiens , quoi qu'ils /aient 
0bliges;^de leur obéir. Ils infpirent aux Tayens toutes les vio* 
lences & les cruauté^ qu ils exercent à l'égard des Chrétiens. 

Il me femble en avoir affez dit en nous juiliifiant de 
notre prétendu crime de Religion , pour vous prouver 
que nous ne pouvons pas offenfer des Dieux qui n'en 
font pas , comme je f ay fait voir. Lors donc qu'on veut 
nous forcer à leur offrir des Sacrifices , nous refufons 
de le feire, par la fidélité que nous devons à notre con- 
fcience, qui nous fait connoître avec certitude, quels font 
ceux qu'on adore fous ces Images , que vous expofez, & 
fous les noms de ces hommes , dont vous avez fait des 
Dieux. 



1* Parce qu'ils 
auioient donné 
des Royaumes 
à leurs enne- 
mis. 



Remarque du 
S. 18. 



Pourquoy Ica 
Chi-eticns n'ot-- 
frent point de 
Sacrifices aiiï 
Dieux. 



toient confiderées du Sénat & du Peuple , au- 
tan: «oient- elles punies rigoufeufement , où 
q-uand elles laiffoient éteindre le feu ; car 
alors elles étoient foiiettées par le Grand 
Pontife , ou lorfqu'elle violoient le vœu de 
virginité qu'elles faifoien: en entrant dans le 
Temple , & alors on les enterroit toutes vi- 
ves. 

e Jerufalem s'étant fendue à Alexandre le 
Grand, il exempta les Juifs du tribut qu'ils 
étoient obligez de payer tous les 7. ans , & 
venouvella leurs franchifes. On lui expliqua 
atiffi les Prophéties que Daniel avoit faites 
àt lui long-teiîips auparavant , & on lui don- 



na quelque connoiffancc du vrsy Dieu , an- 
quel il offrit plufieurs Vitfimes. 

Hojlias vitcxander immolavit in Dei tem- 
flo non ad ejus citltum veyà piet.tte conver- 
tis j fed imf'ta vanitate crnn Dus eum fal- 
fis colendum futans. Aug. de Civit. Dei. lib. 
I8.-C. 4î. 

/ Judas Machabée fît alliance avec les Ro- 
mains , & les articles de cette alliance furent 
2;ravez fur des tables d'airain qui furent en- 
voyées aux Juifs par les Romains. Machab. 
l. I. chaf. 8. Elle fut renouvellée par Jona- 
thas. chaf. 11.8c par le Grand Prêtïe Simosa 
frère des Machabées. ci-af. if. 

N 



Apôlogeti q_u e 



auxracuxqu-un ^^^^ ^^ ^ ^" ^ ^"^ regardent cette fidélité' comme une 



cuke extcrieur, folie , cn ce que nous aimons mieux renoncer à la viç 

l'eioit une trô- jv ^ . f ■ r • \ 

pene&unmc- qu a Hos entetemens ; puilque nous pourrions éviter la 
™''^' mort, cn facrifiant extérieurement lorfqu'on nous y for- 

ce, & confcrver toujours les mêmes fentimens dans le 
cœur. C'eft-à-dire, que vous nous donnez des moyens 
de vous tromper. Mais nous reconnoiffons bien queleft 
celui qui vous infpire une telle penfée , & quel en eft 
F Auteur. Nous fçavons qu il employé les rufes dans Tes 
perfuafions, & la cruauté dans les tourmens pour reii= 
verfèr notre confiance. 

C'eft cet Efprit, dont la nature eft la même que ccî- 
Ce font les le dcs Demous & des An^es, qui devenu notre enne- 

Demons qui . „ ,, o • t J I t-v • 

perfuadent aux mi par lou malhcur , & jaloux de la grâce que Diçu nous 
«Tks'^chre- ^ f^iï^<2 cft ^^^'15 vos âmes comme dans une forterefle, 
tiens à faciiSeï- j^ q^ ^ combat couttc nous. Il les remue par des infpi- 

auï Dieux. „ 1 1 ■ r r ^ J 

rations lecretes, & lesdilpole a ces condannations irre- 
gulieres & à ces punitions in juftes , dont je me fuis plaint 
au commencement de ce dilcours. 

Car quoique la puiflance des Démons & des autres 

cfprits nous foit foumile \ néanmoins femblables aux 

Les Démons ^lauvais Efclavcs , lls mêlciit quelquefois la révolte à la 

obciflent aux ^ _ l T. 

Chrétiens, par- crainte , & comme la crainte ne va point fans haine , ils 

ce qu'ils les s ^ i r • i 1 ^ > • 1 

craignentiiisîes S cftorcent dc mirc du mal a ceux qu ils craignent, Sç 

qu^'îfsTs'^aif- cherchent àfoulagerle defcfpoir dune dannation avan- 

u'iis ks^ha" ^^^ » P^^ Fufage qu'ils font de leur maUce , jufqu'au jour 

lent , ils leur qui doit commencct leurs tourmens. Cependant , fi-tôt 

font tout le mal >t r '/" -1 r 1 o 

qu'ils peuvent, qu ils iencciit iiotre prelcnce , ils le rendent , & rentrent 
dans le malheur de leur condition. De loin ils nous in-- 
fultent , & nous prient de près. 

Lors donc que ces Efprits , qui font en notre puiflan- 
ce , viennenic à fe déchaîner contre nous, &; que perfua- 



DeTeRTULIEN. 09 

iîcz qu'ils nous font inférieurs , & par là plus affurcz d'ê- 
tre vaincus , ils nous chargent de fers , ils nous enfer- 
ment dans les prifons , ils nous condannent aux Mines , 
ou nous font fouffrir les fupplices dont vous avez coutu- 
me de punir vos Efclaves rebelles ■■> nous tenons ferme 
contre leurs infultes importunes , ayant autant de force 
qu'ils ont de malice. Nous perfeverons avec courage Leschretifs 
dans les chofes par lefqueiles ils nous attaquent, & nous touJ°u«^s viao- 

, . i*^.^. 111- t r "^"^ d«s De- 

ll en triomphons jamais avec plus de gloire , que lori- mous. 

que la conftance de notre foy fe trouve couronnée par 

la more 

§. X X V II L 

Les Payens craignent moins les Dieux que les Empereurf. 

Mais s'il paroît qu'il y auroit de Finjuftice à forcer 
des hommes j qui font naturellement libres , à offrir des 
Sacrifices malgré eux, tout a£te de Religion devant être 



un ade libre de l'efprit; il paroît encore plus déraifon- n^y a 
nable , qu^un homme en contraigne un autre à rendre 



de raifon à I 
ccr un homme 



for- 



aux Dieux ce qui leur eft dû, vu que chacun fe trouve à adorer des 
affez intereffé à le faire ; là liberté le mettant en droit ft!lne''p'a$,""^ 
de vous répondre : ^ene veux pas que jfupiier me foit favorable, 
Dequoy vous méle^vous .<? ^ueJa,nHs en colère me regarde de quel 
vija^e il luy plaira , que vous importe? 

Ces mêmes Efprits vous ont infpiré de nous forcer à 
offrir des Sacrifices pour la confervation de l'Empereur^ 
Se ils vous mettent autant dans la neceffité de nous y 
contraindre, qu'ils nous mettent nous-mêmes dans h 
neceffité de rifquer notre falut. 

Nous voici donc au fécond chef du crime de Leze- 
Majefté j mais d'une Majefté plus augufte , puifque vous 

Nij 



100 Ap O LOGETl Q_UE 

avez un plus grand refped & une crainte plus fcrupu- 

leufe pour fEmpereur, que pour Jupiter, que vous fai- 

Q^ei«Payens jç^ [ç j^Qy ({xi Cicl. Te ne VOUS bîâmerois pas , fi la rai- 

ciaignet moins i r -r • T • f 1 • J J 

Jupiter que fon VOUS Ic miloit Faire , puilque le monidre des vivans 
lEmpereur. ^^ toujours meilleur qu'aucun des morts. Mais c'eft 
** moins la raifon qui vous y détermine , que les impref- 

fions que la prelènce d'un Empereur fait fur vous. Ce 
qui fait encore voir combien vous manquez à vos Dieux, 
craicrnant moins leur puiflancc que celle des hommes ; 
car on craint moins parmi vous de prendre tous les 
Dieux enfemble à témoin d'un faux ferment , quç b 
feul génie de f Empereur. 

f . XXI X. 

Les Chrétiens contribuent: à la confèrvatîon des Empereurs ^ 
ùliis que les Vtiyens. 

Les Dïcuxne Qu' o N uous faffe voïr quc ceux à qui l'on offre des 
diraucuirfpili Sacrifices peuvent conferver la vie aux Empereurs & 
desEmpcicurs, ^^^ autrcs liommes 3 & dites après cela que nous fom- 

m deux -me- r i i-r r 

mes. ik font re- mcs coupables. Mais li des Elprits qui ne relpirent que 

dçvabics de leur . 1*^1 r \ k olr-» 

confervation le mal , tcls quc lout Ics Auges & les Démons, peuvent 

.auxEmpereurs. a^.^.^ capables de faire aucun bien 5 fi ceux qui fe font 

perdus eux-mêmes peuvent lauver les autres ; fi des con- 

dannez peuvent abfbudre -, enfin , fi morts que vous fça- 

vez qu'ils font , ils peuvent protéger les vivans , que ne 

Les Dieiîî commencciit-ils par défendre leurs Statues, leurs Ima- 

dépcndent des ;^ , ,_, '^ i . j . < r- 

fmpcreurs.Les ges & Icurs TeiTipIcs, qui ne doivent leur coniervation 
S^ry:^ qu'aux foins de Cefar & de fes fentinellesî 
des Dieu*. Lg^ Miiics de fEmpereur en ont fourny la matière. 

Tous les Temples "dépendent de fa volonté , & plu- 

* ,CaJuî .Caligula fit changer le Temple de [.Caftoï & de P&lhx £tt une ibimc de Vciâ 



D E Ter TU L I E N. 101 

fleurs Dieux * ont e'prouvé fa colère. Mais ce qui fait 
encore pour nous plus que tout le refte , c'eft le bien 
qu'il leur fait , ou en leur donnant des marques de fa 
libéralité , ou en leur accordant des Privilèges. 

En effet, comment ceux qui font fous la puiflance de 
FEmpereur, & duquel ils tiennent tout ce qu'ils font, 
peuvent-ils être les Maîtres de la vie de f Empereur ? & 
qui eft-ce qui pourra s'imaginer que l'Empereur doive 
fa confervation à ceux qui lui font en effet redevables 
de la leur? C'eft donc parce que nous n'abaiffons pas les 
Empereurs au-deffous des chofes qui leur appartiennent, 
qu'on nous accufe d'offenfer la Majefté Impériale. C'ell: 
parce que nous penfons raifonnablement fur l'Auteur 
de leur confervation , nous qui ne croyons point qu'elle 
foit entre les mains reftaurées de vos Statues. Mais vous 
quiètes fi zelez pour la confervation de l'Empereur, & 
qui la cherchez où elle n'elt pas , vous la demandez à 
ceux qui ne peuvent vous l'accorder , oubliant celui dont 
clic dépend. Et outre cela vous déclarez la guerre à 
ceux qui la fçavent demander, & qui par-là font en pou- 
voir de l'obtenir. 



Les Chrétiens 
coupables de 
Lcie-Majefté , 
parce qu'ils ne 
veulent deman- 
der la confer- 
vation de l'Em- 
pereur, qu'à ce- 
lui qui peut l'aC' 
corder. 



§. XXX. 

JLw Chrétiens prient pour les Empereurs: Il n'y a qu'un Chrétien 
qui puijfe obtenir ce qu'il demande pour l Empereur. 

E N effet, nous invoquons pour l'Empereur un Dieu 



lîbule. Il fe m«toit entre ces Dieux jumeaux, 
& faifoit adorer fa Statue d'or fous le nom 
de Jupiter Latial. On ne lui facrifîoit que des 
Paons, des Poules de Numidie ,desPhaifans, 
& tout ce qu'il y avoit de plus rare. Ce n'é- 
toit que par une grande faveur & à force 
«l'argent qu'wi parvenoit à cette Prctrife. Sue- 
fprie. rit de C. CitUgHU, c, ii> 



b Caligula ayant fait ve^iir de Grèce tou- 
tes les Statues des Dieux les plus recomman- 
dabjes , il leur fit oter la tête pour y mettre la 
(îenne , entre autres à Jupiter Olympien qu'il 
ne refpedoit pas plus qu'une autre Divinité 
inférieure, jul'qu'à le menacer un jour qu'il n'é,- 
toit pas content de lui; que s'il continuoit il le 
repvoyeroit en .Grèce, S»et. vie de Cal, c. lij 

N lij 



Les Empe- 
reurs recôiioif- 
lèn: le Dieu des 
ChrecicQS. 



lis font plus 
excellens& plus 
puifl'ans que les 
Dieux. 



A qui les Chré- 
tiens adrcfl'ent 
leurs prières 
pour les Empe- 
reurs , & ce 
qu'ils deman- 
dent pour eux. 



lOi A P O LO G E TI QJ[r E 

Eternel , un Dieu véritable , un Dieu vivant, un Diets 
dont les Empereurs mêmes craignent plus la colère que 
celle de tous les Dieux enfemble. Ils fçavent quel eft ce- 
lui qui leur a donné l'Empire ; ils fçavent quel eft celui 
qui leur a donné la vie : ils Tentent que celui-là feul eft 
Dieu i qu'ils ne dépendent que de lui ; qu'il eft au-def- 
fus d'eux, & qu'ils font immédiatement après lui, de- 
vant & au-deftus de tous les Dieux. 

En effet, s'ils font au deifus de tous les hommes vi- 
vans, pourquoy ne feroient-ils pas au-deftus des hom- 
mes morts ? Ils confiderent f étendue bornée de leur 
puiifance , & par là ils connoiflent Dieu. Ils fçavent qu'ils 
peuvent tout par celui , contre lequel ils ne peuvent 
rien. Car que fEmpereur faffe la guerre au Ciel; qu'il 
entreprenne de mener le Ciel en triomphe à la queue 
de fon Char , de mettre des fentinelles dans le Ciel , & 
de fe le rendre tributaire ; c'eft ce qu'il ne peut. Il n'cft 
au-de(fous de tout , qu'autant qu'il fe croit au-deflus 
de Dieu : car il appartient lui - même à celui à qui le 
Ciel & toutes les créatures appartiennent. Celui-là fa* 
fait Empereur , qui Fa fait nomme avant de le faire 
Empereur ; & f Auteur de (à vie eft celui de fa puif- 
fànce. 

C'eft à ce Dieu que nous adreflbns nos prières les 
mains levées, parce qu'elles font innocentes : la tête nue,, 
parce que nous ne rougiftons point de celui que nous 
prions j fans qu'on nous prononce les paroles " que nous 
devons dire : parce que c'eft notre cœur qui prie. Nous 



< Lorfque les Payens mêloicnt des prières 
à leurs Sacrifices , celui qui préfidoit à la cé- 
rémonie prononçoit les paroles de cette priè- 
re allez haut , pour fe faire entendre de tous 
les AlTiftans qui les rcpetoient après lui. Com- 
Bie on le \oit par ce paffages ; 



Qui tantum i»itiitti era-nt CT ex carminé 
facro , fr&eunte -uerba Sacerdott frecatione) 
fecerant , in quihus nefanda. conjuratio in 
omne facintts ac libidinem continebatHr , tas 
in vincnlis rdinquebant. Tit. Liy. Decad. 4. 
lib, J. 



BE Ter Tut ï E N. 105 

demandons pour tous les Empereurs une vie longue , 
un règne tranquile, la fureté dans leurMaifon , des Ar- 
mes vi£torieufes , un Sénat fidelle , des Peuples vertueux, 
une Paix univerfellc , & tout ce que peut defirer un 
homme &c un Empereur. 

Je ne fçaurois demander ces chofes qu'à celui dont 
je fçai qu'elles dépendent , parce qu'il n'y a que lui qui 
les peut accorder, & qu'il n'y a que moy qui les doive 
obtenir, étant (on ferviteur , lui rendant feul le culte 
qui lui eft dû , donnant ma vie pour foutenir fa doc- 
trine, lui offrant une prière qui part d'un corps chafte, Cara<acresd'a. 

1> . * l> r • r • 11 '1 °^ Pricie qui 

d une ame mnocente , & d un elprit iamt , telle qu il dok obtenir ce 
nous Ta prelcrite , & qui eft la vidime la plus précieufe I"/ ^ 
& la plus agréable à Tes yeux. 

Ce ne font pas de vils grains d'encens, des larmes 
d'un arbre d'Arabie ; ce ne font point quelques goûtes 
de vin ni le fan? d'un Beuf mutile qui demande la mort; Sacrific« que 

j ,-. . ^ p . r •\\i ■ r ■ '^^ Chrétiens 

ce n eit point une conlcience iotiulee qui reipire enco- ne reconnoif- 
rc les impuretcz où elle s'eft plongée. Aulîi j'admire la ^'^" ^°'°'^" 
conduite de vos Prêtres corrompus , qui examinent l'in- 
térieur des victimes, plutôt que le cœur de ceux qui 
les offrent. 

Pendant que nous avons les mains aind levées au 
Seigneur; que les ongles de fer nous déchirent ; qu'on 
nous attache à des Croix; que les flammes nous confu- 
menti que les épées nous éçorfient ; que les bêtes nous taPrieremet 

,/ ^ .1 -^ -iri II l'rr un Chrétien au- 

devorent ,• il n y a point de iupplice capable d ettrayer acdUs de toute 
un Chrétien qui prie. Vous donc qui êtes fi zélés pour ''*^'^"'^' 
la Juftice, arrachez-nous la vie pendant que nous l'em- 
ployons à prier pour l'Empereur; fi, croire au véritable 
Dieu & l'adorer, eft uq crime qui le mérite. 



Ï04 ApO tO GETI Q.UH 

§. XXXI. 

Les Chrétiens Jônt indif^enfahlement oblige^ de prier 
four les Empereurs. 

Ce n'eft pas M A I S jc vcux bicii quc iious lie parlions ainfi que 
EmpeSîsquè po^r pkirc à l'Empereur, & que ce foit pour nous de'- 
les Chrétiens j-ober à VOS cruautez que nous feignons de demander 

prient poureux. . , - _ -l . . i i- t-v 

Les Chrétiens pour lui ics choles que je viens de dire. Dequoi nous 
leurs LiYre^s!"^ lerviroit Cette feinte, dès que vous ne nous permettez 
pas de nous défendre ? Que (i vous êtes véritablement 
perfuadez, que les Chrétiens ne s'interelTent point à la. 
confervation de l'Empereur; lifez ce que Dieu nous or- 
donne : ouvrez nos Livres que nous ne cachons à per- 
fonne, & que le hazarda mis en tant de mains étran- 
c'cft parce aeres. Vous y verrez que par une furabondance de cha- 

au'ils font ob- K , ., ■' ■'i * j . a 

ligez de prier ritc , US iious commaudeiit de prier , même pour nos 

nemis.^"" *"' Enucmis , " & de fouhaiter du bien à ceux qui nous per- 

" M^th. 5. fecutent. Or avons-nous de plus grands Ennemis ôc de 

plus cruels perfecuteurs que ceux dont on nous accufe 

d'offenfcr la Majefté? 

c'eft parce Vous v vcrrcz iiiême que Dieu nous l'ordonne ex- 

queDiai le leur J 1 i-n n 

ordôi-.e expref- preflcment , & par un commandement diltinct. Prieç^, 

pro Regibm dit- il, pour les Koisj pour les IPrinces 3 C^ pour les Tui[fa?7ces, 

Z^'lMmaZ ^/'^ ^^^ ^^'^^ jomffic-T^à'une paix parfaite. En efFet, l'Empire 

/««M.adTim. venant à être ébranlé, tous Tes membres le font aulTi; 

& quoique le Peuple nous rejette comme Etrangers , 

fiilant partie de l'Etat, nous nous trouvons envelopez 

dans fa ruine. 



C. 1. 



^ + 5^ 



$. xxxir. 



DE TERTUttEH; 

§. XXXII. 



fcO| 



tres a prict 
pour les Eflj,' 
pcrcurs. 



'j^o'fque les Chrétiens ne jurent f oint far le Génie de t'Emperfur, 

ils ne Uijfent fas de prier pour l'Empereur O* 

four l Empire. 

Une autre obligation encore plus e'troite dans la- t„ ^j^^^^ 
quelle nous fommes de prier pour f Empereur, pour la t'^nsp'«s obij. 

■^ r • J Pt- ■ o I r ' I -n gez que les au- 

Conlervation de lEmpire , & pour la prolpente des Ro- 
mains, c'cft que nous fommes perfuadez que la diflolu- 
tion générale dont l'Univers eft menacé , & que la fin 
des fiecles qui doit être accompagnée de tant de circonf- 
tances affreufes , n'eft retardée que par la durée de f Em- 
pire Romain. Comme nous ne voudrions pas en être les 
témoins j nous en demandons le retardement , & par- 
là nous demandons la eonfervation de l'Empire. 

Nous jurons aufïi, non par le Génie "des Empereurs, 
mais par leur falut plus augufte que tous les Génies en- 
femble. Ne fçavez-vous pas que les Génies font des Dé- 
mons? Nous refp estons dans les Empereurs, la Provi- ^J^ 
dence de Dieu qui les a établis pour gouverner les Peu- *°" 
pies. Nous fçavons qu'ils ont le pouvoir que Dieu a 
voulu qu'ils euffent ; nous demandons la eonfervation 
de ce que Dieu a voulu qu'il fut, & c'eft pour nous un Dieu°dans kl 
grand ferment. D'ailleurs nous avons coutume de con- ^"'"^ 
jurer les Démons pour les faire fortir du corps des hom- 
mes , & non pas de jurer par leur nom , pour leur ren- 
dre un honneur qui n'appartient qu'à Dieu. 



Les Chrc- 

tifiis ne Jui'cnr 
point par les 
nies , parc« 
ue les Génies 
ont des Dé- 
mons. 

Ils relpedîent 
la puillance & 



<r Sous les Empereurs Chrétiens , il cEoit 
dc-ffendu de jurer par le Génie de l'Empereur; 
mais il étoit permis de jurer par fon falut. Nos 
pi'émiîrs Rois Chreckns fnppruncieBt cett^ 



pcrmilîTon; & defFendirent de Jurer, ni par 
la vie du Roy , ni par celle de fcs Enf.^.ns. 
Cette deifcnfe fc trouve dans les Loix de Clo- 
Yis > de Childcbert -, & de Clothaire. 

O 



iàé A P O L O G E T I Q.y I 

§. XXXIII. 

',^e les Chrétiens ne fçarvent ni élever ni ahaijpr l'Empereur 
plus qu ils ne doivent. 

î L eft inutile de vous parler davantage de nos fenti-» 

mens de Religion & de pieté à l'égard de l'Empereur, 

que nous fommes obligez de refpe6ter comme un hom- 

j,eschmi<:ns me choifi de Dieu. Je pourrçis dire avec raifon, que 

^"Xvationde l'Empereur eft plus à nous qu'à perfonne, puifqueceft 

l'Empereur, ce y^q^j^q Dieu Qui l'a pkcé fur le Trône , & que je contribué 

que les Payens \ r r • T 1 

ne fçauroiciat davantage a la conlervation , non-leulement parce que je 
'^"'^' la demande- à celui qui feul la peut accorder, ou parce 

que je fuis tel qu'il feutêtre pour l'obtenir j mais encQ- 
re y en ce que mettant la Majefté de l'Empereur au deC- 
fous de la Majefté Divine , ma prière eft plus efficace au- 
près de Dieu, auquel feul je foumets l'Empereur. 

Si je le mets au-deftbus de Dieu , c'eft que je ne crois 

pas qu'il lui foit égal : Car je ne fçaurois dire que l'Em- 

Ter'^^dfi'Em- pcrcur foit Dîeu ; ou parce que je ne fçaurois mentir, 

perem- que de q^ parce Que je n'av pas le front de me mocqucr de lui, 

lui donner la 1 ^1■^ i- ' rC r ir> 1 

qualité deDieu: OU parcc que lui-memc doit sortenler lorlqu on le trai- 
fonge.''" """" te de Dieu. Si c'eft un homme , il eft de fon intérêt de 
reconnoître que Dieu eft au-delTus de lui , & il doit fc 
trouver content du nom d'Empereur. N'eft-ce pas un 
grand nom que celui qu'on reçoit de Dieu ? Dire qu'il 
eft Dieu , c'eft nier qu'il foit Empereur , puifqu il ne 
peut être Empereur fans être homme. Manque-t'on à 
-l'en Elire reflouvcnir lorfqu'il eft aflis (ur le Char de 
triomphe, & qu'on lui crie derrière lui : Re^ardc;^ après 
vous y Jouvene-^vous que vopu êtes U7t homme. Il doit être en- 
core plus content de fe voir environné de tant de glgi- 



Seigneur , pour- 
que ce ne 
au mê- 
me fens qu'on 



DE TERTUtlEN. Î07 

te, qu'on eft obligé de le faire reflbuvenir qu'il eft hom- 
ine ; au lieu qu'il trouveroit bien moins de grandeur a 
être appelle Dieu, parce qu'il ne Feft pas, qu'à s'enten- 
dre avertir qu'il n'eft qu'un homme. 

f. XXXIV. 

B» ^uei fens on pâut donner à l'Empereur U qualité de Seigneur. 
Le traiter de Dieu 3 cejl lui vouloir du mal. 

Auguste, à qui PEmpire doit toute {a {plendeur, 
n'a jamais voulu qu'on fappellât Seigneur , qui eft un Les chrétiens 
des noms de Dieu. Te n'auray pourtant point de repu- veuientbiendô- 
gnance a le donner a i Empereur , quand on ne m obli- reur k thre de 
géra point de l'entendre au même (ens, que je le don- 
ne à Dieu. D'ailleurs , je ne fuis pas à l'Empereur, je ^^l^^l 
n'ay qu'un*feul Seigneur, un Dieu tout-puiÛant & é- ledôneàDkii. 
ternel, qui eft aufti le Dieu de l'Empereur. Comment 
le Pcre de la patrie peut-il ett être le Seigneur? 

i)e plus, un titre de bonté eft bien plus doux qu'un 
titre de puiftance. Aufli appelle -t'on les Chefs de fa- 
fnilles Pères, & non pas Seigneurs -, & (i un Empereur s h quaiké 

' 1a^ W ' r ■ tA de Seigneur ne 

na pas voulu être appelle Seigneur , on a du encore convient pas à 
moins , par une flaterie honteufe & très - dangereufe , ' u^^^a^Keu 
le traiter de Dieu. C'eft comme fi vous dérobiez le nom iw convient en- 
de l'Empereur pour le donner à un autre : Ne feriez- 
vous pas un outrage fenfible & impardoniiable à celui 
que vous reconnoilîiez auparavant pour votre Maître , & 
dont les fuites feroient à craindre pour celui que vous 
auriez honore de ce nom? 

Ne manquez donc pas à Dieu , fi vous voulez que Manquer à 
Dieu ne manque pas à l'Empereur : ceftez de croire JuerfpEmp^ 
qu'il puiife y avoir un autre Dieu : Ne donnez plus ce 

O if 



reur. 



I08 A PO LO G ET I QJtJ E 

nom à celui qui a lui-même befoin de l'afîîftaace divi^ 
ne. Que (i en donnant à un homme la qualité de Dieu; 
votre flacerie ne rougit point de fon menfonge ; qu'el^ 
le craigne au moins de lui attirer quelque malheur. C'eû 
vouloir du mal à l'Empereur que de lui donner le noi^ 
de Dieu avant Ton apothcofe. 

§. XXX V. 

Les vaux des Chrétiens pour f Empereur t/tnctres C^ ralfinnabiesi 
ceux des Tayens faux O" téméraires. On refufè le nom de 
Romains aux Chrétiens qui font fdeles C> attache-^ à l Ernper. 
reur. On le donne à fès ennemis C^ à fis meurtriers. 

S I donc les Chrétiens font des ennemis publics, c'eft 

parce qu'ils rendent aux Empereurs , des honneurs qui 

ne font ni vains , ni faux , ni te'me'raires. C'.eft parce que 

rieures des profeflant la vraye Religion , ils folennifent leurs Fêtes 

chrétiens, plus ^t ,. . t| '-' i \ l ii-P 

uùiesaux Em- daus 1 intetieur de leur coeur, plutôt que dans des diir 
foiemkezécia- foîutioiis fcaiidaleufes. Que c'eft faire un grand bien à 
rantcs des l'Empcrcur , d'allumcr des feux, de drciferdes tables au 
milieu des rués , de manger dans les Places , de chan- 
ger la Ville en une Taverne , d'arrofer les rues de vin^ 
de courir par bandes, injuriant les uns, infultant les au» 
rres , & cherchant par tout à fatisfaire fes defirs impu-. 
diques ! 
Manicrcdont Nc pcut.-on doiic prendre part à la joye publique, 
knniiauhiê- qucn fc deshonorant publiquement, & convient- il de 
te des Empe- £ j Fêtcs dc l'Empercur des chofes qu'on n ofergit 

jeurs , contrai- _ Z l^^v.>/v 

rc à la laiton S: tihc un auttc jour ? Faut-il , pour honorer Celar , violeï 

à la Religion. 11. ' 1 r 1 r n 

des loix que vous n oblervez que par le reipeot que vous 
avez pour lui? La licence des mœurs corrompues pçutr 
elle paCierpour pieté j & peut-on regarder cpirime K&y 



Les voçax & 
les Prières inte 



DE TeRTULIEN. 109 

ligion, ce qui donne lieu au defordre? 

Oh ! que nous fommes vrayemcnt dignes de mort; 
^'abolir par notre cliafteté , notre tempérance & notre 
probité y les Fêtes &: les réjoiiifTances qui fe font pour 
les Empereurs. Pourquoy refufer dans un jour de joyc 
-d'orner nos portes de lauriers ? Pourquoy ne pas éclai- 
rer le jour par des illuminations ? La bienfeance permet 
-dans les folemiitez publiques, de donner à fa maifon un 
air de quelque nouveau lieu de débauche. 

Mais ie luisbien-ai(e de vous faire voir combien font 

f. , , . _ 1' 1 Lfurs oemonl. 

^ mceres .& véritables ces demonltrations d attache- dations fervent 

.ment pour la féconde Majell:é,à laquelle on nous accu- mauvàlfcV^i^ 
{è de manquer par un fécond facrilege ; parce que nous '==>"°ii»- 
ne celcbrjons pas avec vous les Fêtes des Empereurs , 
d'une manière que la bienfeance , la modciHe & lachaf- 
xeté ne fçauroient permettre ; afin qu'on voye (i ceux-là 
ne font pas encore plus coupables que nous, qui veu- 
lent nous ôter le nom de Romains, _& nous faire palier 
pour ennemis de rEmpereur, 

Je demande à ces Romains naturels, à cette Popula- 
ce qui habite les fept Colines, quel cil: celui dont la lan^ 
gue, quoique Roniainc, fçache épargner fon Empereur. 
Le Tibre àc le Cirque en rendent témoignage : & ii la 
nature avoir mis fur leurs cœurs un voile , dont la ma- 
tière fût tranfparente j quel eil celui qu'on ne verroit 
pas foupirer fans celle après %n nouvel Empereur, pour 
avoir part à la dillribution de fon avènement , au milieu, 
même de leurs acclamations, lorfqu'ils dif^nt: ^e "Ju- 
piter retranche de nos années pour les ajouter aux vôtres ? Un 
Chrétien ne fçait, ni prononcer ces paroles, ni former 
.de pareils defirs. 

yous direz que c'eft 1^ Pppulacç qui parle de la for- u senat^'S' 

Oiij 



dre des Cheva- 
liers , éjalemc: 
infidèles àl'Em- 
pereur. 



' L'Zmftreur 
Fertinax , tjui 
fut ajjlegi dam 
fort PétUis far 
deux cent Sol- 
dats Romains. 

" Ils afaffl- 
Tterent l'Empe- 
reur DsmitJen 
dans Ja Cham- 
bre. Vojez. la 
remarque fur 
Domitien , c. j. 

Il ne s'eft ja- 
mais trouvé de 
Chrétiens re- 
belles à l'Empe- 
rciir. 



irO Ap O L OG E TiQjtJE 

te ; mais ce font àc^ Romains , & de tous les Romaiiis ]; 
les plus ardens accufateurs des Chrétiens, Vous direz 
peut-être encore que l'autorité des autres Ordres les a 
retenus dans leur devoir àl égard des Empereurs: Que 
jamais il n'a été attenté contre eux , ni par des Sena^ 
teurs , ni par des Chevaliers , ni par des Armées , ni 
dans leur Palais ; d'où font donc fortis les CafTius ' , les 
Nigcrs ^, & les Albinus ' ? D'où étoient ceux qui ont af- 
fafTuié les Empereurs dans des jours de Fêtes ; qui les ont 
étranglez dans le Bain , qui ont forcé leur Palais " les 
Armes à la main , plus hardis en cela que les Sigerius & 
les Parthenius ? " 11 me femble que ce font des Romains^* 
& tous gens qui ne font pas Chrétiens. 

Cependant dans l'inltant même de leur révolte , ils 
oifroient des Sacrifices pour le falut de fEmpereur^ ils 
juroient par fon Génie , les uns de cœur , les autres de 
bouche , & appelloient les Chrétiens des ennemis pu- 
blics. Mais tous ceux qu'on découvre à prefent avoir été 
les partifans ou les complices des derniers troubles -, ces 



a Cassius Avidius Capitaine Romain, 
fils d'Heliodore Syrien, & Gouverneur d'E- 
gypte, étoit un homme remuant, ambitieux, 
& toujours mécontent du gouvernement des 
affaires. Comme il étoit né avec toutes les 
gualitez d'un excellent homme de guerre , il 
fut foTt confideré des Empereurs Marc An- 
îonin le Débonnaire , Lucius Verus , & Marc 
Aurele Antonin. Son ambition l'ayant porté 
à fe faire faluer Empereur par les Troi^jfs 
après la mort de l'Empereur Verus , il fut af- 
f<;(Iiné trois mois après par les mêmes Sol- 
dats qui l'avoicnt fait Empereur , & fa tête fut 
envoyée à Antonin. Dion. Valcatius Galli- 
canHs. Jules Capitolin. 

b C. Pescennius Justus Niger, Capi- 
taine Romain , s'étant acquis par fa bravoure 
& par fcs bonnes manières , .'eftime & la 
confiance des Troupes qui étoient en Syrie, 
profita de la diftance des lieux , & des fenti- 
nicns favorables des Légions Romaines, & 



fe fit fàtucr Empereur. Mais àpeiney avoit-il 
un an qu'il joiiilfoit de cette nouvelle dignitéj 
qu'il fut défait par l'Empereur Severe, & tué 
fur l'Euphrate comme il s'enfuyoit à Antio' 
che. Attrel. Viltor. 

c Decimus ClaudiuS' Albinus , natif 
d'Adrumette , mérita paf fes grandes quali- 
tez d'être créé Ccfar par l'Empereur Severcj 
ce qu'il fit moins pour rendre juftice à fou 
mérite , que parce qu'il le craignoit. En effet 
après s'être défait de Niger , qui comman- 
doit les Armées Romaines en Orient, il tour- 
na fes Ai'mes contre Albinus qui les commâ- 
doit en Angleterre. Albinus vint au-devant de 
lui jufqu'à Lyon, où il le livra un combat fi 
opiniâtre & ii langlant , que les eaux du Rof^ 
ne & de la Saône en cliangcrcnt de covJeur. 
Albin fut vaincu , & fe voyant prêt de pei-drc 
la vie par les mains de fes ennemis , il fe l'è- 
ta lui-même. Jules Cafitoiin , Herodisn , jù- 
philin , Sparticn, 



DE T E R T U t I E N. Hi 

f cftes d'une multitude de Parricides n'avoient-ils pas à 

leurs portes les branches de laurier les plus fraîches & 

les plus toufuës ? Quel Veftibule e'toit plus fuperbement 

éclairé que le leur , & plus noirci par la fumée des la m- Ceux qui &.■ 

pes? De tous ceux qui firent dreffer des tables dans les pï a^daru 

Places, quelqu'un avoit-il des lits plus propres & plus ^^^^ ^^ ^'^"" 

.^^ ^ , vi'^ 11^ pereur, trouvez 

magmnques ? non pour prendre part a la joye publiquei f« pius grands 

^ I' . ennemis. 

mais pour commencer a mettre d autres vœux au jour 
au milieu même des réjoiiiffances qui fe font pour ho- 
norer un Empereur , dont le nom eft déjà effacé de 
leur cœur , flattant leur efperance par une reprefenta- 
îion & une image avancée de ce qu'ils défirent. 

Ceux-là ne font pas mieux intentionnez, qui conful- n^"^m"sd"c! 
•tent les Altrolo^ues , les Arufpices, les Augures, & les fi'éiamorcdcs 
Devins, lur la deltinec de l Empereur. Ce iont des Scien- Paycns confui- 
ces que les Anges rebelles ont cnfeignées aux hommes, po"ur"f?a7ô"r' 
que Dieu condanne , & dont les Chrétiens ne fe fervent '^"^"'^ diearrt' 
-pas même dans les chofes qui les regardent. Mais qui 
eft-ce qui veut fçavoir le temps que doit vivre l'Empe- 
reur , finon celui qui lui veut faire du mal , ou qui lui en 
{buhaite , qui attend fa mort , ou qui la defire ? On ne 
confulte point pour un Maître, comme oai confulte pour 
des perfonnes qu'on aime. La curiofité que l'amour don- 
ne, çft bien différente de la curiofité que la crainte inf- 
pire. 

§. XXX VL 

En qmy conjtjîc l honneur , l'attachement 3 Û^ la fidélité 
qu'on doit à l'Empereur. 

S I donc il eft vray qu'on a laifféle nom de Romains 
à des gens qui ont été reconnus les ennemis de fEmpe- 



lit A P O Lac ETI Q_WË 

On ne doit j-^qj. . pourquov vcut-oii nous l'ôter, à nous qui fbm^ 

pas oter aux " t ^ V l i'a t- -i ^ r' 

Chrétiens le mcs leulemcnt loupçomiez de 1 être ? Faut - il , pour le" 
mains , puif- confefver le nom de Romains, être les ennemis de l'Em- 



?!é°au"^meuT- percuT , oarcc qu'on ne l'a pas refufé à ceux qui fe fono 
trieis des Em- trouvcz fcs ennemis ? Tant il eft vray que l'attachem'enr, 

pereurs. i r i i- / ' i • ^ -r- 

1 honneur & la hdelite qu on doit aux Empereurs , ne 
rifk"rhonr"- confiftent point dans ces fortes de de'monftrations, fous 
& l'attachemct Icfquclles la traliifoii caclie fes delfeins avec tant d'art, 
rfimpereur! * mais dans les mœurs chrétiennes qui obligent un Citoyen- 
à rendre avec vérité à l'Empereur & aux autres hommes, 
tout ce qu'il leur doit. Car ce n'eft pas feulement à l'é- 
gard des Empereurs que nous devons être gens de bien;; 
la quahté des perfonnes n'eft point la règle de nos bon- 
nes œuvres: parce que c'eft pour nous que nous les fai- 
fons ; ne cherchant ni loiianges, ni récompenfe de la part 
des hommes ; mais de la part de Dieu, qui exige ôc qui 
récompenie une bonté générale. 
Les Chrétiens Nous fommcs pour les Empereurs, ce que nous fom- 

font pour tous -r '-i rL ' 1 1 / 

ks hommes, ce î'^ïcs pour Hos voiluis : parce qu il nous elt également de- 
«îuiis font pour fc^du de leut vouloir du mal & de leur en faire, d'en 

J Empereur. ,„/-_, 

dire , ou d en penler. Tout ce qui ne nous eft pas per- 
mis à l'égard de- l'Empereur, ne nous fcft pas à l'égard' 
de tout autre -, & ce qui ne nous eft permis contre per- 
loraie , nous l'eft bien moins encore contre celui que 
Dieu a élevé à une fi haute dignité. 

^^ §. XXX VIL 

^tiâ les Chreiient ne manquent f as de moyens pour fi vangey des 

Payens. J^ ils n'en font rien , parce que U vengeance 

ne leur ejî pas permife. 

S' I L nous eft ordonné d'aimer nos emiemis, comme 



DE Te RTU L 1 EM. irj 

je Pây déjà dit \ que refte-t'il que nous puiffions haïr? „e^"oîouS 
fi pour ne nous pas rendre aufïi coupables que ceux qui point lavangea- 

'■ rC C 1 T 1 1 • • ce. Ils ne lé van- 

fious onenknt , on nous derend de vanger une mjure gcnc point des 
par une autre injure ^ à qui eft-ce donc qu'il nous eft qu'iis^foienTetf 
permis de faire du mal? Soyez-en vous-mêmes les Tu- ««d^'efaiit, 

I \ r ' A 1/1A wouen leur fai- 

ges. Combien de rois vous etes-vous dechamez contre fantdumai,ou 

1 /^i • r • c • -1 ■ en ne leur fâi- 

les Ciiretiens, autant pour iatisraire votre iiame, que faut pas de bié. 
pour obéir à vos loix ? Combien de fois , fam attendre 
vos ordres, la Populace prévenue contre nous, nous a-' 
t-elle accablez de pierres? Combien de fois a-t'elle mis le 
feu à nos maifons .<? La~ fureur de vos Bacchantes ne laif- 
fent pas les Chrétiens en fureté dans leurs tombeaux: 
OIT les arrache de cet afyle de la mort: o^n les met en pie- 
ces, & on traîne par les rues leurs cadavres à demi ron-- 
gez , & qui n'ont plus rien de la figure humaine. 

Cependant, quelle vengeance avez-vous vu prendre^ 
de tant d'outrages à ceux que vous croyez fi ardens à la 
révolte , & que vous perfecutez jufqu'à la mort ? quoi 
qu'avec un très - petit nombre de flambeaux une feule 
nuit nous eût amplement vangez , s'il nous étoit permis 
de repoufler la violence par la violence. Mais à Dieu ne 
plaife , que nous ayons recours à des moyens humains 5. 
pour vanger une Religion Divine , & que nous foyons- 
fâchez de fouftnr ce qui la fait eonnoître. Que fi nous 
voulions agir ouvertement contre vous , & non en fe- 
cret , ne fommes-nous pas en afTez grand nombre ? man- 
quons-nous de force pour le faire? croyez-vous que les 
Maures", que les Marcomans * j que les Parthes',&que 



it Les Maures étoicnt autrefois le Royaume 
k plus étendu de l'Afrique ; inais ils n'occu- 
jient plus aujourd'hui que la partie Occiden- 
tale fie la Barbarie. 

t Les Marcomans étoient un Peuple Bcl- 
liqusux de J'aneierme Gcrînajûe, Ils fe ye-' 



voltereiit fouvent contre les Romains , fur 
tout du temps de Marc Aurele , qui les vain- 
quit avant Sevcre. Ptol. Dion. Fell. Paterc. 

c Peuples qui ont mis fur pied de puiil'antes 
armées, que les Romains apprehendoient fort, 
& qui'Yenoienîd'ttre lubju^ucz par Severc, 



ir4 Apologetï Qjt; e 

les Nations les plus puiffantes qui n'occupent qu'une 
portion de la Terre , foient en plus grand nombre que 
ceux qui font re'pandus dans toutes les parties du Monde? 
A peine commençons-nous de paroître , &c nous fai'^ 
fons déjà la plus grande portion de tout ce qui dépend 
de vous j de vos Villes , de vos Ifles, de vos Châteaux, 
de vos Municipales , de vos AiTemblées , de vos Camps, 
de vos Tribus , de vos Décuries , du Palais , du Sénat & 
du Barreau. Il n'y a que dans vos Temples qu'on ne 
nous trouve point. Quelle guerre ne ferions-nous pas 
capables d'entreprendre j & quelle guerre n accepterions- 
nous pas , quand même nous ferions inférieurs en nom-? 
bre, nous qui fouffrons fi volontiers qu'on nous mafTa- 
cre -, s'il étoit autant permis aux Chrétiens d'ôter la vie 
aux autres que de facrifierla leur? Il nous feroit encore 
aifé, fans prendre les Armes, & fans nous révolter ou- 
vertement , de former un parti contre vous , en nous dé- 
clarant vos ennemis : Car, fi étant en fi grand nombre, 
nous nous fullions tout d'un coup féparez de vous, pour 
nous retirer dans quelque coin du monde j la perte de 
tant de Citoyens de toute condition , auroit étrange- 
ment furpris cette domination univerfelle dont vous 
vous flattez, & une telle retraite eût été pour elle une 
rude punition. Cette folitude , ce filence , cette furprifc 
générale de f Univers qui fe feroit vii preique éteint , 
vous auroit (ans doute épouvaiité. Vous auriez cherché 
des fujets pour leur commander, & il vous feroit moins 
refté de Citoyens que d'ennemis, dont le nombre dit 
minuë à mefure que celuy des Chrétiens augmente. 
Mais qui vous auroit délivrez de ces ennemis invifibles, 
qui portent le defordre dans vos corps & dans vos amesî 
Je veux dire des infultcs des Démons; donc npus vous 



£>E Te R T ÙL I E N. ilj- 

délivrons (ans intérêt & fans récompenfe. C'étoit cnco- 
ïe dequoy nous vanger fuffîfàmment , que de laiffer à 
ces Efpnts impurs la liberté de s'emparer de vos corps. 
Et au lieu de reconnoîtrc le mérite d'un {i grand fervi- 
ce , vous avez mieux aimé mettre au nombre de vos en- 
nemis, des hommes, non -feulement qui ne vous font 
point à charge , mais même qui vous font neceflaires. 
Nous ne fommes point les ennemis des hommes , nous 
le fommes de leurs erreurs. 

§. X X X V 1 1 L 

Les Chrétiens n ayant point ^ ambition ^ ne fçaUroient être 
Gens de cabale O de parti. 

Vous deviez donc traiter tout autrement & mettre; 
au rang des focictez innocentes , une fe6te qui ne fait 
rien de tout ce qu'on peut appréhender des £iâ:ieufes; 
Te crois qu'on n'a défendu celles-cy , que pour empêcher Raifons quote? 

é ^j./i Jrrjr J- ^ ^ défendre 

un chacun de s élever au-delius de Ion rang-, de cramte les partis &ies 

«.i r^Aj • ^ -l/^- • fadtions dans 

quil ne le rormat des partis parmi les Citoyens, ce qui uuEtat.cequ» 

Î)orte aifément le trouble dans les élections , le Sénat, enf^J^^o^fcc 
Il 1 1 r 1 ordinaire. 

es quartiers, les harangues, & dans les ipeitacles mê- 
mes j où chacun défend les intérêts de fon parti , depuis 
qu'on a commencé de vendre fon crédit & fon fuffrage. 
Pour nous qui fommes infenfibles à la vanité & à fam- 
bition , nous ne fommes point dans la neceffité de for- 
mer des partis, & rien n'eft tant éloigné d'un Chrétien 
que Fenvie de gouverner. Le monde eft la Republique Les chrétiens 
de tous les hommes , il n'en connoît point d'autre. ên/Te7"G£as 

Nous renonçons de même à vos (pedacles & à leur decabak. 
origine", digne fruit de vos fuperftitions ; & nous mé- * vid^utrif, 
prifons tout ce qui s'y palTe. Nous ne. trouvons aucun 



11^ A P O L O G E T I QJJ E 

plaifir, ni aux folies du Cirque", ni aux impuretczdu 
Théâtre*, ni aux cruaucez de FAmphiclieatre ', ni aux 
vains exercices des Athlètes. On a permis aux Epicu- 
riens de Te faire une idée particulière du plaifir ; en quoi 
vous offcnfe-t'on lorfqu'on s'en fait une autre ? Si nous 
fàifons tort à quelqu'un en ne voulant pas connoître le 
^On ne peut plaifiri c'eft à uous Que iious le faifons: Et (i nous n'ap- 

point comrain- t i I r • 1 

die un homme prouvous pas les choles que vous aimez , ne condannez- 
piaifiroù'iin'en VOUS pas aulTi celles qui nous plaifenc? 

léiit pas. 

i. XXXIX. 

Il M fe pajp rien ddns ks Ajjèmhlées des Chrétiens qui ne folè 

dans l'ordre de la. bienfeance. Leurs repas font /impies O'' fins 

frofujion. Ceux des Tayens fàmptueux C5^ magnifiques. 

Mais- je fuis bien-aife de vous découvrir moy - même 

quelles font les occupations de cette faction Chretien- 

• ne j afin qu'après l'avoir juftifiée du mal qu'elle ne fait 

pas , vous comioifTiez le bien qu'elle fait. 

rCcqmfepaf- Eclaitcz d'une même foy, foûmis aux mêmes maxi- 

ç- dans les Af- mcs , unls par le lien d'une même efperance , nous ne 

femblçcs des /~ ./- ' C \ -n t 'C 

4;hrcâeiis. lailons qu un icul corps. Nous nous prekntons tous en- 



Lc Cirque ctoit une place tres-fpacieufc 
en forme de Ce^'cle , environné de Batimens. 
Il y avoit tour au-cour des Loges &l des Ga- 
îeries pour les Spcftateurs qui formoient un 
Amphithéâtre , ■ & au niiiUeu itoit l'arcfne où 
fc battoicnt les Gladiateurs & les Athlètes. C'é- 
toit là que le reprefentoienu le Jeux Circenfes, 
oui n'étoient autre choie qu'une imication des 



propres à flatter une paflîon qui faifoit Jeui" 
îbuverain plaifir. Ils ne roiigilioicnt pas de 
faire jiaroitrc des hommes nuds dans les Lit- 
perjHes , & des femmes nues dans les Flo- 
r^HX. Rof. Ant. 

c Tertuîicn veut parler ic+de ces Speftaci^ 
fanglans qui fe rcpreientoient dans l'Amphi- 
theatrp , tellemeiît au naturel , qu'on eu a vvi 
e Thcatre pour repre- 



cinq fortes de combats ou Jeux Olympi- te faire Eunuque fur 

ques. LaCourfc , le Saut, le Difque , la Lu- fenter Atys ; S: d'autres le brûler vifs en re 
te, & le Cefle. Ropn. Ant. i prcCéntaiu Hercule fur fon bûrhcr: Et com- 

b On rcprefentoit fut le Théâtre des Tra- j nie ces jeux & ces Mimes ne fe rcprcfen- 



gcdics , des Comédies , & des Mimes pour di 
venir & amufer le Peuple : Et comme les 
ijiocurs de-s Romains étoiciit très - corrom- 
pues , on ne pouvoit guercs leur plaire , ni les 
d;.Vertir qae pjir des repïefcùtâtLon: faks^ & 



toieul que par des Gcns,ou cçndannez à mort, 
ou qui s'y livroiciit par vanité , le fans; de 
l'AÛcur n'y étoit point épargné, & il s'y fai- 
foit des cruautez qu'où ne fçauroit imaginct 
iàns horrem-. 



D E T E R T U L I E N. îlj 

fcmble devant Dieu , comme pour emporter par la for- 
ce , ce que nous lui demandons par nos prières ; Se c'eft 
une violence qui lui fait plaifir. Nous prions pour les 
Empereurs, pour leurs Miniftres , pour les Puiflances, 
pour l'état préfent des affaires , pour la tranquilité pu- onypriepousr 
blique , & pour le istardement de la diffolution gcne- po^-^^EtaL ^ 
raie de l'Univers. Nous nous affemblons pour lire les 
Ecritures faintes , lorfqu'il arrive quelque chofe parmi 
nous qui demande , ou des avis , ou un éclairciffement. 
Cette iainte parole nourrit notre foy j relevé notre efpc- <5n y cxpK- 
rance , & allure notre connancc j & les Fréquentes ex- icmures. 
plications qu'on en fait nous affermiffent dans la prati- 
que des préceptes. Là, nous exhortons , nous reprenons, 
& nousufons du pouvoir que nous avons reçu de Dieu, 
On y prononce , mais après un meur examen , perfua- 
dez que Dieu eft prefent à nos jugemens, & c'ell pour On y fat^ 
nous un préjugé alfuré de la réprobation d'un homme, "t'^^c?"' ^ "'^ 
lorfque fa faute nous oblige de le retrancher de la priè- 
re, de FAlfemblée , & du commerce des chofcs Saintes, 
Les plus vertueux de nos Anciens préfident à nos 
AlTemblées, 6c fon arrive à cet honneur non par ar- 
gent , mais par les témoignages de FEglife -, car tout ce 
qui vient de Dieu ne s'achète point : & fi nous avons 
une efpece de trefor parmi nous, c'ell: un argent qu'on 
amalfe fans déshonorer la Religion , & fans qu'il en foit 
le prix. Qn y met tous les mois une aumône à fa volon- On y fakt<»tie 
té; car il faut qu'on le veuille & qu'on le puilfe , cha- '" r''°'' ""•= 
cun le railant de loy-meme & lans y être contramt. Ce 
Trefor ell comme un dépôt de pieté qu'on ouvre, «on 
pour faire des fertins ôc dçs banquets, ou pourfe plon- 
ger dans les vils plaifirs de la gourmandife , mais pour L\i%cqM*ott 

Cl 1 O /i 1 r tilt ac cetK-ait» 

tiourrir ^ çnterr.er les pauvres ; pour eipver les enrans t"ôae- 

P lij 



nS Ap O LO G E T I CLUË 

de l'un Se l'autre fexe , reftez (ans biens & fans parem r 
pour des Domeftiques à qui l'âge ne permet plus de ler- 
vir : pour ceux qui ont fait naufrage , & pour ceux que 
leur foy rend (i dignes de l'afliftance de leurs frères , ôc 
qui ne font dans les Mines , dans les Ifles ôc dans les Pri- 
ions, que parce qu'ils font Chrétiens. 

Mais il y a des gens qui nous font un crime de cette 

charité qui resjne parmi nous. Voyez, difent-ils, com- 
tes cUretïens 1 ' • • /^ 1 1 /„ , '•! ' 

déclarez ciimi- me ils S cntt aiment. Cela les étonne , parce qu ils s en- 
jif 's^appe£t tre-haïiïent. Voyez , difent-ils , comme ils font prefts de 
fi-cres,& qu'ils niourir les uns pour les autres 5 car pour eux , ils font 

s'aimcutlesuns ni' t^ • • '1 ' 

ks autres. toujouts prclts de s entre-tuer. ht je crois quils nont 
point de meilleure raifon de nous foupçonner de crime, 
par le nom de frère que nous nous donnons , que parce 
que tout nom de fang & de parenté n'eft parmi eux que 
menfonge. Nous fommes auffi vos frères par le droit de 
la nature notre commune Mère; quoique vous n'ayez 
prefque rien de l'humanité , étant de très-mauvais fre- 

JeTfont^fî"- ^^^' Mais, que nous avons une raifon bien plus excellen-; 

rcs, pire- qu'ils ^e , d'êtrc appeliez & d'être regardez comme frères! 

n'ont qu'un mê- ' ^^ • n r-v • / ' 

niePcre. ayant tous un même père qui elt Uieu ■■, ayant ete rem- 
plis d'un même efprit de fainteté, & frappez par la lu- 
mière d'une même vérité, après avoir été conçus dans 
le fein d'une même ignorance. Peut-être ne croit -on 
pas que nous foyons frères , parce qu'on n'entend pointr 
parler de nos Hifloires fur les Théâtres ; ou parce que 
nous étendons la fraternité jufqu'à faire part aux autres 
des biens qui la détruiient ordinairement parmi vous. 
Tout cftcô- A-yant une même ame &un même efprit, nous n'a- 

mun parmi les "^ rr ■ a i • t- 1 1 r 

Chrétiens, ex- VOUS aulii qu uii mcme bien. Tout , hors les femmes j 
ccpte es em- ^|^^ commuii parmi nous , & nous ne renonçons à l'u- 
nion , que dans la feule chofe qui unit aujourd'huy le 



mes. 



D E T E R T U L I E N. II9 

f efte des hommes , & par le commerce qu'ils ont avec „. , 

Ics remmes de leurs amis, & par celui qu ils confentent «n™ pa'mi les 

que ces amis ayeiit avec leurs femmes. C'elt, fans doute, télesV«iun?î 

une leçon qu'ils ont apprife à l'e'cole de quelques-uns de 

leurs ancêtres , ou de quelque Philofophe , d'un Socrate, 

ou d'un Caton , qui ont prêté à leurs amis les femmes 

qu'ils avoient époufe'es pour en avoir des enfans , dont 

ils ne dévoient pas être les Pères. Je doute qu'elles fc 

filTent beaucoup de violence: car pourquoy fe feroient- 

elles foucie'es d'être chaftes , dès que leurs Maris les proC- 

tituoient fans peine? Bel exemple de la fagelTe Attiquc 

& de la gravité Romaine ! Un. Philofophe & un Cen- 

feur font les proftituteurs de leurs femmes. 

Pourquoy donc trouver étrange, que nous aimant 
comme nous faifons, nous mangions tous enfemble ? & 
pourquoy , outre les crimes dont vous accufez la fimpli- 
cité de nos repas, nous accufez-vous encore d'être pro- Lesrtpas^es 
digues ? Seroit-ee de nous , que Diogene auroit dit : Ceux tu?ux&mag4 
de Aiégare font des fejî'ms comme s ils nAVoient cjuun jour à vi~ ^'î'*"" 
vre , O" batiffent comme s ils ne dévoient jamais mourir ? Mais, 
qu'on voit bien mieux une paille dans l'œil d'autrui , qu'- 
une poutre dans le fien ! L'air cft tous les jours infedté 
par la puanteur qu'exhalent de leurs bouches tant de — -^"^ 
Tribus, de Curies, & de Decuries. Les Saliens ne font 
point de feftins fans faire de grands emprunts ; il faut des 
Arithméticiens pour fupputer les frais des repas iuper- 
bes , où vous payez à Hercule les décimes de tous vos 
biens. On fait chercher les plus habiles Cuifiniers pour 
jies Fêtes des Apaturies ^ de Bacchus , & pour les myfte- 

d Xanthius Roy de Beotie, ayant pro- ' Melanthc jdu de l'ancienne famille de Nelée 



polé à Timetes Roy des Athéniens de lé bat 
tre avec lui > pour terminer le différend qui 
écoit entre eux au fujet du £ourg de Cclene, 



accepta le défi au refus de Timetes ; & com- 
me ils étoient aux mains , ayant apperçû der- 
rière Xantliius comme un homme vêtu d'uii? 



IlO 



'«ji-Tn en Grec, 
fignifc amour, 
chanté. 

Les repas des 
Chrétiens fim- 
ples & fans dc- 
penfe. 



De quelle ma- 
nière les Pau- 
vres y fontre- 
|JÎs& regardez. 



Tout s'ypaiTe 
dans une gran- 
de modeftie. 



Apologet î clu è 
res Attiques. On ne fait point de feftins en l'honneor 
de Serapis,que les fentinelles ne donnent à chaque inC- 
tant Falarme , par la fume'e prodigieufe qu'on excite en 
apprêtant les viandes, ôc l'on ne parle que du luxe de 
nos repas. 

Le nom d'Agapes que nous leur donnons les fait a(^ 
fez connoître, par l'idée que les Grecs attachent à ce ter- 
me. Si nous y fàifohs de grandes depenfes , c'eft accroî- 
tre fon bien que de l'employer à de bonnes oeuvres •■, car 
nous procurons ce fecours généralement à tous les pau-^ 
vres,non à la manière dont vous traitez vos Parafites^ 
qui faifan.t gloire de iaerifier leur liberté à leur ventre, 
fe livrent à la fervitude la plus ignominieufe ; mais en 
les regardant comme ceux pour qui Dieu a le plus d'at- 
tention. Que fi le motif de nos repas eft fi louable j jugea 
de celui que la Religion nous infpire dans le refte de 
nos allions. Elle ne fouffre rien de bas ni d'immodefteî 
onnsfe met à table qu'après avoir prié v nous mangeons 
félon nos befoinsi nous buvons autant que la chaftcté 
le permet -, nous ne prenons d^ nourriture qu'autan? 
qu'il convient pour être en état d'adorer Dieu pendante 
la nuit, &nous nous entretenons comme des pcrfonnes 
qui fçavcnt que Dieu les écoute. Après avoir lavé les 
mains , & allumé les lampes , on invite un chacun à 
chanter des Cantiques qu'on tire desfaintes Ecritures, 
ou que l'on compofe de {oi-même , & par là on fait con- 
noître {i l'on a bû avec cxcez. 



peau de Chèvre noire -^ il s'écria auffi-tôt que 
la partie n'ctoit pas égale , que Xanthius pre- 
noif un fécond. Xanthius s'ctant retourné 
pour voir ce que c'étoii , fut tué par Melan- 
thus. Les Athéniens ayant crû que c'étoit Bac- 
chus qui s'étoit travefti en leur faveur , lui 
«ridèrent un Temple , & coalacrcrcnscttœi 



tromperie ( en grec '«îr«Tïg^« } par une Fcttf 
qui fc ccicbroit tous les ans au mois d'Oc-^ 
tobrc pendant 4. jours , dont le premier fe paf- 
foit à faire des feftins , & le fécond à faire 
des Sacrifices publics. Sttidof, Eufeb. </«• 
Pamfh. Hered. Xeno^h. 



Le 



DE Te RT ULIE N. 12.1 

Le repas finit aufTi par la Prière , & alors chacun fe 
retire, non comme une bande d'afTaffins , ou comme 
une armée de bandits , ou comme une troupe de dé- 
bauchez ; mais comme des perfonnes qui ne penfent 
qu'à conferver la modeftie & la retenue ; enforte qu'ils 
paroiiTent fortir non d'un repas , mais d'un exercice de 
pietc. 

Ces alTemble'es des Chrétiens ne doivent point être 
permifes ; fi elles reffemblent aux deffendues : elles fonc 
véritablement condannables ; (i elles ne font point dif- 
férentes de celles qu'on condanne , & fi on peut leur 
reprocher les chofes dont on accufe les autres. Avons- LcsChrctiens 
nous iamais ténu confeil pour perdre quelqu'un ? Nous "« ''= ^9"^ i»- 
iommes dans nos Allemblees , ce que nous iommes dans pour faire du 
nos Maifonsj & nous fommes en gênerai, ce que nous 
fommes en particulier. Nous n'offençons, ni ne con- 
triftons perfonne. Lorfque des Gens d'honneur & des 
Gens de bien s'alTemblenf, lorfque des perfonnes pieu- 
fes &; bien réglées fe trouvent en un même lieu , ce 
n'elf point une i\{femblée fa6tieule, c'eft un Sénat, 

§. XL. 

■^e cejl ingratitude des hommes y & non les Chrétiens 3 qm 
eji U catife^des malheurs qui arrivent dans le monde, ^ue 
les Chrétiens les détournent par leurs prières , pendant que les 
Véiyens Us attirent par leurs impietez^ 

CEux-là au contraire font véritablement fadieux. Les Paye^ 
qui s'efforcent de faire haïr des Gens de bien : qui de- fa rç"^"^ ^"s 
mandent le fang des innocens; &qui couvrant leur liai- chreticnseftia 

, r -i. r 1/si r \ caufc de tous 

ne de menlonge , dilent que les Cliretiens lont la eau- ks malheurs 
fe de tous les malheurs qui arrivent. Le Tibre fe dé- f"''""' 



lil A P O L O G E TIQJJE 

borde jufquaux murailles-, Si le Nil ninnondc pas aH- 
fez les Campagnes d'Egypte -, fi le Ciel refufe de la pluye; 
(i la Terre tremble jsll arrivç une pelle ou une famine j 
on entend aufli-tôt crier an lion. Mais un feul Lion peut^ 
il dévorer un fi grand nombre d' hommes ? 
Preuves du Confidercz , je vous prie , combien il eft arrive de 

de mlftôh^e"^ malheurs dans le monde , & dans plufieurs Villes parti- 
culières, avant FEmpire de Tibère; c'eft-à-dire, avant 
pénombie-" la nailTance du Chriii Nous voyons dans f Hiftoire que 

hems arrivez les Ifles de Hieranape , de Delos , de Rhodes , & de Cos, 

JantquTyaiî ^^^^ ^^^ fubmcrgées avec plufieurs milliers d'hommes. 

4es Chrétiens. Platott rapporte que la Mer Atlhantique a arraché à f A- 
fie ou à TAffrique , plus de continent qu'il ne leur en 
refte : Un tremblement de Terre a mis la mer de Co- 
rinthe à fec: la violence des eauxaféparé la Lucanic de 
l'Italie , dont elle a fait une lilc , fous le nom de Sicile : 
tant de prodiges ne font point arrivez, fans que les ha- 
bitans en ayent beaucoup fouffert. 

Ou étoient alors , je ne diray pas les Chrétiens qui 
Avaiit les me'prifenc vos Dieux \ mais vos Dieux eux-mêmes, où. 

Pieux que les / ! -1^1 1 i-k M J ' -C ■ Pr t • 

payens adoret. ctoicnt US ? lors quc le Dclugc dctruiloit tout I univers , 
ou feulement les Campagnes, comme Platon fe Feft ima- 
giné. Car les Villes qui les ont vu naître & mourir , font 
foy qu'ils n'étoient pas alors , puifqu'ils les ont bâties 
eux-mêmes , & qu'elles ne lubfifteroient pas aujourd'hui, 

Amtîcsjuifs. ç^ ç|j^^ avoient précédé le Déluge. 

Le Peuple Juif n'avoit pas encore conquis la Palefti- 
ne , & ce Peuple dont les Chrétiens font fortis n'habi- 
toitpas encore ce Pays, lorfqu'une pluye de feu réduiioit 
en cendres les Villes de Sodpme & de Gomorrhe qui eu 
croient v.oifuies. Le lieu où elles étQient,exhale encore au- 
^ourd'huy une qdeur infuppprtable : le peu d'arbres qu'on 



ôE Te *:tù t îE ï>î. it^ 

y voit portent des fruits qui ne font agréables qu'à la 
vue, & qui fe mettent en poudre des qu'on les touche. 
La Tufcie &c la Campanie ne rejetterent point fur les 
Chrétiens l'embrafement de Vulflne " par le feu du 
Ciel , ni celui de Pompeïes* par le feu de fa Montagne. 
On n'adoroit pas encore le vray Dieu dans Rome , lorf- 
qu'Annibal meluroit au boiffeau les anneaux des Che- 
valiers Romains qui avoient été tués à la bataille de Can- 
nes. Vos Dieux étoicnt adorez par tout le monde , lors- 
que les S cnonois 'vinrent aiïieger le Capitole. 

Mais ce qui peut vous convaincre encore mieux , que 
les Dieux n^ont aucune part au defaftre de ces Villes-, 
c'eft qu'ils l'ont toujours partagé , èc que leurs Temples 
n'ont pas été plus épargnez que les Citadelles. De tous 
temps les hommes en ont mai ufé à l'égard de Dieu , 
ou en ne lui rendant pas ce qu'ils lui dévoient , ou en ne 
cherchant pas à le connoître , le connoilTant déjà en par- 
tie -, ou en adorant des Dieux qu'ils inventoient eux- 
mêmes ; ou en croupiflant dans le crime , pour n'avoir 
pas cherché z connoître l'Auteur de l'innocence , le Juge 



/t Cet embrafement eft rapporté par Ju- 
lius Obfequens dans fon Livre des Prodiges, 
il dit que fous le Confdat de G. Valerius , & 
de M. Herennius , on vit un matin le Ciel 
tout en feu , & une flamme defcendre en for- 
me de cône (iir la ville de VuUine , qui la ré- 
duifit en poudre. 

i C'eft une ville de Campanie , qui fiit pre- 
mièrement brûlée par les flammes du Mont 
Vefuve , dont elle étoit voiiîne , & qui fut en- 
fuite renverfée par un tremblement de terre , 
fous l'Empire de Néron. Riph. in -vità Ner. 

c Sous le Règne de Tarquinius Prifcus, 
Ambipatus Roy des Celtes , croyant fon 
Royaume trop chargé d'habitans, permit à 
Bellovefe & à Se^ovefe fes neveux , de lever 
tel nombre de troupes qu'ils voudroient , & 
de paflèr l'un en Italie , & l'autre en Allema- 
gne ] félon que le fort en décideroit. L'Italie 
«aac échcuc à- Bellorefe , il forcit de k Gaule 



Autre prenyè' 
tirée de la rai* 
Ton. 



L'ingrarittide 
des hommeSjU- 
niquc fourcedc 
toiïs les mauX' 
qui arrivent dâS' 
le monde. 



avec les troupes qu'il avoit levées daus le Ber- 
ry , dans l'Auv.ergné , dans le Senonois , l'Au- 
funois , le Chalonois , le Pays Chartrain & le 
Maine, & pafla en Italie , où il forma autant 
de Colonies qu'il y avok d'hommes de diffé- 
rentes Provinces.Environ loo. ans après,Ies Se- 
nonois qui s'étoient établis entre les deux 
Rivières , Utens , aujourd'huy Montant , Se 
jtfis , V. E/îno , fonirent de leur territoire ,. 
entrèrent dans l'Etruric , firent le Siège de Clu- 
fîura 5 V. ChiuJÎ. Les Etrulcicns fe voyant af 
fiegez, demandèrent du fecours aux Romains 
quï leur en donnèrent. Les Senonois ayant 
pris & pillé la Ville, poûrfiiivirent les Romains 
jufqUes chez eux , entrèrent dans Rome , la 
mirent en cendre , pafferent les habitans au fil 
de répée , & vinrent enfuite allieger le Capi- 
tole , ou Manlius s'étoit retiré avec looo. »' 
1100. hommes. 7», Liv. liv- j. Flor, 



Q.M 



Il n'eft point 
arfivé de fcm- 
blables nul- 
heurs , depuis 
qu'il y a des 
Chrétiens dans 
It monde. 

Les Chrétiens 
obtiennent par 
Jeurs Prières les 
faveurs duCiel ; 
Jes Payens l'ir- 
ritent par leurs 
âmpieteî. 



114 A P O L O G E T I (XU E 

&c le vengeur de tout mal : Car en le cherchant ils 1 aui-' 
roient connu , le connoiffant ^ ils l'auroient adoré , & l'a- 
dorant , loin d'éprouver fa colère , ils auroient fenti fa 
mifericorde. 

Ils doivent donc fçavoir que le Dieu qui cft a. prefent 
irrité contre eux, Fétoit avant qu'il y eût des Chrétiens 
dans le monde; & les biens de Dieu dont ils jouilToient, 
étant encore plus anciens que les Idoles qu'ils fe font for- 
gées -, pourquoy ne comprendront-ils pas , que tous les 
maux viennent aufïi de celui , dont ils n'ont pas recon- 
nu que venoient les biens ? La mefure de leur ingrati- 
tude eil la mefure de leur crime à fon égard. 

Cependant, {1 nous Eiifons reflexion aux malheurs 
des fiécles palïèz-, nous verrons qu'il n'eft rien arrivé de 
femblable depuis qu'il y a des Chrétiens dans le mon- 
de : Car ce n'ell que depuis ce temps-là, que l'innocen- 
ce a diminué le nombre des iniquitez des hommes, ôc 
qu'il a commencé d'y avoir des adorateurs du vray Dieu. 

Enfin '^i lorfque les pluy^s fe trouvent arrêtées, & 
e|u'on craint que fannée ne manque : pendant que vos 
bains, vos cabarets &; vos retraites impudiques , font ou- 
verts à tout le inonde , vous offrez de Feau en Sacrifice à 
Jupiter : vous ordonnez des Prières publiques qu'on fait 
les pieds nuds : vous allez chercher le Ciel dans le Ca- 
pitole, & vous efperez de la pluye de fes lambris, en- 
nemis de Dieu & du Ciel même. Et nous , au contrairej 
atténuez par les jeûnes , purifiez par toute la feverité de 



d II efl: axiiVi à jn^opos de vous donner des 
avis touchant les tremblemcns de terre qui 
font arrivez, & qui durent encore. Compa- 
rez la conduire que vous tenez en ces occa- 
fions , avec cejle que gardent les Chrctuns. 
Au lieu qu'alors ils mettent plus que jamais 
leur confiance en Dieu , vuus perdez coura- 
ge ; vous ne prenez non-plus de foin du cul- 



te des Dieux , que fi vous ne les conmiffiez 
point, & vous perlècutez Jufqu'à la mort les 
Chrétiens qui adorent un Dieu Etemel. Pa- 
rolcs de l^ Emperetir Antonin le Dchonniurc ^ 
dans fa Conflitutton fHbliie à Epheje en fa- 
veur des Chrétiens , raffortèi far Eujehs, 
Hift. Eccl. livre 4. c. 14. 



DE Ter TU LIEN. \ ii5 

la continence la plus exade , nous nous dérobons à nous- 
mêmes les befoins de la vie les plus preiTans : nous nous 
profternons fous le fac & la cendre : nous fàifons vio- 
lence au Ciel par nos prières : & lorfque nous en avons 
obtenu quelque faveur , c'cfl: à Jupiter que vous en 
rendez grâces. 

§. XLI. 

Les Tayens font la, caujè de tous les malheurs publics. Injuflke 
des Dieux d'affliger les Payens four punir les Chrétiens. 

C'e s T donc vous-mêmes qui êtes véritablement à i.„ Payen» 
■charge au monde, & qui avez e'té la caufe de tous les (^"'j/^Jf^^^ 
■mallïeurs publics , par le mépris que vous faites du vray «us les mai- 

j-k-« 1 1 1 VI Tii r ^"="'5 publics. 

Dieu ,& par le culte que vous rendez a des Idoles, tn 
«ffet , qui doit-on plutôt croire , irrité , ou celui qu'on 
méprife, ou ceux qu'on honore? Oh ! que vos Dieux 
font injuftes , s'ils puniifent à caufe de nous , des hom- 
mes qui les adorent , & qu'ils ne devroient point con- 
fondre avec les Chrétiens. 

On pourroit , allez-vous dire , faire le même repro- /:" Dieux ne 

l V-k- J -r '■^ r n^ r °'"^"i>: point 

jChe au Dieu que vous adorez , puilqu il louttre que les araigci ceuxqui 
adorateurs partagent les diâtimens dont il punit les im- ramouldèce!^ 
pies. Mais , apprenez quelles font fes intentions , & vous i^"nt"as'"^'^°' 
ne ferez plus fur cela dans l'erreur. Car celui qui a def- Pourquoi 
tiné un Tusement éternel après cette vie, ne fe prcffe Dieu répand é- 

Jp r ^r gaiement les 

point de mire avant la hn des liecles cette leparation biés&iesmaux 

• n 1 T ■ /■■ ■ r 1 V r / fin- les Chie- 

qui eit k Jugement même : juiques-la, les recompen- tiens &fmk» 
fes & fes châtimens tombent indifféremment lur tous ^^y^^^- 
les hommes. Il a voulu que les impies euffent part à fes 
bienfaits, & que les fieiis partageaflenr avec eux fes pu- 
nitions j, afin qu'ils éprouvalTent tous enfemble fa de- 

Qjij 



né Apologeti Qjcr fi 

mencc & ù. fevericé: Et comme c'eft de lui-même qtf€' 
nous avons appris ces veritez j ù. bonté nous r éjoiiit , 6c 
fa colère nous fait trembler. 

Pour vous , vous méprifez l'une & l'autre ; d'où il s'en- 
Effets difFc- fuit, que lorfqu'il arrive quelque malheur dans le mon-» 
«TnuiheuT^ de , c'cft toujours uu avertiffement que Dieu nous don- 
ne , & un châtiment qu'il vous envoyé. Toutes ces dif- 
grâces ne nous troublent pcnnt, d'autant plus , que le 
feul intereft que nous avons en ce monde , eft d'en for-- 
tir au plutôt. 

D'ailleurs , quoique nous imputions à vos crimes tous 
^ les maux qui arrivent, lorfque la focieté que nous avons 

avec vous , nous les rend communs , nous fommes d'au- 
tant plus contens ; que nous reconnoilfons dans la veri^ 
té des faintes Ecritures , la certitude & l'infaillibilité de 

Si les Dieux notrc efpcrancc. Si au contraire nous fommes caulè dé- 
font la caufe I 1 • T • • J 1 ^ J 

des malheurs toutcs les dilgraces qui vous arrivent de la part de vos 
publics, les Pa- j)jeux j pourquov continuez-vous d'adorer des Dieux fi 

yens ne doivent f T. -^ . _ 

pas les adorer, ingrats ôc il injultcs ? puifqu'ils dévoient vous fournir 
tous les fecours & tous les moyens neceifaires pour yous 
vanger des Chrétiens. 

$. X L I L 

Les Chrétiens AuJJi Htiles ^ j^lus fidèles Citoyens que les Puyens* 

Mais on nous accule encore de faire un autre tort à 
l'Etat. On dit que nous fommes gens inutiles pour le 
Commerce. Comment cela fe peut-il , vivant avec vous, 
nous nourriifant des mêmes chofes , nous habillant des 
mêmes étoffes, nous fervant des mêmes meubles, & nous 
trouvant dans les mêmes befoins de la vie ? Car nous 
ne fommes, ni des Brachmanes, ni des Gymnolophif- 



DE TeRTULïEN. 12. y 

tes * des Indes : nous n'habitons point les forêts , & nous 
ne fommes point féparez du relie des hommes. Nous 
nous relTouyenons à chaque inftant que nous devons 
tout à la bonté de Dieu notre Seigneur & notre Créa- 
teur. Nous ne rejettons rien de ce qu'il a fait ; mais nous 
prenons garde à n'en pas ufer, ou avec excez, ou fans 
belbin. Nous ne pouvons donc pas nous difpenfer de 
nous trouver par tout avec vous , dans vos Places , dans 
vos Marchez, dans les Bains, dans les Boutiques, dans 
les Magazins , dans les Hôtelleries , dans les Foires , & 
dans le cours ordinaire de la vie. C'cft avec vous que 
^lous courons les Mers , que nous portons les Armes , 
que nous cultivons la terre , & que nous trafiquons. 
Nous travaillons des mêmes Arts , & nos Ouvrages font 
à fulàge de tout le monde. Apres cela je ne {çay pas 
comment nous pouvons vous être inutiles pour le com- 
merce , nous qui ne vivons que par vous èc avec vous. 
Si je ne me trouve pas à toutes vos Fêtes , je n'en fuis 
pas moins homme ces jours-là: Je ne vais- point au Bain 
avant le Soleil levé' pendant les Saturnales, pour ne pas 
perdre la nuit & le jour. Je ne laifle pourtant pas de me 
îaver; mais à une heure convenable à mafanté, & à la- 
quelle le Bainferve à entretenir la chaleur du fang. Ne 
fcrart'il pas aflez temps quand je feray mort que mon 
corps pàli'lTe , & fe roidiife après avoir été lavé ? Je ne 

X Les Gymnofophiftcs ou Philofophes In- 1 & de toute fbcieté humaiue , s'appliquant à 
diens , (è divifoient en deux branches , les étudier les décrets de ja nature, & a méditer 
Brachmanes , $: les Gennancs ou Scrma- | fes merveilles. Il y en a qui mettent une troi- 
jies. ils mettoient le fouverain bonheur dans | (îéme branche de Gyranofophilles , qui s'ap 
J'abftiuence de tous les plaifirs , dans la pri- 1 pclloient Hylobiens ; ceux-là ctoient encore 
vatiou de tous les biens perilVaôlcs , & dans le plus (àuvages que les autres , ne s'habillant 



mépris de la mort. On les croit Auteurs de 
la Metcmpfycofe, & l'on prétend même que 
c'eft a leur Ecole que Pythagore l'a apprife. 
Ils palToieru; la plus grande panic de leur vie 
dans les Forêts éloimez de tout commerce. 



que d'écorce de bois , & n'ayant point d'autre 
retraite que le creux des arbres. Clem. ^lex. 
I. des Tapijf. S. -Aug, liv- !$■ de l/i Cite de 
V. Straie» iiv. IJ. 



ii8 Apologeti qjj e 

man2;e point en public aux jours de Fêtes de Baccîitrs? 
c'eft ce que font la veille de leur combat , ceux qui fe 
battent contre les bêtes. Cependant, quelque part que 
je foupe , je mange des chofes que vous m'avez four- 
nies : Je n'achette point de couronne pour mettre fur 
ma tête ; mais que vous importe quel ufage je falTe des 
fleurs , pourvu que je les achette ? Elles me font plus de 
plaifir lorfqu'elles ne font ni liées ni arrange'es , ni par 
bouquets 5 & (i elles font en couronne , je les porte à mes 
narines & non à ma tête, ce qui ne peut ofFenfer que 
ceux qui mettent leur odorat dans leurs cheveux. 

Nous n'afïiftons point à vos fpedacles ; & fi j'ay be- 
foin de quelque choie de ce qui s'y vend , je le prendray 
plutôt ailleurs. On dit que nous n'achetons point d'en- 
cens^ fi les Arabes s'en plaignent, les Sabéens vous di- 
ront que nous en confumons davantage , ôc de meilleur 
pour nos fepultures, que vous n'en employez à enfumer 
vos Divinitez. 

Mais , dites-vous , ils mangent certainement le reve- 
nu de nos Temples •■, car qui ert-ce à prefent d'entre-eux 
qui nous apporte quelque chofe ? C'ell que nous ne pou- 
vons pas fuffire à foulager les hommes & les Dieux qui 
implorent notre fecours , & que nous ne croyons pas 
qu'il faille donner à d'autres qu'à ceux qui nous dcman- 
iis aiTiftent clent. Car, que Jupiter nous tende la main, il ne la re- 

les Dieux , & ' T J T r ■ ^ l 

payentie Tribut tirc pouit vuidc , & notre niiiericorde en rait plus dans 
^ueieTpay^s! l^s Pkces que votre Religion dans vos Temples. A l'e'- 
gard des autres Tributs , les Chrétiens les payent avec 
cette fidélité qui leur défend de retenir injuftementle 
bien d'autruy, & qui leur fait payer tout ce qu'ils doi- 
vent j au lieu que li l'on examine le tort que vous fai- 
tes au public, par la fraude &c le menfonge des faux 

états 



DE TeRTULIEK. iif 

ctatis que vous donnez de vos Marchandires;on vefra que 
vous dérobez par-là au Public autant que vous lui don 
nez d'ailleurs. 

§. X L î I L 

Efi quoy les ChretUns font des Citoyens inutiles. En quoy 
ils font utiles. 

Y A V o u E R A Y néanmoins de bonne fôy quels font 
ceux qui pourroient fe plaindre de l'inutilité des Chrc- '-". ^'=''^''"- 

i t , i , , _ _, , ^ nés qui peuvent 

liens pour le commerce , s il elt vray qu on le puifle avec fepiamdiea 



avec 



vérité. Les premiers font les fauteurs de f impudicité pu- {iîité"c/chre- 
blique j les fedu(5teurs de filles j ceux qui fervent aux "^°'' 
plus vils minifteres de l'impureté. Après eux, les alTaf- 
fins y les Empoilbnneurs , les Magiciens , les Arufpices , 
les Devins , les Aftrologues. Etre inutile à de telles 
perfonnes, eft un grand avantage. Mais, quelque per- 
te que vous caufent les Cliretiens, ne recevez-vous pas 
d'eux des fecours qui vous en dédommagent ? N'eft-ce tes chrétiens 

d-*- |> . 11 très - utiles vi 

avantage d avoir avec vous des nommes, ^oiuk, 

je ne dis pas qui vous délivrent des Démons , ou qui faf- 

fent pour vous des prières au vray Dieu ■-, mais dont 

vous n'ayez rien à craindre ? 

f . X L I V. 

Vaire mourir les Chrétiens , ceji oter k U République fës 
plus innocens Citoyens. 

O N ne s'appercoit pas que vous caufez à la Republi- ^Qii^i fo« « > 

J ir J 11 r, r fait a la Rcpu- 

que un dommage aulli grand que véritable, reiionne bUquc , en lui 
ne fait attention au tort que vous faites à la ville de Ro^ JrlnTuombre 
me , en feifant mourir tant de Tultes , & en condannant ^^ citoyens \n. 

R 



BC font coupa- 
bles que par le 
nom qu'ils por- 
tfat. 



150 Ap O LOG E Tï <i.UE 

tant d'innocens. Nous prenons à témoin vos propres 
Regiftres, vous qui jugez tous les jours les Chrétiens 
qui font dans les Prifons, & qui en eftacez les dénoncia- 
tions par les fentences que vous prononcez contre-euxj 
(1 de tout ce grand nombre de criminels qui font énon- 
cez fur vos liftes fous diverfes accufations , il s'en trouve 
Les Chrétiens aucuu qui ait , ou aflaftiné , ou dérobé , ou pillé les Tem- 
ples , ou violé des filles , ou volé les bains , Se qu'on ac- 
cufe aufli d'être Chrétien , ou fi lorfqu'on vous préfen- 
te des Chrétiens qu'on n'accufe d'aucun autre crimç 
que de leur nom ; il fe trouve parmi eux des coupables 
qui reflemblent aux vôtres. 

En effet, ils font en fi grand nombre , que les Pri^ 
fons en regorgent , que les Mines en font pleines , que 
les Bêtes s'en engraiflent ; que c'eft eux feuls qui com- 
pofent cette troupe de criminels , qu'on nourrit pour les 
{pedlacles. Si Ton y trouve un Chrétien, fon nom fait 
tout fon crime ; ou s'il eft coupable d'ailleurs , il n'efi 
plus Chrétien. 

§• XLV. 

L innocence des Chrétiens différente de celle des Tayens. La Lqj 

de Diett différente de la Loy des hommes. Les ftpplices dont 

Dietifefert , differens de ceux que les hommes employent. 

Les Chrétiens II tt'v 3 donc Que nous feuls qui vivions dans finno- 

fille vivpnr /lac • -j > 1 a T* «IN 

cence , & 1 on n en doit pas être iurpris des que nous y 
fommes engagez ; c'eft en effet pour nous une obliga- 
tion indifpenfable , Dieu nous ayant enfeigné lui-même 
les règles de l'innocence. Nous la connoiflons parfaite- 
ment , parce que nous l'avons apprife du plus habile de 
tous les Maîtres , 5c nous la confervons avec un grand 



feuls vivent das 
l'iiuioceace. 



DE Teî^TULIBN. i^yt 

Coin 3 parce qu'elle nous a été ordonnée par un Juge, 
dont on ne méprife point les Loix impunément. Pour 
vous , vous avez reçu des hommes l'idée que vous avez 
de l'innocence , & ce font eux qui vous l'ont ordonnée; l„ pjyc„, 
ce qui fait que vous n'avez pas une connoiiTance fi par- f^l^"^""^-'^" ""'' 
faite de la véritable innocence , & que vous appréhen- 
dez moins de la perdre. 

Mais de quel (ecours font les lumières humaines pour 
connoître le vray bien; & qu'eft-ce que l'autorité des 
hommes pour le faire embraffer ? l'une étant fi fujettc 
à fe tromper, & l'autre a être méprifée. En effet, la ^^ dcsPiens 
Loy qui défend l'homicide , eft-elle plus excellente que moins parfaite 
celle qui défend jufqu'à la colère ? Celle qui ne défend cîu-aiens. 
que Tadultere , eft-elle plus parfaite que celle qui dé- 
fend la fimple concupifcence des yeux ? Celle qui ne 
condanne que les adions , plus fage que celle qui punit 
aufli les paroles i celle qui défend (impie n\,ent de faire 
une injure, mieux fondée que celle qui défend de la ren- 
dre? Apprenez donc que vos Loix qui femblent con- 
duire à Tinnocence , ont emprunté tout leur mérite de 
la Loy de Dieu, qui les a précédées de beaucoup , com- 
me je l'ay dit en parlant de Moïfe. 

Mais quelle force a l'autorité des Loix humaines dont 
l'homme peut éviter la fcverité en cachant fon crime, 
& que le hazard & la neceffité peuvent lui faire violer 
impunément, outre que la durée des fupplices efttrcs- 
courte , puifqu'il n'y en a point qui ne fe termine par la 
mort. C'eft ce qui faifoit méprifer à Epicure tous les fup- La Loy des 
plices & toutes les douleurs , parce que, difoit-il , Ic^ coi^Tnne qu-à 
légères font meprifahles, &• les violentes ne dure?it pas. une pcme tem- 

Pour nous , comme nous devons être examinez par La Loy de 
un Dieu a qui rien n'échappe, ôc que nous croyons qu'il ^eé"crndi7''" 

Rij 



IJZ A P O LO G ET I QJJ 1 

nous peut condaiiiier à une peine éternelle , nous fom- 
mes les feuls qui nous efforçons de parvenir à l'inno- 
cence par la connoiffance de fon mérite , par la difficul- 
té de fe cacher aux yeux de Dieu , & par la grandeur 
des tourmens, non-feulement durables, mais éternels : 
craignant celui que craindra alors le Juge qui condanne 
ceux qui le craignent s c'cft-à-dire , craignant Dieu , ô^ 
non le Proconful. 

§. X L V L 

La DoSinne des 'Philojciphes ne rejfemhle en rien à celle des Chré- 
tiens. Ils ont écrit €> parlé des Dieux avec plus de mépris que 
les Chrétiens. Ils tiont eu qu'une connoijfance imparfaite de U 
Divi'ûité. Leurs vertus faujfes , C5^ toutes dijferentes de celles 
des Chrétiens. 

Il me femble avoir juftifié les Chrétiens de tous les 
force^ekve- ctimes doiit on les charge , & qui donnent tant d'envie 
'"''■ de répandre leur fang. J'ay fait voir ce que c'eft que no- 

tre Religion , & j'ay indiqué les moyens par où je pou- 
vois prouver que je n'ay rien avancé que de vray ; fça- 
voir , la vérité & Fanîiquité des faintes Ecritures , & le 
témoignage des Démons. Que celui qui entreprendra 
de me convaincre de menfongc , n'ait point recours aux 
irtifices de Féloquence ^ mais qu'il attaque la vérité avec 
la même fimplicité que je Fay expofée. 
La fcicncc J^ répoudray en attendant aux incrédules, qui per- 
des chrcticns fuadez de Fexcellence de notre Religion qu'ils connoif- 

bicn différente r ^ O i. 

deceiicdesPhi- ieut pat Ic commcrce que nous avons avec eux, ne 
q°uï"ne^îs croyent pas qu'elle vienne de Dieu , & la regardent com- 
traice point c6- j^g ^^ nouvcau fyftêmc de Philofophie. Les Philofophes, 

me on traite les,.^ ., ^.•' r rr ^ a 

chrctieas. duent-jLls, enleignent & proreilent de même que vous. 



Les Chrétiens 



D E T E R T U L I E N. 15 5 

finnoccncc , la juftice, la patience , la tempérance , & la 
chafteté : Mais fi notre doâirine eft la même que celle des 
Philofophes , pourquoy ne nous permet-on pas de la pro- 
feffer avec la même liberté & la même impunité ? Pour- 
quoy , s'ils penfent comme nous, ne les fbrce-t'on pas 
à faire des chofes que nous ne pouvons refufer fans cx- 
pofer notre vie ? A-t'on jamais contraint un Philofophc 
-d'offrir des Sacrifices , ou d^ jurer par les Dieux ,gu d'al- 
lumer inutilement des lampes en plein midi ? 

Bien plus, ils détruifent ouvertement votre Religion, 
ils fe mocquent de vos fuperftitions , jufques dans les Li- 
vres que vous approuvez. La plupart même fe déchaî- 
nent contre les Empereurs. Vous le fouffrez avec patien- 
ce , & au lieu de les condanner aux bêtes, vous leurdref- 
fez des Statues, & vous leur procurez des récompenfes. 
Mais vous avez raifon , ils portent le nom de Philofo- 
phes, & non pas celui de Chrétiens: & le nom de Philo- 
sophe ne détruit pas les Démons ; cependant les Philo- 
fophes confondent les Démons avec les Dieux. 
Socrate avoit coutume de dire, fi mon Démon me le Mépris que 

,.| n -Il . / ks philofophes 

■permet j & quoy qu il connut une partie de la vente en ow pour !« 
niant la pluralité des Dieux, il ne laiffa pas d'ordonner 
en mourant qu^on (acrifiât un Coq à Efculape , apparem- 
ment pour honorer le Père de ce Dieu , qui avoit pro- 
noncé que Socrate étoit le plus fçavant de tous les hom- 
mes. Quelle imprudence à Apollon, de donner tant de 
fageffe à un homme qui nie qu'il y ait des Dieux! 

Plus une vérité eft haïe , plus elle rend haïflablc celui 
qui n'en diffimule rien. Celui au contraire qui la déguife 
éz la corrompt, fait plaifir à ceux qui la perfecutent. Les 
Philofophes cherchent la vérité , & en la cherchant ils la 
corrompent, parce qu'ils n'ont point d'autre fin que la 

Riij 



Dieuï- 



154 Ap O L O G ET I CLUÊ 

gloire. Les Chrétiens raiment naturellement, 6c Tenl^i-* 
gnent fans y rien changer , parce qu'ils n'ont point d'autre 
objet que leur falut. Il n'ell donc pas vray que la connoif- 
fance & la difcipline des Phiîoiophes Toit lemblable à la 
Les phiiofo- nôtre. Car quelle réponfe certaine Thaïes le plus habile 

phcsnontpoint t,, .,^1 \ r ri^x-.r -l-l 

connu Dieucô- Fliilolophe de Ion temps , rit-il a Crelus , qui lui deman- 
tkns." '" doit ce que c'étoit que Dieu ? Ne differa-t'il pas toujours 
de répondre pour éviter de le faire ? Il n'y a point d'Ar- 
tifan parmi nous qui ne connoifTe Dieu, ne l'enfeigne , 
& ne donne des preuves de ce qu'on en veut fçavoir , 
quoy que Platon alTure qu'il eft difficile de connoître 
ÎJ)inicur de f Univers , & d'en expliquer toutes les per= 
fe6tions. 

Si je compare leur chafteté avec la nôtre, je lis dans 

Leurs verras •* i * i 

fout des vernis k Scnteiice que les Athéniens prononcent contre So- 

faiiHcs&desvi- r. i... f i r r .^1 

ces véritables, crate , qu 11 aimoit les perlonnes de Ion lexe -, un Chré- 
tien n'aime que le fexe que la nature a fait pour lui. 
Leur chafteté J^ ^^^7 4^'^"^ Phryné a fervi à appaifer les ardeurs im- 

incontinente. pudiques de Diogeuc. J'ay oiii dire qu'un Speufipc 
Difciple de Platon a e'té tué en comrtiettant un adultè- 
re. Un Chrétien ne connoît point d'autre femme que 
la fieiine. Democrite s'eil ôté la vue parce qu'il ne pou- 
voir voir une femme fans l'aimer & fans beaucoup fouf^ 
frir lors qu'elle ne répondoit pas à fes defirs. La peine 
qu'il s'impofa publie aflez fon incontinence ; mais un. 
Chrétien ne fe crevé point les yeux & ne regarde point 
les femmes ; fon cœur eft aveugle pour les appas de h 
volupté. 

faibieufM^""' Si j'examine votre vertu , je vois Diogene avec des 
pieds fales , fouler Forgueil de Platon fur des lits fu- 
pcrbes , par un orgueil d'une autre efpece : jamais un 
Chrétien n'eft orgueilleux, pas même à f égard d'un 



DE TeRTULIEN. i^^ 

pauvre. Si je confidere votre modération , je vois Py- 
thagore qui s'efforce de fe faire Roy des Thuriens, 
ôc Zenon des Prieniens : pendant qu'un Chrétien ne 
brigue pas même FEdilitéla moindre de toutes les Char- 
tres. Si je compare leur égalité d ame avec la nôtre , je ^-^imodcn- 
trouve un Licurge qui le mit mourir de raim , parce que 
les Lacedemoniens ont ofé corriger Tes Loix : & un Chre- Leur égaïuc 
tien rend grâces à celui qui le condanne. Si je balan- ""^°'' '""''■ 
ce leur bonne foy avec la nôtre , Anaxagore a refufé Leur bonne 
à fes hoftes la reftitution d'un dépôt ; un Chrétien eft fi- ^°y "^'^''^^■ 
<lelc même avec ceux qui ne font pas de fa Religion. Si 
je confidere votre modeftie , je vois qu'Ariftote a fait 
fortir honteufement de fa place fon ami Hermias ; un Leurmodcf 
Chrétien ne feroit pas cet arront à fon ennemi. On voit tieofFeiinnue. 
le même Ariftote,pour devenir le Gouverneur d'Alexan- 
dre, faire des balTelTes encore plus honteufes que Platon 
qui vend fa liberté à Denis, pour avoir une meilleure ta- 
ble. Ariftippe au milieu des grandeurs s'adonne à toute 
fortes d^excéz fous les apparences d'une feverité exaâ:c. 
Hippias eft tué en trahilfant fes Concitoyens. C'eft ce Lem-fi-va-hJ 
qu'un Chrétien n'a jamais tenté pour fes frères quelque %°"'«- 
cruelle qu'ait été la perfecution. 

On dira peut-être qull s'en trouve aulfi parmi nous 
qui s'écartent des règles de notre dilcipline; il eft vrai: 
mais ceux-là ceftent aufti-tôt d'être Chrétiens : au lieu 
que tous vos Philofophes , malgré les déreglcmens dont 
je viens de parler , ne perdent pour vous, ni le nom ni la 
qualité de fages. En quoi donc un Philôfophe reftemble- ph^ ^e rciitm- 
t-il à un Chrétien ? un Difciple de la Grèce à un Difciple i^'^ti rien à ua 
du Ciel ? un homme qui nés occupe que de la gloire , a 
un homme qui ne penfe qu'à fon falut .<^ un homme qui 
a eft vertueux que par fes paroles , à un qui l'eft aulïi par 



Ij6 ÂP O LO GE TI Q.UE 

fes adions ? un homme qui fait le bien , à celui qui le 
détruit ? un homme qui perfectionne l'erreur, à celui qui 
épure la vérité î celui qui la dérobe, à celui quilaconferve? 

§. X L V I I. 

Les Philofôphes ont appris dans les fdntes Ecritures tout ce quits 
ont connu de Divinité. Ils ont corrompu les verite^qu ils n ont 
pu comprendre. Lu variété de leurs femimens fur la nature & 
. l'excellence de Dieu^ 

L'antiquité des Saintes Ecritures que j'ai déjà établie 

m'eft ici a un grand fecours pour faire voir évidemment 

Les phifofo qu elles ont été le trefor commun des Philofophes qui font 

phcs ont puifc A '11 -rr-* 1 l-JT- 

dansies faimes- vcnus aprcs elics. Lt il je n appreiiendois de taire un trop 
Sont comude gfos volume , j'en entreprendrois la preuve. Quel eft le 
laTcritc. Poète ou le Philofophe qui n'a pas puifé à la fource des 

Prophètes I c'eft là que les Philofophes ont étanché la foif 
de leurs efprits. Elles ont même é'té caufe que les The- 
bainSj lesSpartiates & les Argiens ont banni les Philofo- 
phes de chez eux : parce qu'ils corrompoient la vérité qu'- 
ils puifoient dans nos livres. Car lorfque ces hommes qui' 
n'avoient de paffion que pour la gloire & pour l'éloquence 
rencontroient dans les divines Ecritures des maximes qui 
leur pouvoient faire honneur , ils les en tiroient & en 
feifoient l'ufage que leur curiofité s'étoit propofée en le? 
cherchant, n'y reconnoilTant pas cette fainteté qui auroit 
pu les empêcher de les corrompre, & n'en découvrantpas 
tous le fens qui alors étoit caché fous des ombres impéné- 
trables même aux Juifs pour qui elles femblent avoir été 
faites. 
""^ciiKz Plus une vérité paroiffoit fimplc; plus ils trouvoienr 



pu 



ïiloicutjar cie difficulté à la Cl cire. Ils y raêloient du leur, & chan- 

gcoient 



DE TeRTULIEN. 157 

gcoicnt par ce mélange des veritez certaines en des 
doutes véritables^ enforte qu'ayant trouvé Dieu dans nos 
livres , ils ne l'ont point enfeigné tel qu'ils l'avoient con- 
nu: ils ont penfé différemment (iir fon excellence , fur fa 
nature ôc furie lieu de fa demeure. Les Platoniciens pré- 
tendent qu'il n'a point de corps ; Les Stoïciens veulent iisompenfé 
le contraire. Epicure foutient qu'il eft compofé d'Ato- fÙHe™,"^, 
mes, Pythagore , qu'il eit compofé de nombres ; & d'au- j^'^^"'*- ^' j* 
très encore , comme Heraclite , difent que fa fubftance Dieu. 
eft celle du feit. 

Les Platoniciens prétendent qu'il prend foin de tou- 
tes chofes. Les Epicuriens, qu'il eft dans le repos & dans 
l'inadtion , & qu'il ne fe méÉe en nulle manière des cho- 
fes dlci bas. Les Stoïciens croyent que Dieu eft hors 
de l'univers, & qu'à la manière d'un Potier, il donne à 
cette grande machine tel mouvement qu'il lui plaît. Se- 
lon les Platoniciens, il eft dans le monde qu'il gouverne^,, 
comme un Pilote dans le vaifteau qu'il conduit. Ils ne 
font pas moins partagez fur ce qui regarde le monde, 
s il a ete rait ou s il ne 1 a pas ete , s il dent hnir ou s il 
doit toujours durer. Ils font aufti peu d'accord fur la na- difFeremm«w^ 
ture de l'ame. Les uns difent qu'elle eft divine & éter- ["^'1^^"*"'* "** 
laelle , les autres qu'elle eft corruptible , & chacun a 
ajouté ou retranché fuivant ce qu'il en a penlé. 

H n'eft pas furprenant que l'imaginarion de ces Phi- 
lofophes ait défiguré des livres fi anciens , puifqu'il fe 
trouve encore aujourd'hui des hommes fortis de leurs ^-«y"'» ^''•' 
écoles qui corrompent la pureté de notre Religion naii- rorphycceifi. 
faute, en voulant la réduire à leurs règles & à leurs ma- 
ximes , & qui d'une feule route ont fîit plufieurs fentiers 
détournez &:plufieurs chemins impraticables. Je fuis bien 
aife de le dire en paifant, de peur que nous connoiflanc 

S 



158 Apologeti qjj e 

des opinions différentes, on ne nous compare encore aux 
Piiilofophes & qu'on ne condanne la vérité {ur la diffé- 
rence des moyens dont on fe fert pour la défendre. Mais 
je protefte par avance à ceux qui corrompent nos dogmes 
La régie de la & nos maximcs, que la règle de la vérité eft celle qui vienc 
vente, e ce^e ^^(^J^^.j{^^g^q^g j^ous Favotts reçuë immédiatement de fes 



([UI 



Dieu par j. c. apôtres. Tous ces diffetens commcntateuts u ayant parii 
qu'après eux animez de l'efprit d'erreur, ils fe font revoi- 
rez "contre la vérité, &: ont emprunté d'elle-même les 
moyens dont ils fe font fervis pour la combattre. 
jwenfoiiges in- C'eft cct elptit quilcut a fuggeré les menfonges dont ils 
phiioibphM' '*' ont infe6té une dodrine fi falutaire : c'eft par fon infpira- 
cei/e rorf,hjye. tiou qu'ils y ont gliffé certafhes fables , efperant que par 
leur reffemblanccavec la vérité, elles pourroicnt ou en 
affoiblir la créance , ou fe la donner toute entière à elles- 
mêmes , afin par là de faire voir à tout le monde qu'on 
ne doit pas croire les Chrétiens par la même raifon qu'on 
ne doit croire ni les Poètes ni les Philofophes , ou qu'on 
doit croire les Poètes & les Philofophes , parce qu'on ne 
doit pas croire les Chrétiens. On fe mocque de nous, 
Ui fables em- lorfque uous difous que Dieu jugera un jour tous les hom- 
Kr'f ''^m''^° ' ^^^^^•' P''*'"'^^ 4'^^ ^^^ Poètes & les Philofophes mettent aufli 
ncé. un tribunal dans les enfers. Lorfque nous menaçons du 

fupplice desflanies que la terreenfer me dans fon fein,re- 
fervées pour la punition des crimes ; pn fe met aulfi-toft 
à rire , parce que la fable met aulîi un fleuve de feu dans 
îe Royaume de Pluton. Si nous parlons du Paradis que 



a La plupart lies Philofophes Piyens accoutu- 
mes à co-iiâacr ce qu'ils ne comprenoient pas 
fjKbicnt Je pures fables des myftercs de la Re- 
ligion chrétienne pendant qu'ils ea adoptoicn: 
la morale Jufque dans les points les plus feveres 
Mais aucun ne l'a fait avec plus d'aigreur & 
de malice que Ctlfe dans le livre qui a pour 
àtrc , U Difcottri veritMe 1 où ij tourne en 



ridicules les dogmes Se les myfteres des Chré- 
tiens . Origene à la prière de fou ami Ambroi- 
(è répondit à lès railleries abfurdes par un 
autre livre , où il confond l'ignorance & la 
malice de ce Philofophc , avec toute la douceuj; 
& la modération d'un homme Chrétien & avec 
toute la force & U fagelle d'ua vraiT^avan: ' 



DE Te RT y L lE N. I|^ 

Dieu defline à fes Saints , comme d'un lieu d'une beau- 
té divine , feparc de ce monde par une muraille de feu j 
les champs Êlizées fe font emparés de leur créance. 

Mais d'où les Poètes & les Philofophes ont-ils emprunté Lesfabicpui- 
ces menfonges fi refTemblans à la vérité, fi ce n'eft de ("««àufource 

r-T< /^ r ' n rr ■ i "'** vcritç. 

nos lamts Dogmes ? Que li c elt neceilairement de nos 
Dogmes, parce qu'ils ont l'antiquité fur les fibles ; quelle 
créance ne meritent-t'ils point , (i on n'en refuie pas à 
leurs ombres ? Que (i c'eft dans leur imagination feule 
que les Poètes & les Philofophes ont puifé leurs fables ; 
nos Dogmes deviennent alors les images de chofes qu'el- 
les ont précédées j ce quirenverfe l'ordre naturel, puif- 
quc l'ombre ne peut que fuivre le corps , & que l'image 
ne peut avoir précédé la chofe qu'elle reprefente. 

§. XL VIII. 

te Dogme de ix Refîtrre^ioft plus raifomble , que l.t Metempfycofe 

La dotlrine de la KejlirreSlion expliquée O^ prouvée par 

la raifon O la nature. 

Mais bien plus : qu'un Philofophe avance ce que La- 
berius " a dit d après Pythagore , qu'un Mulet devient un 
Homme & qu'une Femme devient une Couleuvre :,• qu'il 
joigne toute la force de l'éloquence à celle du raifon- On n-cft poinc 
nement, pour établir fon fyltême-, N'ebranlera-t'il pas M^mpifcole 
votre créance ? ne vous jettera-t'il pas dans l'ame un "^oJ^f^^i'^^it 
fcrupule, qui vous obligera à vous abftenir de la chair dufemimcntdc 

la rcfurredion 
-1 Laberiusvivoitdntemsd'Augufte. lierait fmijTration des âmes en d'autres corps , félon des Chiècicnt. 
Chevalier Romain , & fe méloic de faire des I que Tcriulien le cite ici. Voici fes propres pa- 
•»ers aflez mauvais , à ce que dit Horace ; il rôles que Criniras rapporte dans 1cm Livre de 
avoitune inclination panicnlrcre pour les Mi-j Honis. Disciplina, liv. u. c 5. 
mes , & fnn penchant naturel pour la médi- £t Aud'io mala. mnltn et/am ex btnis. 
fan ce & pour la raillerie j fit qu'il ne laiflk pas Par illad , ut nos olim mutant Philo/ophi. 
«le réulTirdans quelques-uns. C'étoit apparem- Etnuncde mulo hominem ,de rr.idiere colairam 
m ent dans l'une de ces pièces qu'il ttJurnoit en Facinnt , V fx djverjîs dii erja alia. 
iJ4icule le fentJœent de Pjthagore fur la traaf- 



Ce feaii nient de 
la rellineiSion 
fondé fur k rai- 
■fon. 



140 Âpologeti qju e 

des animauxjchacun craignant de manger fon Ayeuî , en 
mangeant un morceau de Bœuf? Qu'un Chrétien afTurc 
que riiomme reprendra la figure d'un homme , ou que 
Caïus redeviendra le même Caïus ; la populace aufTi-tdfl: 
prendra des pierres pour le lapider , comme fi ce n éroic 
pas aflez de le meurtrir de coups. S'il y a quelque raifon 
pour que les âmes reprennent des corps, pourquoi ne re- 
prendront-t'elles pas les mêmes , puifque c'ell vérita- 
blement relTufciter, que redevenir ce qu'on étoit? Ces 
âmes * ne font plus ce qu'elles étoient , parce qu'elles 
n'ont pu devenir ce qu'elles n'étoient pas , fans cefTer 
d'être ce qu'elles étoient. 

J'apprêterois à rire à bien du monde, & je perdrois 
biendiiterns, d je voulois m'étendre fur cette matière , 
en examinant de quelle bête chacun doit prendre la fi- 
gure ; mais il eft plus à propos de voir pourquoi nous 
prétendons qu'il ell: plus raifonnable qu'un homme re? 
prenne la figure d'un homme, & qu'un chacun redevien- 
ne ce qu'il étoit , afin que la même ame reprenne un corps 
de la même nature, quoique la figure ne foit pas la 
même. Comme on ne doit reffufciter que pour être ju-r 
gé , il eft neceflaire que l'homme reparoiile tel qu'il a 
été pour recevoir de Dieu ce que mérite le bien & le 
mal qu'il a fait. 

Il faut donc pour cela que le corps s'y trouve, l'ame ' ne 
pouvant foufFrir feule, & fi elle 11 eft unie à une matière 
qui la fixe , c'eft à dire au corps,parce que l'ame agiftànt 



t Parce que l'ame étant fcparce du corps, 
ne fait plus partie de l'homme comme eile le 
ta;foit aupauvant. L'ame de Caius cxiftc, fon 
corps quoique pouflicre cxifte auiîi , mais 
Caius n'exilte plus. 

c Tertulien a parlé tout différemment dans 
Icdernier chapitre de fonTraité de l'ame , & 
4sins le skapitre 17. de foci livre de k Refur- 



rcftion de la chair, où il dit que les âmes 
foiiffrcnt en attendant le jugement univcrfel 
ce qui fait voir ou que ce point de dodlrinc 
n'ctoit pas encore bien décidé dans le tems 
qu'il a tait fon Apologétique, ou qu'il étoit 
plus inftniit dans la Religion chrétienne, quanej 
il a fait les deux Traitez que je viens de citer 
que quand il i fait celui-ci. 



D Z T E R T U L 1 E N. 141 

âaiis le corps , ne mérite point (ans lui les" peines que la 
jurtice de Dieu exige d'elle. 

MaiSjdites-vouSjComment un corps réduit en poulîîerc 
.peut-il redevenir tel qu'il croit ? O homme ! confiderez- 
vous vous-même , & vous trouverez en vous dequoi 
vous eu convaincre. Penfez à ce que vous e'tiez avant 
d être. Certainement vous n'éciez rien , car fi vous aviez 
€te' quelque chofe, il vous en fouviendroit. Vous donc qui 
n étiez rien avant d'être , ôc qui ne ferez plus rien '^lorf- 
que vous aurez cefTe' d'être , pourquoi, celui qui vous a 
tiré du néant , ne vous en tirera-t'il pas encore quand il 
voudra? que vous arrivera-r'il d'extraordinaire? Vous 
n'étiez pas, & vous êtes; vous ne ferez plus, & vous re- 
commencerez d'être. 

Dites-moi, fi vous pouvez, comment Dieu vous a 
fait , & après cela demandez-moi comment vous rede- 
viendrez ce que vous êtes. Vous deviendrez néanmoins 
plus facilement ce que vous étiez, quoiqu'il ne foit pas 
plus difficile à Dieu de vous faire ce que vous n'avez hr^t^i^eUre- 
jamais été. Eb^. Qui peut douter de la toute puiflance ^""'^ûion dans 
de Dieu qui a rorme ce corps immenle du monde autant dans h nacurc. 
de ce qui n'étoit pas , que de l'aneantiflement du rien & 
du néant , qui la animé de cet efprit qui donne la vie 
à toutes chofes ; & dans lequel il vous a tracé une ima- 
ge fenfible de la refurreâ:ion de l'homme ? 

La lumière renaît tous les jours : les tcnebres la fuivenc 



flt Ceci tombe (ùr laperfonnede l'homme, 
& nqn fur les deux fubllances qui le compofeiit. 
L'ame feule non plus que le corps feul ne font 
peint l'hcme;mais l'un & l'autre unis cnfembJe 
donent l'être à l'homme , de même que la fc- 
paration de ces deux fubftances le détruifent & 
l'jnéawiHent , parce que l'union du corps & de 
J'amc eft anéantie par la feparatioa qui s'en 
f«it, &c'eft Japenfée 4e Tgrtulica>.qu<iniil.diî 



que l'homme n'étoit rien & qu'il eft devenu 
quelque cholè : q\i'il cellei-a d'être quelque 
chnfe , & qu'il retombera dans le néant. Ce 
qu'il eft ailé de voir par les propres paro- 
les , puifqu'il dit que l'ame attend le corps 
pourlarecompenic ou la ptinition ,& que le 
corps en poulUerc redeviendra ce qu'il étoit. Si 
l'un attend & que l'autre foit en pouffiere , ils 
ae.iont donc pas anéantis, ils exiftent dogs» 



342- Ap O LOGE TI Q^UÊ 

en fe fuccedant tour à tour. Les aftres fe câcficnt & fe 
remontrent. Le tems recommence ou il finit , les fruits 
{epaiTentôc reviennent, le grain ne produit point abon- 
damment, qu'il ne foit entièrement pourri & corrompu. 
Chaque chofe fe conferve par fa deftru6tion, & fe repra- 
duit par fa mort. Et vous donc, ô homme l créature (I 
excellente ( quand même vous n'apprendriez ce que vous 
êtes que par l'Oracle ) Seigneur de toutes les chofès qui meurent 
e^ qui renaijfent i ne mourrcz-vous que pour ne plus re- 
vivre ? En quelque endroit que votre ame fe iépare de 
votre corps , quelque élément qui vous détruite , qui 
vous engloutifle , qui vous conlume , ou qui vous an- 
ncantiffe; il vous reprefentera tout entier, parce que ce 
lui qui eft le maître de tout , feft aulli du néant. 

Ou ne rcffufcite t1£'JJJ' f^ • -oA 

•luune fois. ^1 TaLidra donc , direz-vous , toujours mourir & tou- 

jours renaître. Si celui à qui tout appartient, leSeigneur . 
de toutes chofes lavoit ainfi refolui il faudroit bien, 
malgré vous , fubir la loi de votre condition. Mais 
il n'a rien déterminé fur cela que ce qu'il nous a enfeigné. 
Sa fageife a compofé le monde de chofes toutes différen- 
tes , & de l'oppofition de leur nature elle a fait un tout 
d'un accord parfait. Elle a joint le vuideaufolide , ce qui 
ell: animé à ce qui ne l'eft pas , ce qui èft palpable à ce 
qui ne fe touche point, la lumière aux ténèbres , la vie à 
îa mort. Cette même fageffe a joint les tems les uns aux 
autres, tout difFerens qu'ils foient par leur nature & par 
leur condition, puifque la première partie dans laquelle 
nous vivons , & qui a commencé avec le monde , doit 
auiïi finir un jour avecluy, àc que l'autre que nous at- 
tendons doit durer autant que l'éternité même. 

Lorfque cette fin fera arrivée : ce terme qui fepare le 
tems d'avec l'éternité : qu'on verra difparoîtrc les beautés 



DE T ER T U L I E M. t4J 

du monde , qui doit paffer avec le tems , & qui eft com- 
me un rideau tendu audevant des fiecles ; les hommes 
redeviendront ce qu'ils auront été pour recevoir la re- 
compenfe ou la peine qu'ils auront méritée dans le tems 
& pour cnfuite leur donner l'éternité qui leur fera due. 
Ainfi nous ne mourrons ni reffufciterons plus; mais 
nous redeviendrons les mêmes que nous fommes , après 
quoi nous ne ferons plusfiijets à aucun changement. 

Les adorateurs du vrai Dieu revêtus de la fubftance de tou$ tes hom 
l'éternité feront toujours unis à lui. Les Idolâtres au con- "'" icflufcitc- 

^ roht pour *^ 

traire & ceux qui n auront pas ete entièrement à Dieu , «^^n'" J"â« 
feront condamnez à des flammes aulfi éternelles qui par la 
nature qu'elles ont reçue de Dieu, auront le pouvoir de 
les rendre incorruptibles. Les Philolophes mêmes ont re- 
connu la différence de ce feu fecret au feu ordinaire. 
Le feu dont les homes fe fervent eft bien différent de ce- 
lui que Dieu employé pour les punir, fe>itdansle Ciel 
où il forme les foudres, foit dans le fein de la terre d'où il 
fortà travers les montagnes; car loin de confumer ce 
qu'il brûle , il repare ce qu'il détruit , enforte que ces 
montagnes brûlent & fubfiftent toujours , & qu'un hom- 
me , frappé de la foudre eft affuré parmi vous de n'être 
jamais réduit en cendres par un autre feu.Cette merveille 
eft une preuve du feu éternel & une image de ce juge- 
ment qui fera durer le fupplice autant que l'éternicé. Si 
le,s montagnes brûlent ècnc fe confument point, que 
fera-ce des pécheurs &dcs ennemis de Dieu? 

e Tas ntn erat crtnmre heminem fulmine] tomht le tonnerre, qu'il étoit exempt de 
teci/nm , cendi itHKm jttMant Uges i» /««toutes les peines qu'on peut faire foijfFiit 
itt qno iBus fuerat. rlin. lih. i. c. 54. On cten- I aux autres bommes. 
itfiloia JesjrJYilcgesiieeelui fur qui étoit I 



«44 Apoiogetï qjï s 

§. XLIX. 

Les Dogmes des Chrétiens exceller , parce qu'ils forcent les hom^- 

mes à devenir meilleurs. Ilsfint innocens ^ G^ne doivent point 

attirer aux Chrétiens Us mauvais traitemens qui'ls reçoivent. 

Tous ces dogmes qui font des vifions dans la bouche 

des GhrétienSjdeviennencdes connoifTancesfublimes , & 

une fcicnce rare , lorfque les Philofophes en parlent. Ce 

Lcîvcritezchré ^ont dcs gctties fuperieurs,& nous fommes de'pourvûs de 

tiennes utiles & [^qj-j ç^^^ H méritent qu'on les honore & nous qu'on 

nccellaires,puit- i r \ r 

qu'elles forcent nous mcprile j nous méritons encore plus , puilque nous 
«kven^rTeii- mcritous la mort. Mais quelque faufles & quelque ima* 
*'""* ginaires que vous femblent les veritez que nous fou- 

tenons, elles font cependant bienneGe{raireS:;&quelqus 
abfurdes qu'elles vous paroifTent, elles font pourtant bien 
utiles, puifqu'elles forcent ceux qui les croient à deve- 
nir meilleurs , autant par la crainte d'un fuppliceque par 
l'efperance d'une félicité éternelle. On ne doit pasap^ 
pcller faufles & ridicules des chofes qu'il eft utile de croi- 
re véritables. Il n'y a point de railon quipuifle faire coiv 
damner ce qui ne produit que du bien. 

C'eft donc vous-mêmes qui êtes des vifionnaires de 

blâmer des chofes uciles,& qui par là ne peuvent pas être 

ridicules ; ou fi elles font faufles & ridicules ; au moins ne 

font-elles de mal à perfonne. Elles reflemblenc à tant 

tcschréticnsne (} auttcs opinious vaiucs & fabulcufes pourlefquellesvous 

merirent pas les • rC C ' \\ C ■ 

mauvais traite- He puniliez penoune , parce qu elles neiont ponitmau- 

ineosquonieur y^jjpgg^ Eu effet toutc la puuitiou quc pourroient meri-^ 

ter ceux qui publient de pareilles chofes, c'eft au plus 

la raillerie, ôc non pas le fer ni les flammes, ni les croix^ni 

les bêtes. 

Ce 



DE TeRTULIEN. 14I 

Ce n'eft pas feulement la populace qui efl ravie , de qui 
nous infulte lorfqu'on exerce fur nous des cruaute's que 
nous ne méritons point-, il y en a parmi vous, qui font 
gloire d'être injuftes à notre égard j parce que ce leur 
cfl un moyen de plaire au peuple -, comme fi vous ne re- 
ceviez pas de nous-mêmes, tout le pouvoir que vous avez 
fur nous. Il eft fur que fi je fuis Chrétien, c'eft parce que 
je le veux être ; donc vous ne me ferez mourir que lorf- 
queje le voudray : donc ce pouvoir que vous avez fiir ksévVr'i^uanl 
moi dépend de ma volonté & non de la vôtre: puif- "« ^^'i'»"'- 
que vous ne pouvez rien fur moi , que je ne le veiiille. 

C'cft donc fans fondement , que la populace fe réjouit 
des cruautés qu'on exerce fur nous. C'eft notre joye qu'el- 
le nous dérobe, à nous, qui trouvons tant de plaifir à per- 
dre la vie, pour ne pas perdre la grâce de Dieu. Nos en- 
siemis au contraire devroient, non fe réjouir , mais s'affli- 
ger , lorfque nous avons obtenu ce que nous defirons. 

. §. L. 

Les Chrétiens ne s'ajjligent point des injujîices O des cruauté^ 
qu'on exerce à leur égard. La confiance des Tayens récompenfée 
O regardée comme un effort de vertu. La confiance des ChrC" 
tiens punie C^ regardée comme une fureur O un defejpoir, 
,^ue cefi elle qui produit les Chrétiens. 

Mais pourquoy donc vous plaindre , direz- vous, de 
ce qu'on vous perfecute,fi vous êtes fi contens de fouffrir? i-« chi-etienr 

■'i *■ ... ne font point 

ne devez-vous pas au contraire aimer ceux dont vous re- fàchcidcfouf- 
cevezdes traitemens que vous de{irez?Nous les defirons, ^"'^' 
il eft vray : mais, à la manière d'un homme de guerre , qui 
ne trouvant aucun plaifir au combat, par les craintes & les 
dangers qu'on y elTuïe , fe bat néanmoins de toutes fes 

T 



146 Apologetï QJJ e 

forces Iorfqu*iI le faut , & qui devenant vidorieux , goût« 
du plaifir , où d abord il n'envifàgeoit que de la peine; 
parce qu'il fe retire chargé de gloire & de de'poiiilles. 

C eft une guerre qu'on nous livre , lorfqu'on nous cite 
devant vos Tribunaux , pour y combatre pour la vérité 
jufqu'à la mort; & fi c'eft être vidtorieux , que de refter 
maître de la chofe pour laquelle on combat , nous le 
{ommes : puifque notre victoire nous aflîire le bonheur 
de plaire à Dieu, & Icsrichefles d'une vie éternelle. Mais, 
vous y perdez la vie , direz-vous. Il eft vray , nous y per^ 
dons la vie^mais après avoir obtenu ce que nous voulions; 
par où la mort nous devient une victoire, outre qu'elle 
nous dérobe à vos perfecutions. Qu'on nous appelle done 
tant qu'on voudra , Gens àjarmens e^ àpoteaux , parce qu on 
nous attache à des poteaux & qu'on nous entoure de iar- 
mens lorfqu'on nous brûle. Ce font les glorieux inftru- 
mens de notre vidoirc , c'eft notre robe triomphale, 
c'eft le char de notre gloire. Nos vaincus ont bien raifon 
de ne nous aimer pas, puifque c'eft pour cela même qu'ilç 
nous appellent des defefperez &ç des furieux. 

Cependant cette fureur & ce defsfpoir excités par le feul 
de(ir de la gloire & de la réputation ont toujours pafte 
parmi vous , pour des actions d'une vertu héroïque. Que 

prouvLC &ré-r ^''iriAii ■ r ^ 1» n 

compcifée dâs Mucius " Sccvola le brûle la maui lur un Autel ; c elt un 
inoiji. Qu'Empedocle * fe précipite dans les 



Li conflanct 
blâmée & pu- 
nie dans les 
Clirctiens , ap- 



les Pi' 



yens. 



courage 



A Pendant que Rome ctoit aflîegée par Por- 
fcnna Roy des Tofcans , Mucius Scevola 
voyant que la Ville alloit être prife , réfolut 
de pafler à travers l'Armée ennemie pour 
tuer Porfenna. Mais ayant pris un des Offi- 
ciers du Roy pour le Roy même , il punit la 
main qui s'étoit trompée , en la brûlant (ur 
un Autel qu'il trouva devant lui. Les ennemis 
qui avoient été effrayez d'une aâion fi har- 
ie, le furent bien plus, lorfqu'il affura Por- 
fenea qu'il ctoit fuivi as 300. Romains qui 



avoient conjuré fa mort , & qui pourroient 
être plus heureux qu'il ne l'avoit été dans (bft 
entreprife. Une fi grande fermeté fit lever le 
Siège, faire la paix, & renvoyer Mucius. 

è E.Mi'EDOCLE , Po'ctc & Philofoplie de h 
ville d'Arp-entine. Il a fait un Traité eu vers 
des chofes naturelles ; il défcndok de mangée 
de tout ce qui a eu vie , parce qu'il mettoit 
i'ame dans la mailc du fang. Diogene Lacrce 
dit que fon orgueil le porta à un exccz de fo- 
lie , qiù le ik précipitci dans les flammes du 



DE TeRTULIIM. 147 

flammes du Mont Etiia% c'cft une force d'efprit fur- 
prenante. Qu'une fondatrice '^ de Carthage préfère un 
DÛcher à un fécond mary , c'eft un prodige de chaftetc. 
Que Regulus * fente moins les clous qui le déchirent, 
que la douleur d'être échangé contre plufieurs ; c'eft 
grandeur d'ame , c'eft un prifonnier vi6torieux. Qu'on 
entende un Philofophe crier à ceux qui broyent fon 
corps avec un pilon , frappe^ , f^'^pp^'^ ^^ fourreau ^'a/4- 
nuxarque^ y car ce nefl point ^Anaxarcjue que vous frap- 
fe^ : quelle conftance l dites-vous , il infulte aux tour- 
mens. 

Je laifte ceux-? qui ont cherché la gloire dans la more 
qu ils fe font donnée à eux-mêmes par le fer, ou par 
quelqu'autre voye plus douce , pour venir à ceux dont 



Mont Etna , pour fake croire qu'il étoit im- 
mortel- 

c C'eft une montagne de Sicile voifine de 
!a ville de Judicello, que les Latins appelloient 
Catane. 

d C'eft Didon Reine de Tyr , qui ayant ! 
vû , à ce que difent les Poètes , fon mary Si- 
chée maflacrc par Pygmalion fon frère , s'en- 
fuit de fon Royaume & fe fauva en AfFrique, 
où elle fonda la ville de Carthage. On dit 
aulFi qu'elle aima fi tendrement fon mai-y , 
qu'elle fe fit mourir , pour ne pas confcntir 
aux propofitions que lui fit Jarbas Roy de 
Getulie , pour un lècond mariage. 

e M Attills Reguli s Coufiil Romain, 
après la conquête de 75. Villes , & plufieurs 
batailles gagnées fur les Carthaginois , fut fait 
prifonnier de guerre dans celle qu'il perdit 
contre Xantippe General de leur Armée. Cet- 
te Viftoire les ayant déterminés à faire la paix 
avec les Romains , Regu us s'offrit d'aller à 
Rome pour «"availler à l'échange des priibn- 
niers ; mais tout intereflé qu'il étoit à cet 
échange, il s'y oppofa en plein Sénat, ne vou- 
lant pas être échangé pour le nombre que les 
ennemis demandoient. Les Carthaginois in- 
formez du procédé de Regulus , conçurent 
une telle haine contre lui , qu'ils épuiferent 
toute leur cruauté pour inventer un fupplice 



auflî nouveau que l'aftion qu'il vettoit de fai- 
re. Ce fut , félon quelques-uns , En le failànt 
mourir dans un coffre tout heriflé de poin- 
tes de fer par dedans , d'autres difent que ce 
fut dans un tonneau , qu'ils roulèrent dans 
toutes les rues de Carthage. 

/ An Ax ARQUE étoit de la ville d'Abdere. 
Il fut difciple de Democrite : il doutoit de 
tout : il avoit une hardiell'c Se une témérité 
qui lui firent perdre une vie qu'il avoit fçù 
rendre digne d'être enviée par la force de Cou 
efprit, & par fon intrépidité dans les dangers. 
Comme il avoit l'eftime & l'amitié d'Alexan- 
dre le Grand , étant un jour à fa table, ce Prin- 
ce lui demanda ce qu'il penfoit du repas qu'il 
venoit de donner. Il n'y manque qu'une cho- 
fe , répondit le Philofophe , la tête du Roy de 
Chypre. Nicocreon , c'étoit le nom du Roy, 
n'ignora pas long-temps la réponfe d'Anaxar- 
que, & en conlerva un fi vif rellcntiment , 
que dés qu'Alexandre eut les yeux fermez , 
il fit broyer le Philofophe dans un mortier 
avec des pilons de fer , ce qu'Anaxarque fup- 
porta avec une conftance fi prodigieule , que 
la violence de la douleur ne l'empêcha pas 
d'infulter au Tyran & aux bouiTeaux , en la 
manière que Tertulien le rapporte. 

£ Didon, Lucrèce, Caton , Cleopâtre, &s. 



Tij 



14$ Apoiogeti qjt e 

vous avez couronné la confiance. La Courtifane d'Athes" 
nés ayant laiTé la cruauté de les bourreaux , fe couppa 
la langue avec les dents , & la cracha au vifage du ty- 
ran qui la tourmentoit , pour s oter les moyens de dé- 
couvrir fes complices, en cas qu'elle y fût forcée par la 
douleur. Denis ayant demandé à Zenon ^ Eleates à quoi 
fervoit la Philofophie , le Philofophe lui répondit , à fair 
re méprifer la mort , & il figna fa réponle de fon fang, 
le tyran l'ayant fait mourir à coups de foiiets. Dans Ta 
célèbre flagellation ' où de jeunes Lacedemoniens fe 
mettent en (àng aux yeux de leurs parens, dont la pré- 
fence leur fait redoubler les coups j la mefure du fang 
qu'ils répandent eft celle de la gloire qu'ils remportent* 
Quelle étrange gloire ! on fapprouve , parce qu'elle 
vient des hommes. On ne la regarde ni comme un pré- 
jugé de furieux, ni comme un entêtement de defefpe- 
rez, qui fait mépriier la mort & les tourmens les plus 
cruels. On lui permet de fouffrir pour la patrie , pour 
FEmpire , & pour des amis, ce qu'on ne nous permet 
pas de fouffrir pour Dieu : Cependant vous leur dreffez 



h ZîNON d'Ele'e étoit Difciple de Par- 
mcviides. Ariftote le fait Inventeur de la Dia- 
leilique. Diogene Laérce dit , que de peur 
d'être forcé par les tourmens à révéler les 
complices d'une confpiration dont il étojt, 
il cracha fa langue au vifage du tyran Ncar- 
que , ce qui ne s'accçrde guère avec ce que 
■Tertulien dit ici , qu'il expira fous les coups 
de foiiets qu'il reçut par l'ordre de Denis ; 
c'efl: fans doute une faute de Copifte , qui aura 
mis Dyonijio pour Demito , qui ell le nom 
que Plutarque lui donne , ou pour Diomedon, 
qui eft celui que lui donne Diogene Lacrce. 
Amraian Marccllin dit de lui , ( Ub. 44. ) 
mais fauirement qu'il fut broyé dans un mor- 
tier d'airain.Mais on ne doit pas être furpris de 
ce que ks Auteurs en parlent fi diverfcnicnt. 
P>og. Lacrce compte huit Zcnons , c'en eft 
aflez pour donner lieu à de grands anachro- 
HifiTics , te! que feroit celui-ci , en faifant coij- 



temporain de Denis.Zenon Eleates , qui vivoit 
I \o. ans avant lui , & pour approprier à ua 
feul tout ce qu'ont fait les huit enfcmble. Au- 
trefois, comme aujourd'hui , lorfqu'on a écrit 
l'Hiftoire des grands Hommes , on s'eft plâ 
a doniier à un (éul les adions de plufîeurs per- 
fonnagcs , & cela parce qu'un Auteur s'occu- 
pe toujours plus à rendre (on Hiftoire agréa- 
ble par une grande variété de faits , qu'à la 
rendre exafte , en s'attachant fcrupuleufcmenr 
à la vérité , ce qui dcvroit toujours être le but 
principal d'un Ecrivain. 

/ Cette flagellation s'appelloit du mot Grec, 
Diamaftigofe ; c'étoit chez les Lacedemoniens 
une efpece de Sacrifice , dans lequel les enfans 
fe foiiettoient au pied des Autels en prefcnce 
de leurs parens , qui'les encourageoient à fouf- 
frir , & plus ils repandoient de fang , plus ils 
étoient loiiez , & plus grande étoit leur vic- 
toire, rhilojhate vie d'Jfollon. 



DE T E R T U L I E N, 149 

à tous des Statues : vous ornez leurs Images d'infcrip- 
tioiis : vous leur faites graver des éloges pour immorta- 
lifer leur mémoire : & vous procurez à ces hommes 
morts une apparence de refurre6tion , autant que vous 
le pouvez , par ces monumens -, pendant que vous re- 
gardez comme un infenfô, celui qui efpere reffufciter 
véritablement, s'il a le bonheur de fouffrir pour Dieu, 

Continuez-donc , ô Juges équitables , & qui le ferez L'iniuftice & 

1 J ri 1 1 r 1 • li cruauté des 

encore plus aux yeux du Peuple , lorique vous livrerez hommes à ré- 
les Chrétiens à fa fureur. Ne lious éparenez , ni les fup- 8^''' ^^r^Htl 

r £) ■' r tiens , tout des 

plices, ni les tourmens: condannez-nous : mettez-nous preuves de lem; 

* 1 • ■ n- r 1 1 • innocence. 

en poudre : votre mjultice lera la preuve de notre m- 
nocence. C'eft pour cela que Dieu permet qu on nous 
tourmente -, car cette jeune Chrétienne que vous avez Eiieieurfiût 
condannée depuis peu à être livrée , non à la fureur d'un "^Ç"^" '* 
Lion , mais à la brutalité d'un fédu6teur public , vous a 
fait avoiier,que la perte de lachafteté eftpourun Chré- 
tien j le-plus rigoureux de tous les fupplices , & le genre 
de mort le plus affreux. Mais ce rafinement de cruauté 
ne fervira qu'à nous multiplier davantage. Plus vous fai- 
tes mourir de Chrétiens , plus il en renaît ; & ce fang 
que vous répandez eft une femence féconde qui en re- 
produit d'autres. 

Vous avez parmi vous plufieurs Philofophes qui ex- c^mL^f^Eut 
îiortent à fouffrir la douleur & la mort. Ciccron dans fes pius de oifci- 
Tufculanesi Seneque , dans (on. Traité du hazard j Dio- ks 'préceptes 
-gène , Pyrrhon , Callinicus i & jamais avec tous leurs J",eu^oS" 
préceptes , ils n'ont tant fait de Difciples que les Chre- "^ de setia- 
liens par leurs exemples. Cette confiance que vous nous 
reprochez, efl celle qui lésa faits. Car, qui peut en être 
témoin, fans en être frappé & fans en rechercher la cau- 
fe ? Qui çll-ce qui la recherche fans fe faire Chrétien ? 
' ' "' T iij 



150 Apologétique de Tërtulien. 

Et qui eft-ce qui fe fait Chrétien, & qui ne defire pas 
de fouffrir,pour fe rendre digne des grâces qu'il a reçues 
de Dieu , & pour payer au prix de fon fang , le pardon 
entier qu'il en obtient ; parce qu'il n'y a point de péché 
que le martyre n'efface ? De-là vient que nous vous ren- 
dons grâces , lorfque vous prononcez nos Sentences. 
Mais comme les jugemens de Dieu font differens de 
ceux des hommes ^ pendant que vous nous condamiez,, 
Dieu nous abfout. 



F I ÏST; 





LETTRE 

De C. Cml. Tlinins Secundus Gowverneur de Pont 
^ de Bithjnie a l Empereur T/rajan , citée par 
Tertulien dans fon ^Apologétique :, P^§e 7- 

ARGUMENT. 

'Eglifc qui trouva autrefois un Apôtre dans 
l'un de fes plus zelez Perfécuteurs , rencon- 
tre ici un Apologifte dans Tun de Tes plus 
puiflans ennemis. En effet , cette lettre a 
toujours été regardée comme un hommage que le Pa- 
ganifme rend à la Religion Chrétienne j & comme 
un monument glorieux & un témoignage éclatant de 
l'innocence & de la fainteté de fes premiers fiecles. 
Elle a toujours paru d'un fi grand poids aux plus fça- 
vans h ommes , qu'ils font jugée digne de leurs refle- 
xions & de leurs Commentaires. L'occafion à laquelle 
elle a été écrite cft Fextrême embarras où le trouva Pline, 
en vo yant le Chriftiamfme établi dans la plupart des 
Villes de Pont & de Bithynie. Le premier devoir d'un 
Gouve rneur ou d'un Proconful , en arrivant dans le lieu 
m il étoit envoyé eji cette qualité ^ étoit de vifiter les 



i;r LETTRE. 

Temples j & d'examiner s'il ne fe pafïbit rien parmi le 
Peuple , qui fût contraire à la Religion & au culte des 
Dieux. Pline fut effrayé , en commençant fa vifite , à la 
vue du grand nombre de Chrétiens qu'on lui défe- 
roit à chaque inftant : & apre's en avoir fait mourir 
quelques-uns, & privé quelques autres de leurs emplois 
éc de leurs charges , il écrivit à l'Empereur, pour fça- 
voir ce qu'il feroit du refte. Le nombre devoir en effet 
le furprendrej puifcp'il y trouvoit prefqu'autant de Chré- 
tiens que de Payens. Mais comment fe pouvoit-il faire 
qu'il y en eût moins? Saint Pierre avoir demeuré long- 
tems à Antioche. Saint Paul &c Saint Barnabe y avoient 
j^it un grand nombre de Difciples , comme dans la plu- 
part des autres Villes de PAfie. La Galatie où étoit PE- 
glife, à laquelle Saint Paul adrefTe une de fes Lettres , 
feparoit le Pont d'avec la Brthynie. Que cet Apôtre en 
ait fait le voyage , qu'il femble fe propofer ( eA5ï. c. i6. ) 
ou qu'il ne l'ait point fait ; on ne fçauroit douter qu'il 
n'y ait envoyé de fes Diciples , comme il faifoit dans 
tous les lieux où il ne pouvoit pas fe tranfporter lui- 
même. Saint Jean pendant fon féjour à Ephefe , avoit 
formé une Eglife nombreufe. Il s'en éroit établi une 
autre à Smyrne,par les foins de Saint Poly carpe qui en 
étoit Evêque. Les exemples , les Prédications & les 
Miracles de tant de Saints avoient peuplé toute l'Afic 
de Chrétiens, & le fang des Martyrs en reproduifoit 
tous les jours. Le nombre n'en pouvoit donc être que 
très-grand, & ce n'eft pas fans raifon que Pline repré- 
lente à l'Empereur, que les Villes & les Campagnes en 
font remplies ; & que cette affaire ei\ d'autant plus im- 
portante , qu'il y va de la vie d'une multitude infinie 
de Citoyens, 

LETTRE. 



LETTRE. 

C'Eft toujours à vous , Seigneur , que je m'adrefTc 
dans mes doutes j car qui peut mieux que vous 
me déterminer & mmftruire fur ce que j'ignore ? Je ne 
me fuis jamais trouvé à aucun interrogatoire de Chré- 
tiens : je nefçay , ny la punition qu'ils méritent , ny en 
quoy ils font coupables , ny les queftions qu'il leur faut 
faire. J'ay même balancé long-temps , fi je n'aurois pas 
égard à fâge , & fi j'en uferois avec les temperamcns 
délicats comme avec les plus robuftes. 

Je doute encore s'il faut pardonner à celuy qui re- 
nonce à fes erreurs : fi Fon ne doit pas faire grâce à un 
Chrétien qui ne veut plus f être ; &cfi, quoyque ce nom 
foit innocent , on ne doit pas punir dans les Perfonnes 
qui le portent , tous les crimes qu'on y attache. Voicy 
la manière dont j'en ay ufé jufqu'icy à l'égard de ceux 
qui m'ont été dénoncez. 

Je les ay interrogez , & ceux qui ont foûtenu qu'ils 
étoient Chrétiens , je les ay remis à un fécond & juf- 
qu'à un troifiéme interrogatoire, les menaçant du fup- 
plice s'ils perfeveroient ; & lors qu'ils fe font trouvez 
opiniâtres , je les y ay fait conduire. Car quelqu'inno- 
cens qu'ils puiflent paroître par leur aveu , je ne fçaurois 
douter quils ne foient très -criminels, par leur entête- 
ment & par leur opiniâtreté indomptable. Il s'en efl: 
aufli rencontré atteints de cette même folie , que j'ay 
fait enregiftrer pour être renvoyez à Rome , parce qu'ils 
font Citoyens Romains. 

Le crime qui ne fe répand jamais davantage que lorf- 
qu'on l'attaque , a produit en peu de temps des coupa- 
bles de bien des efpeces. 

On m'a rcmi^ un Mémoire anonyme , où fon dénon- 

V 



LETTRE. 

^oit cîivcrfes Perfonnes , qui nient d'être & d'avoir ja- 
mais été Chrétiens. Ils ont invoqué nos Divinitez dans 
les mêmes termes que moy : ils ont pflFert de l'encens 
& du vin à votre image , ( que j'avois fait apporter à 
delTein avec les ftatues des Dieux : ) ils ont outre cela 
détefté Chrift. Et comme il eft , dit-on , impoflible de 
forcer à faire aucunes de ces chofes , ceux qui font vé- 
ritablement Chrétiens y j'ay crû que je devois les ren-- 
voyer abfous. 

D'autres déferez par un Dénonciateur , ont confefTc 
qu'ils étoient Chrétiens , & Font nié prefqu'en même 
temps ; dilànt qu'ils l'avoient été , mais qu'ils ne Té- 
toicnt plus : les uns depuis trois ans , les autres depuis 
davantage , & quelques-uns depuis vingt-cinq. Tous ont 
adoré votre image avec celle des Dieux , & ont auffî 
blafphemé Chrift. 

ils alTufent que tout leur crime ôr toute leur erreur 
cft de s'aiïembter pendant la nuit à certains jours mar- 
quez , & de chanter tour à tour des Hymnes en l'hon- 
neur de Chrift , qu^ils regardent comme un Dieu. Ils 
afturent encore qu'ils s'engagent par ferment , non à 
aucun crime , mais à ne commettre ny vol , ny larcin , 
ny adultère : à ne ppint manquer de foy , & à ne ja- 
mais nier un dépôt. Qu'après cela , ils fe retirent & fo 
retrouvent enfuite dans un même lieu pour y faire un. 
repas tous enfemble , mais où il ne fe pafte rien que 
d'innocent : que cependant ils ne l'ont point fait , depuis 
que , fuivant vos ordres , j'ay défendu ces aftemblées par 
un Edit. 

J'ay jugé j que pour en fçavoir encore mieux la véri- 
té , il étoit neceftaire de mettre à la queftion deux des 
■fiejf". cS finîmes qui les fervent , qu'ils appellent " Miniftrcs s 



LETTRE. 
Èûais je n'ay ricit découvert qu'une iùperflirion crimi- ^", ^"''*" 
ïieile & outrée. Tout cela m'a détermine à diiîerer leur irokJt "oit' 
jugement pour vous demander votre avis. J'ay crû de- fi^'yl^f'-dc- 
voir vous communiquer cette affaire , par la multitude 
d-e Citoyens dont la vie périclite. Il y en a beaucoup ,' 
de tout âge , de tout ordre , de l'un & l'autre fexe , qui 
font prêts de fe perdre , & beaucoup dont la perte eft 
certaine. Car , ce ne font pas feulement les villes qui 
font infe6tées de cette fuperftition contagieufe ; les 
Bourgs & les Villages en font remplis. Le mal n'eft pour- 
tant pas fans remède , & il femble qu'on pourroit en ar- 
rêter le cours. En effet, les Temples qui étoient pref- 
que deferts , font déjà plus fréquentez : les facrifices , in- 
terrompus depuis long-temps , recommencent : on ache- 
toit tres-peu de vi6timcs, & Ton en vend par tout. De-là 
on peut juger combien d'hommes reviendront de leur 
erreur, s'ils trouvent leur grâce dans leur repentir. 
l?lin. liv. X. E^ifi. 9j. 

Réponjè de t Empereur Trajet a C. C&ciL Tlinïuf 
Secundm Gouverneur de Vont ^ de Bithjnie , 
citée par Tertulien dans fin Apologétique , pa- 
ge 7- 

RIen n'eft (i fagc , mon cber Secondus , que îa 
conduite que vous avez gardée à fégard de ceux 
qui vous ont été déférez comme Chrétiens. Car il ne fe- 
roit pas poffible de faire en pareil cas une règle qui 
fut générale & qu'on pût toujours fuivre. Il ne faut pas 
les rechercher ; mais fi on les dénonce & qu'ils foient 
convaincus ; il faut les punir. Si pourtant Taccufé nie 
qu'il {bit Chrétien , & qu'il en donne des marques \ ( je 

V ij 



LETTRE. 

veux dire s'il invoque nos Dieux: ) quelque pfeuvc que 
vous ayez contre lui pour le pafTé s ion repentir mérite 
fa grâce. Quant aux libelles d'accuiation anonymes -, on 
ne doit pas s'y arrêter, de quelque crime qu'il s'agiffe. 
Ce feroit donner lieu au defordre, ôc dérogera nos ma- 
xime?. 'Fliff. liv. X. B^it. ^8. 




TABLE 

DES MATIERES. 



ACADÉMICIENS. Origine de ce noaar. 
Il y en a eu cinq feétes différentes. 
page ij. Achillée Eunuque de Fia- 
vie Domitille, nièce de Flave Clé- 
ment, brûlé avec fa maîtrefle. page 4. 

Adrien l'Empereur. Son portrait. Or- 
donne la peine du Tallion contre les 
accufateurs des Chrétiens. Commen- 
ce à faire élever un Temple à Jefus- 
Chrift. Ecrit en faveur des Chrétiens 
au Proconful d'Afie. i^. 

Afiir/tini!is,mem-tnsrsSc parricides pu- 
blics. 33. Les Pères & Mères im- 
molent leurs Enfans à Saturne. 34. 

Albiniis Decimus Claudius , défait par 
l'Empereur Severe , fe tue lui-mê- 
me. IIO. 

Alburne Dieu de Marc-Emile. Conjec- 
ture fur cette Divinité. 20. 

Alexandre. Sa valeur. 47. Abrégé de 
fon Hiftoire./T'/V/. il exempte les Juifs 
du tribut qu'ils payoient tous les 7. 
ans. 97- Il offre des vidimesauvrai 
Dieu. ibid. 

Ambjgatas Roy des Celtes. Déch.irge 
Ion Royaume d'une partie de fes ha- 
bitans. lij. 

U Ame connoit Dieu naturellement. El- 
learecoui-sà lui dans fes befoins. 63. 
Elle ne le cherche point ailleurs que 
dans le Ciel. (Î4. Ne fçauroit fouffrir 
feule, & fi elle n'eft unie à une ma- 
tière qui la fixe. 140. Eclairciffe- 
ment fur ce paffage. ibid. 

Anacharfis. Ses belles qualitez. 4. Blâ- 
me les Grecs. ^. 

Anaxagore. Refufe un dépôt à fes hô- 
tes. Ig5. 

Anaxarqne broyé dans un mortier par 
ordre de Nicocreon, Sa grande con- 



Annibal viâorieux des Romains à Can- 
nes. 12^. 

Antimiis Page de l'Empereur Adrien , 
reconnu pour un Dieu par les Ro- 
mains. 54. 

Apatmies. Fête qui fe celebroit à Athè- 
nes en l'honneur de Bacchus. 119. 

Apiciia fameux gourmand. Fit un trai- 
té de l'Art d'aprêter les viandes. 
S'empoifonne de peur de mourir de 
faim. 1%. 

Apollon prend la figure d'un Berger, & 
fc loué au Roy Admete pour garder 
fes troupeaux. 56. Sa grande impru- 
dence. 133. 

Apollonius accufé par un de fes Efclaves. 
Auteur d'une excellente Apologie de 
la Religion Chrétienne. Il la pro- 
nonce en plein Sénat. Il eft condam- 
né à mort. 3. 

Apparition de Romulus à Procule. 77. 
De Callor & Pollux à Domitius iE- 
nobarbus. 83. A Aiilus PoRhumius , 
près le Lac Regilk. ibid. a P. Vati- 
nius fur le chemin de Rome . ibid. 

Appion Grammairien célèbre , que Tibè- 
re appelloitla Cymbale du Monde , 
& Pline , le Tambour de la Renom- 
jnés. tf?. 

Ariftarqtie Critique & Grammairien cé- 
lèbre. I"). 

Arijlée. Juif originaire- Envoyé à Pto- 
lomée Philadelphe par le Grand Prê- 
tre Eleazar. Obtient la liberté de 
lioooo. Efclaves Juifs. 66. 

Ariftide. Sa grande juftice. 46, 

A}-iflippe donne dans toutes fortes d'ex- 
cès fous les apparences d'une vieau- 
flere. i3^ Ses baffelfes. ibid. 

L'Armée de M. Airek fauvée par une 
pluyerniraculeufe. 21^ 

Arufpices. Leur inftitution. Leurs fonc-^^ 
îions. _ ^ 5 ^ 

W iij 



Table des 

^/^«/«'«•V. Afcoli ville du Picentin. 91. 

Ajfemblées- On fait à' toute heure des ir- 
ruptions dans les aflemblées des Chré- 
tiens. 2.8. Ce qui fe palTedans cesaf- 
femblées. 115. On y prie pour les 
Empereurs & pour l'Etat. Ony ex- 
plique les faintes Ecritures. On y pu- 
nit ceux qui le méritent. On y fait 
tous les mois une aumône. L'ufagc 
qu'on en fait. ny. Tout s'y paiïe 
dans une grande modeftie. On y 
chante des Cantiques qu'on tire de 
la fainte Ecriture, ou que l'on com- 
pofede foy-même. 120. 

Afiarté Déeflc desSidoniens. 90. 

Avènement. Deux avenemens du Chrift 
diftindement marquez par les Pro- 
phètes. 75. Pourquoy les Juifs n'ont 
pas crû au premier. ibid. 

S. AuguMm interprète la décifion des 
Apôtres au fujet du fang qu'ils dé- 
fendent de manger. 37. 

BAcCHUSbanni de Rome & de tou- 
te l'Italie par le Sénat. Ses Tem- 
ples & fes Autels renverfez.On punit 
tous ceux qui étoient initiez à fes 
myfteres. 2.5. Mis au rang des Dieux 
non pour avoir donné le vin aux 
hommes , mais pour leur avoir en- 
feigné à le faire. 44. 

Si/emis ou Tibilemis , Dieu des Nori- 
ques. $0. 

Bellone. En 70 1. de Rome on trouva des 
terrines pleines de chair humaine 
dans le Temple de Bellone. 36. Son 
Image en vénération chez les Cappa- 
dociens. Ù)id. 

B^rofea. écrit l'Hiftoirc de Chaldéc , en 
3. Livres. dS. 

Eracbmanes , c'eft une des branches des 
Gymnofophiftes. 116. 



CAbale. Les Chrétiens ne font 
gens ni de parti ni de cabale, ii";. 
Cabires adorez dans l'Ifle de Samothra- 
ce. Ce que c'étoit. Le fecrct de leurs 
myfteres inviolable. ï9- 

C. Caligula dans le temps qu'il penfoit 
en homme , fe propofade faire jet- 
tcr dans le Tibre les inventeurs des 



Mîtticres. 

impudicitezmonflrrueufes. 37. Jutoit^ 
plutôt par fon cheval que par les- 
Dieux. S7- Change le Temple de Ca- 
ftor & Pollux en Veftibule. îoo. Fait 
ôterla têteâplufieurs Dieux pour 7 
mettre la fienrre. loi.' 

Calomnies horribles inventées contre les 
Chrétiens. 7. A quelle occafîon. ^J. 

Cames. Bataille de ... où Annibal rem- 
porta la viûoire fur les Romains. 113. 

CaraâferesAn mal. 5. D'un Chrétien per- 
fecuté. 6. Des Perfecuteursdes Chré- 
tiens, li. D'une prière qui doit ob- 
tenir ce qu'elle demande. lO^.Qu'au- 
rc«ent du avoir les perfecuteurs des 
Chrétiens. 22. 

Carthaginois immolent des enfans à Sa- 
turne. Sacrifient en un ijour 200. des 
plus nobles enfans de la Ville. 33. 

Carvi/ias Ruga , le premier des Romains 
qui s'eft feparé d'avec fa femme. 2Ç. 

Cefffus Avidius aflàflîné par fes foldats. 
Sa tête envoyée à l'Empereur. 110. 

Caffias Severe , célèbre Orateur. 41. 

Cajior & PoÛiix apparoiflent à A. Poft- 
humius près le Lac Regille , à P. 
Vatinius fur le chemin de Rome , à 
Domitius JEnobarbus. Changent fa 
barbe de couleur. 8j. 

Catilina égorge & mange un enfant avec 
les complices de fa conjuration. 36. 
Ses affailins mangèrent de fa chair. 
ibid. 

Caton modèle des Romains pour fon 
intégrité. 47. Fait une loy par la- 
quelle il ordonne que les femmes fa- 
lueronc tous leurs Parens. Pour- 
quoy. 24i 

Celjé écrit contre la Religion Chrétien- 
ne. Origenes le réfute à la prière de 
fon ami Ambroife. 138:. 

Ceris mifeau rang des Dieux , non pour 
avoir donné le blé aux hommes , mais 
pour leur en avoir enfeigné l'ufa- 
gc- 44. 

Chafteté des Chrétiens, j^. Des Philo- 
fophes. 134. 

Chretitns. On leur défend de fe juftifier. 
I. <zb" 6. Condannés fur les dépofî- 
tions de leurs Domeftiques. On peut 
leur permettre de fe défendre fans 
faire tort aux Loix. 2. Le danger 
qu'ily a à nele leur pas permettre, j. 
Traitez différemment des autres cri- 
minels. 6. Condannez fur lefeulaveu 



Table des Matières 

de leur nom. ihid. On détend de les 
rechercher. 7. On permet de les dé- 
noncer. 8- On ordonne de les con- 
danner. 7. Traitez plus rigoureufe- 
ment que les voleurs. 8. Mis à la 
queftion pour leur faire nier ce qui 
les rend coupables. 7. Pour les faire 
paroître innocens. ihid. Pour leur 
faire proférer des menfonges. 10. 
Condannez fur le feul aveu de leur 
nom. II. Leur nom fait tout leur 
crime, i J. Sont accufez de meurtre , 
d'incefte, &de facrilege. Pourquoi. 
27. Preuves du contraire. iS. Z9« 
L'homicide leur efl; expreffement dé- 
fendu, 35. Pourquoi ils n'offrent 
point de facrifices aux Dieux. 40. 
On ne doit pas les punir j mais les 
récompenferde ce qu'ils refufent d'a- 
dorer les Dieux. 4p. Ils n'adorent , 
ni la tête d'un âne , 60. ni le Soleil. 
61. Ils adorent Dieu par le Chrift. 
78. Us font innocens , puifque les 
Dieux qu'ils refufent d'adorer ne font 
pas des Dieux. 8 S. Ce n'eft qu'à eux 
ieuls qu'on ne permet point d'avoir 
un Dieu particulier. 90. On leur re- 
fufelenom de Romains, parce qu'ils 
adorent un Dieu que les Romains ne 
.connoiffent point. 51. Pourqucy ils 
n'offrent point de facrifices aux 
Dieux- 97. Ils font toujours vi(5to- 
rieux des Démons. 99. On les décla- 
jre criminels de leze-Majeflé, parce 
qu'ils ne veulent demander la confer- 
vation de l'Empereur qu'àceluy qui 
Ja peut accorder. 101. A qui les 
Chrétiens adreffent leurs prières. Ce 
qu'ils demandent pour les Empe- 
reurs, lox. Ce n'eli point pour plai- 
re à l'Empereur que les Chrétiens 



pourvu que ce ne foit pas au même 
fens qu'ils le donnent a Dieu. 107. 
Leurs voeux & leurs prières fecretes 
plus utiles aux Empereurs que tou- 
tes les folennitez éclatantes des Pa- 
yens. loS. Il ne s'en eft jamais trou- 
vé de rebelles à l'Empereur. 1 10. Ils 
n'ont jamais defîréla mort de l'Em- 
pereur. III. Us font pour tous les 
nommes ce qu'ils font pour l'Empe- 
reur. 112. Ils ne fe vangcnt point , 
quoy qu'ils le puiffent , ni en fai- 
fantdu mal, ni en ne faifant pas de 
bien à leurs ennemis, iij. Le grand 
nombre des Chrétiens. Ils feroient 
en état de fe révolter s'il leur étoit 
permis. 114. Us ne fçauroient être 
gens de cabale. 11^. Tout , excepté 
les femmes , eft commun parmi les 
Chrétiens. IIP. Ils ne fe font jamais 
affemblez pour faire du mal. 121. 
Auflî utiles & plus fidèles Citoyenj 
que les Payens. 118. Us font très- 
utiles au monde. 129. Les Chrétien» 
ne méritent pas les traitemens qu'on 
exerce à leur égard. 144. Us peuvent 
les éviter quand ils voudront. 14';. 
Us ne font pas fâchez de fouffrir. 
14^. Pourquoy on les appelle gens à 
firmeus (/^ à poteaux. I4<î. Dieu les 
abfout pendant que les hommes les 
condannent. 150. 

Ciceron. M. T. Prince de l'Eloquence 
Romaine. 49. Appelle les Pontifes : 
Deorum imniortalium Ant'tjlites. Fait 
leur éloge, i. Déclame contre les 
Gaulois qui immolent des hommes 
à Mercure. g4. Abrégé de fa vie. 49. 

Ciinon, Chef des Athéniens , époufe fa 
fœur, à l'imitation de fes Pères & 
de fes Dieux. 38. 



prient pour luy. 104. Leurs Livres hcCirque, ce que c'étoit. H^. 

Jcsjuftifîcnt. ibid. Us font obligez de Claudia Veflale , accufce fauffement , 
prier pour leur ennemis, parce que fait avancer un vaiffeau immobile 
Dieu l'ordonne, ibid. Us font plus avec fa ceinture. 88. 

obligez que les autres à prier pour Ckanthes fucceffeurde Zenon. Ses fen- 
l'Empereur.To5. Us ne jurent point timens. Son Hiftoire. 73- 

par les Génies , parce que les Génies Cœlefiis , Cœkftus, ou Uianus j Divinité 
■font des Démons, ibid. Us refpeftent des Affriquains. 9». 

Commun. Tout eft commun parmi les 
Chrétiens , excepté les femmes. 
Rien de commun parmi les Payens, 
excepté les femmes. 119^ 



ia puiffance & la volonté de Dieu 
dans les Empereurs, ibid. Us contri- 
buent à la confervation de l'Empe- 
reur , ce que les Payens ne fçauroient 



faire. 106. Us veulent bien donner le Comparaifon d'un Philofophe avec un 
j»om de Seigneur à ^'Eœperciix f Chrétien, 135. D'un criminel avee 



Table des 

un Chrétien- <> . Du Fils de L»ieu qui 
fort de fon Principe, avec un rayon 
-qui fort du Soleil. 74. 

La Conjlmice blâmée & punie^ dans les 
Chrétiens; approuvée &récompcn- 
fée dans les Payens. 14^. 

Conftittition de l'Empereur Marc-Aure- 
le , publiée à Ephefe en faveur des 
Chrétiens. il. 

Cornélius Nepos a écrit la vie des Hom- 
mes Illuftres. 41' 

Cornélius Rufinus chaffé du Sénat com- 
me ambitieux. ^3- 

Corneille facite , accufe les Juifs d'ado- 
rer la tête d'un ;ine. 59. Tertulien 
le réfute par fes propres paroles. 60. 

Crajfus. M. Licinius- Ses grandes richef- 
fes. 4S. Abrégé de fa vie. 49. 

Crefus. Ses grandes richeffes. 47. Trom- 
pé par l'Oracle. Vaincu parlesPer- 
fes. Si. 

La Cruauté des Payens multiplie le 
nombre des Chrétiens. 149- 

Culte. Ne rendre aux Dieux qu'un culte 
extérieur , c'eft un menfonge. 9S. 
Dieu menace les Juifs de leur ôter 
fon culte. Le Fils de Dieu auteur 
du nouveau culte. ibid. 

Cyhelf. Pourquoy elle a aimé les Ro- 
mains. 92.. Sa Statué tranfportés à 
Rome. 83. Raillée au fujet de la 
mort deM. Aurele. 93. 

Cyclopes , Forgerons de Jupiter. Leur 
figure. iS. 

Cynocéphales, monftres dont le corps é- 
uoit d'un homme , & la tête d'un 
chien. 3i' 



D 



DECRET barbare , qui permettoit 
de mettre par morceaux un dé- 
biteur infolvable. 18. Qui défend 
d'introduire aucune Divinité nou- 
velle. 19. 

Demetrius Phakreus prend foin de la Bi- 
bliothèque de Ptolomée Philadelphe. 
é^. Honoré de 300. Statues d'airain, 
pendant qu'il eft à la tête de la Re- 
publique d'Athènes. 65. 

Démocrite fe crève ks yeux. Pour- 
quoy. 134. 

De77!on ; ce que c'eft. Ce que les Payens 
en ont ptnfé. Ce que le^ Talmudiftes 
en ont inventé. 7?. Ce que les Chre- 



Matieres. 

tiens en croyent. 8a. Sentiment des 
premiers Pères de l'Églife fur la ma- 
nière dont ils ont été produits, ibid. 
Les Poètes , les Philofophes , le 
Vulgaire ont reconnu qu'il y avoit 
des Démons, ihid. Comment ils agif^ 
fent fur les corps , fur les âmes ?c fur 
le refte des créatures. 81. Artifice de 
leurs miracles & de leurs prétendues 
prophéties. So. Comment ils guérif- 
fent les maladies. 82. Avoiient que 
les Dieux font des Démons. 85. Ils 
ne fe diroient pas des Dieux, fi ceux 
dont ils prennent les noms , ttoienr 
véritablement Dieux. Pourquoy. Sd. 
Ils confelfent eux-mêmes que le 
Dieu des Chrétiens eft le feul vérita- 
ble Dieu. Ils tremblent au feul nom 
de Chrift. 87. Ils tremblent devant 
les Chrétiens, & n'ofentleur men- 
tir. 88. Les témoignages des Démons 
ont fait la plus grande partie des 
Chrétiens ibid- Raifon qu'ils au- 
roient de mentira un Chrétien, s'il 
leur étoit permis de le faire, ibid. 
Auteurs du mal & jamais du bien. 82. 
Perfuadent aux Payens de forcer les 
Chrétiens à facrifier aux Dieux. 98. 
Obéiffent aux Chrétiens. Les crai- 
gnent , & leur font tout le mal qu'ils 
peuvent. Toujours vaincus par les 
Chrétiens. ibid. 

Denwftheiie modèle de l'Eloquence Grec- 
que. 47- 

Deo ou Dio , Reine de Sicile , cherche fa 
fille. Enfeigne à Triptolemeà culti- 
ver la terre. On inftitue à Eleufis 
des myfteres en fon honneur. iS.Les 
initiez obligez au fecret fous peine de 
la vie. ip. 

DcJcyiptio7i des repréfentations de l'Am- 
phithéâtre. ii<î. 

Dejlin. Ce que les Payens entendoienc 
parDeftin. Sa définition. <;. Il étoit 
félon eux , le principe & la caufe 
du bien Scdumal qu'ils faifoient. 6. 

Diiigorns de Melos profcrit pour avoir 
violé le fecret des myfteres d'Eleu- 
fis. ip. 

DiamaJli£oJè ou flagellation , efpece 
de facrifice chez les Lacédcmo- 
niens. 148. 

Dinfarcs, ou Dufares , ou Di/àrcs , Dieu 
des Arabes. 90. 

Didon Reine de Tyr, fe donne la mort 
pour 



Table des 
pour ne pas cponfer un fécond ma- 

ry- 147- 

Dicbachmum , le grand denier d'argent 
que les Juifs payoient tous les ans à 
Jupiter Capitolin. 67. 

Dieu. Le Dieu des Chrétiens eft le 
Dieu de tous les hommes. 91. Man- 
quera Dieu j c'eft manquera l'Em- 
pereur. 107. Pourquoy Dieu répand 
également les biens & les maux fur 
les Chrétiens & fur les Payens-iziç. 
Les differens fentimens des Philofo- 
phes fur la nature de Dieu. 137. 
Dieux. Les Chrétiens ne font plus per- 
fuadez que les Dieux foient des 
Dieux. 40- Ils ont tous été des hom- 
mes, ibid. Hérodote l'a penfé avant 
les Chrétiens. 40. 41. Les lieux de 
leur naiflance & de leur mort fubfî- 
ftent encore. 41. Leurs différentes 
clafles. Ils ne peuvent avoir été faits 
des Dieux , que par un premier 
Dieu maître de la Divinité. 45. 
Raifons qu'il auroit pii avoir pour 
en faire des Dieux. Réfutation de 
toutes ces raifons. 43- 44- 45- 4^- 
47. 48. Ils n'ont point été faits 
Dieux à caufe de leur vertu. 4^. Il 
n'y en a aucun qui ne ferve de mo- 
dèle pour le vice. ibid. Ils font plus 
dignes duTartare quedu Ciel. 45. Ils 
ne peuvent être reconnus pour des 
Dieux au nom qu'ils portent. 49. A 
la manière dont on les fabrique. A 
la matière qui les compofe. 49. Ils 
doivent leur fortune à l'opinion du 
Sénat. 51. Les gr.ids& anciens Dieux 
font au nombre de douze. '54. Ils fe 
battent les uns contre les autres, s î. 
Traitez indignement par les Prê- 
tres , par les Poètes , dans les Li- 
vres de la Religion. S'j. Dans les 
Hymnes , dans les Tragédies , & 
dans les Comédies. 56. Sur le Théâ- 
tre. S7. Dans l'Amphithéâtre , dans 
les Temples , & jufqn'au pié des 
Autels. 58. Ils ont plus defujetdefe 
plaindre des Payens, que des Chré- 
tiens. 59. La raifon & les Dieux eux- 
mêmes prouvent qu'ils ne font pas 
des Dieux, pi. Ils n'ont pas du pré- 
férer Rome à leur propre patrie. 
S>2-. Ils ne font point les maîtres des 
Royaumes. 93. On n'a vu aucune fi- 
gure de Dieux dans Rome , que plus 



Matières. 

de 170. ans après fa fondation. $4. 
Ils ne peuvent pas être les difpenfa- 
teurs des Royaumes, PS- parce que 
les Royaumes font plus anciens que 
les Dieux , parce qu'ils auroient 
donné des Royaumes à leurs Enne- 
mis. 96. 97. Les Dieux ne peuvent 
prendre aucun foin des Empereurs , 
ni d'eux-mêmes. Ils font redevables 
de leur confervation aux Empereurs. 
100. Ils dépendent d'eux. Ils ont 
fouvent éprouvé la colère des Em- 
pereurs. ICI. Ils ne doivent point 
affliger ceux qui les adorent pour 
l'amour de ceux qui ne les adorent 
pas. liç. 

Diogetie. Impudique. IJ4. Foule aux 
pies l'orgueil de Platon. 134. 

Divinité. La Divinité de Jefus-Chrift 
détruit toutes les autres. 7p. Divi- 
nitez Topiques. 90. Les grandes Di- 
vinitcz. ^4, 

Domellidsjudiciis. Faute de Copifte ou 
d'Imprimeur. Pourquoy. 2. 

Domejiiques. Leur malignité. Ils dépoç 
fent fauflcment contre les Chré- 
tiens, i. iS. 

Domitien. Sa vanité. Son impudicité. 
Aflaffiné dans fa chambre par Ste- 
phanus Intendant de Domitille. 21. 
iio. 

E 

ECLAIRCISSEMENT fur la raillerie 
de Diogene au fujet d'Hercule. 
57. fur le terme : o'n!;i;<n)Vi)î. 61. Sur 
trois partages au fujet de la Refur- 
reâion. 140. 141. 

Eclipfe. Celle qui arriva à la mort de 
Jefus-Chrift n'étoit point naturel- 
le. J6. 

Egalité des Philofophes inconftante. 
135- 

Egyptiem. Leur fuperuition extrava- 
gante. 90. 

Eleazar , Grand Prêtre des Juifs , en- 
voyé. 72. Perfonnes à Ptolomée 
Philadelphe pour traduire la Bible 
en (jrec. 65. 

Empedocle. Ses fentimens. Se précipite 
dans les fiâmes du Mont-Etna. 1^6. 

Empereurs. Ils reconnoiffent le Dieu 
des Chrétiens, loi. plus puiffans & 
plus excellens que les Dieux, ihid. Si 
la qualité de Seigneur ne convient 



Table des 
pas à l'Empereur , la qualité de Dieu 
iuy convient encore moins. 107. 
C'eft manquer à l'Empereur que de 
manquera Dieu. 107. Enquoycon- 
fifte l'honneur & l'attachement 
qu'on doit à l'Empereur. Il 2. 

Ememis. Ceux qui folennifent la fête 
de l'Empereur avec plus d'éclat, re- 
connus fes plus grands erinemis. m. 
Les Chrétiens accufez d'être des en- 
nemis publics, iio. On n'a point 
ôté le nom de Romains aux enne- 
mis de l'Empereur. III. Les Chré- 
tiens font obligez d'aimer leurs en- 
nemis, iiî. Ils pourroientfe vanger 
ou en leur faifant du mal, ou en ne 
leur faifant pas de bien. iij. Les 
Chrétiens délivrent les Payens de 
leurs ennemis invifibles. iiç. Les 
Chrétiens font efinemis non des hom- 
mes, mais de leurs erreurs. 115. 

Epkleidia. Ce que c'étoitqueces facri- 
fices. iS. 

Epicure. Ses études. Ses fentimens. 
Loiié par Seneque & par faint Jérô- 
me. 14. Son mépris pour la dou- 
leur. i3i. 

Epotie Déeffe des Mulets & des .lu- 
mens. Adorée par les Romains. 60. 

Erafiflate découvre la caufe de la ma- 
ladie d'Antiochus , fils de Seleucus 
Nicanor. ij. 

Efcu/ape foudroyé par Jupiter. 5<5. Rend 
la vie à Socordius , à Thanafîus , i 
Afclepiodore. 85. 

Ejchyle Poète, foupçonné d'avoir violé 
le fecret des myltercs d'Eleufis. A 
bien de la peine à éviter la mort. ip. 

Etymohgie du nom de Chrétien. 

Etipbrojyne Suivante de Flavie Domitil- 
le , nicce de Flave Clément , brûlée 
avec fa maîtrefle. 4. 

Exemple. Celuy des Chrétiens fait plus 
de Difciples que tous les préceptes 
des Philofophes az leur ont donné 
de feftateurs. 149. 



F 



FAbles. Elles font le fondement du 
culte qu'on rend aux Dieux. 49. 
Elles empêchent d'ajouter foy à la 
vérité. 13S. Elles ont été puifées à 
la fource de la vérité- i39. 

JPatifcum. V. Qakze, Siège Metropoli- 



Matieres. 

tain ae l'Etrurie, 91. 

Feu éternel. Différence de ce feu au feu 
ordinaire. Image du feu éternel. i4j. 
Un homme frappé du feu du Ciel 
ne peut pas être brûlé par un autre 
feu. 143. 

Le Fils de Dieu. Auteur du nouveau 
culte. 71. Annoncé par les Prophè- 
tes fous ce nom. 71. Fait , de fon 
Père à Iuy, une diftinftion, non de 
nombre^roaisde Pcrfonne. 74. Ileft 
la parole , la fagefle & la puiflance 
du Père. ibid, 

Flave Clément martyrif<^ pour la foy. 4^ 

i^//jv?eDomitille, fa femme , exilée dans 
rifle de fainte Marie. 4, 

Flavie Domitille , fa nièce , exilée & 
brûlée dans rifle de Ponce 4, 

Foy. La bonne foy des Philofophes in- 
fidèle. I35. La foy defl:inée à de 
grandes récompenfes , doit coûter 
quelque chofe à l'homme. 77. Mau- 
vaife foy des Juifs. j6. 

Fragment de l'Apologie de faint Meli- 
ton Evêque de Sardis. 21. 

Frère. Les Chrétiens déclarez crimi- 
nels, parce qu'ils s'appellent frères. 
118. Tous les hommes font frères, 
parce qu'ils ont un même Père. ibid. 
Les Payens font de très-mauvais frè- 
res, ibid. 



Les /"^ AuLolS , meurtriers & par- 

VJ ricides publics , immolent 

des hommes à Mercure. 34. 

Génération du Verbe Eternel. 71. 

Génies, ce font des Démons. LesChre- 
tiens ne jurent point par le Génie 
de l'Empereur , mais par fon fa- 
lut. lOf. 

Guerres Civiles du Triumvirat, termi- 
nées par la Paix générale de l'Uni- 
vers. 18. 

Gymitnjhphiiles divifez en deux bran- 
ches , les Brachmanes , & les Germa- 
fies. On les fait Auteurs de la Me- 
tempfycofe. li^. 



H 



La T T Aine que les Payens ont pour 
il les Chrétiens , leur fait vio- 
ler toutes les Loix. Rend leur Tri- 



Table des 
hnnai tyranique. Fait cacher les cou- 
pables, lo. Leur perfiiade de forcer 
ks Chrétiens à defavoucr ce qui les 
rend criminels, pour les pouvoir dé- 
clarer innocens. Les aveugle. Les 
expofe à être trompez. Source de 
cette haine. Elle les force à dire du 
mal de ceux qu'ils eftiment. ii. A 
dire du bien de ceux dont ils ont 
toujours dit du mal. ij. A donner 
des loijanges à une Religion qu'ils 
hatffent. Les fait renoncer à leurs 
propres intérêts. ig. 

Haïr une chofe que l'on ne connoit 
pas, c'eft une grande injuftice. 3. 

Haïffable. Ce qui peut rendre un nom 
haiflable. 14. 

Harmonie du monde , ouvrage delà fa- 
geffe de Dieu. i4î' 

Harpocrates Dieu du filence. 2-6. Sa fi- 
gure étoit dans tous les Temples d'I- 
îis & de Serapis. Chafle du Palais 
des Dieux. ié. 

Hippias tué en trahiflant fes Conci- 
toyens. 1 3 %. 

L,' Homicide expreflement défendu aux 
Chrétiens. C'eft un homicide avan- 
cé que d'empêcher la formation d'un 
homme. 35. 



JALOUSIE de Religion. S'efforce de 
détruire le nom de Chrétien. 11. 
Ote aux hommes l'envie de s'inftrui- 
re de la Religion Chrétienne. 12. 

WifVdu Verbe Eternel. Sa génération. 73. 
74- Son incarnation. 74. Idée du Dieu 
des Chrétiens. 6z. Il fe fait apperce- 
voir dans fes ouvrages, tfj- L'amele 
connoît naturellement. Il s'eft fervi 
des Ecritures pour fe faire connoî- 
tre aux hommes. 64. Il s'eft fait an- 
noncer par quelques-uns d'entre- 
eux. ibid. 

Idolâtres condannez au feu éternel. 143. 

Jejùs Chrijl. Son Hiftoire. 74. Sa naif- 
fance. 73. Pourquoy les Juifs ne 
l'ont pas reconnu. 7^. Ils ont dû 
le reconnoitre à fes miracles. Maniè- 
re indigne dont ils l'ont traité. 75. 
Sa mort. 76. Sa RefurreiStion. Pour- 
quoy il ne s'eft fait voir qu'à fes 
Difciples après fa Refurreftion. -J6, 



Matières. 

Sa Divinité détruit toutes les iutre^^ 
75. Il a une Vierge pour Mère. 73. 
Tibère propofe au Sénat de le met- 
tre au rang des Dieux, io. Ses deux 
avenemens diftinftement marquez 
parles Prophètes. 75. 

Ignorance. Elle ne fçauroitjullifier. El- 
le rend une haine injufte. 4. 

Image grotefque du Dieu des Chrétiens, 
inventée par un Gladiateur Juif apo- 
ftat. 6t. Du feu éterneL 143. Les fa- 
bles font les images de la vérité. 13p. 
Une image ne peut pas précéder la 
chofe qu'elle repréfente. ibid. Image 
de la Refurreftion dans tout ce qui 
fe pafle dans la nature. 141. & 142. 

Infidèle. Le Peuple , le Sénat , l'Ordre 
des Chevaliers également infidèles à 
l'Empereur. no. 

Incrédulité des Juifs , caufe de leur ré- 
probation. 71Ç. 

L,' Injuftice des Loix , des Juges & des Ju- 
gemens, oblige Tertulienà juftifier 
les Chrétiens, i. 2. L'injuftice & la 
cruauté des hommes à l'égard des 
Chrétiens eft une preuve de leur in- 
nocence. 149. Injuftice faite à Lu- 
cuUus. 49. 

Innocence. Les Chrétiens feuls vivent 
dans l'innocence. 130. Les Pajpns 
n'en ont qu'une fauffe idée. 131. 

Innocens. Faire mourir les Chrétiens , 
c'eft ôter à la Republique fes plus 
innocens Citoyens. 129. 

Inutilité. Ceux qui peuvent fe plaindre 
avec juftice de Pinutilité des Chré- 
tiens. I2p. 

ifis chafleede Rome en 701. par le Sé- 
nat. Rétablie par Pifon & Gabinius 
en 7oi. ^6. Ses Prêtres pendus, fora- 
Temple rafé , fa Statué jettée dans 
le Tibre en 773. itf. 

IJles fubmcrgées avec plufieurs milliers 
d'hommes. I2i. 

Italie fe nommoit d'abord Oenotrie , 
& s'eft enfuite nommée Saturnie. 41, 

yudcts Machabée fait alliance avec les 
Romains. 97. Elle eft renouvellée 
par Jonathas. ibid. 

Juges. 11 leur eft défendu d'entendre la 
juftification des Chrétiens. 2. Ne 
peuvent condanner juftementquefur 
des preuves. 19. Ils ne puniflent pas 
juftement , s'il n'ont pas des preu- 
ves, ibid. 

Xij 



Table des 

yuif$. Ils achètent la liberté de lire leurs 
livres en public les jours deSabath. 
6-j. Leurs Livres plus anciens que 
tous les Livres des Payens. Par où 
l'on peut prouver cette antiquité. 
6^. Les Juifs feuls aimez de Dieu. 
Leur difgrace. Dieu les menace de 
leur ôcer fon culte. 71. Leur mau- 
vaife foy à la refurreétion de Jefus- 
Chrift. 7^. Ils fe font déclarez les 
perfecuteurs des Chrétiens. 77. 

Jupiter élevé dans une caverne du Mont 
Ida. Dérobé à la cruauté de fon Pè- 
re. Arrofé de fang humain dans la 
Ville de Rome. 54. On luy immo- 
loit tous les ans un homme à Sala- 
mine , depuis que Teucer en étoit 
forti. ihïd. Inceftueux public. jS. Les 
Payens ont reconnu jufqu'à 300. Ju- 
piters. 41. Dénombrement des cri- 
mes de Jupiter. 45. Il pleure la mort 
de Sarpedon. 55^ Raconte fes adul- 
tères à Junon. ihid. Délivré des in- 
fultes des autres Dieux par Briarée. 
ihid. Les figures différentes qu'il a 
prifes pour corrompre des femmes 
&des filles. 72. 78. 



LAberius faifcur de mimes, tour- 
ne Pythagore en ridicule au fujet 
de la Metempfycofe. 139. 

Lois fameufe Courcifane de Corin- 
the. M- 

Lares ou Pénates , Dieux du foyer, s i- 
Ce que c'étoit. Ji. 

Laurentia , Larcntia, Larentwa , fa.tnewÇe 
proftituée , reconnue pour une Décf- 
fechez les Romains. 53. SonHiitoi- 
re. 'l>'d. 

Leena Courtifane d'Athènes, crache fa 
langue au vifage du Tyran qui la 
tourmentoic. 14S. 

Livret des Juifs. Ont Dieu pour auteur. 
69. Ils ont prédit ce qui nous arri- 
ve. 70. 

Loy Papie faite par Augufte , abolie 
par Severe. 17. iS. Loy Iulie par 
Augufte. il/id. Loy Barbare , qui per- 
mettoit de mettre par morceaux un 
Débiteur infolvable. Les termes de 
cette Loy. Abolie J'un commun 
conlentement. 18. Loy Faiinia ; ce 
qu'elle porte. 23. Loy Licinia. 23. 



Matières, 

l,oy Oppia défend aux femmes de 
porter fur elles plus d'une demie 
once d'or. 24. La fixiémedcsRoisde 
Rome défend le vin aux femmes. 24, 
Leur ordonne de faluer tous leurs 
Parens. 2^. Loy des Payens moins 
parfaite que celle des Chrétiens, i Ji. 
La Loy des hommes ne condanne 
qu'à une peine temporelle , la Loy de 
Dieu à une peine éternelle. ibid» 
Loix. Elles fervent de prétexte aux 
Payens pour condanner les Chré- 
tiens. 13. Ne peuvent défendre que 
ce qui eft mal. On doit corriger une 
Loy qui cfl; défeftueufe. Celles de 
Licurge corrigées par les Lacedemo- 
niens. 17. Ce qui peut faire rejcttcr 
une Loy. 18. Elles font établies pour 
punir les aftions. 19. Ce qui rend 
une Loy défeftueufe. ihid. Ce qu'on 
doit penfer de celles qui n'ont été 
mifes en ufageque par des méchans, 
& dont les bçns ont évité de fc fer- 
vir. ibid. Elles ne peuvent pas con- 
danner un bien. 17. Les Payens n'ob- 
fervent pas toutes leurs Loix avec la 
même fcrupule qu'ils obfervent cel- 
les qui font contre les Chrétiens. 23. 
IçOix impunément violées par les 
Romains. ibid. 

Lttcanie. Aujourd'huy Sicile feparée 
de l'Italie par la violence des 
eaux. 122, 

LuctiUus a le premier apporté des ceri^ 
fiers en Italie. 4^. 

Luperques. Ce que c'étoit. Abolis par 
le Pape Gelafe. 9^» 

Lycurge. Son caradlere. Accufé fauffe- 
meiu d'avoir voulu ufurper la fou- 
veraineté. 17. Se fait mourir de 
faim , parce que les Lacedemoniens 
avoient corrigé fes Loix. 13 j. 

M 

Les A 4" AcÉDON lENs, inceftueux 
iVl publics. 38. 

Maître. On ne doit pas trouver mau- 
vais que les Chrétiens prennent le 
nom de leur Maître. 14. 

Mal caduc. Pourquoy appelle Comitia- 
Ils 7}!orbus. 3,6. 

Malheur. Les Chrétiens ne font point 
la caufe des malheurs publics. 122. 
Dénombrement de ceux qui fontar- 



Table des 
rivez dans le monde , avanc qu'il y 
eût des Chrétiens. Avant les Dieux. 
Avant les Juifs, m. Effet différent 
d'un même malheur, iitf. Si les 
Dieux font les Auteurs des malheurs 
publics , les Paycns ne doivent pas les 
adorer. lié. 

Mmjéthon a écrit l'Hiftoire d'Egyp- 
te. 68. 

Marc-Aureleiimi & proteûeur des Chré- 
tiens, il. 

Marc-Emile y tm introduire une Divi- 
nité nouvelle. 19. 

iW(7rco;7w»j peuple de l'ancienne Germa- 
nie, iij. 

Mars enfermé dans une prifon d'ai- 
rain. ^ SS- 

Martyre. Il n'y a point de péché que le 
martyre n'efface. ^o. 

MrtWM Peuple d'Afrique. 113. 

Mécénius Agrippé tue fa femme pour a- 
voirbû du vin. 24. 

Melampe fameux Médecin. Comment il 
s'acquit une grande réputation. 78. 

Menattdre Hiftorien Grec 69. 

Menedeme Pliilofophe d'Kretréc fe fait 
mourir pour fa patrie. 66. 

Menjonge. C'eft un menfonge de donner 
la qualité de Dieu à l'Empereur. 
C'eft fe mocquer de luy. 106. Ne 
rendre aux Dieux qu'un culte exté- 
rieur, c'eft un menfonge. 9S. Men- 
fonges inventez par lc$ Philofo- 
phes. 138. 

Aîif»- de Corinthe à fec. lii- 

Metempfycnfe. On ne s'offenfe point de 
ce fentiment extravagant de Pytha- 
gore, comme du Dogme des Chré- 
tiens touchant la Refurreftion. 135. 
On croit que lesGymnofophiftes en 
ont été les inventeurs. 126. 

Minerve n'a point donné l'olivier aux 
hommes , mais elle leur a enfeigné 
l'ufage des olives. 44- 

Moderatien des Philofophes. L.eurcara- 
ftere. 13^ 

Modifie des Philofophes , offenfan- 
te. 13'i- 

Mondi.'. Il étoit réglé comme il eft avant 
qu'il y eût des Dieux. 44. Il eft éter- 
nel , félon Pythagore.il efi créé , fé- 
lon Platon, ibid. 11 eft l'ouvrage de 
iafageffe de Dieu. 73. Les Philofo- 
phes prétendent qu'il a été fait par 
Ja parole [qu'ils appellent l^ogos. 73. 



Matières. 
Selon les Stoïciens Dieu eft hors du 
monde. Selon les Platoniciens il eil 
danslemonde. 137. Selon Cleanthes 
il eft répandu dans toutes les parties 
du monde. 73. L'harmonie du Mon- 
de ouvrage de la fageffe de Dieu. 
I4i. Sa puiffance a formé le corps 
immenfe du Monde , autant de ce qui 
n'étoit pas , que de l'anéantiffement 
du rien & du néant. 141. Monde fi- 
gnifie ornem«nt. tf J. 

Mondus Chevalier Romain. Pourquoy 
exilé par Tibère. itf. 

Mennoye des Romains. Son évaluation. 
i3. Ce que valoit le grand fefter- 
ce. ^ 14. 

Motifs qui déterminent Tertulien à ju- 
ftifîer les Chrétiens. i. i- 

Mufée ancien Poète Grec. 78. 

Muta ou Tacita Dceffe du filence chez 
les Romains. i^. 

M'itius Scevola. Son intrépidité. I4<5. 

Mtituiie ou Tutwie. Mutine ou Titine é- 
toit chez les Romains ce que Priape 
étoit chez les Grecs. 9^> 



N 



NArnia.V. AT/ïr»; ville d'Ombrie, 
patrie de l'Empereur Nerva, & 
du Pape |ean. pi. 

Nature. Elle ne fçauroit foûtenir les 
crimes dont on accufe les Chré- 
tiens- 31* 

Neptune fait un marché avec Laome- 
don. . <)(. 

Nerée Eunuque de Flavie Domitillc , 
nièce de Flave Clément, brûlée avec 
fa maîtreffe. 4- 

Néron. Son portrait, io. Abrégé de fon 
Hiftoire. A le premier répandu le 
fang des Chrétiens. 20. 

Niger. Pejlemiius yufiiis , ié?M par l'Em- 
pereur Severe, & tué furl'Eupiira- 
te. i.io. 

Nom. Etymologiedu nom de Chrétien, 
li. On devient criminel dés qu'xjti 
le porte, ibid. Les Chrétiens ne font 
coupables que par leur nom. ibid.On 
ne doit pas trouver mauvais que les 
Chrétiens prennent le nom de leur 
Maître. 14. Ce qui peut rendre un 
nom haiflable. i3- ï-es Loix font 
établies pour punir les adticui? , & 
non pour punir un nom ^9- Ou nn- 



Table des 

voye abfous ceux qui nient le nom 
Chrétien j on condanne ceux qui le 
foûtiennent. II. On ne doit pas ôter 
aux Chrétiens le nom de Romains , 
puifqu'on ne l'a pas ôté aux meur- 
triers des Empereurs. HZ. 

Nortia. La Fortune adorée fous ce 
nom. 91. 

Numa Pompjlius a donné aux Romains 
la coiinoiflance des Dieux. Leur a 
prefcrit les règles du culte qu'ils leur 
rendent. 79. 



OEdipe fils de Laïus & de Joc^fte. 
Tue fon père Se époufe fa mère 

fanslefçavoir. Se crève les yeux. jS. 
»w;^;o!ÎT)iir. DifFerens fentimens fur ce 

terme. Ce qu'il fignifie. 62. 

Oracles. Crefus & Pyrrhus trompez par 

les Oracles. 82. 

Ordres des Sénateurs & des Chevaliers. 

Infidèles à l'Empereur. 110. 

0>7gf«^ écrit contre Celfe à laprierede 

fon amy Ambroife. 138. 

Orphée. Ce qu'on en peut croire. 78. 
Otrktdum. V. Otrkoli. Ville illuftre par 

fes anciens monumens. 51. 



PARRICIDE. Ce que c'eft. 54. 

Parthes fubjuguez par l'Empereur 
Severe. 112. 

Parti. Raifon qu'on a de défendre les 
partis dans un Etat. Ce qui en eftla 
fource ordinaire. 115. 

Payens. Ils haïflent injuftement les 
Chrétiens. 3. Ils détruifent le culte 
des Dieux plus que les Chrétiens 
même. 27. Font des irruptions dans 
les aflemblécs des Chrétiens. 28. 
Font en public ce qu'ils accufent les 
Chrétiens de faire en fecret. 33. Ils 
ne fçauroientnier que tous les Dieux 
n'ont pas été des hommes. 40. Ils 
ont reconnu juîqu'à joooo. Dieux. 
41. Ils reconnoiffïnt pour Dieux 
ceux dont ils ont pleuré la mort. 42. 
IlSj^nt à leurs Dieux les mêmes 
trajtèmens qu'ils font aux Chrétiens. 
50. Us ont parlé de leurs Dieux avec 
moins de refpeft que Tertulien./Wi/. 
Ils déshonorant les Dieux plus que 



Matrcres. 

les Chrétiens mêmes. 51. Ils leup 
font payer le tribut. 152. Us rendent 
à des hommes morts les mêmes hon- 
neurs qu'ils rendent aux Dieux. 52. 
Us donnent à leurs Dieux des crimi- 
nels publics pour compagnons. H- 
Ont autant de vénération pour les 
croix que les Chrétiens, tfo. Sont 
coupables d'impiété , parce qu'ils 
refufent leurs adorations à un Dieu 
que leurs Dieux rcconnoiifent pour 
le véritable Dieu. 89. Us craignent 
moins Jupiter que l'Empereur. 100, 
La manière dont ils folennifent la 
fête de l'Empereur , contraire à la 
raifon & à la Religion. 108. Leurs 
démonftrations fervent de voile à 
leurs mauvaifes intentions. 109. Us 
confultent les Devins pour fçavoir 
quand la mort de l'Empereur arri- 
vera. III. Rien de commun parmy 
eux excepté les femmes. 119. Us ac- 
cufent les Chrétiens d'être la caufe 
des malheurs publics, pendant qu'ils 
la font eux-mêmes. izy. 

Perfis inceftueux publics. 3 S. Embraf- 
fcnt les maximes des Apôtres. Fou- 
lent aux pieds celles de Zarada. g8. 
Portent l'image du Soleil à leurs 
bras. il, 

Pertinax l'Empereur , affiegé dans fon 
Palais par 200. foldats Romains. 1 10. 

Peuples. Les Peuples vaincus par les 
Romains , adoroient les mêmes 
Dieux que les Romains. j";. 

philofophes. Us ont toujours méprifé les 
Dieux. 133. Ont corrompu la véri- 
té, ibid. N'ont point connu Dieu 
comme les Chrétiens. 1J4. Leur 
faufle modération. 1J5. Leur égali- 
té inconftante. Leur bonne foy. Infi- 
dèle, leur modeftieoffenfante. Leur 
feverité hypocrite. 135. Un Philo- 
fophe ne reflemble en rien à un 
Chrétien, ibid. Us ont puifé dans les 
faintes Ecritures ce qu'ils ont connu 
de la vérité- Ont corrompu celles 
qu'ils ne comprenoient pas. 13 (S. 
Chaflez par les Thebains , les Spar- 
tiates & les Argiens. ij6. Us ont 
penfé différemment fur la nature , 
l'excellence & la demeure de Dieu. 
137. Sur la nature de l'ame. ibid. 
Menfonges inventez par les Philo- 
fophes. 138. 



Thryné Courtifane 

bes. fj. 

Pilate Ponce Gouverneur de la Judée , 
rend compte à l'Empereur des mira- 
cles de Jefus-Chrift. 77. Les Ro- 
mains luy livrent Jefus-Chrift. 7<r. 

Pifijirate Roy d'Athènes , eft le pre- 
mier qui ait fait une Bibliothè- 
que, ç^. 

PlaiJir..Oa ne peut pas forcer un hom- 
me à trouver du plaifir où il n'en 
fcnt pas. II j. 

Platon. Ses voyages , fes ouvrages , fes 
fentimens. Loué par les Percs de 
l'Eglife. 14. Ce qu'il a penfé du Dé- 
luge, lii. Vend fa liberté à De- 
nis. ^ 159. 

Pline Secondtis , furnommé le Jeune , 
écrit à l'Empereur Trajan au fujet 
des Chrétiens. Rend témoignage de 
leur fainteté & de leur innocence. 8. 
Ses qualitez. Ses ouvrages. ibid. 

Pluye miraculeufe obtenue par les priè- 
res des foldats Chrétiens, il. 

l^es Poëtes 8i les Philofophesontmépri- 



Tablc des Matières. 

célèbre de Thé- obtenir ce qu'elle demande. T03. El- 
le met un Chrétien au de ffus de tou- 



te frayeur. loiç. 

PW/èwj. Elles regorgent de Payens. 130. 
Le Tartare eft la prilbn des mé- 
chans. 47. 

Prophètes. Ce qu'ils ont écrit & annon- 
cé de Dieu. Leurs Livres confervez 
jufqu'à nous. C5. 

Prophétie. A quelle marque on peut rc- 
connoitre fi elle eft véritable. 70. 
Les Prophéties accomplies doivent 
faire ajouter foy à celles qui ne Iç 
font pas encore. 71. 

Providence a créé avant l'homme tout 
ce qui étoit neceffaire pour l'entre- 
tien & la confervation de l'hom- 
me. 44. 

Ptolomée. Pourquoy furnommé Phila- 
delphe. Il fait une Bibliothèque , à 
l'exemple de Pififtrate.6^. Fait tra- 
duire les Livres des Juifs en fa Lan- 
gue, ibid,. 

Pyrrhus trompé par l'Oracle. Vaincu 
par les Romains. S2. 



fêles Dieux. ^4- S5- 5^. Les Prêtres Pythagore s'efforce de fe faire Roy des 



les deshonorent. ^4. 

Policrates. Son grand bonheur pendant 
fa vie. 47. 

Pompée Oieïus. Ses belles allions. 4S. 

Pompeïes réduite en cendre par le feu du 
Mont-Vefuve. m. 

Pontife. Le fouverain Pontife. Le pre- 
mier de tous les Pontifes. Tous les 
Empereurs ont pris cette qualité juf- 
qu'à Theodofe le Grand. I. 

Pontifes Romains. Dépofitaires des 
Loix. Arbitres des plus importantes 
affaires de l'Etat. Juges de la Reli- 
gion. Inftituez par Numa Pompi- 
lius. Augmentez par les Tribuns du 
Peuple & par Sylla. Abolis par 
Theodofe le Grand. Le lieu de leurs 



Turiens. 135. Grand Géomètre. Ses 
voyages. 14. 



q: 



UiNDECEMViRS. Leur établi/Te- 
ment. Leurs fondions. 96. 

R 



R Aïs 9 N. Il n'y a pas de raifon à 
forcer un homme à adorer des 
Dieux qu'il n'eftime pas. ^9. On ne 
fçauroit adorer les Idoles , fans re- 
noncer aux lumières de la raifon. 49. 
Le Monde eft l'ouvrage de la parole 
& de la raifon. 75. 



affemblées. Pourquoy Tertulien leur Reflexion de faint Auguftin au fujet du. 
adreffe fon Apologétique. I. facrifice qu'Alexandre offrit au vray 

Le Premier des Dieux n'a pu avoir de Dieu. 97- 

raifon pour élever des hommes à la Regulus. M. Attiliic vaincu par les Car- 
Divinité. 44. 11 n'a pu avoir befoin thaginois. Sacooftance. _ 147. 
du fecours d'un homme, & fur tout Religion Chrétienne , tire fon origine du 



d'un homme mort. ibid. 

Les Premiers Pères de l'Eglife ont cru 
que les Démons & les Reprouvez ne 
commenceroient de fouffrir qu'au 
jour du Jugement univerfel. 87. 

Prière. Caraûerc 4'iine prière qui dwi 



Ciel. 2. Fondée fur celle des Juifs. 
•Ce quia donné lieu de croire le con- 
traire. 71. Déguifer en fait de Reli- 
fion j eft un facrilege. 78. Le choix 
e la Religion doit être libre. 90. 
La Religion des Rojnainsn'eft point 



Table des 

la cavffe de leur grandeur. 9^. Elle 
ne l'a fuivie que de fort loin. 94. 
Defcription de la Religion Romaine 
dans fanai (Tance. ilid. 

Renommée. On ne doit pas y ajouter 
foy. 1$. Les Payens n'ont pu ap- 
prendre que par elle tout ce qu'on dit 
des Chrétiens. ;/wV/. Les motifs qu'on 
peut avoir eu de faire courir ces 
bruits. 30. On n'a pas dû y ajouter 
foy , quand même ils feroient véri- 
tables. 30. Pourquoy. Ji-gî- 3J. 

Repas. Pourquoy appeliez Centenaires. 
24. Ceux des Payens fomptueux , 
magnifiques. 119. Ceux des Chré- 
tiens, fimples & fans dépenfe. iio. 
Pourquoy on les appelle Agapes. 
ibid. Comment les pauvres y font re- 

5ÛS & regardez, ibid. Tout s'y pafle 
ans une grande modeftie. Ils com- 
mencent & finiflent par la prière. 
120. lîi. 
Réponfe de Trajanà Pline Secondus. 8. 
Reflexion de Tertulien fur cette ré- 
ponfe. Réponfe au Critique quicon- 
danne la réflexion de Tertulien. S. 
A un autre qui l'accufedcmauvaife 
foy , ou d'ignorance, çj. Réponfe 
de Thaïes à Crefus. 134. Réponfes 
de l'Oracle à Crefus & à Pyrrhus. 

S2. 

Reproche de S . Attale , Martyr de Lyon, 
à ceux qui rcgardoient brûler fon 
corps. j7. 

RefurreffiBn. Le Dogme de la Refurrec- 
tion fondé fur la raifon. 140. Pafla- 
ge de Tertulien fur la Refurredion, 
édairci par un autre. 140. Images 
de la Refurreftion dans ce qui fe 
pafle dans le monde. 141. On ne 
reflufcitc qu'une fois. 142. Tous les 
hommes reflTufciteront au dernier 
jour. ibid. 

Romains. Ils n'obfervent pas toutes les 
Loix avec le même fcrupule qu'ils 
obfervent celles qui condannent les 
Chrétiens. 23. Plus homicides que 
les Chrétiens. 3<;. N'ont plus rien 
de leurs Ancêtres. ^6. Ne font par- 
venus à leur grandeur que par des 
impietez. 54. 

Rome plus ancienne que fes Dieux. 96. 

Royaumes plus anciens que les Dieux. 



Matières. 



SACRIFICES que les Chrétiens nsr 
reconnoiflent point. Sacrifices des 
Chrétiens. ioj< 

Salamitte de Cypre. On y immoloit un 
homme tous les ans à Jupiter , de- 
puis que Teucer enétoit forti. 34. 

Saliem Prêtres de Mars. Leur habille- 
ment. Origine de leur nom. 42. Fai- 
foienr desfeftinsfuperbes. iip. 

Sang- Les Prêtres de Bellone préfentent 
du fang humain à ceux qui fe font 
initier à fes myfteres. j<J. Les Chré- 
tiens n'ufent pas même du fang des 
animaux. 37. L'abftinence du fang 
obfervée dans l'Eglife jufqu'à fainr 
Auguftin. ibid. Les Payens accufenc 
les Chrétiens de manger du fang , 
quoyqu'ils foicnt certains du con- 
traire. 37» 

Sarpedon. Jupiter pleure fa mort. jf. 
Donne ordre à Apollon d'embaumer 
fon corps. ibid. 

Saturne le Chef & le Père de tous les 
Dieux , a été un homme. 41. Reçu 
en Italie par Janus. Connu pour un 
homme décendu du Ciel. 42. Sa gé- 
néalogie rapportée par Diodore de 
Sicile. 41. 

Sciapodes Peuple des Indes. Origine de 
ce nom. 31. 

Science des Chrétiens neceffairement 
différente de celle des Philofophes ; 
puifqu'on ne traite pas les Philofo- 
phes comme on traite les Chré- 
tiens. I5Z' 

Scipion PAfi-iquain. Abrégé de fon Hif- 
toirc. 4^- 

Scythes tuent un des enfans de Cyaxare 
RoydesMedes, & le luy font man- 
ger. 3 5 . Ils font alliance en buvant du 
fang humain. Cérémonies de leur al- 
liance, ibid. 

Sekficus Nicaiior donne fa femme Stra- 
toniceà fon fils AnriochusSoter. iç. 

Seneque Auteur d'un Livre contre les 
fuperftitions payennes. 49- 

Sinonois alTiegent & prennent la Ville 
de Rome. 123. 

Sentii/iens ditferens des Philofophes fur 
la nature de Dieu. Sur fon excellen- 
ce. Sur fa demeure. Sur la nature de 
l'amc. Sur la conftruaion Je l'Uni- 
vers. 



Table des Matières. 

Vers. 137. Ils adoptent la moiale du fa maicreflc. 4. 

Chriftianifme, & font des fables de Thétis délivre Jupiter dei »ains des 

fes myfteres. 13S. Dieux. îj. 

Serapéon Temple de Serapis à Alexan- Tommens. Ufagc qu'on en doit faî- 

drie: faint Marc en fit une école de re. 10. 

pieté. Ptolomée Philadelphe & rr»///» défend qu'on recherche les Chre- 

Cleopatre y firent leur Bibliothèque. tiens. 7. Il élude la loy qui les con- 

67. On y voyoit du tempsde Tertu- dannoit à mort. 12. 

lien un Exemplaire Hébraïque de la Tropbonius. Ce que c'étoit que l'antre 

Bible. t6. où il rendoit ies oracles. 78. 

Sérapis chalTe de Rome en 701. par le 2>f/à'« Veilale, fauffementaccuféc, por- 

Senat. Rétabli par Pifon & Gabi- te de l'eau dans un crible fans en 



mus en 701. iç. 

S^vfm^desPhilofopheSjhypocrite.ijiç. 
Simon le Magicien reconnu pour un 

Dieu par les Romains. 53. 

Socrate déclaré par l'Oracle le plus fa- 



répandre. 



83- 



V^'', 



GEAN CE. Les Chrétiens ne la 
connoiflent point, 113. 



e de tous les hommes. 46. Il ne par- Venus bleffée par la main d'un hom 



loit des Dieux qu'avec mépris. Ne 
juroit jamais par leur nom. ^6. Ju- 
ftifié par le repentir des Athéniens. 
57. Ne faifoit jamais rien fanscon- 
fulter fon Démon. 80. Ordonne en 
mourant qu'on facrifieunCoq à Ef- 
culape. 13 j. Impudique. 134. 

Sodome & Gomorrhe. Ce que c'eftau- 
jourd'huy que le lieu où étoicnt ces 
Villes. 122. 

Speffacks {anglins qui fe repréfentoient 
dans l'Amphithéâtre. iitf. 

Speujîppe furpris & tué en commettant 
un adultère. 134. 



me. 5.J, 

Vérité étrangère fur la terre. Elle deman- 
de qu'on ne la condanne pas fans la 
connoître. 2. Haie dans tous let 
temps. 5(î. Les Chrétiens juftifiez par 
la force de la vérité. 132. La règle 
de la vérité eft celle qui vient de 
Dieu par Jefus-Chrift. 137. Les fa- 
bles empêchent d'ajouter foy à la 
vérité. 138. Elles ont puifé à la four- 
ce de la vérité. 13p. Les veritez 
Chrétiennes utiles & neceffaires , 
puifqu'eltes forcent les hommes à 
devenir meilleurs. 144. 



StercuteD'\t\x du Fumier. 92. A été ha- Vertu. Les vertus des PhilQfophcs font 

bitant de Rome. 53. des vices. 134. Souffrir pour la va- 

Stoïciens. Origine de ce nom. Leurs opi- nité & pour les hommes jC'eft ver- 

nions. Ont eu Zenon pour Auteur. 14. tu. Souffrir pour Dieu j c'eft folie, 

S«^>7«;;;. Sutri ville de l'Etrurie. $1. c'eft defefpoir. 148. 

Syreues Monftres marins , moitié fem- Vefîaks inftituées par Numa pour con- 

mcs , & moitié poifTons. zS. ferver un feu perpétuel. 9S. 

Vœux. Les vœux & les prières fecretes 

T des Chrétiens plus utiles à l'Empe- 
reur , que les folennitez éclatantes 

TAuRISClENS meurtriers & Parri- des Payens. 108. 

cides publics. Immolent tous les VolJinium.Y . ZJo^wo ancienne Ville des 

Etrangers à Diane. 34. Tufciens. 91. 

Tbal/us a écrit l'Hiftoire de Syrie en IJiig-e que les Chrétiens font des chofes 

Grec. 41. que Dieu a créées. 127. izs. 

Théâtres. Ecuëil des mœurs. Abatus par Utile. Les Chrétiens font auffi utiles 

lesCenfeurs. 23. Se multiplient. 24. & plus fidèles à TEmpereur que les 



Les pièces impures qui s'y repréfcn- 

tent. Iiç. 

Themifloek illuftre par fa valeur , eft 

obligé de s'empoifonner. 47. 

Théodore fuivante de Flavie Domitille, 

nièce de Flavt Clément, brûlée avec 



Payens. 12s. 

Vuljîne réduite en cendres par le feu du 

Ciel. 123, 

Uxorium , amende qu'on faifoit payer 

fous Augufte à ceux qui n'étoient 

pas mariez. iS. 



Table des Maticrej. 



X 



X 



Anthius Roy de Béotie tué par 
Melanthus. ii9. 

Z 



' A R A D A 

f fes. 



Legiflateur des Per- 
38. 



Zinon Auteur de la feâe des Stoï» 
ciens. 14. Soutient que c'eft la pa- 
role de Dieu qui a fait toutes cno- 
fes. 73. Sesfentimens. Son Hiftoire, 
ihid. Il s'efforce de fe faire Koy des 
Prieniens. ij^-. 

Zenon d'Elée expire fous les coups de 
fouet. 148. 



Tin de la Table des Matières, 



FAUTES A CORRIGER. 



PAgt I. Kemtirquett. ligne \o. pas encore, 
lifezi, , pas alors. 

j>agt i. Rem. c. lig. 18. s'ilavoit voulu, lifeZ) 
fi Tertulicn avoit voulu. 

jbid. Rem. c. l. 53. dans la remarque, Itjei:,, 
dans le padage. 

T. 5- R- ^- 1- 9- qu'il la mérite, /. qui la mérite. 

r.yR.f-lig.<)xe^'>'" lif'z., x-eÂin^. 

/>. 10. ligne 30. il ne relie , lif. il ne reftc plus. 

jbid, à la marge , la haine qu'on a , life^ , la 
haine que les Payens ont. 

T*ge II- ligne 18. ôcezlc point admiratif ! 

7". 14. Rem. d , lig. 19. Lacrcet, lifei^ , Lacrce. 

F. II. Rem. c, lig. z}. Epift. li/ez. , Epit. 

p. 13. R. g- lig. 19. calomnie îi, /. calomnie. Si. 

p. i^.lig.ii- coinme le fruit,/, comme un fruit. 

r. 17. lig. 17. des impietez , lij . des injpuretez. 

P.iS.lig. 13. nos femmes, ///. vos femmes. 

p. 30. l'g. 14- d'hommes qui, lif. d'homme qui. 

p. 38. Rem. r , lig. 11. Simon , lifez,, Cimon. 

ibid. Rem. J , ligne II. Lyon, ///lîc , Lion. 

P. 39. lig. 5. chez vous en , lij. chez vous , en. 

p. 47. Rem. , lig. I. Roy de la mer , lif. Roy 
de Samçs. 

/>. 5 5. Rem. d , lig. 14. Alomene , lif. Alcmene. 

T. 56. R. e- lig. 4. infuportables,/. inlùportable. 

Jhid. R.f. l'g-} -ce qui donna,/, ce qui a donné. 

p. 61. Rem. a , lig. 8. iio;^/-nis lifez., ««oj^'W. 

p. (,-■,. Rern. it , lig. l. ;^!rfi!>ç lifez,, yqruoç. 

p. 64. lig- î-5- des temps , /{/V^,, des faifons. 

p. 66. lig. 10. étçicnt autrefois , lif. font origi- 
nairement. 

;■. 70. lig. 13. rendront, Ifez. , rendroicnt. 

P. 71. lig. lé. qui ne fçachc , lifez, , qui fçaiî. 

P. 79. Rem. i , ligneii. Alag. Hfc.^, Adag. 

Jbid. Rem. a , lig. 4. i\i^i;.'S»is lif. ).-jS)z'fji3ns. 



ibid. Rem. A , lig. ii. donc, lifez,, d»nt. 
ibid. R. rf , lig. 41. elle a depuis,/.elle l'a depuis. 
P.ZyRem.t lig. vi.laffum ,Ujez., Itiffam. 
p. 84. lig. 1. pour adorer, lif. peur faire adorer. 
ibid. à la marge , mes , ///jç, , mêmes. 
P. 90. iîf?w. </. /^»f I. donc , lifez. , dont 
Jbid. Rem. * i.gne i. Ancuria , lifez.,, Ancari*. 
p. 91. Rem.f. lig. 7. Néron , lifez, , Nerva. 
P. 101. lig. iS.au-deflbusdetous, Ifez,, au/- 

delfus de tous. 
Ibid. lig. 18. au-deiVus de Dieu, ///. au-deffoBS 

de Dieu. 
p. 109. lig. II. Populace , lifez, , Populace. 
p. 1 10. Rem. A , lig. 14. V»Uafus , L Volcaftus, 
Ibid. Rem. c. lig. II. opiniâtre, lif. opiniâtre. 
P. m. l. 9. dans les moeurs,/, dans des mœurj. 
Ibid. à la marge, les Chrétiens font , lifei, , les 

Chrétiens font. 
Ibid. ce qu'ils font , lifez., ce qu'ils font. 
ibid. lig. i-j. les Chreiient , ///. les Chrétien}. 
p. 113. //fxf jz. ne iailVent, /«/V^ , ne laill'e. 
P. 118. lig. 7. mais il y a, /. ileft vray qu'il y a. 
P. m. ligne 31. le Tybre , lifez., fi le Tybre. 
P. m. lig. 4 au lion , lifez^ , au lion , au lion. 
P. 113. Rem. b. l:g. 5. Riph. lifez,, Xiph. 
Ibid. Rem. c. lig. 11. l'Aufunois, /. l'Autuaoif. 
P. 117. Rem. a. lig. 10. de la Gité, /. de la Cité. 
p. 1^6. a la marge , iàintes Ecriture, lifez,, 

faintes Ecritures, 
ibid. lig. 5. connu de Divinité , lifez. > connu 

de la Divinité. 
P. 159. lig. 16. & la nature , ///. & par la nature. 
Ibid, Rem. a. lig. lyde honef. VifciflinÀ , lif, 

de honefl. difcipims,. 
p. 145. ligne 6. ni reflufcitcrons , lifez,, nint 

refliafciterons. 
T. 144. ligne 3. qui'ls , lfez.> qu'ils. 



FRIVILEGE DU ROT. 

LOUIS par la grâce de Dieu Roy de France &de Navar- 
re , à nos amcz & féaux ConfeiÛcrs les gens tenans nos 
Cours de Parlement , Maîcrcs des Rcquêccs ordinaires de notre 
Hôtel , Grand Confeil , Prévôt de Paris , Baillifs , Sénéchaux , 
leurs Lieutenans Civils , & autres nos Jufticiers qu'il appartien- 
dra , Salut : Notre tres-chcr& bicnaméj. B. Vassoult Au- 
mônier & Confefl'eur ordinaire de la Maifon de feue notre tres- 
chere Fille Madame la Dauphine , Nous ayant fait remontrer 
qu'il dcfîreroit faire imprimer Les Oeuvres de Tertulien , tradui- 
ts en Francoù ; & dont il defireroit faire part au Public , s'il 
nous plaifoit luy accorder nos Lettres de Privilège fur ce ncccf- 
faircs :Aces causes, voulant favorablement traiter ledit 
fîeur Expofant , Nous luy avons permis & permettons par ces 
Prcfentes de faire imprimer lefdits Ouvrages en un ou plufieurs 
volumes , en telle forme , marge , cara£tcres , conjointement & 
féparément , & autant de fois que bon luy femblera , 5«: de les 
faire vendre bi débiter par tout notre Royaume , pendant le 
temps de douze années confccutives , à compter du jour de la 
date defdites Prefentes. Faifons défenfes à toutes fortes de per- 
fonnes , de quelque qualité & condition qu'elles foient , à'tn ii> 
traduire d'imprelîîon étrangère dans ^ucun lieu de notre obtïf- 
fance , & à tous Imprimeurs , Libraires &: autres , d'imprimer , 
faire imprimer , vendre , faire vendre , débiter ny contrefaire 
lefdits Ouvrages qu'il a traduits , avec des Notes , en tout ny en 
partie , ny d'en faire aucuns extraits , fous quelque prétexte que 
ce foit , d'augmentation , corrcftion , changement de titre en 
langue Latine , langue Grecque , langue Hébraïque ou autre- 
ment , fans le confentement par écrit dudit fieur Expolânt , ou 
de ceux qui auront droit de luy , à peine de confifcation des 
Exemplaires contrefaits , de trois mil livres d amende contre 
chacun des conrrevenans , dont un tiers à Nous , un tiers à 
l'Hôtel-Dicu de Paris , l'autre tiers audit fieur Expofant , & de 
tous dépens , dommages & intérêts ; à la charge que ces Prefen- 
tes feront cnregiftrces tout au long fur le Regiftre de la Com- 
munauté des Imprinoeurs & Libraires de Paris , &: ce dans trois 



mois de la date d-'icelles , que l'imprelîîon defdics Ouvrages fcr« 
faite dans notre Royaume , & non ailleurs , en bon papier & en. 
beaux caractères , conformément aux Reglemensde la Librairiej. 
& qu'avant que d'expofer lefdits Ouvrages en vente , il en fera 
mis de chacun deux Exemplaires dans notre Bibliothèque publi- 
que i un dans celle de notre Château du Louvre , & un dans celle 
de notre très- cher & féal Chevalier Chancelier de France le fîeuc 
Phclypeaux Comte de Pontchartrain , Commandeur de nos Or- 
dres ; le tout à peine de nullité des Prefentes : Du contenu def- 
quelles vous mandons & enjoignons de faire joijir ledit fieur Ex- 
pofant , ou fes ayans caufe , pleinement & paifîblement,fans fouf- 
frir qu'il leur foit fait aucun trouble ou empêchement. Voulons* 
que la copie defdites Prefentes , qui fera imprimée au commen- 
cement ou à la fin defdits Ouvrages , foit tenue pour bien & duë- 
ment fîgnifîée ; & qu'aux copies coUationnées par l'un de nos 
aniez & féaux Confeillers Si Secrétaires, foy foit ajoutée comme 
à l'Original. Commandons au premier notre Huiflier ou Sergenc 
de faire pour l'exécution d'icelles tous a£tes requis & neceffai- 
res , fans demander autre permiffion , & nonobftant clameur de 
Haro , charte Normande , & Lettres à ce contraires. Car tel eft 
notre plaifir. Donke' à Verfailles le trentième jour du mois 
de Décembre l'an de grâce mil fcpt cent treize , & de notre rè- 
gne le foixante -onzième. Par le Roy en fon Confeil , FouayET, 

Il eft ordonné par l'Edit de Sa Majefté de i6^6. & Arrefts de fon 
Confeil rendus en confequence , que les Livres dont l'imprefîîon 
fe permet par chacun des Privilèges , ne feront vendus que par 
un Libraire ou Imprimeur. 

EegiFîré fur le Regijtre num. j de lu Communauté des Libraires ^ 
Imprimeurs de Paris , num. J^7. fage 709. conformément aux Règle* 
mens , dr notamment à i Arrejl du 13. Aoufi 1705. A Pariscci^- J^art' 
vier lyi^* Signé, Robujtel, Syndic.